Les proscrits de l'Histoire
Les proscrits de l’Histoire
“Qui contrôle le passé contrôle le futur; qui contrôle le présent contrôle le passé.”
George Orwell, 1984
(On entend une voix off, sur un écran de cinéma, où un officier républicain dévale des escaliers au ralenti, en direction d’une grille.)
Voix Off : Germain descendit les escaliers, et se retrouva sur l’avenue de la République. Fontenay se vidait peu à peu. Les rues en cette fin de soirée ressemblaient à des artères désertes, qui auraient pu laisser surgir n’importe quelle embuscade derrière chaque coin de mur. Il savait que la ville, même si de nombreuses garnisons y résidaient, offrait peu de résistance dans sa périphérie, le relief étant plat et la population bien que républicaine, athée ou protestante, était peu aguerrie aux conflits armés, contrairement aux paysans des campagnes fanatisés par leurs prêtres.
Le portail de la prison s’entrouvrit pour laisser passer l’administrateur. Un garde le salua, puis le précéda dans un couloir sombre qui donnait sur un escalier descendant vers les cellules. Une atmosphère étouffante régnait dans le lieu. Les cachots débordaient de prisonniers hagards, qui n’avaient pour certains même plus la force de lever les yeux au passage de l’administrateur.
Le garde l’entraîna vers un autre espace, où des petites geôles étaient aménagées, afin de mettre les prisonniers les plus dangereux à l’isolement. Germain avait insisté pour que Victor soit transporté dans une de ces pièces. Il donna des ordres pour qu’on lui soigne la plante des pieds avec de l’argile, afin de soulager les brûlures occasionnées par l’interrogatoire de Dupuy.
La grille se déplaça dans un fracas métallique sous l’impulsion du gardien. Tous les cinq mètres, un autre gardien occupait un poste de garde afin de contrôler plusieurs fois l’accès à d’éventuels visiteurs.
Victor gisait sur le sol, couché sur le dos, la tête soutenue par une couverture, qu’il avait réussi à caler derrière sa nuque, lui causant des douleurs intenses.
Il bougea à peine la tête, à l’arrivée de l’administrateur. Ses pieds lui paraissaient tellement gonflés, qu’il s’étonnait qu’ils ne remplissent pas toute la pièce. Germain se fit apporter une chaise qu’il installa à environ un mètre du prisonnier. Il s’assit et réajusta machinalement son col, comme il l’avait fait devant le miroir de son bureau. Victor fixait le plafond comme s’ il n’attendait plus rien, l’œil fixe et sans perspective, un peu comme les yeux des prisonniers que Germain avait entrevu dans le couloir de la prison. L’administrateur se dit qu’il devait en être ainsi pour la réussite de la révolution. La phrase un peu simpliste que lui disait son père quand il était petit, qu’on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs, lui revint en mémoire. Il eut un sourire inapproprié pour le lieu, et se ressaisit vite aux premiers gémissements de Victor. Germain tendit son corps vers l’avant pour apercevoir le visage du prisonnier dans la lueur qu’offrait une torche fixée au mur.
(Plein feu sur l’intérieur d’une cellule de prison ; au sol est étendu un insurgé vendéen en costume de paysan. Devant lui, l’officier républicain avec une redingote noire sur le dos et un tricorne d’époque sur la tête.)
Germain : Je suis désolé pour toi, citoyen, mais nous n’avons pas eu le choix.
(Victor tourne légèrement la tête en direction de l’administrateur avec un rictus douloureux.)
Victor : V’s êtes que do bestiaux do ténèbres !
Germain : Vous nous forcez à utiliser la force contre vous par votre entêtement à refuser d’être français, tout serait plus simple si vous acceptiez votre place dans la patrie.
Victor : V’s êtes pas la France. Vot’ patrie, o l’est une aut’ patrie qu’a pris la piace d’ la France.
Germain : (...)
(Germain paraît surpris et intrigué à la fois par la réponse de Victor.)
Victor : V’s avez tout inversé. Avec vous, le malin est dev’nu vot’ dieu, le laid est dev’nu le biô et l’erreur d’vint la vérité.
Germain : Qu’est que vous voulez dire ?
Victor : Le pire est que ve v’s en rendez même plus compte, tell’ment qu’ v’s avez été embobiné par vos soi disant droits de l’homme, cont’ ceux du Seigneur.
Germain : La religion est à extirper du cœur des hommes, afin de les rendre libre.
Victor : Ah oui, v’s éliminez not’ foi catholique, mais vot’ religion à vous ou tièt là do protestants vous ve gardez bin d’y toucha.
Germain : L’Être suprême est une foi rationnelle ! C’est le nouveau messie qui terrassera toutes les superstitions, afin d’établir un nouvel ordre universel.
Victor : Tio nouviô messie dont vous nous rabâchez les oreilles, o serait pas l’antéchrist dont nous parlait Saint Jean, par hasard.
(Germain esquisse un sourire condescendant.)
Germain : Vous les paysans, vous vous raccrochez à de vieilles croyances qui ont bâtis votre propre esclavage. Désormais, c’est la déclaration des droits de l’homme qui est le nouvel acte de baptême de la France. Votre monde est clos.
