Le cœur de Laïa

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Summary

Laïa avait quatorze ans quand son monde s’est effondré. Après la mort de leur mère, son père disparaît dans le travail, ses frères quittent la maison… et il ne reste plus que Noah, son petit frère d’un an, et elle. Pendant quatre ans, Laïa apprend à grandir trop vite. Elle devient sœur, mère, refuge, et parfois même bouclier. Elle s’accroche à une seule chose : protéger Noah, coûte que coûte. Mais les blessures du passé ne disparaissent jamais vraiment. Lorsque sa famille tente soudainement de revenir dans sa vie, lorsque les secrets de chacun commencent à refaire surface, et lorsque Lex — un ami oublié depuis longtemps — réapparaît dans son monde, Laïa doit faire face à une question qu’elle a toujours refusé de se poser : Et si elle avait le droit, elle aussi, d’être sauvée ? Entre amour, culpabilité, reconstruction et pardon, Le cœur de Laïa raconte l’histoire d’une famille brisée qui tente de se réparer… et d’une jeune fille qui a porté le monde sur ses épaules bien trop longtemps.

Status
Ongoing
Chapters
20
Rating
5.0 1 review
Age Rating
13+

Prologue

J’ai toujours eu une santé fragile. Depuis aussi loin que remontent mes souvenirs. Chaque fois que je tombais malade et que je voyais l’inquiétude dans les yeux de mes parents, j’avais toujours la même réaction : je m’excusais. Comme si c’était ma faute.

Ils vivaient littéralement pour moi. La moindre toux pouvait se transformer en crise d’asthme, le plus petit rhume provoquait un saignement, et les simples fièvres se terminaient souvent par des nuits passées à l’hôpital, mes parents assis à côté de mon lit, refusant de fermer l’œil.

Je m’en suis longtemps voulu de leur infliger tout ça.

Je n’étais pourtant pas leur seul enfant. J’avais deux grands frères. Mais malgré tout, j’avais l’impression de monopoliser tout leur temps, toute leur attention. Pendant des années, j’ai cru que mes frères m’en voulaient de leur avoir « volé » leurs parents. Avec le recul, je sais que rien de tout cela n’était réel. Tout se passait dans ma tête. Ni mes parents ni mes frères ne m’en ont jamais voulu (c’est ce que je pensais). Au contraire, ils faisaient tout pour rendre ma vie plus facile.

Et ma mère plus que quiconque.

Elle était mon monde à elle seule. Mon modèle. Mon refuge. Je voulais devenir forte pour elle. Comme elle.

Alors imaginez le vide quand elle est morte.

Elle nous a quittés un an seulement après la naissance de mon petit frère. En une journée, le pilier de toute notre famille s’est effondré.

Et aucun de nous ne savait comment se relever.

La maison était devenue méconnaissable. Trop silencieuse. Trop vide. Papa s’est réfugié dans le travail… et dans l’alcool. Il rentrait de moins en moins, parfois pas du tout.

Mes grands frères ont fini par partir. Rester dans cette maison était devenu insupportable pour eux. Tout ici portait encore l’empreinte de maman. Sa présence semblait flotter dans chaque pièce. Au final, il ne restait plus que Noah et moi.

J’avais quatorze ans. Lui à peine un an. J’ai appris très vite à m’occuper de lui. À m’occuper de nous.

Avec le temps, nous avons créé notre propre routine. Chaque matin, je le déposais à la garderie avant d’aller en cours. À la fin de la journée, je passais le récupérer. Nous faisions souvent un tour au parc, ou quelques courses lorsqu’il manquait quelque chose à la maison. Quand la garderie appelait, je quittais le collège sans hésiter. Et lorsqu’il tombait malade, il m’arrivait de manquer des semaines entières de cours.

Il y avait cependant ce garçon.

Chaque fois que je ratais les cours, il venait chez moi pour me les apporter avec les devoirs. Grâce à lui, je n’étais pas complètement seule.

C’était mon ami.

Avec lui, je pouvais oublier, pendant quelques heures, que ma vie n’était pas vraiment celle d’une adolescente normale. On passait des après-midis entiers à parler de tout et de rien. Il disait que je réfléchissais trop pour quelqu’un de mon âge.

Il ne parlait presque jamais de sa propre vie. À l’époque, je n’y prêtais pas attention.

Pour moi, il était simplement là. Et ça suffisait.

Jusqu’au jour où lui aussi est parti.

Il a déménagé avec son père. Et, comme beaucoup d’autres choses dans ma vie, il a fini par disparaître peu à peu de mon quotidien… puis de mes pensées.

Il ne me restait plus que Noah.

Et au fond, je ne voyais pas ce que je pouvais faire d’autre que lui donner tout mon temps, toute mon attention, tout mon amour.

Cette vie a duré quatre ans.

Quatre ans pendant lesquels je me suis occupée de Noah du mieux que je pouvais. Malgré les remarques des adultes autour de nous, qui semblaient convaincus que je n’en étais pas capable.

Ils jugeaient ma façon de faire. Critiquaient nos parents pour nous avoir « abandonnés ». Mais à part leurs paroles, ils ne nous apportaient rien.

Et cela me mettait en colère.

C’est tellement facile de juger une situation quand on ne la voit que de l’extérieur.

Quatre ans plus tard, j’ai obtenu mon baccalauréat -avec une année de retard- et avec les honneurs, malgré les a priori de certains professeurs à cause de mon manque d’assiduité. J’avais même manqué une épreuve parce que Noah avait de la fièvre.

Les critiques, les moqueries ou même le respect que certains pouvaient éprouver pour moi n’avaient aucune importance.

Parce qu’au final, une seule chose comptait vraiment dans ma vie.

Noah.