Chaque mot a un prix

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Summary

Elle pensait accepter un simple travail en ligne. Quelques tâches anonymes. Un paiement rapide. Rien de risqué. Puis elle a signé une mise à jour. Depuis, chaque fois qu’elle tente de parler, quelqu’un paie à sa place. Une amie hospitalisée. Un proche qui disparaît. Une punition toujours plus lourde. L’application sait quand elle ment. Quand elle hésite. Quand elle s’apprête à dire la vérité. Plus elle se tait, plus elle gagne. Plus elle parle, plus elle perd. Prise au piège d’un contrat qu’elle n’a jamais vraiment accepté, elle comprend que le système ne cherche pas seulement à la faire taire… mais à tester jusqu’où elle est prête à aller pour sauver ceux qu’elle aime. Dans ce jeu, chaque mot a un prix.

Status
Complete
Chapters
28
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chaque mot a un prix

La première fois que je me suis tue, quelqu’un est tombé.

Je ne le savais pas encore. À cet instant précis, je n’étais qu’une fille assise sur son lit, les genoux ramenés contre elle, le téléphone posé dans la paume de sa main comme un objet trop lourd pour être innocent. La lumière de l’écran éclairait faiblement la pièce. Tout le reste était plongé dans l’ombre.

L’application venait de s’installer.

Je me souviens encore du virement. Rapide. Propre. Trop facile.

Je n’avais rien fait de compliqué. Trois messages à lire. Deux choix à cocher. Une confirmation. Et l’argent était là. Comme une récompense silencieuse. Comme une invitation à ne pas poser de questions.

C’est ce que je faisais le mieux. Ne pas poser de questions. Puis l’écran a changé.

Bienvenue. Chaque mot a un prix.

J’ai cligné des yeux. Relu la phrase.

Puis j’ai ri. Un rire bref. Vide. Presque nerveux.

— Sérieusement…

J’ai fermé l’application.

Elle s’est rouverte.

Sans bruit. Sans avertissement.

Un nouveau message s’est affiché, lentement, comme s’il prenait le temps de me regarder avant de parler.

Si tu parles, quelqu’un paiera.

Mon sourire s’est figé.

Je me suis redressée sur le lit. Mon dos s’est tendu.

Mon cœur a raté un battement.

— Arrête… murmurai-je.

Je ne croyais pas à ce genre de choses. Les applications bizarres. Les menaces numériques. Les histoires qu’on raconte pour faire peur. Mais quelque chose, dans la façon dont les mots étaient posés, m’a donné froid.

J’ai pensé à Aïcha. Toujours Aïcha quand j’ai peur.

Ma meilleure amie. Celle qui savait tout. Ou presque. Celle qui me reprochait souvent de tout garder pour moi. Tu te tais trop, me disait-elle. Un jour, ça va te tuer.

J’ai ouvert WhatsApp.

J’ai tapé son nom.

Avant même que l’écran ne change, mon téléphone a vibré.

Tentative de divulgation détectée.

Mon souffle s’est coupé.

— C’est une blague… soufflai-je.

Mes doigts tremblaient légèrement. Pas assez pour que je lâche le téléphone, mais assez pour que je le sente. Ce n’était plus de la curiosité. C’était une alerte. Une tension sourde.

J’ai appuyé sur Appeler.

Je voulais prouver que c’était faux.

Que rien n’allait se passer. La tonalité n’est jamais venue. À la place, une notification rouge a envahi l’écran.

Sanction déclenchée.

Je me suis levée d’un bond.

— Stop ! Arrête ! Je parle plus !

Ma voix a résonné trop fort dans la pièce.

Le silence est retombé aussitôt. Épais. Lourd.

Une seconde.

Deux.

Trois.

Puis le téléphone a vibré.

Ce n’était pas l’application.

C’était un appel entrant.

Aïcha.

Mon cœur s’est serré violemment.

— Allô ? dis-je, la gorge sèche.

Au début, il n’y avait que du bruit.

Puis sa respiration. Rapide. Désordonnée.

— J… je crois que ça ne va pas… murmura-t-elle.

— Aïcha ? Qu’est-ce qui se passe ? Où est-ce que tu es ?

— J’ai mal… très mal… j’ai du mal à respirer…

Sa voix s’est brisée.

J’ai senti mes jambes se dérober sous moi. Je me suis assise par terre, le dos contre le lit.

— Aïcha, écoute-moi, appelle les secours, d’accord ? Respire doucement…

Un bruit sourd.

Comme quelque chose qui tombe.

— Aïcha ?

— AÏCHA ?

Plus rien.

La ligne s’est coupée.

Je suis restée là. Figée.

Le téléphone collé à mon oreille.

À écouter le vide.

Puis il a vibré une dernière fois.

Sanction terminée.

Avertissement enregistré.

J’ai laissé tomber l’appareil.

Mes mains tremblaient trop fort maintenant.

Mon cœur battait si vite que j’avais l’impression qu’il allait éclater.

Je voulais appeler les secours.

Je voulais appeler quelqu’un.

N’importe qui.

Mais ma gorge s’est serrée.

Parce que je savais.

Je savais que si j’ouvrais la bouche…

si je parlais encore…

quelqu’un d’autre paierait.

Alors je suis restée là.

À genoux sur le sol froid.

À pleurer en silence.

Pour la première fois de ma vie,

me taire n’était plus une fuite.

C’était une protection.

Et c’est à ce moment-là que j’ai compris.

Ce n’était pas une menace.

Ce n’était pas une coïncidence.

C’était un contrat.

Et désormais,

chaque mot avait un prix.