Victor : O la rin de clos du tout . Et pis v’s aller pas tarda à vous en rend’ compte. Y défendrons not’ foi jusqu’à la mort, parce que nous, y savons par nos parents, qu’ o lé le rôle du peuple comme vous dites, de défend’ les racines chrétiennes de la France. Not’ politique à nous, est de défend’ le Christ, qu’ o vous plaise ou non.
(Germain se dirige vers le public. On entend sa voix, sur l’écran, en fond de scène.)
Germain : Je sentis confusément que ce paysan possédait en lui une certaine intelligence, bornée par les déterminismes de ses ancêtres. Pourrait-on un jour en faire de vrais français ?
Cette question me taraudait depuis toujours. Peut-on changer l’homme qui se complaît dans sa propre oppression. Je ne pouvais m’empêcher de croire à ce changement. C’était sans doute la raison pour laquelle j’avais décidé de venir raisonner ce rustre.
(Il se retourne vers l’homme au sol, et reprend.)
Germain : Vous voyez bien que vos nobles et vos prêtres vous exploitaient. Vous étiez considérés comme des bêtes de somme. La révolution vous a libéré de ce joug, et vous persistez à refuser cette liberté.
Victor : Vot’ révolution, elle a rin libéré du tout. Y nous retrouvons plus taxé aujourd’hui qu’avant. Au moins avec les nobles et l’argent pour les prêtres, y savions ou quo l’allait, dans l’entretien des chemins et dans les écoles. Y’ avions l’habitude de penser au bien commun avant de réfléchir à vos droits de l’homme individuels qui changeont rin à not’ vie de tous les jours. O l’est des idées de la ville tieu. Des idées de ceux qu’ont jamais travaillés avec leurs mains. Le peuple qu’ vous imaginez est un peuple qui laissent la piace à l’ennemi du Seigneur per détruire tout’ la société et déracina l’homme.
(De nouveau Germain s’adresse au public sur l’écran de cinéma, en fond de scène.)
Germain : Je me surprenais et m’en voulais en même temps d’admirer ce bon sens provocateur. Ces paysans avaient été endoctrinés par leur aristocrates et leurs prêtres. Je me disais au final, pour me rassurer, que j’avais bien raison de combattre avec tout mon acharnement, l’influence de ces bourreaux, sur des esprits aussi faibles que ceux de ces paysans. Faisons leur accepter les mots, et ils accepteront ensuite logiquement les faits. L’idée révolutionnaire mûrement penser par les grands philosophes, aurait raison de ces raisonnements d’enfants.
Victor : V’s avez tout embrouillé avec vos soi-disant droits de l’homme, Not’ monde naturel a toujours marché avec les droits de Dieu. Vs’ êtes arrivé comme des intrus dans nos églises, dans nos écoles et dans nos idées. Et toutes vos lois pour nous faire tuer d’aut’ comme nous, à l’autre bout de la France pour vot’ révolution, nous o nous regarde pas. Au temps de nos roués, y allions pas mourir à la guerre par centaines de milliers, o l’avait les nobles pour tieu.
Germain : Vous trahissez la patrie en vous insurgeant contre la conscription !
Victor : Et ceux dos villes, pourquoi qu’ le sont exemptés de vot’ conscription. Une fois de plus, o lé nous les paysans catholiques qu’allons servir de chair à canon pour une guerre qui avons pas voulu.
Germain : Les lois sont les lois ! Si le peuple en a décidé, vous vous mettez hors la loi en refusant ce sacrifice pour la patrie.
Victor : Vos lois, y nous en tamponnons le dar’. La seule loi qui reconnaissons, étions tièt là do communes et do corporations, que vs’ avez pillés et fait interdire. Avant, y votions toujours pour do choses qui nous concerniont dans l’ travail, pour la commune, pas pour do lois écrites par d’aut’ à Paris. En faisant vos lois, vous v’lez changer nos comportements pour qui devenions comme vous, et qui prions vot’ Êt’ suprême.
Germain : Vous êtes immonde ! Vous méritez ce qui vous arrivera. Si vous persistez, je ne pourrais rien pour vous.
(Germain s’assoit sur une chaise dans la cellule et contemple le prisonnier. On voit le visage douloureux de Victor en gros plan. Puis retour sur le visage de Germain, toujours assis sur la chaise.)
Voix Off : Victor remua ses jambes dont il ne sentait plus les pieds. Il se demandait bien comment il allait pouvoir s’enfuir d’ici. Ce désespoir l’avait motivé à répondre a l’administrateur. Il savait qu’il n’arrangeait rien à sa situation, mais au moins il avait dit ce qu’il pensait.
Germain s’était rassis sur la chaise, et se sentait à nouveau désarmé face à ce curieux prisonnier. Il ne devait pas perdre le fil de son interrogatoire, et tenter d’obtenir des informations sur ce que préparaient les brigands.
Malgré tout, cette conversation le mettait pour une fois en prise directe avec la réalité, lui, plus habitué des salons, de la fréquentation des politiques ou des officiers. Il ne put s’empêcher de rester sur le terrain que lui avait ouvert Victor.
Germain : Si ton Dieu existe, pourquoi est-ce qu’il ne te libère pas immédiatement de tes chaînes?
( Gros plan sur le visage de Victor, un peu confus, sur l’écran de fond de scène.)
Voix Off :Victor n’avait pas envisagé les choses sous cet angle. Il eut un moment d’hésitation, et détacha son regard du plafond, en essayant de capter le regard de Germain.
