Le prix sera payé

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Summary

Pour sauver sa sœur mourante, Lélia a pactisé avec l’interdit. Depuis, elle vit avec un secret qu’elle ne peut partager, et une ombre qui n’a pas oublié sa promesse. Elle pensait pouvoir retourner à une vie simple, loin du danger… jusqu’au jour où son destin se lie à trois princes ennemis. Chacun d’eux dissimule ses propres failles, ses ambitions et une attirance troublante qu’elle ne comprend pas encore. Entre jeux de pouvoir, complots et sentiments dangereux, Lélia se retrouve au cœur d’un affrontement où chaque choix a un prix. Et lorsque l’Ombre réclame son dû, elle comprend que son cœur pourrait bien être l’arme la plus dangereuse de toutes.

Genre
Fantasy/Romance
Author
Luna
Status
Ongoing
Chapters
86
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
18+

Prologue

Je ne savais pas encore que cette nuit-là, en voulant sauver une vie, j’en condamnais bien d’autres, à commencer par la mienne.

La nuit s’était abattue sur le village comme une main sur une flamme, étouffant jusqu’au souffle des vivants. Dans la petite maison, l’air brûlait. L’odeur de sueur, de fièvre et d’herbes séchées collait aux murs. Alenya gisait sur le lit, la peau blanche, les lèvres bleuies, le souffle si faible que chaque respiration semblait une lutte.

Les médecins étaient partis au crépuscule. Leurs paroles tournaient encore dans ma tête :

— Il n’y a plus rien à faire.

Ma mère, à genoux près du lit, priait sans y croire. Ses sanglots emplissaient la pièce comme une marée. Je restai là un moment, à les écouter, le souffle d’Alenya, la voix brisée de ma mère, le tic-tac du sablier…avant de me lever.

Je n’allais pas la laisser mourir.

Je pris un manteau, une lanterne, et je sortis. L’air de la nuit me gifla. Froid, tranchant, chargé d’humidité. Le village dormait, les portes closes, les cheminées éteintes. Moi seule marchais, pieds nus sur la terre gelée, vers les bois.

Depuis toujours, j’avais entendu les murmures. Des histoires qu’on racontait en cachette : des prières interdites, des noms qu’on ne devait jamais prononcer. On disait qu’il existait, au cœur de la forêt, des entités qui écoutaient quand la détresse dépassait la raison.

Je franchis la lisière des arbres. Le silence y était total, dense, presque vivant. Chaque pas faisait craquer les feuilles mortes, comme si la forêt observait.

Arrivée dans une clairière, je m’arrêtai. La lune filtrait entre les branches, pâle et froide. Je sortis de ma poche un petit couteau émoussé, celui dont je me servais pour couper les mèches de mes bougies, et j’entaillai ma paume d’un geste tremblant.

Le sang coula. Je le laissai tomber sur la terre.

— Je t’en supplie… sauve-la. Sauve ma sœur.

Un vent soudain se leva, tournoyant autour de moi. Les arbres gémirent, la flamme de ma lanterne vacilla. L’air devint plus lourd, plus sombre, comme si la nuit s’épaississait.

Et alors… il apparut.

D’abord, ce fut une ombre. Puis une silhouette, haute, indéfinie, couronnée d’ailes noires qui semblaient boire la lumière. Deux yeux s’ouvrirent dans le noir — profonds, insondables, d’un éclat qui ne ressemblait à rien d’humain.

Sa voix résonna sans bouche ni souffle, partout à la fois.

— Tu m’as appelé.

Mes genoux cédèrent.

— Alenya… ma sœur… elle va mourir… je ferai tout ce que tu veux, mais sauve-la !

Un silence tomba, lourd comme une pierre. Puis un souffle. Un murmure glacial qui fit frissonner les branches.

— Tout a un prix.

Mon cœur se serra.

— Dis-moi. Dis-moi ce que tu veux.

L’ombre se pencha, et ses mots s’inscrivirent dans l’air, brûlants comme du fer.

— Ton premier enfant.

Je restai figée. J’avais imaginé mille choses, mais pas ça.

— Mon… enfant ?

— Le premier fruit de ton ventre sera mien. Cède-le, et ta sœur vivra. Refuse, et elle mourra avant l’aube.

Le vent tomba. Même la lune sembla s’éteindre. Je sentis le monde retenir son souffle.

J’avais mille raisons de dire non. Mais une seule de dire oui. Le visage d’Alenya s’imposa à moi, son souffle haché, ses petits doigts glacés dans les miens.

Je fermai les yeux.

— D’accord.

Un rire s’éleva, bas, guttural, comme un grondement venu du fond de la terre. L’ombre s’avança, ses ailes couvrant la clairière d’un voile de ténèbres.

— Ainsi soit-il. Le pacte est scellé.

Une douleur me transperça, brûlante, glacée, insupportable. Je crus qu’on m’arrachait une part de moi. Je poussai un cri, mais quand je rouvris les yeux, il n’y avait aucune trace sur ma peau. Seulement une plume noire, tombée devant moi, encore luisante de mon sang.

Je la ramassai, tremblante. Elle brûlait et gelait à la fois.

Quand je relevai la tête, il n’y avait plus rien. Ni vent. Ni voix. Ni ombre. Seulement le silence.

Je courus. Je dévalai le sentier, le cœur battant à rompre, jusqu’à la maison. Et quand je franchis la porte, je la vis.

Alenya. Assise. Vivante.

Ses joues rosies, son souffle calme. Ma mère pleurait de joie, la serrant contre elle, murmurant des prières. Moi, je restai figée sur le seuil, la plume noire serrée dans ma main.

Ma mère remerciait les cieux. Mais les cieux n’y étaient pour rien.

Je savais. Ce n’était pas un miracle. C’était un dû.


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