199X LF00-001 : Le primaire partie 1
Mes souvenirs de maternelle sont très lacunaires, je suppose que c’est plutôt courant, je n’ai que des visions partielles, des réminiscences minuscules et fragmentées : deux mecs qui détruisent mes livres et qui me mettent des vers de terre dans les cheveux, un gamin qui me mord la main jusqu’au sang, ma bouche barrée par du scotch, les menaces de la maîtresse de passer la fois suivante à du “gros scotch marron” qui “arrache les lèvres quand on l’enlève” et c’est à peu près tout.
En revanche, pour le primaire, ma mémoire est parfaitement claire et ordonnée.
J’ai passé toute ma scolarité élémentaire dans une école privée catholique exclusivement réservée aux garçons. L’entrée, assez quelconque, s’ouvrait sur une rue tranquille d’une petite ville, derrière une façade moderne sans charme particulier. Mais une fois passé le hall, on débouchait sur une immense cour en rectangle, dont un tiers était recouvert par un grand préau aux poutres de bois anciennes, noircies par le temps.
En face, de l’autre côté de la cour, une longue rangée de platanes centenaires formait une allée ombragée devant un bâtiment de pierre de taille, lui aussi ancien, divisé en quatre salles de classe : CP, CE1, CE2 et CM1.
Perpendiculairement à ce bâtiment, au fond de la cour, se trouvait une seconde cour plus petite réservée aux CM2. Leur salle de classe était située à l’étage d’un autre bâtiment qui venait fermer ce grand rectangle formé par l’ensemble. On y accédait par un escalier extérieur envahi par une vieille glycine tordue et volubile, dont les grappes violettes embaumaient les marches aux beaux jours.
Au rez-de-chaussée de ce bâtiment se trouvaient l’administration et la cantine : un grand réfectoire tout en longueur, avec d’interminables rangées de tables en bois usées et des bancs alignés. Les murs, peints d’un bleu froid et fade, genre un bleu hôpital, étaient percés d’alcôves où reposaient des statues de plâtre de la Vierge. L’atmosphère y était austère, presque carcérale, comme un orphelinat des siècles passés.
Je me rends à l’école le matin en marchant depuis un des garages auto de mon père situé sur la même rue avec toujours un pain au raisin en main tandis que j’évite les lézardes des trottoirs. Il ne faut jamais marcher sur une lézarde, c’est le jeu, une variante de “the floor is lava” de l’époque. Parfois le jeu inclut quelques dalles disjointes, les règles sont mouvantes.
Pour une raison qui m’est inconnue, j’arrivais très tôt, plus tôt que les autres, alors j’allais en étude avant les vrais cours.
Aux mornes saisons, je me rappelle le froid et l’obscurité matinale puis, au printemps, les lumières de l’aurore pastel, les chants des hirondelles et le goût de mon pain au raisin à la récré du matin.
Le CP est une classe joyeuse, j’apprends à lire avec entrain, je commence à collectionner des BD, j’ai mes premiers Tintin, mes premiers Spirou, Gaston Lagaffe, les Schtroumpfs, j’ai des bonnes notes aussi, je m’en sors bien, je suis enchanté d’apprendre, je suis même en avance sur les autres, je lis beaucoup mieux, j’aime ça, je dévore des livres très vite, je me gargarise de certains mots, de tournures de phrases, je suis féru de littérature, c’est évident.
Je suis sociable aussi, j’ai même un ami avec qui on dessine, je côtoie tous les mecs de ma classe de façon normale, on s’amuse, on rigole, j’adore jouer à 1, 2, 3, soleil. Rien ne dénote, je suis un gamin de mon âge parmi une classe remplie de gamins de mon âge.
Tout s’arrête brutalement dès le CE1, sans que je comprenne pourquoi, mon niveau scolaire dégringole de façon vertigineuse, j’ai très vite mes premiers zéros, partout...
Je ne réalise pas encore que cette section correspond à l’époque où ma mère a divorcé et où j’entame ma vie en solitaire à la fois à la maison et ici.
