Chapitre 1 : La montre du grenier
La pluie tombait doucement sur le toit de la vieille maison.
Elena aimait ce bruit.
C’était un son familier, presque rassurant. Depuis la mort de sa grand-mère quelques semaines plus tôt, la maison semblait trop silencieuse, trop vide. Pourtant, ce soir-là, quelque chose dans l’air semblait différent.
Le grenier.
Elle ne savait pas pourquoi, mais depuis plusieurs jours une étrange sensation la poussait à monter là-haut. Comme si quelque chose l’appelait.
Elena posa son téléphone sur la table et regarda les escaliers étroits menant au grenier.
— Ridicule…, murmura-t-elle.
Et pourtant, elle se leva.
Chaque marche grinçait sous ses pieds lorsqu’elle monta lentement. L’odeur du bois ancien et de la poussière emplissait l’air.
Sa grand-mère lui avait toujours interdit d’aller dans le grenier.
"Certaines choses doivent rester où elles sont", disait-elle souvent avec un sourire mystérieux.
Mais maintenant, il n’y avait plus personne pour l’en empêcher.
Elena poussa la petite porte.
La lumière de l’ampoule vacilla une seconde avant de s’allumer. Des cartons, des meubles anciens et des malles poussiéreuses remplissaient la pièce.
Elle avança lentement.
Ses doigts glissèrent sur un vieux coffre.
Puis soudain…
Un bruit.
Tic.
Elle fronça les sourcils.
Tic…
Comme une horloge.
Mais il n’y avait aucune horloge dans le grenier.
Elle suivit le son jusqu’à une petite boîte en bois sombre, posée au fond d’une étagère.
Le tic-tac venait de là.
Elena hésita.
Puis elle ouvrit la boîte.
À l’intérieur reposait une montre ancienne, argentée, ornée de gravures délicates. Elle semblait incroyablement vieille… et pourtant parfaitement intacte.
Le tic-tac s’arrêta au moment où Elena la regarda.
Comme si la montre venait de remarquer sa présence.
— C’est bizarre…, murmura-t-elle.
Elle la prit dans sa main.
La montre était tiède.
Comme si quelqu’un venait juste de la tenir.
Un frisson parcourut sa nuque.
Au moment où ses doigts effleurèrent le cadran…
La pièce tourna.
Le sol sembla disparaître sous ses pieds.
Le tic-tac reprit, mais cette fois il résonnait partout autour d’elle.
TIC.
TIC.
TIC.
La lumière du grenier explosa en milliers d’éclats.
Puis…
Le silence.
Quand Elena rouvrit les yeux, elle n’était plus dans le grenier.
Elle se trouvait au milieu d’une rue pavée.
Des lanternes éclairaient faiblement les façades des bâtiments. Des chevaux passaient devant elle, tirant des charrettes.
Des gens en vêtements anciens marchaient autour d’elle.
Elena cligna des yeux.
— Attendez…
Son cœur se mit à battre très vite.
La ville qu’elle connaissait avait disparu.
Les immeubles modernes, les voitures, les panneaux lumineux… tout avait disparu.
À la place, il n’y avait que des rues anciennes et des maisons de pierre.
— Ce n’est pas possible…
Elle regarda la montre dans sa main.
Le cadran brillait légèrement.
Puis une voix derrière elle dit :
— Vous êtes perdue, mademoiselle ?
Elena se retourna.
Un homme se tenait devant elle.
Grand.
Des cheveux sombres.
Un uniforme militaire ancien.
Mais ce n’était pas ce qui la frappa le plus.
C’étaient ses yeux.
Des yeux gris clair… presque argentés.
Il la regardait comme s’il venait de voir un fantôme.
— Je crois…, murmura-t-il lentement,
— que vous n’êtes pas censée être ici.
Le cœur d’Elena s’arrêta presque.
Parce que, sans comprendre pourquoi…
Elle avait l’impression de le connaître.
Et quelque part, très profondément en elle…
Elle savait déjà une chose.
Cette rencontre allait changer le cours du temps.