Et puis... toi

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Summary

Slow-burn — Tranche de vie — Guérison Certaines histoires s’inventent. Celle-ci s’est vécue — du moins en partie. Nabi n’a rien d’exceptionnel. Elle a grandi dans une maison où l’amour ne se disait pas. Où il fallait être sage, réussir, obéir — sans vraiment respirer. Alors quand quelqu’un lui a offert de l’attention, elle a cru que c’était ça, l’amour. Elle lui a laissé une place. Sans savoir qu’elle en perdait la sienne. Elle a eu vingt et un ans. Avec ses erreurs, ses silences, ses choix qu’on fait trop tôt. Et puis un jour, elle a compris que la liberté ne se demande pas. Une histoire simple... Celle de beaucoup de filles. Peut-être la tienne...

Status
Ongoing
Chapters
17
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1: Souffle captif


La journée commence lourdement.



J’ai l’impression que ma tête va exploser.Hier, j’ai passé la nuit à pleurer, à tourner dans mon lit, à chercher une solution.

Une seule.

N’importe laquelle.

Juste quelque chose qui pourrait me sortir de cette vie.

Comment est-ce que j’en suis arrivée là ?

Depuis deux ans, je vis dans cette relation...

Et chaque jour, j’ai l’impression de tomber un peu plus dans un trou sans fond.

Je ne suis plus la même personne.

J’ai grossi...

Mes cheveux tombent plus qu’avant.

Mon visage est toujours fatigué.

Quand je me regarde dans le miroir, je ne me reconnais presque plus.

Ce n’est plus moi.

Et pourtant... je reste.




Aujourd’hui, j’ai vingt et un ans.

Je suis censée être heureuse.

Je suis dans une école d’architecture réputée.

Beaucoup de gens rêveraient d’être à ma place.

Mais hier, j’ai raté mon projet.

Encore..

Et, comme toujours, c’est à cause de lui.

Pour lui, il est hors de question que j’étudie avec des mecs.

Même pour un projet d’école.

Même pour comprendre un exercice quand je bloque.

Selon lui, les mecs n’aident jamais gratuitement.Selon lui, les hommes ont toujours une idée derrière la tête.

Alors les disputes commencent.

Encore et encore.

Les mêmes mots.

Les mêmes reproches.

Et moi... je me vide.

Je me retrouve seule... Sans amis... Sans personne.

Je soupire en regardant l’heure.

Je vais être en retard.



Je me tapote le visage devant le miroir pour me réveiller un peu avant d’entrer sous la douche.

L’eau chaude me fait du bien, au moins pendant quelques minutes.



Le silence de l’appartement est étrange.

Mais c’est normal.

Hier soir, mes colocataires sont sorties fêter l’anniversaire d’une amie.

Elles ont sûrement dû rentrer très tard... ou dormir ailleurs.

Elles ont une vie.

Moi non.

Je vis avec mes deux meilleures amies, Yuna et Sena. Deux sœurs que je connais depuis l’enfance, voisines de toujours.

Sena, l’aînée, était déjà sur le campus depuis deux ans quand Yuna et moi avons débarqué à notre tour.

Elle aurait pu nous ignorer, vivre sa vie d’étudiante sans s’encombrer de nous. Au lieu de ça, elle nous a tendu les bras, et on a décidé de louer un appartement toutes les trois. Pour être enfin libres, on pensait.

Plus tard, on a trouvé une quatrième colocataire pour partager le loyer.

Mina.

Elle est arrivée avec son sourire, son énergie, sa joie de vivre.


En quelques semaines, les trois filles étaient déjà très proches.

Elles sortent, rient, organisent des petites fêtes, racontent leurs aventures.

Et moi... j’ai l’impression d’être invisible.

Parce que mon copain ne veut pas que je sorte avec elles.

Pour lui, les filles qui sortent ensemble finissent forcément par attirer des hommes.

Et les filles célibataires sont les pires influences possibles.

Alors je reste.

Je reste à la maison pendant qu’elles vivent.

Parfois, ça me manque.

Juste rire avec elles... Boire un verre... Sortir sans réfléchir.

Mais avec lui... c’est impossible.


Vous devez sûrement vous demander pourquoi je reste avec quelqu’un comme ça.

Honnêtement ?

Je me pose la même question.

Au début, je ne voulais pas sortir avec lui.

Pas du tout.

Il n’était même pas mon type.

Physiquement, il était plutôt banal.

Mais il était intelligent, très sûr de lui... et surtout incroyablement insistant.