Victor : « Si le Seigneur a voulu qu’y vive tieu, c’est qu’o fallait qu’y comprenne què’que chaose à tièt histoire »
Voix Off : Germain resta un instant dubitatif, et s’imagina que le paysan allait commencer à lui raconter les raisons de sa présence dans la forêt. Il bascula en arrière sur le dossier de la chaise, et commença à détendre sa respiration. Victor sentit que l’administrateur attendait quelques révélations de lui.
Victor : Y’ais rin à vous dire, tout tieu est un malentendu, y me suis retrouvé chez les romanos par hasard.
Germain : Vous savez sans doute que les royalistes ont pris la Châtaigneraie, et tenté d’attaquer Fontenay, il y a quelques jours .
Les brigand ont été décimés par Chalbos, et ils ont dû abandonner la Châtaigneraie et fuir. Mais je les soupçonne de vouloir se reconstituer, plus à l’Est du pays. Des mouvements de troupes nous ont été signalés vers Châtillon. Je trouve étrange que c’est à ce moment précis que nous tombions sur toi, en forêt de Mervent.
Victor : Y’ai rin à voir avec tieu, y’ étais même pas au courant que la Châtaigneraie avait été r’prise.
(On voit de nouveau le visage de Victor en gros plan, sur l’écran, pensif.)
Voix Off : Victor, malgré lui, repensa aux épreuves qu’avait subi la petite fille de chez Souffleur dans ce village tenu par les républicains, où la guillotine trônait comme le symbole du nouvel ordre, au milieu de la place du bourg. Les insurgés avaient décimés une partie de la garnison présente, et avaient filés vers Fontenay. Malheureusement, la plaine les avait surpris et le général Chalbos avait eu raison de leur détermination avec ses cavaliers. Ils avaient perdu des hommes et un canon. Il comprit soudain pourquoi la prison était engorgée de gens de chez nous, pensa- t-il.
Il avait imaginé au début que c’était des paysans qui avaient été dénoncés, et attendaient d’être jugés. Mais, il avait remarqué que la plupart, étaient des hommes ayant la stature des mineurs de sa région. Il avait reconnu, malgré sa souffrance, quelques visages qui faisaient partis de l’armée du grand Jacques, le géant d’Anjou. Il pensa à ceux qui avaient été tués lors de l’attaque, et malgré ses douleurs au pied, il ne put s’empêcher de réciter un Ave Maria à voix basse.
(Cette prière exaspère Germain, dont les yeux s’emplissent subitement de haine.)
Germain : Nous devons faire définitivement tomber cette chrétienté dans toute l’Europe, et le monde entier, pour que les nations reprennent le chemin de la Raison !
Victor : O le bé pour tieu qui voulons pas aller faire vos guerres !
Germain : Votre temps est révolu. Nous avons gagné définitivement sur ces géants prétentieux qui vous exploitaient. Nous sommes les nouveaux maîtres désormais, et votre armée de va-nu pieds, ne pourra rien y faire. Toutes nos troupes ont conquis les restes de cette civilisation qui vous dominait. Même aux Amériques nous avons imposé notre drapeau, comme le nouvel étendard d’un monde libéré de l’oppression antique. Vos géants aristocrates ont été neutralisé de l’intérieur. Il nous aura fallu plusieurs décennies pour en venir à bout, mais nous les avons empoisonné de l’intérieur, pour qu″il fasse place. Vous vous entêtez à défendre l’indéfendable et l’immonde. Votre lutte n’a plus aucune issue. Vous devrez vous rendre tôt ou tard à la réalité du progrès.
Victor : Vot’ progrès est juste une aliénation et une manipulation de tout ce que vous ont laissé nos maîtres. Toutes les constructions qu’ils ont faites, ve seriez bien incapable d’en poser une pierre. Comment que vous allez mentir pour expliquer à vos drôles que les cathédrales ont été faites avec un marteau et un burin.
Germain : Toute l’histoire sera révolue ! Nos artistes et nos hommes de lettres sont déjà au pieds levé pour réécrire votre histoire dans tous les arts. Même vos chefs seront dépeints par nos sculpteurs. Les archives sont déjà réécrites par milliers, par des petites mains que nous payons, à l’intention des historiens du futur, afin que votre mémoire soit effacée à tout jamais.
Victor : Et les cathédrales qui serviont à nous soigna, comment que vous allez les manoeuvrer sans eux ?
Germain ; Nous en ferons des temples à touristes, d’une religion de musée.
Victor ; Ah oui, et nous, y dirons rien sur à quoi qu’au servait ?
Germain:Vous serez effacé de la face de l’histoire. Je te l’ais déjà dit ! Votre avis et vos informations n’auront aucune existence pour les générations à venir. Vous deviendrez pour vos enfants, des ignares à sabots, soumis au joug de vos nobles. Les géants auront disparu de la face de la terre. Et vous aussi, leurs larbins dociles, par la même occasion. Le système de dépopulation est en marche ! Vous n’aurez pas de descendants, sauf ceux qui auront été créés dans nos usines ! Ils repeupleront vos territoires, persuadés d’avoir eu des ancêtres fanatisés, dont ils honoreront la mémoire par des grimaces roublardes en patois régional sans plus aucune intériorité. L’âme des ancêtres aura définitivement disparu pour laisser place à un folklore de contes imbéciles, et de musées poudreux, où votre révolte sera présentée comme une simple guerre locale, de calotins bornés, soumis à leurs « bons » maîtres, l’échine courbée à la prose servile de domestiques.
