Nexus [TERMINÉ]

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Summary

Et si tout ce que vous pensiez connaître pouvait basculer en un battement de cœur ? Nina, une adolescente marquée par un passé qu'on lui a imposé, tente de survivre dans un monde où les apparences sont souvent plus humaines que les cœurs. Un monde où les robots se fondent dans la foule... et où certains sont programmés pour tuer. Quand elle croise le regard d'Evan Collins, un jeune homme à l'aura aussi sombre qu'envoûtante, elle ne se doute pas que sa vie va plonger dans une spirale de secrets, de trahisons... et d'amour. Mais comment aimer quand on est traqué ? Comment croire en quelqu'un qui pourrait être votre pire ennemi ? Et surtout... que reste-t-il de nous quand on nous arrache ce qui nous définissait ? Dans cette histoire où l'humanité vacille entre chair et métal, une vérité s'impose : certains cœurs battent plus fort que les programmes.

Status
Complete
Chapters
30
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapter 1

Un coeur continue à battre même s’il est prisonnier dans du métal

| N I N A |

Le jour se glissa à travers les rideaux de ma chambre, filtré par la lumière pâle du matin. Il baignait mes draps d’une lueur douce, presque bleutée. Je restai allongée quelques instants, écoutant le silence rassurant de la maison. Aucun bruit anormal. Juste le ronronnement lointain de la télévision, le froissement d’un fer à repasser, et le craquement familier du vieux fauteuil dans le salon.

Une matinée comme les autres.

Je poussai lentement les couvertures et m’assis au bord du lit. Mon cœur battait calmement, rythmé. Je passai une main dans mes cheveux, encore ébouriffés par le sommeil, et me levai. Le parquet grinça sous mes pieds nus.Je descendis les escaliers en silence, appréciant chaque pas. Cette maison sentait toujours la chaleur, les souvenirs. La vie.

En bas, mon père était assis dans son fauteuil habituel, un livre ouvert sur les genoux, mais ses yeux étaient fixés sur moi dès que j’apparus. Il eut un sourire doux, fatigué peut-être, mais vrai.

- Bonjour, ma chérie.

- Salut, papa, répondis-je en m’approchant.

Ma mère, debout près de la planche à repasser, jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Elle portait un t-shirt large et avait noué ses cheveux en un chignon désordonné. Elle repassait une chemise avec une concentration toute maternelle, comme si la moindre pliure pouvait changer le monde.

- Tiens, voilà notre rayon de soleil, dit-elle en posant le fer.

Je m’approchai d’eux. Papa se leva de son fauteuil, et maman s’essuya rapidement les mains sur une serviette avant de m’enlacer.

Leurs bras autour de moi. Leur chaleur. Leur odeur familière.

Mon père déposa un baiser sur le sommet de mon crâne, et ma mère me serra fort comme si elle pouvait me protéger de tout, même du passé. Même de moi-même.

- Bien dormi ? me demanda-t-elle doucement.

J’hochai la tête. Je n’avais pas envie de leur dire que j’avais rêvé du laboratoire encore une fois. Que des ombres sans visages me poursuivaient, et que je courais sans jamais être essoufflée. Je ne sentais rien. Jamais.

- Très bien. C’était calme.

Ils échangèrent un regard discret au-dessus de ma tête, un de ceux qu’ils pensaient que je ne remarquais pas.

Je le vis. Je les voyais toujours.

Mais je ne dis rien.

Je voulais que cette journée soit normale, qu’elle reste comme maintenant. Douce. Ordinaire. Sécurisée.

Car au fond de moi, même si je ne ressentais pas la douleur, je sentais qu’elle approchait.

Et qu’elle avait un visage de métal.

Je m’installai sur le canapé, ramenant mes jambes contre moi. Le soleil jouait avec les rideaux, projetant des ombres mouvantes sur le mur. Mon père avait repris son livre, mais je sentais son attention toujours partagée entre les pages et moi.

Maman pliait maintenant les chemises repassées avec précision, les rangeant par couleurs comme elle le faisait depuis toujours.

- Maman ? demandai-je doucement.

- Oui, mon cœur ?

- T’as prévu quelque chose pour ce midi ?

Elle me lança un sourire par-dessus sa pile de vêtements.

- Oui, j’ai prévu de faire ton plat préféré. Le gratin de pommes de terre au fromage avec la salade d’avocat.

Je souris à mon tour. Une chaleur familière se glissa dans ma poitrine. C’était un plat simple, mais il me rappelait toujours mon enfance. Une époque où je n’avais encore aucune idée de ce que j’étais vraiment.

- Je peux t’aider ? demandai-je en me levant.

- C’est gentil, dit-elle en reposant sa pile. Tu pourrais éplucher les pommes de terre si tu veux. J’ai tout laissé sur le plan de travail dans la cuisine.