Il me suivait partout sur le campus.

Il trouvait toujours un prétexte pour me parler.

J’ai refusé une fois.

Puis deux.

Puis encore.

Mais il ne s’arrêtait pas...

Il pleurait... Il suppliait.

Il disait qu’il ne pouvait pas vivre sans moi.

Il a même fini par me présenter sa mère et sa sœur, comme pour me prouver qu’il était sérieux.

À l’époque, j’avais dix-neuf ans.

Je n’avais jamais eu de relation.

Je n’avais aucune expérience.

J’étais naïve.

Mes copines trouvaient ça romantique.

Pour elles, c’était un amour fou.

Le genre d’histoire qu’on voit dans les dramas.

Il me faisait des surprises... Des cadeaux.

Il se montrait gentil, attentionné.

Devant tout le monde, il semblait parfait.

Le genre d’homme qu’on épouse un jour.

Alors je me suis dit que j’avais peut-être tort.

Que je devais lui donner une chance.

Que peut-être... il était le bon.

Alors j’ai accepté.

Et aujourd’hui, je comprends que c’était probablement la pire décision de ma vie.

Petit à petit, ma vie a changé.

Mes résultats ont commencé à baisser.

J’ai arrêté de sortir avec mes amies.

Et un jour, sans même m’en rendre compte... je me suis retrouvée complètement seule.

Même pendant les vacances, quand je rentrais voir ma famille, il ne voulait pas que je voie mes cousins.

Il trouvait toujours une raison.

Toujours.

Et maintenant...

Je suis coincée.

Parce qu’une petite voix dans ma tête continue de murmurer :

Et si tu le quittais... et que tu regrettais ?Et si tu ne trouvais jamais quelqu’un qui t’aime autant ?

J’ai vu trop d’histoires autour de moi.

Mes copines trompées... Abandonnées... Blessées.

Alors je me dis que peut-être... je devrais simplement m’accrocher à ce que j’ai.

Même si je ne suis pas heureuse.

Même si je ne suis pas amoureuse.

Même si je me sens prisonnière.




Après ma douche, j’ouvre mon placard.

Je prends les mêmes vêtements que d’habitude : un pull large, un jean simple, sans forme. Des couleurs fades. Sans vie.

Comme ça, personne ne regarde.

Comme ça... il ne dira rien.

Je m’habille rapidement, puis je passe devant le miroir.



Mon visage est pâle.

Fatigué.

Je reste quelques secondes à me regarder.

Puis, presque par impulsion, j’ouvre le tiroir et je prends un rouge à lèvres.

Une couleur très légère.

Presque invisible.

Juste un peu.

Je l’applique doucement.

Je souris.

Au moins, cette couleur me va bien.

Je prends mon sac et je pars à l’université.




Quand les cours se terminent enfin, je quitte l’université avec la tête encore lourde.

Dans mes bras, je serre ma maquette contre moi.Enfin... ce qu’il en reste.



Le carton est froissé, certains morceaux se sont décollés pendant la présentation.

La colle a laissé des traces sales sur les bords.

Tout ce travail... pour ça.

Si j’avais fait ce projet avec le groupe comme le professeur l’avait conseillé, ce serait sûrement différent.

Mais Ren refuse que j’étudie avec des mecs. Et les groupes en architecture c’est rarement que des filles.

Alors j’ai travaillé seule.

Et j’ai échoué.

Je descends les marches du bâtiment sans vraiment regarder devant moi, perdue dans mes pensées...

— Nabi !

Je relève la tête.



Ren est là.

Debout devant l’entrée, avec ce sourire que je connais par cœur.

Une fleur blanche dans la main.

Je m’arrête, surprise.

Il cache quelque chose derrière son dos.

— Ta-da !



Il sort une glace et la brandit fièrement devant moi.

— Ta préférée... Au nougat.

Pendant une seconde, quelque chose en moi vacille.

C’est exactement le genre de détail qui m’a fait tomber dans son piège au début.

Il me tend la fleur.

— Pour toi.

Je la prends, un peu machinalement.

— Attends, donne-moi ça.

Il me retire doucement la maquette des bras.

— Tu ne peux pas tout porter.

Puis il me met la glace dans la main.

— Voilà.


La glace froide commence déjà à fondre entre mes doigts.

— Je sais que tu étais fâchée contre moi hier, dit-il en soupirant. Mais comprends-moi... c’est pour ton bien.

Il passe un bras autour de mes épaules et me serre contre lui.

— Tu ne sais pas combien je t’aime. Je ne peux pas vivre sans toi.

