Prologue
La Sicile est une métaphore du monde.”
— Proverbe populaire sicilien
PROLOGUE
Agrigento — 3 h 17 du matin
L'homme mourut comme il avait vécu : seul, en regardant les étoiles.
On le retrouva au petit matin, étendu sur le flanc de la colline qui domine la Vallée
des Temples, les bras en croix, les yeux grands ouverts vers un ciel qui ne répondait pas
à ses questions. Autour de lui, l'herbe sèche de juillet sentait le fenouil sauvage et la
terre brûlée. À ses pieds, un carnet. Dans sa poche gauche, une loupe et trois cailloux
d'un jaune soufré qu'on n'avait pas vus depuis longtemps dans cette région.
Le gardien du site, un vieil homme aux mains tannées qui s'appelait Tano et qui
avait passé trente ans à veiller sur les colonnes doriques du temple de la Concorde,
trouva le corps à l'aube, quand il vint ouvrir les grilles pour les premiers touristes de la
saison. Il téléphona à la police avec la voix de quelqu'un qui aurait préféré ne jamais
avoir ce numéro dans son répertoire.
Ce matin-là, l'inspecteur Rosario Mancuso était en train de faire cuire des oeufs à la
manière de sa grand-mère — à feu très doux, avec une cuillère de ricotta fraîche —
quand son téléphone sonna.
Il regarda l'écran, soupira, et éteignit le feu.