Victor : Mais vous ! Qui qu’est votre intérêt de mettre autant d’énergie dans ces fadaises pour gamin de huit ans.
Germain : Ces fadaises comme tu le dis si bien citoyen, seront le crépuscule d’un nouveau monde où votre passé aura été effacé à tout jamais.
Quant à moi Citoyen, tu te soucies de mes motivations. Saches que tes supérieurs m’ont toujours horripilé, avec leur prétention à tout savoir, sur tout, leur technologie toute puissante, et cette hauteur de point de vue permanent insupportable
Victor : Oui ! Ve en étiez jaloux !
Germain : Jaloux, avec leur dix pieds ridicule, et leur présomption, quand ils entraient par les portails de ces générateurs à clocher. Tout m’irritait chez eux !
Victor : Vous auriez pu apprendre d’eux !
Germain : On apprend pas de l’oppression, citoyen ! Nous avons choisi d’autres maîtres plus efficaces... Heureusement, les idées nouvelles des philosophes nous ont éclairées sur l’oppression de ces immondes. Ces monstres ont payé, et vous, les petits, qui les défendez, vous allez aussi disparaître, si vous n’abdiquez pas devant notre vertu républicaine. Seule l’égalité et la fraternité des frères humains, pourra empêcher à tout jamais le retour de ces monstres, qui se croyaient tout permis.
Victor : Ce qui me fait bien rire, c’est ce que vous expliquerez aux générations d’après, comment qu’y avons construits les châteaux, les églises et toutes tiès cathédrales avec les moyens de l’époque.
Germain : Le peuple croira ! Ce sera vital pour la suite du programme que nos philosophes ont établis pour l’humanité. Le monde parfait ne pouvait plus subir l’aliénation établie par vos géants. Nous inventerons l’égalité des droits ! Qui occultera les différences naturelles, comme des aberrations du passé.
Victor : Et vous pensez que le vont gober votre pensée, qu’ira en sens inverse de leur réalité.
Germain : Nous inventerons des écrans noires pour colorier leur âme comme la nôtre, prête à recevoir la grande révélation du maître du monde.
Victor : Faudrait déjà que vous en ayez une !... une âme !
Germain : ça suffit mécréant d’un passé révolu et néfaste. Comprenez que tout va désormais changer. Nous imposerons une sociologie et une compartimentation des classes, afin d’occulter les particularités individuelles. Ainsi, une impunité larvée et invisible pour le sens commun, inondera tous les secteurs de la société. L’enfant, la femme et les droits de l’homme seront vues comme des catégories uniformes et légiférées. Ainsi s’achèvera la phase finale de ce monde nouveau, libéré des superstitions et des différences.
Victor : Et comment qu’un homme ou un enfant pourra se défendre de vos lois, si le sont tous considérés comme pareil. Un drôle qui se fera taper par d’autres dans la cour de vos écoles républicaines, devra se laisser faire au nom de vot’ égalité.
Germain : La république sera une et indivisible dans toutes ses catégories. L’individualité des situations sera traitée au cas par cas, sans que ça ne remette en cause le processus.
Victor : Ah oui ! Donc dans dans votre logique, la couleur de la catégorie, primera sur la réalité de l’individu.
Germain : Les tribunaux trancheront...Tes arguments sont dictés par l’habitude de la servitude, citoyen !
Victor:Y’a pas de servitude quand on sert les bons maîtres !
Germain : Ha !...Ha !... Ha ! « Not’ bon maît’... » sans doute... Pauvre vendéen !
(Il imite Victor avec son accent patois, puis reprend dans sa direction.)
Mais ne vois-tu pas que vous défendiez ceux qui vous dominaient !
Victor ; Quel honte y’a t-il, à se servir d’exemple avec dos êtres supérieurs !
Germain ; L’égalité tranchera toutes les grosses têtes qui prétendront dépasser notre république universelle, et l’égalité des droits de chacun.
Victor : Tout tieu est dos belles phrases pour endormir l’esclave, qui devindra un objet sans âme entre vos mains.
Germain : ça suffit !... Vous êtes définitivement hors jeu dans ce projet, qui sauvera l’humanité de l’oppression, et abattra les césars et tous ces géants imbus d’eux mêmes.
Victor ; Nos géants était nos nobles ! Nous les copions dans toutes leurs vertus. O l’est eux qui nous ont amené toutes ces constructions, que vous savez même plus à quoi qu’o servait !
Germain : A vous exploiter, rien de plus !
Victor: Y me suis jamais senti exploité par eux ! Le nous respections, et puis le nous apprenions à maîtriser tout dans la matière.
Germain ; Taisez vous !...Le pouvoir désormais, c’est nous !
Si vos géants étaient si malins, ils ne se seraient pas laissé empoisonner.
Victor : Vous leur avez transmis vos ondes nocives dans le sang des aliments … O la rin de glorieux à empoissonner qu’u qu’un ! O serait plutôt le contraire !
Germain: La guerre, c’est la guerre ! L’essentiel est que nous ayons gagné... Si ce n’était vos petites bandes de brigands inconscients qui continuent leur razzia dans tout l’ouest. Nous somme venus à bout des Amériques, de l’Orient et des pays Tatars. Vous n’êtes que des détails, avant le grand renouvellement de la race.
