Lui ?

Summary

Emma est une célèbre actrice. Tout lui réussi : Carrière, amis, amour. Elle a tout pour être heureuse. Mais un jour, son fiancé la quitte. Emma découvre qu'il l'a vite remplacée. C'est un coup fatal pour elle. Alors, elle abandonne tout pour retourner dans l'anonymat le plus complet, emportant, malgré elle, une surprise dans ses bagages. Quatre années plus tard, alors qu'elle s'est découvert une nouvelle passion, Emma renoue inopinément avec le succès... et son passé.

Status
Complete
Chapters
22
Rating
n/a
Age Rating
18+

Mercredi 12 juillet 2023

Et voilà ! C’est parti ! Je ne sais pas trop ce que je dois écrire en fait. Il fait chaud, il y a du soleil. C’est l’été...

En fait, c’est ma psy qui m’a conseillé de mettre par écrit ce que j’avais en tête. Mes pensées, mes craintes, mes espérances, tout ce que j’ai vécu... En fait, tout ce que j’ai envie et qui est susceptible de me soulager. Mais je ne sais pas trop quoi dire.

Je pourrais déjà commencer par les présentations d’usage : Bonjour. Je m’appelle Emma Gunàrsson et j’ai 38 ans. Je suis, enfin, j’étais actrice. Je dis j’étais car, pour le moment, j’ai coupé tout lien avec mon ancienne vie. Certains événements ont fait que je ne me sentais plus bien dans mon quotidien. J’avais besoin de partir... Loin. De prendre de la distance pour me sentir mieux et surtout fuir la source de mon malheur. Je ne suis pas certaine d’y retourner pour le moment. C’est trop le bazard dans ma tête.

Je suis pathétique en disant ça, c’est horrible. Pauvre petite fille malheureuse. Quand j’y pense, est-ce vraiment le droit de déprimer et de pleurer sur mon sort. Je ne sais pas ! En fait, c’est vrai que je n’ai pas trop à me plaindre. Ma vie n’est pas si horrible. J’ai eu une enfance choyée au sein d’une famille aimante. D’origine islandaise, ma famille a immigré aux États-Unis grâce à mon grand-père. Je suis la deuxième génération née sur le territoire américain. Très tôt, j’ai ressenti le besoin de jouer la comédie. J’étais un vrai petit clown et j’adorais monter sur scène. C’est grâce à un casting organisé à Minneapolis que j’ai commencé à faire du cinéma lorsque j’avais une douzaine d’années. De la figuration d’abord, puis de petits rôles. C’était marrant. J’ai eu la chance de tomber à chaque fois sur des personnes bienveillantes qui n’ont fait qu’accentuer mon amour pour ce métier. Mes parents ont suivi et subis mes projets, m’encourageant coûte que coûte.

À quinze ans, j’ai déménagé loin de chez moi et j’ai intégré une série à succès pour adolescents. Je suis rapidement devenu un personnage régulier et c’est comme ça que s’est fait mon succès. J’ai côtoyé toutes les coqueluches de la TV et du cinéma de la fin des années quatre-vingt-dix. La presse m’avait surnommé “La petite fiancée de l’Amérique”. C’était une période pleine d’insouciance. Malgré tout, mon père veillait au grain pour que je poursuive mes études en parallèle. Et j’ai fini par obtenir mon diplôme.

À la fin de la série, à la veille de mes vingt ans, je me suis attaché à prouver mon vrai talent de comédienne. J’étais une toute jeune adulte et pourtant, je foulais déjà les tapis rouges les plus prestigieux. En parallèle de mes tournages, j’approfondissais mes compétences et mes techniques d’actrice en suivant des cours de théâtre à New York... Et cela a fonctionné car ma prestation dans un drame romantique m’a valu mes premières nominations et la reconnaissance de mes pères. J’ai été prise au sérieux et je me suis vu offrir des opportunités très gratifiantes. J’ai alterné les grosses productions et les films indépendants. Au fil des années, j’ai travaillé auprès des plus grands : Spielberg, Tarantino, Burton, Nolan, Scorsese, ... Je suis devenue une valeur sûre dans le monde du cinéma. Et je m’éclatais dans ce que je faisais. Je vivais mon rêve.