Je suis immédiatement traité comme un pestiféré à l’école, le divorce dans cet environnement social de riches bourgeois catholiques est perçu comme une maladie, la maladie de l’échec, de la perdition. Je suis comme contagieux, les camarades avec qui je jouais l’année précédente refusent ma présence, je les dégoute.
Je suis mis à l’écart de la classe lors des récrés, je regarde, assis sur un banc ou appuyé contre un mur, les jeux qui se déroulent devant moi, sans pouvoir y participer. C’est une école non mixte, le monde des mâles est dur, violent, aucune douceur féminine pour arrondir les angles, c’est la jungle et je suis seul dedans. Personne ne tente jamais de remédier à mon isolement.
Je n’ai plus de pain aux raisins aussi, mais une pomme que l’acidité rend immangeable, une Granny Smith, mon ventre gargouille et je me force à croquer dedans en grimaçant. Ma mère les achète juste parce que c’est une variété Anglaise et qu’elle voue une sorte de culte déplacé et étrange à ce pays... elle est prof d’anglais, mais elle semble aimer plus le pays que la langue en fait, alors que l’anglais est parlé partout dans le monde.
À la maison je suis dépourvue de toute supervision parentale, j’erre seul et sans guidance dans la maison vide, je ne trouve plus personne nulle part, ma mère est invisible. Elle a comme disparu, j’entends la radio parfois par la porte de sa chambre fermée, si j’essaie d’ouvrir c’est verrouillé, si je frappe ou j’appelle je n’ai aucune réponse, alors bientôt je passe juste mon chemin.
Je me retrouve abandonné dans un monde nouveau sans pouvoir comprendre comment ça arrive ou ce qui se passe et sans avoir la capacité de vraiment y réfléchir, je suis simplement “là”, laissé “là” comme un truc qu’on a pas vraiment oublié je suppose mais dont on a perdu tout intérêt. À mon domicile, tout est à présent vide d’âmes qui vivent, la maison est comme figée dans un silence assourdissant tandis que la poussière s’accumule sur toutes les surfaces.
À présent, je dois comprendre le monde qui m’entoure par moi-même, à l’aide de mes propres expériences et conclusions résultant des idées qui ont germé seules dans mon cerveau d’enfant, j’ai quoi? 7 ou 8 ans, ça fait bien tôt pour être laché à se démerder seul.
Très tôt toujours en CE1, j’ai une illumination que je crois géniale : je réalise que si le maître contrôle nos devoirs, il ne vérifie pas si on a appris nos leçons. Comment contrôler ce qu’on a dans la tête, hein ?
Immédiatement je cesse de les apprendre, je me crois très malin. Je fais mes devoirs à la va-vite sur la plage arrière de la voiture de ma mère pendant le trajet retour de l’école, j’ai 7 kilomètres pour faire mes devoirs et quand j’arrive à ma nouvelle maison j’ai tout le loisir de passer mon temps à faire tout ce que je veux. À ce moment-là ma préoccupation majeure c’est de construire ma cabane, je m’inspire du menuisier qui vient me faire une chambre aux meubles sur mesure, j’essaie de reproduire ses techniques, j’adore le bois, je sais pas pourquoi.
Mon enseignement scolaire, lui, s’arrête là, en CE1 : toute ma vie je compterai sur mes doigts et je serai incapable de mémoriser une table de multiplication ou d’écrire un français correct. En revanche mes capacités de lecture resteront bien en avance sur les élèves de l’école, ma solitude a décuplé mes aptitudes étant donné que je passe mes journées de pluie à dévorer les romans de la bibliothèque abandonnée de ma mère. Le Fantôme des Canterville, Le Chien des Baskerville façonnent mon intérêt pour le surnaturel. J’assimile tout un tas de bouquins qu’on ne lit normalement qu’à partir du collège. Moi je les enchaîne à peine arrivé à moitié du primaire.
