L’entre -deux

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Summary

Alma, 24 ans, pensait savoir où elle allait. Elle avait un projet. Un plan. Une direction. Jusqu'au jour où tout s'est arrêté. Pour ne pas rester face au vide, elle décide de partir. De changer d'endroit. De fuir, un peu. Elle ne cherche pas l'amour. Elle ne cherche rien, en réalité. Et pourtant, elle tombe sur lui. Un homme fermé, ironique, visiblement pas libre. Ils se rencontrent au mauvais moment. Quand aimer n'est pas une option. Quand rester est plus simple que s'attacher. Parfois, ce ne sont pas les histoires qui durent qui marquent le plus. Mais celles qui arrivent quand elles n'auraient jamais dû commencer.

Genre
Romance
Author
April
Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapter 1 - Vous voyez cette fille ?

Vous voyez cette fille, là ?

Celle qui marche dans la rue comme si elle avait un train à rattraper, alors qu'elle n'a nulle part où aller. Celle qui garde les épaules droites par habitude, mais dont le regard trahit quelque chose de fêlé. Celle qui avance, simplement parce qu'elle ne sait pas quoi faire d'autre.

Vous voyez ça ?

C'est moi.

Je m'appelle Alma. J'ai 24 ans. Et jusqu'à hier, j'étais convaincue que ma vie suivait une trajectoire claire. Pas parfaite. Pas facile. Mais claire. J'avais un objectif, un horizon, quelque chose vers quoi tendre les mains quand le reste devenait flou.

Hier, cet horizon a disparu.

Pas dans un grand fracas.

Pas dans une scène dramatique.

Juste dans un mail.

Un mail écrit avec des phrases propres, bien rangées, comme si les mots pouvaient adoucir ce qu'ils annonçaient. Comme si la politesse suffisait à amortir la chute.

Je me souviens très précisément de ce moment. J'étais rentrée chez moi depuis quelques minutes à peine. Mon sac avait glissé de mon épaule et reposait encore contre le mur de l'entrée. Je n'avais pas allumé la lumière. Je faisais défiler mes mails sans vraiment regarder, plus par réflexe que par attente.

Et puis je l'ai vu.

L'objet du message.

Sobre. Neutre. Définitif.

J'ai senti mon cœur accélérer, ce battement un peu fou qui te donne l'impression que tout ton corps se prépare à un choc. J'ai cliqué. J'ai lu. Une fois. Deux fois. Trois fois.

Ils me remerciaient.

Ils disaient avoir étudié mon dossier avec attention.

Ils regrettaient de ne pas pouvoir donner une suite favorable.

Je crois que le mot qui m'a le plus marquée, c'est regret.

Parce qu'il sonnait faux.

Parce que moi, je ne regrettais pas. J'avais mal.

Je suis restée debout, immobile, le téléphone à la main, pendant ce qui m'a semblé être une éternité. Puis mes jambes ont lâché, simplement, sans prévenir. Je me suis retrouvée assise par terre, dans l'entrée, le dos contre le mur, comme une enfant punie qui attend qu'on lui dise quoi faire.

Je n'ai pas pleuré tout de suite.

Il y a eu d'abord ce silence lourd. Ce vide étrange, presque irréel, où ton cerveau refuse d'enregistrer l'information. Comme si on avait appuyé sur pause au milieu d'un film, mais sans te demander ton avis.

Ce projet...

C'était plus qu'un dossier. Plus qu'une candidature. C'était une promesse que je m'étais faite à moi-même. La preuve que les sacrifices avaient un sens. Que les soirées passées seule, les week-ends annulés, les "désolée, je peux pas" répétés mille fois n'étaient pas juste du temps perdu.

J'avais construit mes mois autour de lui.

J'avais pensé ma vie après lui.

Et d'un coup, il n'y avait plus d'après.

On ne parle pas assez de ce genre de perte. Parce que ça ne fait pas de bruit. Parce que personne ne te serre dans ses bras en te disant "je suis désolé pour ton rêve". Parce que ça paraît presque indécent de souffrir pour quelque chose qui n'a jamais vraiment existé.

Pourtant, c'était bien réel, pour moi.

Ce soir-là, j'ai essayé d'être raisonnable. De me parler comme on se parle quand on veut se rassurer.

Ce n'est pas grave.

Tu retenteras.

Tu trouveras autre chose.

Ce n'est qu'un refus.

