PERDUS ET RETROUVÉS (Collioure 1)

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Summary

Quand Jaimie reçoit un appel téléphonique la prévenant que sa tante a eu un accident, elle n'a pas d'autre choix que de partir pour Collioure. Où elle se trouve rapidement confrontée à Thomas: son flirt d'adolescence, le petit ami qu'elle a quitté trop vite. Entre les tracas, son groupe d'amis d'enfance qui souffre avec elle, et qui s'agrandit, cette histoire suit Jaimie, ses doutes, ses peurs et ses tribulations. Basée sur l'amitié, Supernatural, ceci est une histoire d'amour, chaleureuse et délicieusement lente.

Genre
Romance
Author
NotSayin'
Status
Complete
Chapters
43
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

1. Le gai Paris, pas si gai

Bonjour tout le monde! Ce petit mot vite fait pour vous prévenir que cette histoire est une slow-burn, ou commencement lent si vous préférez, ces personnages ont besoin de temps avant de plonger sous les draps... ou ailleurs si l'envie les prend. Si ce genre, ou les jurons ne sont pas votre style, à bon entendeur...

Cette histoire développe également tout un monde, d'amitiés et de romances. Si vous aimez ces personnages, le reste de la série est complète et les versions françaises sont, ou seront disponibles très vite.

Bonne lecture :)

F.


Avant ce soir, je n'avais jamais réalisé à quel point ma vie était devenue chiante. Je veux dire, j’ai un boulot décent, un appart sympa, des amis en or…

Mais me voilà, à trente ans, un vendredi soir à dix heures, à bâiller comme une mamie épuisée par une soirée bingo un peu trop prolongée.

Je m’en-nuie.

Alexis et Pen, (son véritable prénom est Pénélope, mais surtout ne l'appellez ja-mais comme ça) s’amusent comme des folles sur la piste de dance. Nathan doit être dans les parages aussi, probablement en train de draguer, comme d’habitude.

Quant à moi, je fais la babysitter. Comme n’importe quelle femme de mon âge, un vendredi soir, dans la discothèque la plus belle et la plus populaire de notre capitale, quoi.

Mouais…La petite sœur de Pen est en ville, et Penny m’a suppliée de les sortir: banquette VIP, champagne sur glace, tout le micmac.

C’est la première visite de Mélodie à Paris, et Pen voulait vraiment lui organiser un week-end inoubliable. L’entreprise pour laquelle je travaille étant très réputée dans le monde du business, je peux obtenir des admissions VIP pour à peu près tout ce qui se passe en ville.

L’ennui est que Mélodie est une sale gosse pourrie-gâtée. D'accord, elle est encore jeune, l’enfant dorée d’un couple déjà trop âgé, dont Madame s'est retrouvée enceinte par accident quand Penny avait quatorze ans. Retraités qui se retrouvent aujourd’hui complètement paumés, incapables d’élever une adolescente.

La gamine a seize ans et elle est jolie, j’en conviens, mais bon dieu quelle peste.

Le premier jour de son séjour, tour VIP du Louvre, avec un guide privé, s’il vous plaît.

La sale gosse a passé son temps collée à son téléphone, et à rouler des yeux toutes les deux secondes, si j’en crois mon amie Penny, furieuse, et à deux doigts de lui claquer le beignet une bonne fois, et de la recoller dans le premier train en direction du Sud.

Elle se disait qu’une petite soirée chic ferait plaisir à l'horrible princesse, mais franchement, c’est l'échec le plus complet.

La gamine a boudé dans la voiture parce que Nathan a refusé de flirter avec elle, en lui expliquant, avec son habituelle diplomatie d'éléphant dans un magasin de porcelaine, qu' il n'était pas pédophile, merci.

Elle a boudé dès la première minute dans la discothèque, parce que, Mesdames et Messieurs, nous n'avons pas opté pour la bouteille de vodka. Elle a seize ans, nom d’une pipe. Et nous n'aimons pas la vodka.

Maintenant, elle boude parce que… Ben j’en sais rien. A ce point, je m’en contrefous, même. Je ne veux qu’une chose, c’est rentrer chez moi et aller me coucher.

“SALUT, TOI!”. Je n’ai même pas besoin de regarder, il n’y a que Nathan pour penser que tout le monde est sourd quand il est soûl. Le volume qui sort de la bouche de ce mec, je vous jure, Pavarotti serait jaloux.

Il se jette sur la banquette, à côté de moi, en s’éventaillant avec le menu. “Il fait vachement chaud ici, non”, me hurle-t-il, la main dans le seau de glaçons.

