Prologue
Gina, 8 ans.
Le ciel est bleu, pas un seul nuage dans le ciel. On est en Juin, bientôt les grandes vacances. Je marche dans la cour de l’école et fais les cent pas devant un portail en métal. Léon est avec ses copains dans l’autre cour. Le portail devant lequel je me tiens me sépare de lui. La récréation touche à sa fin, je fais demi-tour et me rapproche de la grande porte qui mène aux escaliers. Ma classe est devant moi, tous en rang par deux.
Je regarde le portail par dessus mon épaule afin d’apercevoir mon frère derrière le portail en espérant le voir et me parler. Il est déjà parti.
Sans mon frère je me sens seule ici. Je croise mes mains et me balance doucement à l’arrière de la queue. La maitresse arrive et nous fait passer deux par deux par la porte. J’arrive en dernière, je passe l’encadrement avant de monter les escaliers en présence de ma tutrice.
16h30, tous les élèves sortent de leur classe et descendent jusqu’à l’entrée de l’école. Je descends avec mon cartable lourd sur mon dos. J’arrive devant la grande entrée et attends mon papa. Je cherche Léon dans le couloir, je constate que sa classe n’est toujours pas arrivée. Il a fallu un battement de cil pour que je le vois s’approcher de moi. Il est accompagné de son camarade de classe, Mathis il me semble. Je ne le connais pas mais il est drôle et c’est le seul qui est là pour mon frère. Je l’aime bien.
Léon pose sa main sur ma tête et m’ébouriffe les cheveux. Je me retire de sa main, le regarde et m’exclame.
- Mes cheveux Léon !
- Coiffe les et ça ira.
Je garde mon expression colérique et touche une mèche de mes cheveux avec mes doigts. Ils sont sacrément bouclés, épais et peu volumineux.
Léon s’éloigne et s’enfouit dans la foule devant la porte de l’école. Je le regarde partir sans rien dire en attendant qu’il y ait un passage accessible.
Mes pensées sont dirigées sur mon retour à la maison, posant mon cartable dans ma chambre, parler avec ma mère, une bonne douche, manger et dormir. Basique mais apaisant. Beaucoup d’enfants du plus petit âge au plus grand commencent à s’en aller. Je m’approche à mon tour de la sortie. Quand j’arrive enfin à l’endroit où je voulais me placer, je regarde si mon père est ici. Léon est sorti depuis quelques minutes alors il doit être là. Je remarque un enfant avec une chevelure blonde et un homme de couleur brun. Je relève les yeux et voit mon père, Marc Swan.
Alors que je m’apprête à me retrouver sur le trottoir, une cantinière m’arrête dans mon élan.
- Où vas-tu jeune fille ?
- Mon papa est là.
Je pointe du doigt mon père qui me regardait sur la rue d’en face avec une expression ferme. Il a dû passer une mauvaise journée. Comme tous les jours. La tata regarde devant elle et le voit avec mon frère à ses côtés. Elle écarte son bras devant moi et me laisse passer. J’avance à grands pas vers le bord de la route et regarde les voitures s’arrêter pour que je puisse traverser. J’arrive devant mon père et ce dernier me regarde toujours avec son visage ferme. Sa voix grave résonne dans mes oreilles.
- Où étais-tu ?
- Devant la porte.
Mon père soupire d’exaspération et reprend d’un ton plus dur.
- Tu aurais pu suivre ton frère pour que tu sortes un peu plus tôt Gina. Je n’ai pas le temps de traîner devant l’école.
Je le regarde et baisse la tête sans dire quoi que ce soit. Il a passé une mauvaise journée, c’est pas grave, ce soir ça ira. Je suis mon père et mon frère de près en nous rapprochant de la Brabus garé à quelques mètres de l’école. Je m’engouffre à l’intérieur et attache la ceinture. Léon se met sur le siège passager et mon père côté conducteur. Léon a 10 ans, il a l’âge de se mettre devant. Moi aussi je veux me mettre devant.
***
Il doit être 21h30, cela fait maintenant 15 minutes que je tourne dans mon lit en cherchant le sommeil enfouit en moi. J’entends mon frère souffler une première fois, je m’en fou continue à souffler c’est pas de ma faute si j’ai peur de plus te voir à l’école. Alors qu’une bonne quinzaine de minutes se sont écroulés j’entends mon frère sur le lit du haut souffler une nouvelle fois d’exaspération.
- Arrête de tourner dans ton lit, c’est agaçant !
- C’est pas de ma faute, dis-je d’un ton assez froid et colérique.
Léon rigole et penche sa tête vers le bas pour me regarder.
- C’est la faute de qui si c’est pas la tienne ? Je le regarde se baisser davantage.
- Tu vas tomber Léon.
- Je m’en moque.
Je le regarde encore un bon moment avant qu’il se redresse et se remette confortablement sous sa couette. Je tape son matelas à l’aide de mon pied, ce qui le fait sursauter.
- Gina arrête !
Je me lève de mon lit et monte les escaliers pour atteindre son lit. Il me dévisage, se demandant sûrement ce que je fais. Il a l’habitude que je vienne dans son lit au beau milieu de la nuit après avoir fais mes terreurs nocturnes. On continue de se regarder sans rien dire, il me pousse de son pied pour que j’aille me recoucher. Je rentre dans le vif du sujet.
- T’as pas peur de rentrer en 6ème ?
Je sens le regard de Léon passer de la colère à l’incompréhension. Il me répond après quelques secondes de silence dans la chambre.
- Non, au contraire j’ai hâte.
- Pourquoi ?
Léon affiche un sourire sur son visage, ce qui m’inspire pas confiance.
Il ne dit plus rien, semblant chercher ses mots. Je le regarde et hausse les sourcils en attendant la suite.
- Comme ça je serais plus avec toi.
Je sens mon coeur se briser et les larmes monter.
- C’est..c’est vrai ce que tu dis...?
Je baisse la tête en sentant mes larmes à la limite de déborder et de fondre sur mes joues. Soudain, il me prend dans ses bras et me serre avec une légère pression sur mon petit gabarit.
- Eh Gina, je rigolais quand j’ai dis ça, me dit-il d’une voix douce et rassurante. Jamais je penserai une chose pareille...
Je me laisse bercer dans ses bras, et calme mes larmes s’écrouler lentement.
- Je t’aime Gin, tu vas me manquer... et essaie de te faire des amis vu que je serai plus là.
- D’accord...
- Allez va dans ton lit, j’ai sommeil.
Je hoche la tête et me défait de lui. Il me fait un bisous sur la tête et je redescends les escaliers avec prudence. Je m’allonge et ramène la couverture sur moi. Je ferme les yeux en attendant que je m’endorme. Après un bon moment, le sommeil m’a emporté et me voici dans un sommeil profond.