Avant la nouvelle rentrée, alors que l’été est mourant, je passe une après-midi à jouer tout au fond du jardin dans un grand bac à sable. Ma mère débarque soudain affolée, toute échevelée et pleurant, elle m’embarque à l’intérieur. Dans la maison tout est vide, et bientôt des gendarmes arrivent. Je réalise que pendant que je passais la journée à jouer dehors, des Gitans en ont profité pour venir en douce dans la maison et ont tout embarqué pendant que ma mère était partie faire des courses en m’oubliant. Je comprends alors pourquoi mon grand-père disait : “Les Gitans ça vaut même pas le prix de la balle qu’il faudrait leur coller à tous entre les deux yeux.”
Le trauma de perdre ses bijoux s’ajoutera à tous les traumas de ma mère, elle pleurera son camé rose et blanc tout le restant de sa vie, presque toutes les semaines pendant des années elle en parlera, comme si jamais elle ne pouvait clore un évènement traumatique, et que tous ces évènements vivaient sans fin en s’empilant en elle sans pouvoir trouver de conclusion. C’est assurément la raison pour laquelle elle finira avec le cerveau en bouillie, cette incapacité à faire son deuil de rien.
À l’école je commence déjà à être victime d’un harcèlement de groupe ciblé, on invente des tortures et des tourments pour moi. Dans ma classe on dit que comme mes parents sont divorcés je vaux moins qu’un enfant normal, par conséquent je n’ai pas le droit d’utiliser de majuscules à mon nom et prénom lorsque je l’écris. Ça leur parait logique, une logique enfantine et méchante mais qui prend racine en moi et tous mes livres de cette époque sont encore affublés sur la page de garde de mes noms et prénoms dénués de majuscules, j’étais un sous-enfant, je n’avais pas les mêmes privilèges.
L’année de CE2 fut celle de ma découverte de la sexualité. En effet, une jeune instit arriva lorsque moi-même j’entrai dans cette section, elle irradiait de charme, on n’avait pas besoin de l’appeler madame ou maîtresse, elle disait de l’appeler par son prénom, Catherine. Elle est l’antithèse de tout ce que javais connu jusqu’à présent à l’école ou ailleurs. Une femme, jeune, belle, pas aigrie ni violente mais souriante et avenante. Elle fut la vraie première image rayonnante de femme sublime dans ma vie, elle perça comme un rayon de soleil doré après la pluie la toile de nuages gris de cette école aux mœurs poussiéreuses et masculines.
Cette jeune instit s’entiche de moi dès le début, fascinée par mes prouesses en lecture et mon imaginaire infini, elle me scrute lors des contrôles. J’échoue à tous les tests, elle est d’une perplexité visible à mon sujet. Elle n’a certes aucun égard visible particulier pour moi pour le moment, mais il est certain que j’occupe davantage d’espace dans ses pensées comparé aux autres élèves, elle s’inquiète pour moi ou du moins se questionne. Elle est jeune et débutante, elle sait pertinemment qu’il est impossible d’être aussi nul que je le suis si tôt dans une scolarité.
Quoi qu’il en soit, cette apparition angélique et féminine déclencha immédiatement mon attirance pour les femmes et me révéla le plaisir que cela procure. Je ne sais pas si c’est précoce, je pense pas, d’autres de mes camarades ne cachaient pas leurs émois. Elle devait avoir moins de 30 ans, grande brune, élégante et mince. Ce fut la première femelle que je rencontrai en fait, étant uniquement entouré de garçons et d’instituteurs mâles depuis aussi loin que je pouvais me rappeler.
Ma queue devient dure quand je la vois, bientôt je réalise que c’est elle qui produit cet effet sur cette partie de mon anatomie, c’est sa beauté, ses courbes, des parties spécifiques d’elle, son visage, son bon cul rond, ses jambes galbées, c’est beau. Je la contemple se pencher quand elle ramasse une craie tombée par terre ou croiser ses jambes à son bureau, je cherche à voir sa culotte, ses gestes sont envoûtants et mystérieux, sa toilette et ses parfums sont exotiques et sa plastique me rend fou.