Victor : La race des orphelins et des « sans âmes » comme vous !
Germain : L’époque de la liberté et de l’égalité, conforme au projet grandiose de la révolution et des penseurs rationnels.
Victor : Y’en connais aucun de vos penseurs, nos nobles géants, eux, on les côtoyait tous les jours, et y apprenions à résoudre tous nos problèmes avec eux au moins. Vous voulez tout sépara comme si la réalité devait correspondre aux chapitres d’un traité de philosophie. Vous v’lez établir la loi du mensonge, et noya l’être, dans votre océan inversé de fumier.
Germain :Belle symbolique, Décidément, tu me surprends citoyen, par tes comparaisons.
Victor : Est normal, y’ais été chez les jésuites où qu’on nous faisait lire Saint Thomas d’Aquin.
Germain : La période antique et christique ne sera bientôt qu’un souvenir, pour la nouvelle race que nous allons importer sur terre.
Victor ; Y nous vos laisseront pas faire !
Germain : Les générations ignoreront qui vous êtes ! Elle n’auront pas les outils vertueux pour comprendre votre démarche en profondeur.
Et puis assez perdu de temps ! Votre histoire disparaîtra derrière quelques musées et des cirques à divertissement, avec de mauvais comédiens, qui interpréteront vos batailles d’une façon ridicule. Vos réelles motivations seront effacées de la surface de la terre. Il ne restera qu’une trace exotique, d’une insurrection régionaliste. D’ailleurs tous nos artistes sont déjà mis à contribution pour parachever vos portraits et ceux de vos chefs, dans des postures ridicules et extravagantes, de nobliaux imbus d’eux-mêmes, aux allures de Don Quichotte. Même vos vêtements seront illustrés dans le sens de la nouvelle histoire, qui sera imposée partout.
Victor : Bandit !
Germain : Bouseux ! Les générations futures, trouveront normal de manger du sang cru et de se remplir de l’humiliation d’autrui. Ils ne verront même plus le mal. On les tiendra debout en faisant défiler toute sorte d’informations abondantes et contradictoires, pour immobiliser tout sens moral dans leurs actes et leurs décisions. L’égalité occultera l’essence de l’espèce que nous aurons importer sur cette terre, tenant ainsi en respect et en soumission, ceux qui auraient encore votre cœur sacré inscrit dans leurs gènes.
Partout, dans le travail, et même chez les enfants entre eux, dans les écoles républicaines, nous viserons à effacer cette différence génétique, afin de les rendre ignorants du processus d’aliénation de leur spiritualité, propagé par des générations d’enfants « sans âme » que nous aurons mis en contact avec eux.
Victor : Monstre !
Germain : Non ! Vous les montres ! d’avoir obéi aussi servilement à des plus grands que vous, sans doute par lâcheté.
Nous sommes l’insurrection de l’Etre qui vient, et qui hurle à la face de Dieu, sa place éternelle sur cette terre. Qu’en dis tu l’ami ? Toi le cultivateur dont le regard vautré au sol chaque jour, t’as fait oublier l’orgueil du dominant !
Victor : L’orgueil du dominant ! Moi, y voit que la seule chose que tu domines est ton ignorance et ta connerie des lois éternelles et naturelles de Dieu. La pierre se retournera contre vous, et vous assommera, tel un séisme imprévu, quand les êtres se réveilleront de toutes vos manigances. peut-être dans dans cent ou deux cent ans, mais le jour viendra où plus personne ne sera dupe, et les enfants dont vous avez pourri l’esprit et la génétique, récupéreront au centuple la force que vous leur avez vampirisée, pour vous abattre ! Qu’en dis tu Citoyen du nouveau monde ?
Germain : J’en dis que nous leur ferons tellement oublier leur génétique spirituelle, qu’ils seront vulnérable à tous ce que nous leur ferons ressentir. Nous achèterons des artistes aux allures sincères qui entretiendront la fourberie et le calcul dans leur cœur. Ils seront dépêchés à orienter les goûts et les couleurs du peuple. Tous oublieront la qualité de leurs racines, pour en rire, et les rejeter comme une honte obscure. Si certains cherchent la vérité et s’oppose au groupe, ils seront esseulés, tels des ermites au fin fond des forêts. Nous les isolerons par tous les moyens, y compris par la liberté de s’exprimer, dans un brouhaha d’idées diverses, qui noieront leurs discours. Nos technologies vaincront leur détermination en les rendant invisible ou ridicule. La race mélangée que nous allons introduire après vous, sera le meilleur rempart contre leur libération, en les persécutant subtilement sous toutes les formes. Nous savons attaquer spirituellement les récalcitrants pour qu’ils se soumettent. Il n’y aura même plus besoin de les enfermer comme toi ici ; la prison sera interne. Nous généraliserons le vote sur des sujets abstraits de délégation confuse, afin de mettre sur un pied d’égalité la racaille et l’homme de bien. Ainsi notre pouvoir sera maintenu, peut importe les fluctuations d’alliance. Ils supplieront à la fin, leur servitude universelle.
Victor : La servitude... O les donc tieu !...
( Il avance vers le public comme s’il était subitement seul dans sa cellule.)