- Parfait.

Je passai à côté d’elle et effleurai sa main au passage. Elle me gratifia d’un regard tendre, un de ceux qu’elle gardait pour les moments entre nous deux. Des petits gestes simples. Normaux. Humains.

Et pourtant, dans le fond de ses yeux, comme dans ceux de papa parfois, je voyais une inquiétude voilée. Une peur qu’ils tentaient d’enfouir. Ce n’était pas la peur de moi... mais pour moi. Je fis semblant de ne rien voir. Parce qu’au fond, je savais que ces moments tranquilles étaient comptés, et je n’étais pas encore prête à les laisser partir.

Je rejoignis la cuisine en fredonnant doucement un air que je ne connaissais même pas. Un de ces airs qui naissent dans la tête sans prévenir.Sur le plan de travail, un sac de pommes de terre m’attendait, posé à côté d’un couteau et d’une planche en bois. Je retroussai mes manches, attrapai le couteau et commençai à éplucher.La peau glissait facilement sous la lame. J’aimais ce geste précis, presque méditatif. Le bruit léger du couteau contre la chair des pommes de terre était étrangement apaisant.

- Maman ? lançai-je sans me retourner.

- Oui ?

- Tu penses que je devrais reprendre mes cours ? Ou que c’est trop risqué ?

Il y eut un silence. Elle venait de poser une chemise, à peine pliée.

- Je crois que ça dépend de toi, Nina. Si tu t’en sens capable. On peut te protéger, mais on ne peut pas t’empêcher de vivre.

Je souris, même si elle ne le voyait pas. Sa voix était pleine de douceur, mais je percevais le poids derrière ses mots.Je pris une autre pomme de terre, la posai sur la planche et commençai à la couper en fines rondelles. Le geste était fluide, précis. Mon esprit était ailleurs, flottant entre la voix de ma mère dans le salon et les souvenirs flous d’une nuit agitée.

Puis la lame dérapa. Un petit glissement traître, presque silencieux.

Je baissai les yeux. Une fente nette venait de s’ouvrir sur mon index, fine comme une coupure de papier. Mais au lieu du rouge habituel, une substance bleue, épaisse et brillante commença à s’en écouler.

Pas du sang. Jamais du sang.Le fluide, semblable à une sorte de liquide synthétique, avait une lueur presque métallique, et coulait lentement comme du mercure.

- Merde, soufflai-je.

- Qu’est-ce qui se passe ?! s’écria ma mère depuis le salon.

Elle surgit dans l’encadrement de la porte en quelques secondes à peine, le visage blême. Elle vit ma main, puis la planche, et tout l’air sembla sortir de ses poumons d’un seul coup.

- Nina ! Ta main !

Elle se précipita vers moi, saisissant doucement mes doigts, les tournant pour voir l’entaille. Le fluide bleu s’était répandu sur la planche de bois, colorant les rondelles de pommes de terre d’une teinte surnaturelle.

- Ce n’est rien, murmurai-je. Ça ne fait pas mal.

- Justement, dit-elle en tremblant. C’est ça qui me fait peur, Nina. Tu pourrais te trancher profondément sans jamais t’en rendre compte. Ce fluide... il ne coagule même pas comme il faut.

Je regardai ma main. La blessure était superficielle, déjà refermée à moitié — une autre bizarrerie de mon corps. Ce n’était pas de la régénération rapide, pas vraiment. C’était comme si le fluide colmatait tout à sa place, de façon automatique.

- Je suis désolée, murmurai-je. Je ferai plus attention.

Elle ne répondit pas tout de suite. Elle pressait encore ma main dans la sienne, comme si elle craignait qu’elle disparaisse sous ses yeux.

- Tu n’as pas à t’excuser, finit-elle par dire. Ce n’est pas ta faute. Rien de tout ça n’est ta faute.

Elle me regarda droit dans les yeux.

- Mais tu dois comprendre... ton corps ne fonctionne pas comme les autres. Il est silencieux. Et c’est dans ce silence que le danger se cache.

Je hochai la tête. Je le savais. Je l’avais toujours su.Mais l’entendre dans sa voix brisée me fit frissonner, malgré moi.Des pas lourds résonnèrent dans le couloir, puis la voix grave de mon père s’éleva, inquiète :

- Il se passe quelque chose ?

Il entra dans la cuisine et s’arrêta net. Ses yeux se posèrent sur la planche à découper, encore tâchée de traces bleues, puis glissèrent vers ma main... déjà refermée.Il resta figé une seconde, le souffle suspendu, comme s’il avait besoin d’être sûr que tout allait bien avant d’avancer. Puis, il poussa un profond soupir de soulagement.