Avec les femmes, je comprenais pas bien comment ça se passait pour en arriver à faire qu’on puisse profiter de leurs charmes, elles étaient comme des fruits juteux qu’on ne sait pas cueillir sur un arbre, un fruit de quelque verger paradisiaque mais entouré d’une barrière infranchissable, un met qu’on a jamais goûté mais dont on sait instinctivement qu’il est délectable. Je désirais la voir nue et lécher ou sucer tout ce que ça me révélerait, surtout ce qu’elle avait entre les jambes. Je fantasmais des scènes érotiques et mon sexe réagissait au quart de tour en se dressant avec une dureté douloureuse, je sentais qu’il y avait un truc à faire pour se soulager même si on avait pas de femme sous la main !
C’est ainsi qu’instinctivement, j’ai découvert la masturbation. Je me souviens de ma première fois nettement, j’ai mis un coussin carré en mousse très dure sur mon lit, j’ai baissé mon pantalon et mon slip Disney et je me suis frotté dessus debout à côté de mon lit, comme un chien... Le plaisir ressenti était une vraie révélation divine, et l’explosion finale une renaissance cosmique dans un monde nouveau et charnel. Je l’ai fait deux ou trois fois comme ça avant de passer à une méthode différente.
Le soir, lorsque je devais aller au lit, sous la couette, je positionnais ce coussin sous mon bassin à plat ventre, et je m’imaginais très bien l’acte, la pénétration allongée entre les jambes d’une fille. Je comprends très bien le côté mécanique de l’acte, et bientôt j’ai quelques avant-goûts de la chose et ça concorde tout à fait avec ce que je m’étais imaginé. En effet, dans la corbeille de papier à recycler, chez moi je trouve un prospectus pour de la vente de VHS X par correspondance, ce sera mon premier pseudo revu de cul.
Assis cul nu à mon bureau, je feuilletais et j’écarquillais les yeux pour voir les minuscules photos des jaquettes de cassettes, tout en me secouant la queue. Je ne balance pas la sauce à cet âge car je ne prends aucune précaution et pourtant je n’ai aucun “nettoyage” à faire après, mais je prends beaucoup de plaisir et j’ai des orgasmes.
Je suis excité très souvent et un peu con, j’emmène même ce petit livret à l’école de peur qu’on le trouve dans ma chambre.
Ma mère ne le trouvera pas mais Catherine si, lors d’une fouille banale pour vérifier que tous mes livres scolaire étaient présents alors que toute la classe est occupé à faire je ne sais quels exercices, elle se baisse à genoux et regarde le contenu de mon cartable, tombe sur le prospectus et sans rien dire elle le fait glisser sur sa cuisse en le cachant du plat de la main puis le dissimule dans sa manche.
Je fais mine de protester, elle me coupe : “chut, ne dis rien”, alors c’est ce que je fais et personne ne calcule rien. Lors de la récré du matin, alors que je suivais la troupe des élèves qui sortait, elle me demanda de rester, ce fut la première de mes entrevues impromptues avec elle.
Elle me demande où j’ai trouvé ce livret puis :
— Tu comprends ce que tu vois sur ces images ?
J’acquiesce, c’est du sexe, elle semble inquiète au sujet des pratiques, car certaines vidéos sont très hard ou spécifiques, y a bcp de BDSM avec des filles attachées, elle a l’air soucieuse et ne voudrait pas que j’assimile le sexe à quelque chose qui consiste à faire mal ou humilier les filles.
— Tu vois, certains de ces jeux ont l’air étranges et violents, mais ça reste des jeux, y a rien de mal et les filles sont contentes, et puis ça reflète pas forcément la réalité de tout le monde, chacun “joue” comme il veut, et c’est fait pour quand un homme et une femme s’aiment, tu comprends ? Même si elles crient ou grimacent, c’est des jeux pour des hommes et des femmes qui s’aiment et qui peuvent s’amuser entre eux comme ils veulent du moment que ça leur plait, c’est des jeux mais pour les grands.