Nathan se sent comme chez lui partout où il va, et ne voit aucun problème à déboutonner sa chemise entièrement pour glisser un glaçon sur sa poitrine et ses abdos.

Mélodie ne peut pas s'empêcher de le fixer, et c’est assez comique.

“Ouais, chaud, ouais”.

Je ne peux pas la blâmer, en même temps. 1m89 de muscles, couverts de tatouages celtiques, des boucles blondes, et des yeux bleus…

Il était gymnaste, quand nous étions jeunes, jusqu'à ce qu’une blessure ne coupe court sa carrière olympique. Maintenant, à trente ans, il est modèle pour un magazine de sports, de temps en temps, et gère sa propre salle de sports où il entraîne des enfants à la gymnastique.

Si Chris Hemsworth n’avait pas été embauché, Nathan aurait pu être le prochain Thor. Un gars en or, franchement, le seul à pouvoir nous appeler toutes les trois “Mon Bébé” et rester en vie.

Le seul inconvénient à sortir en sa compagnie est la quantité de bave qu'il laisse dans son passage. Pas la sienne, non non. Ses … fans, dirons-nous. Femmes, hommes, jeunes, moins jeunes, il y a en général des troupeaux de gens pour embrasser le sol sur son passage.

Le demi-dieu en question l’ignorant totalement, l’adorable Mélodie essaie d’accentuer un peu plus sa moue. Donnez-lui encore cinq minutes et elle finira par ressembler à un babouin.

‘Nathan, quelle bonne idée”. Bras s’agitant de tous les côtés pour essayer de se rafraîchir, arrivent les deux dernières terreurs de notre quatuor. Alexis, blonde, les yeux verts, la silhouette de Jessica Rabbit et d’une grossièreté à faire rougir un marin. Et l’adorable, douce Pen, aussi petite que moi, mais menue à la limite du trop mince, des yeux de biche, ses cheveux châtains retombant toujours sur ses épaules en style, comme une modèle pour L'Oréal.

Et puis, il y a moi, Jaimie. Petite, aussi, bouclée et plus dodue, et se traînant actuellement comme la grand-mère de notre petit gang.

“Qu’est-ce qu'il t'arrive, toi?”. Ça, c’est Al, qui ne cesse jamais de faire attention à nous. Si elle n'était pas aussi blonde, dorée et sexy comme un dessin animé de Tex Avery, elle serait le stéréotype parfait de la mère italienne: un œil de rapace, ne ratant rien, et attentionnée à la limite de l’étouffant.

“Non, ça va, je suis juste fatiguée, c’est tout”.

Je n’arrive pas à me débarrasser de cette impression que quelque chose va mal, et je suis incapable de l'expliquer, mais je ne vais certainement pas en parler ce soir et gâcher la soirée.

Si ce n'était que de moi, je ne parlerais pas de mes problèmes du tout. J’adore mes amis, mais parler de moi ne fait pas partie de mes talents. Avec les murs que j’ai construits autour de moi, je vis dans l’équivalent mental de la prison d’Alcatraz.

Mais peu importe, retournons à notre soirée de folie. Nous, enfin, les survoltés parmi nous, prennent le temps de se rafraîchir un peu, nous finissons nos verres, en parlant vaguement de partir en vacances ensemble sous peu… Mademoiselle Je-Boude continue à… je ne vous fais pas de dessin, et nous décidons d' un commun accord qu'assez, c’est assez. Allez hop, au lit.

Le studio de Pen étant beaucoup trop petit, elle m’avait demandé à l'avance si sa sœur pouvait loger chez moi pendant son séjour. Comparé à sa boîte à chaussures, l’appartement, enfin le Penthouse dont mon emploi m’offre la location est aussi grand que le château de Versailles, sans l’or ni les lumières.

Connaissant la sale gosse, j’avais suggéré à Penny qu'elles restent chez moi toutes les deux, pour le séjour de Mademoiselle Pourrie-Gâtée à Paris. Nate et Al n’habitent pas dans le centre non plus, en général, les weekends, ils dorment chez moi de toute façon. C’est donc en quatuor plus enfant boudeuse que nous tombons dans l’ouverture de ma porte à deux heures du matin. Pen traîne sa sœur dans une chambre, Nate, étant le roi de cette jungle, a une chambre pour lui tout seul, et Alexis dort avec moi.

Et pour dormir, elle dort…

Il n’y a que moi, pauvre de moi, pour rester allongé à côté d'elle, les yeux grands ouverts, à regarder le plafond, épuisée, mais trop tendue pour dormir.