En revanche, ce qui a toujours fait défaut dans ma vie, contrairement à mes expériences cinématographiques, ce sont les histoires d’amour. Non, j’exagère. J’ai vécu de jolies romances. Ma première avec un partenaire de la série qui m’a rendu célèbre. Quelques semaines avant notre union, il a rompu nos fiançailles... Notre différence d’âge avait fini par lui peser. Ce fut la douche froide. Je ne m’y attendais pas du tout et ma puérilité n’a pas aidé à prendre cette rupture avec légèreté. J’étais bien jeune et trop amoureuse pour comprendre. Mais quand j’y repense, avec le temps, je me dis que ce n’était finalement pas une mauvaise chose. Mariée à vingt-et-un ans, quelle idée !

Mon histoire suivante fut avec un ami d’enfance, joueur de hockey professionnel que j’ai retrouvé lors d’une visite chez mes parents, dans mon Minnesota natal. Puis quelques années plus tard, lors d’un festival, j’ai fait la connaissance d’un confrère acteur. Nous avons commencé à nous fréquenter. C’était une belle relation. Il était d’une tendresse avec moi. Nous avons vécu de très belles années ensemble. Mais notre surmédiatisation a eu raison de notre couple. Lorsqu’une personne imprudente à annoncé notre mariage, la presse s’est acharnée sur nous. La pression était telle que mon fiancé à mis fin à six années de relation en m’abandonnant devant l’autel le jour de notre mariage. Je ne me suis jamais sentie aussi humiliée de toute ma vie. Je me souviendrais toujours des unes du lendemain. “La petite fiancée abandonnée de l’Amérique”. Il m’a fallu un peu de temps pour m’en remettre...

Et un jour, je l’ai rencontré. LUI. Grand, brun aux yeux bleus magnifiques. Un véritable coup de foudre, réciproque. À croire que l’on se cherchait mutuellement. Que l’on s’attendait. Lui, qui était la discrétion incarnée. Qui faisait tout pour protéger sa vie. Qui m’a protégé comme personne. C’est la première fois que je me laissais vraiment aller dans une relation. Il m’a redonné foi en l’amour. Nous étions en connexion. Nous partagions les mêmes choses, rien que par nos carrières. Nous nous réjouissions des succès de l’autre et nous nous encouragions. J’avais vraiment trouvé mon double, mon alter ego, ma moitié.

Le mélange de nos petits grains de folie faisait que nous ne nous ennuyions jamais. Lorsque nous nous rendions à des festivals, des cérémonies de remise de prix ou des avant-premières, nous faisions sensation. Un véritable conte de fées. Et là, vous allez me dire encore une fois, de quoi je me plains alors ? Je ne me suis jamais plaint de cette vie. Je la chérissais au plus profond de moi-même. Essayant d’en faire profiter un maximum de monde autour de moi. Souhaitant être altruiste et généreuse.

Mais, parce qu’il y a toujours un mais... Tout cela prit fin subitement. Lorsqu’il m’a annoncé son envie de tout arrêter avec moi. De mettre fin à notre relation. De fermer notre livre.

Mon cœur s’est littéralement brisé. J’avais tellement d’attente dans cette relation. Je m’imaginais un futur radieux qui nous aurait comblé et nous aurait accomplis dans un domaine que nous n’avions pas encore exploré. Je pensais vraiment que cette fois ce serait différent, que j’aurai mon happy-endding. Que ma malchance amoureuse s’était envolée. Au lieu de ça, j’ai de nouveau été rejetée, abandonnée. Mon univers s’est effondré. Je ne comprenais pas trop ce qu’il m’arrivait. Pourquoi est-ce que je vivais toujours le même schéma : tomber amoureuse et me faire jeter, sans raison apparente, mais pourtant bien réelle. Je n’ai jamais remis en question les motifs de rupture que l’on m’a donnés. Chacun a sa façon de voir les choses. Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi on me jette toujours. Qu’est-ce que j’ai qui fait qu’il se passe toujours la même chose ?

C’est très égoïste comme question et sans doute que je ne sais pas me remettre en question. On travaille justement dessus avec ma psy. Et ce n’est pas le plus facile. Avez-vous déjà fait une introspection personnelle ? Avez-vous déjà essayé de vous convaincre que parfois les événements ne dépendent pas uniquement de vous ? Que la vie a aussi sa façon de voir les choses, que les autres prennent, eux aussi, des décisions égoïstes. Je sais très bien que dans un couple, on ne pense pas qu’à l’autre. C’est important d’avoir des moments à soi, de prendre soin de soi. Mais il n’y a rien de pire que la phrase “C’est pas toi, c’est moi’. Ça veut dire quoi cette phrase ? Soit, on assume pas la vraie raison de la rupture et on n’ose pas dire à l’autre ce qu’on lui reproche réellement pour ne pas la ou le blesser ou passer pour une mauvaise personne. Soit, on se rend compte qu’on n’est pas vraiment heureux avec l’autre car on n’a un besoin de renouveau, de liberté... Mais même ça, ça finit par être lié à l’autre. Le ou la partenaire n’arrive pas accompagner la personne dans les changements dont il a besoin. Donc finalement, ça reste tout de même de notre faute.