Je suis un idiot mais j’avais compris tout ça avant son grand discours, mais j’approuve alors qu’un feu de honte me dévore les joues. Elle me montre un livre d’éducation sexuelle, y en a une pile à l’arrière classe, c’est des dessins de jeunes filles fines et de jeunes garçons nus réalisés au fusain rougeâtre et des gros plans sur les appareils génitaux, c’est très scolaire... Moi ça m’excite mais je suis pas sûr que ce fut le but, mais être avec elle en tête à tête alors qu’elle me montre des dessins de filles à poil ça me met dans tous mes états, Je transpire, je regarde ces image puis ses levres a elle couvertes de rouge à lèvres, ses ongles aussi de la même teinte, je déglutis difficilement, je bande alors qu’elle me sermonne en douceur :
— Je suis sûr que tu comprends très bien tout ça. Déjà tu es très en avance pour ton âge “dans la tête”, ton imagination est un puits sans fin, c’est rare. Je sais que tu dois être perdu, tu peux me dire si tu as des incompréhensions, quoi que ce soit. Ce que tu as fait n’est pas grave, tu n’as rien fait de mal, mais n’amène plus des choses comme ça à l’école.
Après cet entretien avec Catherine, elle posera des yeux différents sur moi, du moins j’en ai eu l’impression. Le fait qu’elle sache mon éveil sexuel est comme un secret fripon qu’on partage et cela a surement modifié ce que je percevrai d’elle, le moindre sourire devenait à double sens, parfois elle me fait des clins d’œil, on eût dit que c’était rien qu’à moi et ça me déclenche des noeuds de plaisir dans mon bas-ventre, alors qu’en fait ils étaient probablement anodins et dépourvus de sous-entendus.
Dans le courant de l’année, un insecte me pique sur le sexe dans la nuit, j’arrive à l’école avec des démangeaisons et des douleurs très mal placées, la maîtresse doit me voir trépigner et me tripoter sur mon pupitre car à la récré elle me demande de rester et me questionne pour savoir si quelque chose va mal là en bas, je rougis et je lui dis honteux que j’ai été piqué par une puce ou un moustique sur le “zizi”. Je connais plein d’autres mots pour désigner mon penis, mais je préfère ce mot utiliser ce mot enfantin.
Elle m’emmène par la main dans la pièce de stockage de l’arrière-classe, me tient debout devant elle avant de se mettre à genoux. Elle déboucle ma ceinture, baisse ma braguette et fait glisser mon pantalon à mes chevilles, puis tire l’élastique de mon slip pour jeter un œil, puis le baisse complètement pour m’ausculter.
Elle émet un “ouh” de surprise devant ma petite queue enflée et irritée, elle s’exclame alors en gloussant :
— Mais tu as une vraie trompe d’éléphant, dis donc !
Elle la soupèse du plat de sa main et ma queue se met à avoir une érection. Elle me sourit et me dit que je suis un “grand coquin de faire pousser mon zizi pour elle”. Elle me décalotte le gland et me dit que je dois bien le nettoyer, et joignant le geste à la parole avec le pouce et l’index elle m’essuie le gland puis renifle ses doigts et dit que c’est bon. Je suis parfaitement conscient que cette fois la situation est anormale mais en même temps je suis absolument pétrifié et excité, c’est la maîtresse après tout, je suis ravi et elle peut faire de moi ce qu’elle veut. Elle se relève et prend une pommade dans l’armoire à pharmacie, je ne sais pas ce que c’est mais elle en badigeonne le long de ma queue qui se tient toujours fièrement à quelques centimètres de son visage. Une fois fait, elle me rhabille. Je sais pas trop ce que je viens de vivre mais j’aime beaucoup.