- Bon sang... Nina...

Il s’approcha lentement et posa une main rassurante sur mon épaule. Son regard alla de ma mère à moi, lisant en nous sans poser de questions.

- Ce n’est rien, papa. Une petite coupure. J’ai mal géré une pomme de terre, murmurai-je avec un petit sourire désolé.

Il m’observa, grave mais tendre, puis hocha la tête.

- Tu saignes bleu, tu ressens rien, et pourtant tu continues à vouloir cuisiner. Sacrée gamine...

Je ris doucement, juste un souffle. Il essayait de détendre l’atmosphère, comme toujours. Et ça marchait, un peu.Je me libérai de leur étreinte lente, puis pris une inspiration discrète. Il était temps. Je ne pouvais pas continuer à vivre dans cette bulle éternellement.

- Je voulais vous parler de quelque chose, dis-je en les regardant l’un après l’autre.

Ils échangèrent un regard instantané. Ils s’attendaient à tout. Ou presque.

- Je veux retourner en cours.

Le silence tomba dans la cuisine comme une pierre dans un lac calme.

Ma mère plissa les yeux, inquiète. Mon père fronça légèrement les sourcils, son dos se redressant à peine.

- Tu es sûre ? demanda-t-il avec douceur, mais sans cacher sa tension.

- Oui. Je veux... essayer. Me lever le matin, prendre un sac, aller dans une salle de classe et faire semblant d’être normale. Ou au moins essayer. J’en ai besoin. Vraiment.

Ma mère posa le torchon à côté d’elle, comme si elle devait poser quelque chose pour réfléchir.

- Nina, tu sais que ce n’est pas une question de volonté. C’est une question de sécurité. On a accepté tellement de compromis depuis ta naissance... Mais là, retourner au lycée, c’est...

- C’est vivre, maman, la coupai-je doucement. Juste un peu.

Ils restèrent silencieux, le poids de leur amour pour moi suspendu dans l’air. Ils n’avaient jamais voulu me retenir. Mais ils avaient toujours voulu me protéger.

Et moi... je savais que ce choix allait peut-être tout changer.

Mais c’était maintenant ou jamais.Ma mère resta silencieuse encore un instant, les yeux fixés sur moi. Puis elle poussa un long soupir, profond, presque résigné.

- Et s’il décide de revenir ? dit-elle finalement.

Sa voix tremblait à peine.

- Tu sais Nina, que tu n’es pas en sécurité. Le seul endroit où tu ne crains rien, c’est ici.

Je baissai les yeux un instant. Je comprenais. Bien sûr que je comprenais.Mais je ne pouvais plus vivre comme une proie enfermée dans une cage dorée.Je relevai la tête, plantant mes yeux dans les siens, et répondis d’un ton calme, presque ironique :

- Et tu n’es pas Mère Gothel... et moi, je ne suis pas Raiponce.

Elle eut un léger mouvement de recul. Ce n’était pas de la colère dans ses yeux. C’était... autre chose. Une douleur silencieuse. Celle d’une mère qui sait qu’elle ne pourra pas garder son enfant à l’abri toute sa vie.Mon père esquissa un sourire fatigué derrière elle. Pas moqueur, juste... admiratif. Comme s’il reconnaissait là ma voix, ma force. Mon cœur battait un peu plus vite, pas de peur, mais d’espoir.Je venais de franchir une ligne invisible. Et quelque chose me disait que le monde, là-dehors, m’attendait déjà.

La journée passa vite. Trop vite, peut-être.Je passai l’après-midi à réviser quelques cours oubliés, à répondre à des messages d’amies qui s’étaient faites rares, et à ignorer le poids invisible qui pesait toujours sur mes épaules. Celui du passé. Celui du robot.

Mais ce soir-là, à table, le silence était plus lourd que d’habitude.

Mon père mangeait lentement, perdu dans ses pensées. Ma mère poussait sa fourchette dans son assiette sans grande conviction, les yeux un peu trop brillants à mon goût.Je déposai ma cuillère et les observai tous les deux, sentant que quelque chose couvait. Mon cœur se serra quand je vis la main de ma mère trembler légèrement en saisissant son verre.

Et puis... elle craqua.

- Je suis désolée, dit-elle, les larmes roulant soudainement sur ses joues. Je voulais pas... Mais j’ai tellement peur, Nina.

Je me figeai. Mon père lui posa doucement la main sur l’épaule, mais elle continua, comme si elle avait besoin de vider ce qu’elle retenait depuis des jours, des semaines.

- Tu ne sais pas... tu ne peux pas savoir à quel point on t’aime.

Elle me regarda droit dans les yeux, et sa voix se brisa.

- Depuis le tout premier instant où on t’a prise dans nos bras... On n’a jamais vu une “création”. On a vu notre fille.