Y’ai vu qu’un jour, o l’aurait plus de chrétiens comme nous autres en France, mais qu’ y serions remplacés par une nouvelle messe avec do chants qui s’ront plus en latin, et do gestes ridicules avec les mains en l’air, comme chez les protestants. O l’aura même do prêtres tout nèr qui donneront l’hostie dans la main do fidèles...
Les patauds de tièt époque mettront toujours plus de mulâtres avec do tambours allongés, à not’ place. Un imposteur s’ déguisera en pape, et toutes les brebis s’ront dispersées et créront en li .Le lavera même les pieds à dos ennemis du Seigneur..
A tièt époque, qu’arrivera p’tèt dans plusieurs siècles, dos dégénérés et tout tiès étrangers mettront not’ pays à feu et à sang, un peu comme ce qu’ nous font subir les bleus aujourd’hui.
A la fin tout le peuple comme nous, vivra comme do étrangers sur leur propre terre.
Leur « démocratie » les fera voter pour leur propre massacre. Le peuple s’ra tellement embobiné, et content d’êt’ envahi de partout, qu’ le souffleront dans des cornes, et qu’ y en ais vus qui se mettrons do perruques comme les nobles, de toutes les couleurs sur la tête, en applaudissant des mulâtres et des hommes tout nèr qui courront sur l’herbe, dar un ballin.
Les assassins de Not’ Seigneur command’ront tout. Le feront des lois pour détruire les familles en décidant qu’ les hommes se marieront avec les hommes, et les femmes entre elles
Germain : AH! AH! AH ! Tu es un drôle de personnage... Peut-être que les batailles que tu as livrées ces derniers temps, t’ont laissées quelques séquelles, l’ami !
(Victor semble ne pas écouter Germain, et continue face public.)
Victor : Les femmes tomberont enceintes toutes seules sans hommes, et les drôles s’ront vendus comme do bestiaux à do plus riches.
Germain : AH ! AH ! AH ! Cette virée de Galerne ne t’a pas ramené très clair, citoyen !
Victor : O finlra, qu’o l’aura plus qu’une race de mulâtres, commanda par les mêmes qui nous font la guerre aujourd’hui. Tiès maîtres ne s’ mélangeront pas aux aut’, et mettront au peuple des masques sur la goule, et le chiffre d’ la bête sous la peau, comme une piqûre d’ frelon.
Germain : C’est bien... Tu es devenu fou, comme nous l’avions prévu... Toutes ces épreuves t’ont fait imaginer un monde futur qui sera une bénédiction pour la nouvelle espèce que nous allons implanter sur ta terre.Tu en sais trop de toute façon... Il est temps que tu partes... Ce qui est rassurant et amusant à la fois, c’est que ton message n’aboutira nulle part, sauf à faire rire dans les chaumières le soir au coin du feu. L’accent roublard et fourbe que nous normaliseront dans votre patois, grâce aux conteurs que nous formerons, finira de vous présenter aux générations futures, comme les demeurés perfides sans cervelle d’une histoire périmée.
(Victor est maintenant juché sur tabouret, tel un capitaine de paroisse haranguant la foule.)
Victor : L’histoire !... Votre histoire !... Ce que vous faites subir, ve s’en voudriez pas pour vous aut’. Ve faites semblant d’aimer tout l’univers et ve massacrez vot propre peuple.
Dans votre monde, tous les hommes s’ront des numéros indifférenciés sans passé, ni futur. Ve leur donnerez du pain et des jeux, pour que tout le monde accepte vot’ gouvernement universel, qu’aura abolit tout’ les nations, tout’ les races et tout’ les religions.
L’homme s’ra coupé de sa terre et du ciel, prêt à dev’nir un esclave qui s’ croira libre. O l’aura plus de frontières pour les mulâtres, et les nôtres s’ront parqués comme dans dos réserves. Chacun pourra viola toutes les lois de Not’ Seigneur au nom de cette fausse liberté individuelle, que rendra les drôles malheureux.
Les femmes et les hommes s’ront toujours en lutte les uns cont’ les aut’ pour tout. Le faux nez des nouviô′ pharisiens qui voudront effacer la foi en Not’ Seigneur s’ nommera la laïcité
Les familles s’ront sépara, et les drôles s’ront livra à eux-mêmes dans d’aux écoles, où qu’le leur apprendront toutes les perversions inimaginables. Les femmes s’ront toutes dévergondées, et è mépriseront les hommes de chez nous. Le gouvernement autorisera même à tua les nourrissons dans le vent’e des femmes, en même temps que l’importerons d’aux hommes de couleur et do ottomans par millions.
Germain : Le racisme sera aboli et la tolérance fera loi... Arriéré !
Victor : Tout tieu o sera de belles paroles sans âme, qui diront avec la bouche et f’ront le contraire dans les actes...Vous utiliserez les mots comme do fouets contre les justes et inverserez leur sens, per faire accepta la fin de la vertu, comme une qualité.
Toutes tiès femmes s’ront dressées par leurs journaux à se mett’ au pied des hommes nèr, et à détesta l’homme bianc. O l’aura même une boite qu’aura été inventée, qui trônera à la place du crucifix dans toutes les maisins, avec des images dedans qui dirons aux gens ce qu’le devront penser. O l’auras plus de bien commun, et chacun prétendra passa avant les aut’. Le s’ront comme do bestiaux dans une étable, et l’auront même plus l’instinct de se défend’ comme nous. Le s’ront même content d’leur situation et l’en r’demanderont.