Mais chaque phrase sonnait creux. Comme une leçon apprise par cœur, récitée sans conviction.

Alors j'ai fait ce que je fais toujours quand je perds le contrôle : j'ai rangé.

J'ai déplacé des objets qui n'avaient pas bougé depuis des mois. J'ai plié des vêtements déjà propres. J'ai nettoyé des surfaces déjà propres. J'ai essayé de remettre de l'ordre autour de moi, parce que c'était plus simple que d'affronter le chaos à l'intérieur.

Et puis, au fond d'un tiroir, je suis tombée sur un carnet.

Un carnet banal, usé sur les bords, rempli de notes écrites à la va-vite. En le feuilletant, je suis tombée sur une phrase, écrite en lettres un peu plus grosses que les autres :

Quand ce sera accepté, je déménage.

Je suis restée là, le carnet ouvert sur les genoux, à fixer cette phrase comme si elle venait de quelqu'un d'autre.

Déménager.

C'était la suite logique. La récompense. Le symbole d'un nouveau départ. Une autre ville, un autre rythme, une autre version de moi. Plus sûre. Plus légitime.

Sauf que maintenant... il n'y avait plus de "quand".

Il ne restait que l'idée, suspendue dans le vide.

Cette nuit-là, je n'ai presque pas dormi. Vers deux heures du matin, j'étais sur des sites d'annonces immobilières, l'écran éclairant la pièce sombre. Je cliquais sans vraiment lire. Je regardais des photos de studios trop petits, trop chers, trop impersonnels.

Je me disais que changer de lieu pourrait suffire. Que partir effacerait ce que je ressentais. Que fuir était une solution temporaire, mais acceptable.

Au petit matin, j'avais un rendez-vous.

Une visite.

Et maintenant, je marche dans la rue, les mains enfoncées dans les poches de mon manteau, essayant de me convaincre que c'est une bonne idée. Autour de moi, la ville est déjà bien réveillée. Les gens marchent vite. Les cafés sont pleins. Les conversations s'entrecroisent.

Tout le monde a l'air d'avoir une direction.

Moi, j'avance par automatisme.

L'immeuble est plus vieux que sur les photos. La porte d'entrée grince quand je la pousse. L'escalier est étroit, les marches un peu usées. Au troisième étage, une ampoule clignote faiblement, comme si elle hésitait à rester allumée.

Je m'arrête devant la porte et je souffle.

Je ne sais pas ce que j'attends exactement.

Un signe, peut-être.

Ou juste la sensation de reprendre un peu le contrôle.

Je frappe.

La porte s'ouvre presque aussitôt.

Et je tombe sur lui.

Il est grand, droit, posé. Le genre de présence qu'on remarque sans comprendre pourquoi. Il porte un pull sombre, simple. Son visage est calme, mais fermé, comme s'il était ailleurs, même en étant là.

Son regard glisse sur moi, rapide, évaluateur. Puis il baisse les yeux vers sa montre.

— Vous êtes en avance.

Pas de sourire.

Pas de bonjour.

Je cligne des yeux, surprise par le ton.

— Bonjour quand même.

Il relève les yeux, visiblement peu habitué à ce genre de réponse.

— La visite est à dix heures.

— Il est neuf cinquante-quatre.

— Donc en avance.

Je le regarde, puis je laisse échapper un léger rire, sans joie.

— Vous savez, je pensais pas que c'était si grave.

Il me fixe, impassible.

— Ça dépend pour qui.

Je hausse un sourcil.

— J'imagine que ce n'est pas votre rôle de mettre les gens à l'aise.

Un silence s'installe. Pas long. Mais assez pour être lourd.

Une femme apparaît derrière lui, souriante, énergique, comme si elle voulait effacer la tension d'un coup.

— Alma ! Entrez, entrez !

Je passe le seuil, et je sens son regard dans mon dos. Pas insistant. Pas déplacé. Juste présent. Comme s'il me suivait sans vraiment me regarder.

Et contre toute attente, quelque chose se réveille en moi.

Un agacement.

Une curiosité.

Un début de résistance.

Je ne suis pas venue ici pour discuter.

Je ne suis pas venue ici pour m'attacher.

Je suis venue ici pour fuir.

Mais visiblement, ce mec-là n'a aucune intention de me laisser faire ça tranquillement.

Je n'ai aucune idée de ce que je fais là.

Et encore moins de pourquoi ce type m'énerve autant.

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