Elle essuya ses joues d’un geste tremblant.

- Tu n’étais pas un projet, ni une anomalie, ni une erreur. Tu étais un miracle. Et ta différence... ton fluide bleu, ton absence de douleur, tout ça... ça n’a jamais été un obstacle pour nous.

Elle inspira profondément, les lèvres serrées, et conclut d’une voix plus posée, mais toujours vibrante :

- C’est ça qui fait ta force, Nina. Ce que tu es. Tu es unique. Et tu es aimée. Infiniment.

Mon cœur se serra violemment, mais aucune larme ne vint. Je ne pleurais pas facilement. Pas parce que je ne ressentais rien. Mais parce que je ressentais trop.Je me levai, contournai la table, et la pris dans mes bras, fort. Comme si je pouvais lui transmettre toute la certitude que je portais : je les aimais aussi. Plus que tout.

- Je sais, maman, murmurai-je. Je vous aime. Et je vous promets que je ferai tout pour rester auprès de vous.

Elle hocha la tête contre mon épaule, et mon père nous entoura toutes les deux de ses bras puissants. Notre cocon. Notre monde.Et pourtant, au fond de moi, une pensée froide perça la chaleur du moment.

S’il revient... rien ne sera jamais plus pareil.

Après le dîner et les émotions de ma mère, l’air dans la maison s’était adouci, comme si les mots avaient eu le pouvoir de chasser les tensions. Papa avait proposé un vieux film qu’il adorait, mais j’avais décliné gentiment.J’avais besoin d’un moment à moi.

Je montai lentement les escaliers, une main glissant le long de la rampe en bois, usée par les années. Le parquet grinça sous mes pas. Ma chambre m’attendait, calme, familière.Je pris une douche chaude, laissant l’eau ruisseler sur ma peau pâle, détendre mes muscles. La vapeur enveloppa la pièce, effaçant pour un instant les inquiétudes de la journée. Là, sous le jet d’eau, je me sentais presque normale.

Presque.

Je ressortis emmitouflée dans une grande serviette, les cheveux humides collés à mes épaules, et allai jusqu’à ma chambre. Il faisait froid. L’hiver tapissait les murs de la maison d’une fraîcheur mordante, et j’aimais ça — cette sensation d’être bien à l’intérieur alors que dehors tout était glacé. Je mis mon pyjama polaire gris, tout doux, avec des petites étoiles cousues sur le haut. Mon préféré.Puis, je fis ce que je faisais souvent l’hiver : j’éteignis la grande lumière, et j’allumai mes bougies, une par une.Leur lueur vacillante dansait contre les murs, transformant ma chambre en un cocon doré et rassurant. Une odeur légère de vanille et de cèdre se répandit dans l’air. C’était mon rituel du soir. Ma bulle.

Je pris mon sac de cours et le préparai calmement : cahiers, trousse, chargeur, bouteille d’eau, écouteurs. Tout était à sa place. J’aimais que les choses soient prêtes, rangées. C’était peut-être le seul domaine de ma vie que je contrôlais.Puis je me glissai dans mon lit, tirai la couverture polaire jusqu’au menton et lançai Netflix sur mon ordinateur portable.

Je choisis une série que j’avais déjà vue cent fois — quelque chose de léger, sans danger, sans robots. Sans fuite.Et pendant que l’épisode démarrait, le visage éclairé par les flammes dansantes, je me permis d’oublier. Juste pour ce soir.L’épisode tournait encore, mais mes paupières s’étaient faites lourdes. La chaleur des couvertures, la lueur des bougies et le ronronnement de mon ordinateur formaient une berceuse silencieuse. Je ne luttais même pas.Je m’assoupis sans m’en rendre compte.

Un bruissement léger me tira du sommeil. Un souffle d’air. Un craquement de planche.Mes yeux s’ouvrirent en sursaut, le cœur battant un peu plus vite.Mais ce n’était pas une silhouette inconnue. C’était mon père.Il était penché sur mon bureau, en train d’éteindre délicatement les bougies une par une. Sa grande main referma doucement le couvercle de mon ordinateur, le repliant sans bruit. L’écran noir refléta un instant son visage fatigué, marqué par l’inquiétude et la douceur.

Je bougeai légèrement sous la couverture. Il tourna la tête et me vit éveillée. Un sourire attendri étira ses lèvres.Il s’approcha et s’assit au bord du lit, sa main calleuse venant me caresser tendrement les cheveux, du front à la tempe.

- Je ne voulais pas te réveiller, ma puce, rendors-toi... tu es en sécurité ici. On veille sur toi. murmura-t-il.

Je fermai les yeux sous sa main. Son geste, sa voix... tout était vrai. Tout était là.