Les pharisiens les élimineront comme nous, avec leur consentement tièt’ fois La France s’ra aux avant-postes de tièt’ dégénérescence.
Le rigoleront de nous aut’ avec l’aide de drôles de chez nous, qu’auront été vacciné à leurs idées, et leur gouvernement les fera nous détesta comme d’aux arriérés. Le rendront nos jeunes, honteux d’ leurs origines. Certains oseront même plus dire d’où qu’le venont, par peur de se faire foutre d’ leur goule. Le seront persécutés par do drôles de bourgeois et de notables qu’auront même do postes de parlementaires dans leurs arènes républicaines. Tiès créatures toutes peintes en rouge, jouiront de leur perversion sur nous autres, en nous achevant au sol comme do barbares. A tièt’ époque, nos géants et nos nobles auront tous disparu pour nous défendre, et nous devrons nous organiser pour résister à tiès fils des ténèbres. Tiès drôles de notables, le s’feront passer pour do justiciers, et dos amis du peuple, per légitima notre destruction.
Germain :Taisez-vous ! Définitivement, Immonde ! Notre justice surpassera votre obscurantisme qui défendait les riches et les oppresseurs. Ce que tu décris citoyen, est une faute historique ! Tu oublies à qui tu t’adresses ... Ton délire d’illuminé de la forêt va rapidement se souvenir de la loi du pays qui daigne encore supporter l’existence d’être de ton espèce, hostile à la liberté et à la justice sociale.
Victor : Vos mairies s’allieront avec les pires crapules de ces gosses de notables pour piétiner nos jeunes, restés fidèles à la mémoire de leur peuple. Bien sûr, ce sera toujours au nom du signalement de la vertu, et du bien, qu’ils commettront les pires méfaits, couverts par l’impunité de leurs parents, vissés à tous les postes de la magistrature, pour effacer toute punition. La corruption occulte régnera en maître dans ce qu’il appelleront les associations, où seront promus leurs agents veules et lâches, sans plus aucune morale. Ce seront les pires racailles et les moins vertueux qui seront poussés en avant naturellement, pour orienter et dénoncer ceux qui refuseraient ce monde infernal dans leurs âmes. Y’ais vu que même la couleur de l’arc en ciel sera détournée par eux, pour justifier leur noirceur sur tous les plans. Dans la culture, dans l’art, même dans les jeux de force et les kermesses, l’arriveront à embobiner le peuple.
Germain : Ha ! Ha ! Ha ! Tu me fais rire l’ami, et tu es bien distrayant ... J’ai bien fait de venir discuter avec toi, avant ton exécution. Je suis fils de juge, et je t’emmerde citoyen ! Tout est permis aux ennemis de la république et du peuple ! Ta disparition laissera la place au paradis terrestre sans frontière, ni différence. Nous systématiserons votre élimination progressivement et sûrement pour que l’égalité triomphe. Et nous en sommes fiers !
Victor : Vous êtes des « sans âmes ». Rien ne me surprend chez vous !
Germain : Ha! Ha ! Ha ! L’âme... Vaste programme...en effet... Périmée ! Comme ton histoire cher ami ...
( Germain observe Victor avec un petit sourire sournois.)
Victor : … L’âme du Christ en nous contre l’hystérie finale des fils des ténèbres...
(Il reprend vers le public)
Ceux qui refuseront tio cirque pourrons pu se cacha nulle part, ou alors le devront réapprendre à vivre comme itchi, en comptant qu’ sur eux-mêmes. Le s’ront pas beaucoup à refusa tio système. Ceux qui s’ révolteront s’ront considéra comme do brigands, comme nous. O sera l’ règne de l’antéchrist. L’auront la même vie qu’ nous, le s’ront pourchassés d’ partout, même par leurs proches. O s’ra encore pire que ce que l’avont fait pour nous, parce que tous auront perdu la foi. Mais au bout du rouleau, le s’ront obligea de la retrouva pour surviv’. Le s’ront les derniers justes !
Germain : Joli roman que tu me comptes là, l’ami, pour un illettré de ton espèce. J’ avoue que c’est intéressant, tu ne manques pas d’imagination !
Victor : La phase terminale de tout tieu, sera l’irruption de tous vos révolutionnaires manipulés comme do rats, qui suivront vos consignes pour mettre le pays à feu et à sang pour tout ce qui pensera pas comme eux. O sera le règne de l’impunité, des dénonciations, des règlements de compte de crapulots dans tous les sens, car vos maîtres sentiront que la partie est terminée pour eux. Le lâcheront tous leurs pires rats noirs. Y les vois comme dos chacals peints tout en noir, même sur la goule, avec d’autre masqués, comme eux. Le hurleront une prière de mort, toujours la même dans une langue du sud. Le feront comme si l’imposions tout, mais le peuple les détestera. L’auront juste peur d’eux. Les gosses de notables et de bourgeois tueront les drôles du peuple, arrogants dans leur crapulerie, et revendiqueront haut et fort leur barbarie. Tiès massacres seront arrêtés net par d’o chrétiens et do mahométans qui viendront de l’est, pour leur botter les fesses.