Je ne réponds pas.

Je regarde simplement la glace qui fond lentement dans ma main.



Après quelques pas, je sens son regard sur moi.

Puis soudain, il s’arrête.

— Attends.



Il se place devant moi et plisse les yeux.

— Tu as mis du rouge à lèvres ?

Je sursaute légèrement.

— Ah... juste un peu... j’avais l’air très pâle ce matin alors...

Il sort un mouchoir de sa poche et essuie ma bouche brusquement.

— Aïe ! Mais tu me fais mal !



Ses sourcils se froncent.

— Tu ne m’écoutes jamais. Tu es vraiment têtue.

Il secoue la tête.

— Pourquoi tu mets du rouge à lèvres ? Tu n’as pas besoin de ça.

Puis il lâche, presque comme une évidence :

— Ce sont les putes qui se maquillent comme ça...

Je reste figée.

— Pardon... ?

Il soupire aussitôt.

— Pfff... comprends-moi, chérie. Regarde-toi. Tu es déjà belle naturellement. Tu n’as pas besoin de ça.


Je détourne le regard.

Je n’ai même plus la force de répondre.

La glace continue de fondre dans ma main.

Le nougat coule lentement sur mes doigts.

Je m’approche d’une poubelle et la jette sans même y goûter.



Je marche plus vite...

Derrière moi, Ren continue de parler.

— Je connais les hommes... Je connais les gens. Toi, tu es différente. Tu es mon ange. Je ne veux pas que les autres te regardent mal...

Les mêmes phrases.

Toujours les mêmes.

J’accélère.Lui aussi.

Je n’écoute plus.



Sa voix devient un bruit de fond... présent, collant, impossible à semer.

C’est là que je sens mes doigts serrés autour de la tige.Je les desserre doucement.La fleur blanche est encore intacte... ses pétales fermés, propres, ignorant tout de ce qui vient de se passer.Belle encore.

Pour combien de temps ?

Dans deux jours, elle sera sur mon bureau, la tête penchée, les pétales éparpillés sur le bois comme si elle avait abandonné en silence.C’est ça que je n’arrive plus à supporter... cette beauté qu’on arrache pour qu’elle meure ailleurs.

Mais je la garde quand même.


Nous arrivons devant la porte de mon immeuble.

Je m’apprête à entrer.

Mais il m’attrape doucement le bras.

— Hé... attends.

Je ne le regarde même pas.

— Désolé... je t’ai fait mal ?

Je reste silencieuse.

Puis il ajoute :

— Tu sais que la fin de l’année approche... et que je pars bientôt pour mon master à l’étranger.

Je m’arrête...



Dans moins d’un mois, après les examens, il partira en Angleterre.

Peut-être que ce sera enfin l’année où je pourrai respirer.

Je prends une inspiration et me tourne vers lui.

— Je ne suis pas fâchée... J’ai juste mal dormi. J’ai besoin de me reposer.

— D’accord, dit-il. Repose-toi bien. Si tu veux, je peux venir te chercher plus tard... on ira boire un verre.

Je force un sourire.

— Oui... je te dirai quand je serai reposée.

Il lâche ma main avec satisfaction.

J’ouvre la porte de l’immeuble.

— Ah, attends.

Je me retourne.


Ren me tend la maquette qu’il a portée tout le long, comme s’il attendait des remerciements.

— Tiens, reprends-la doucement, dit-il. Tu devrais essayer de recoller les morceaux ce soir. Je ne supporte pas de te voir échouer. Tu sais bien que je ne veux que ton succès.


Je regarde l’objet dans ses mains.

Ce n’est plus une maquette d’architecture.

C’est juste un amas de carton sale, de colle séchée et de rêves piétinés.

Le résultat de nos disputes.De ses crises de jalousie.De son ombre sur chacun de mes projets.

Je ne tends pas les mains.

— Non... garde-la, je murmure.

Il fronce les sourcils.

— Comment ça ? J’en fais quoi, moi ?

Je force un petit sourire.

Celui qui ne fait pas d’histoires.

— Considère que c’est un cadeau... Pour toi.

Il reste surpris une seconde.

Puis un sourire satisfait apparaît sur son visage.

Comme s’il venait de recevoir une preuve d’amour.


Je détourne les yeux.

Et je rentre enfin dans l’immeuble.

Sans me retourner.

En montant les escaliers, je n’ai pas pensé à lui.

J’ai seulement pensé à l’air que je pourrais enfin respirer quand il partirait...