Mais qu’est-ce qu'il m’arrive? Tout va bien dans ma vie, je n’ai rien entendu de Paul, ou, comme dit Alex, la tête de con, qui a enfin l’ air d’avoir compris, après deux ans, que non, je ne reviendrai pas avec lui et que oui, je peux très bien vivre sans lui, merci bien.

Est-ce que trente ans, c’est l'âge adéquat pour faire une crise existentielle?

Al marmonne dans son sommeil et se retourne. C’est amusant, même dans son sommeil, il faut qu'elle parle.

Elle n’arrêtait pas de mentionner cette histoire de vacances, ce soir… Peut-être qu'on en a tous un peu besoin… Je bosse des heures de fous, poussée par un patron américain qui considère un journée sans réunion comme une journée non vécue, et je vous parie mon chapeau qu' il parle de quotas dans son sommeil. Je le comprends, notez bien, en tant que chef d'un bureau spécialisé dans les audits, et l'évaluation de la satisfaction de clientèle, c’est son pain et son vin.

Le sien, pas le mien. Moi, je bosse là-bas, hein, c’est tout.

Nathan travaille trop dur aussi. Je crois que la dernière fois qu' il a pris des vacances, c’est l'été dernier quand on est partis, comme chaque année, tous les quatre.

Je souris, en pensant à notre quatuor de fous…

Nous nous sommes tous rencontrés il y a des lustres, quand nous avons atterri tous les quatre dans la même classe, au lycée. Je connaissais Penny parce qu’elle avait des classes en commun avec nous au collège, Pen connaissait Al parce qu'elles prenaient le même bus. Nathan et moi étions déjà amis, et dans la même classe depuis la première année de collège.

J’étais la seule fille à ne pas me pâmer devant lui. Il était beau, déjà, mais il était blond et je préfère les bruns, ne me jugez pas.

Première journée de lycée, donc, on s’est assis ensemble, forcément. Penny s’est installée à la table devant la nôtre dès qu'elle nous a reconnus, et Al l’a tout simplement suivie.

Et le reste est de l’histoire ancienne: les conneries, l’école, les sorties, les longues soirées à étudier ensemble, notre amitié a survécu à tout. Les études différentes, les universités différentes, dans des villes différentes… Al partie pour étudier pour devenir kiné, ce qui lui prenait tout son temps, on ne l’a pas beaucoup vue pendant plusieurs années, elle passait son temps dans les livres, puis s’est consacrée à son stage… Ensuite son changement de carrière, de nouvelles études, pour devenir journaliste. Penny à la Sorbonne, pour devenir institutrice, le rêve olympique de Nathan s'écroulant en ruines, le décès de mon père…

Le truc fou c'est que nous avons tous atterri à Paris la même année.

Et ce qui est encore plus fou, c'est que nous avons tous les quatre trente ans et que nous sommes tous célibataires. Les relations nous sont arrivées, et reparties.

Après plusieurs années à sortir avec le même type, et six mois épiques à vivre avec, Pen a renvoyé le mec chez sa mère. Elle nous dit et répète qu’elle n’est pas faite pour vivre avec quelqu'un, et qu’elle n’en sera jamais capable.

Le roi Nathan flirte beaucoup, mais il est trop habitué à voir les gens se pâmer devant son look et sa relative célébrité, et malgré sa nonchalance naturelle, ne fait pas suffisamment confiance aux gens pour s’ouvrir à qui que ce soit au-delà de quelques heures de fun.

Quant à Al, oh, Al…Pendant des années, notre Al était un véritable cœur d'artichaut. Le premier mec qu’elle rencontrait, paf, c'etait le bon, parce que “Jaimie, je te jure, je suis folle de lui”.

Mais elle tombait dans la déception aussi vite qu’elle tombait amoureuse “Mais, enfin, Jay, après quatre mois ensemble, je découvre que le cinglé se lève tous les jours à cinq heures du mat’ et commence sa journée par se faire un putain de smoothie, Jaimie. Est-ce que ce n’est pas un peu logique que je ne voie pas d’avenir avec ce type?”

Après des années à ce régime, notre amie a décidé que pas d'homme était mieux que de passer son temps avec le mauvais.