Germain : Des chrétiens et des mahométans ! Ha ! Ha ! Ha ! Quelle beau paysage universel que tu me fais là, citoyen. C’est la laïcité avant l’heure ! Tes prévisions sont amusantes, prophète de la charrue ! ! Ha ! Ha ! Ha ! Tiens nous en ferons des contes ruraux pour petits enfants. Qu’en dis-tu ? Nous les appellerons … Voyons... « Les secrets du nombril du monde ! » Elle est bonne celle là, qu’en dis l ‘ami ? « Le nombril du monde !»...Elle est bonne celle là... Grand prophète ! qui n’a pas oublié d’ inventer la poudre ! Ah ! Ah! Ah ! Nous organiserons aussi une grande fête foraine en ton honneur que nous intitulerons le Puy sans fond, du Fou ! Qu’en dis tu l’ami ! Ton discours délirant sera noyé dans le brouhaha des feux d’artifices et des applaudissements faciles entre deux pirouettes de carnaval ...
(Germain reprend avec un air inquisiteur, en direction de Victor, toujours le regard tourné vers l’horizon.)
Maintenant, arrêtes ton char, citoyen voyant ! C’est la Convention que tu me décris...Tu copies...Tu n’es capable que de copier, comme le domestique que tu as toujours été soumis et humilié devant tes maîtres.
(Victor continue sa vison face public, sans accorder la moindre attention à Germain.)
Victor : A la fin Not’ Seigneur f’ra la séparation ent’ les bons et ceux qu’ auront marché dans la combine. Pensez ce que vous voulez... ça n’est plus mon problème ! Je suis relié avec Dieu. La peur a disparu pour moi, et je parle !
(Il se retourne vers Germain.)
À ta face de rats !
Germain : Répètes !
(Victor le regarde droit dans les yeux.)
Victor : Face de rats noirs !
Germain : Esclave !
Le projet grandiose de cette révolution n’est pas tombé par hasard sur ta France vouée à la Vierge. Ce pays est le verrou que nous devons faire sauter, afin de répandre nos idées dans le monde entier. Voilà ce qui nous motive ! Nous sommes les nouveaux maîtres du pays ! Acceptes-le !...
Vous êtes incultes et bornés ! contaminés par ces prières d’un autre temps.
J’ai déjà fait condamner à mort tous les prisonniers. Et pour transcender ton affront, j’assisterais moi-même aux sentences !
(Germain s’écrie de nouveau comme possédé.)
Nous devons faire définitivement tomber cette chrétienté et anéantir ces géants de papier dans toute l’Europe, et le monde entier, pour que les peuples reprennent enfin le chemin de la Raison !
Victor : O le bé pour tieu qui voulons pas aller faire vos guerres et garda not’ terre !
(Germain regarde Victor, le doigt tendu vers lui comme une baïonnette menaçante.)
Germain : Vous les partisans du Christ ! Vous allez le regretter, mais à un point... Pour vous il n’y aura pas assez de cellules comme ici, ce sera l’égorgement sur place !
Victor : A voir vot’ tête ! Vous auriez sans doute besoin d’un exorcisme, comme en faisait notre curé au village, quand il y en avait un qui tournait bourrique...
C’ que nous avons d’ plus précieux au monde, o l″est not’ peuple, les connaissances que nous ont donné nos maîtres du Ciel, et nos traditions que la terre nous a appris.
Un peuple sans Dieu, o’ l’est plus rin !
(Germain s’immobilise debout dans la pièce sombre, le regard méprisant et haineux en direction de Victor.)
Même si mes paroles seront effacés par vous... Dans plusieurs siècles...Y peux vous dire en face, que la loi de Dieu ne vous loupera pas...Vous devrez rembourser ce que vous avez fait !
Vous ressemblez à dos fantômes, avec vot’ silhouette noire, et vos airs supérieurs. Y’ai vu que vous veniez droit do ténèbres. Le refus de Notre Sainte Vierge, vous a rendu intérieurement aussi noir qu’un morceau de charbon. Ve êtes déconnectés du Ciel, et désormais bon à toutes les perfidies !
(Victor semble s’évanouir un instant, puis reprend. )
Not’ force, o lé Notre Dame qui nous la donne !
Voix Off : Victor se remit à réciter un Ave Maria à voix haute, qui peu à peu fut repris par les autres prisonniers.
( On entend des voix d’hommes récitées l’Avé Maria.)
Germain, en entendant cet homme prier, alors qu’il l’interrogeait, eut un mouvement d’exaspération, qui se répercuta dans toutes les cellules.
Subitement, la prière fut reprise par toute la prison. Germain se jeta alors sur Victor et lui enserra le col de sa chemise.
Il se reprit aussitôt, quand un garde fit irruption dans la pièce, alerté par les cris.
(On voit un garde entrer dans la cellule, et le retenir, sur l’écran de fond de scène, puis Germain sort précipitamment en claquant la grille derrière lui.)
Germain :
( Seul, face public.)
Quand je franchis le couloir traversant les cellules des prisonniers, certains visages défaits que j’avais vu à mon arrivée me paraissaient rayonner d’une nouvelle ferveur.
J’étais convaincu que ces brigands préparaient quelque chose...
(Germain termine sa phrase face public sur scène, avec un calme et une intensité inquiétante.)
De toute façon... ces paysans allaient le payer !...
(Noir progressif sur scène.)
Rideau
(Inspiré de « Nouvelles de Vendée »- Inkitt - Luc Vendrennes - 2012-)