Ma psy dit que je dois arrêter de me focaliser là- dessus. Mais j’ai beaucoup de mal. Et pourtant j’ai fait des efforts ! Les premiers temps après la rupture, j’étais un déchets. Je sortais peu de chez moi, ne prenais pas trop la peine de m’apprêter. Je me suis laissé un peu aller. Je dormais peu, mangeais encore moins. J’ai commencé à maigrir à vue d’œil. Le peu de fois où je suis sortie de chez moi, j’ai fait les choux gras de la presse people. Des paparazzis me suivaient à chaque fois et des titres inquiétants sur mon état de santé se sont multipliés. Je n’y portais pas grande importance, mais mon agent, John, m’en parlait à chacune de ses visites. Par contre, c’était pesant d’être constamment suivi par des photographes. Il fallait presque user de stratagèmes pour leur échapper.

Au bout d’un mois, je me suis un peu reprise. Je ne sais plus comment, nous avions réussi avec John à pouvoir profiter de la douceur de la fin de printemps pour nous promener dans la rue. Il se satisfaisait d’arriver à me faire sourire en me racontant des blagues et des potins. Il voulait absolument m’emmener manger un bout dans un petit resto. Il s’inquiétait beaucoup de ma perte de poids. Et au détour d’une rue, je l’ai aperçue. Nous avions coupé tout contact. Je ne voulais plus le revoir. Je ne pensais plus le revoir. Je ne m’en sentais pas la force. Je l’aimais tellement. Mon cœur s’est de nouveau brisé quand mes yeux se sont portés sur la main qu’il tenait. Une femme, magnifique, grande et blonde à qui il souriait à outrance. De l’autre main, il tenait un chien en laisse. L’image était si belle. La représentation même d’un joli couple. Ses yeux plissés étaient rieurs, son sourire allongé sur son visage. Il respirait le bonheur. Je ne me suis pas souvenu de l’avoir déjà vu aussi heureux. S’en était écoeurant.

John a tout de suite vu à ma tête que quelque chose n’allait pas et il m’a ramené chez moi. Je pense que j’étais en état de choc. Est-ce que ça faisait longtemps qu’il la fréquentait ? M’avait-il quitté pour elle ? Était-il vraiment heureux ? Plus qu’avec moi ? Trente-mille questions sont passées dans mon esprit et m’ont complètement fait bugger pendant quelques heures. Lorsque j’ai enfin repris le contrôle de moi même, John a voulu que l’on discute. Je ne l’avais jamais vu aussi inquiet. Pour lui, il était nécessaire que je prenne du temps pour moi. Quitte à partir un temps, mais que je m’éloigne de New York pour me ressaisir. Il a mis quelques heures à me convaincre et pour finir, j’ai appelé ma mère pour lui dire que je revenais à Excelsior. Elle ne m’a posé aucune question. Elle m’a juste dit qu’elle m’attendait. Et qu’elle m’aimait. Juste ce que j’avais besoin d’entendre à ce moment-là. John m’a aidé à faire mes bagages et le soir même j’étais dans un avion pour Minneapolis.

Et voilà où j’en suis aujourd’hui. La grande star de cinéma est retournée vivre dans l’anonymat le plus complet chez sa maman. Devant mon état, elle a tenu à m’emmener consulter un médecin qui a parlé de dépression. C’est comme cela que j’ai fini par consulter le docteur Brown, ma psychiatre. Et que je dois écrire ce foutu journal.

C’est finalement un exercice assez bizarre. je ne savais pas quoi écrire et j’ai réussi ce matin à tartiner un bon nombre de pages de ce petit cahier. Je me sens vidée et pourtant je n’ai pas raconté un quart de ce que je ressens. Je raconterais tout, un jour. Mais pas aujourd’hui. Je me sens trop lasse. J’ai besoin de dormir...

Mais ? Comment on finit un journal ? Avec un “au revoir” ?

Non, c’est trop radical.

Vu tout ce que j’ai encore à écrire, je pense que ce doit plutôt être un,À bientôt...