Et pour finir, il y a moi. Un seul flirt qui vaille le coup d’en parler dans ma jeunesse. Et puis, Paul, que j’ ai rencontré quand j’ai emménagé à Paris. Mon premier boulot était dans le département Marketing d’une grande chaîne de magasins. J'étais timide, pas persuadée que ce nouvel emploi soit le bon, et Paul m’a fait tourner la tête. Charmant, toujours prêt à m'aider, grand, brun, les yeux marrons… Il m'a proposé de me montrer les rouages de mon nouveau boulot, et tout allait bien jusqu’à ce qu’il ait une promotion. Grimper les échelons a dû lui donner l’impression qu’il était mieux que moi à tous les niveaux. Lentement, mais sûrement, il commence son travail de sabotage. Oh, très subtil, au départ, juste une petite question par-ci par-là, pour s'assurer que le mot que j’ employais était vraiment ce que je voulais dire, que ce chemisier soit bien assez chic pour la soirée où nous allions… Les questions subtiles lentement remplacées par des petites critiques, “pour mon bien”: est-ce que j’étais bien sûre que ce soit une bonne idée de manger ça, est-ce que c'était vraiment une bonne idée de sortir ce soir, peut-être qu’il faudrait que je me mette au sport, parce que je n’allais pas en m’amincissant…

Il a fallu qu’il en arrive à me donner un ordre, un soir, pour que je me rende compte que, et d’un, il contrôlait toute ma vie, et de deux, la petite Jaimie indépendante que j'étais avait complètement disparu dans sa toile tissée de règlements, et de peurs de le décevoir. Comme de bien entendu, c’est mon gang qui m’a sauvée: il avait décidé de m’interdire d’aller à l'anniversaire de Penny. Il le savait, pourtant, nos anniversaires sont sacrés. Nous sommes tous les quatre notre propre famille depuis que nous avons seize ans, et nous n’avons jamais, jamais manqué un seul de nos anniversaires. Et pourtant, il avait choisi cette soirée-là pour serrer un peu plus les boulons de mes menottes mentales, avec une main de fer sur mes poignets, et l’autre levée pour me frapper, et j’ai explosé.

Pour la première fois de ma vie, j’ai crié, hurlé même, et quand il a essayé de bloquer la porte, j’ai jeté une bouteille de vin dans sa direction avant de partir en courant.

Je me suis réfugiée chez Al pour un temps, j’ai quitté mon boulot, ensuite habité avec Nathan, avant d'être employée là où je travaille actuellement, et d'obtenir cet appartement.

Et finalement, enfin, après deux ans à m'appeler, à m'envoyer des messages, allant jusqu'à me supplier de revenir, Paul me fiche la paix depuis deux mois.

Donc pour résumer, je devrais être heureuse, pas vrai?

Et pourtant, je ne dors plus.

Les deux jours qui s'ensuivent sont un véritable cirque. Nous passons le week-end ensemble, comme nous le faisons si souvent, et partons sur le chemin du Paris touristique pour faire plaisir à l’implaisable Mélodie.

Mélodie est le Titanic du fun. Offrez-lui un musée sympa, un repas dans l'un des restos les plus exclusifs de la capitale et du pays tout entier, un tour privé dans les Catacombes, toutes nos idées coulent dans un océan de soupirs, de roulement d'yeux, et oui, de bouderies. C’est donc avec le plus grand des bonheurs que nous la poussons dans un train, lui faisons au-revoir de la main, souhaitant in petto bon courage à ses parents, avant de reprendre notre petite vie heureuse.

Seulement, dans mon cas, pas si heureuse que ça. Je ne dors toujours presque pas, et rien ne semble pouvoir briser la grisaille de ma routine et des choses simples. J’ai même essayé de faire de l’exercice, c’est pour vous dire.

Oh, je vous rassure, une fois m’a suffi! Après une heure à souffler, transpirer, et prier pour une mort prématurée sur l’un des tapis de course de Nathan, suivie par une semaine à me traîner sur des genoux grinçants et des mollets trop contractés, j’ai jeté mes baskets dans la Seine et…

Non, non je plaisante, je les ai donnés à un dépôt-vente, je ne suis pas un monstre, quand même.

Tout ça pour dire que ce fut la fin de ma crise de folie “Le sport, c'est la santé”.

Ce qui n’a pas aidé mon problème de sommeil. Du tout.

Bien entendu, Tatie Carole suit mon cas de près, nos appels hebdomadaires désormais rythmés par de longues séries d’explications sur les cycles de la lune, quelle est la bonne heure pour boire une tisane, et est-ce que placer un cristal sous mon oreiller ne serait pas la solution.

Soixante-huit ans, et Tatie Carole est toujours la hippie à l’esprit livre qu’elle était à vingt ans. Mais je l’adore, et malgré ses idées parfois un peu farfelues, elle a d’énormes connaissances, et m’aime comme si j'étais sa propre fille.