L’année se poursuit, Catherine est attentive à moi comme plus personne ne l’est depuis longtemps. Elle s’aperçoit que j’ai passé deux ans à tenir mon stylo d’une façon totalement incongrue pour écrire, alors elle me fournit un appareil pour y remédier, une espèce de petit dé qu’on glisse sur son crayon avec des encoches spécifiques pour chaque doigt. J’apprends à écrire de la “vraie" façon, mais je trouverai toujours plus facile d’écrire en tenant mon stylo “comme un sauvage”, même adulte.
Après le déjeuner un jour, les mecs de plein de sections se sont attroupés autour d’un box de toilettes, fascinés par les canalisations bouchées qui font dégorger par le trou des chiottes à la turque tout un flot de pisse et de matière fécale. Je m’approche aussi, intrigué. Le groupe de ce qu’on appelait déjà “la bande à Manu”, 5 ou 6 caïds en herbe avec à leur tête le fils de la cuisinière de l’école, me chopent et me poussent dans le box plein d’étrons flottants et d’urine avant de refermer la porte en bois sur moi. À l’intérieur, l’odeur est suffocante, je panique, je tape des poings sur la porte alors que je patauge déjà dans les excréments. Je finis par glisser sur la faïence blanche au sol et me casser la gueule à répétition dans les déjections nauséabondes.
Plus je pousse sur la porte bloquée et plus je glisse dans la fange, je suis affolé, l’odeur est révulsante, j’entends les rires de ces petites enculées de l’autre côté, puis tout s’arrête.
La grosse femme de l’entretien a fini par voir la scène : quand elle arrive, tout le monde prend la poudre d’escampette en hurlant et riant. Lorsqu’elle me trouve, je suis si répugnant qu’elle me dit de rester là dans ma cabine remplie de merde, dont je ne suis qu’une merde de plus. Elle me lave à coup de jet d’eau froide en plein hiver en restant à distance. L’eau est si froide que ça fait comme recevoir des milliers de piqûres de verre brisé, pourtant je suis content de plus être couvert de chiasse. Je ne pleure déjà même plus à cet âge déjà, les larmes sont un souvenir lointain, ou alors elles sont bien cachées et se perdent dans l’eau froide du jet.
Soudain Catherine sort scandalisée de la classe et hurle à la grosse bonne femme qu’elle va me tuer comme ça, la femme affiche une mine d’incompréhension sur sa face ronde et s’en va en haussant les épaules.
Je suis propre, ou disons moins sale, mais je suis gelée.
Catherine me fait avancer vers la classe en me poussant le dos du bout de son index. Elle me déshabille en sous-vêtements à l’entrée de la classe, puis alors que je suis en slip nous allons dans l’arrière-classe où elle fait couler de l’eau chaude dans une grande bassine de plastique bleu ciel.
Elle me regarde dans le fond des yeux, comme cherchant quelque chose en moi, surement de la tristesse que je n’éprouve pas, je suis déjà comme immunisé contre tout ce qui m’arrive, je crois qu’elle le voit et c’est elle qui a les yeux qui se mouillent alors qu’elle me regarde avec tendresse.
Elle enlève mon slip et, une fois nu, je me place dans la bassine, l’eau à mes pieds est brûlante. Elle me lave soigneusement à l’aide d’un gant et de beaucoup de savon.
Elle n’a aucune réaction de dégoût, je suis déjà bien rincé de toute façon, elle est d’une grande délicatesse, elle frotte longtemps la moindre partie de ma peau, me shampouine et me toilette de nouveau le corps, elle change l’eau plusieurs fois et réitère l’opération.
L’eau chaude et ses mains ont l’effet que l’on imagine et bientôt je bande comme un con, elle sourit et lâche en riant :
— Décidément quel grand coquin !
Elle me passe le gant couvert de mousse sur mon sexe en érection et frotte longtemps, très longtemps de haut en bas puis s’attarde sur mon gland, ça crée de la mousse exagérément, sur le coup j’ai pas l’impression qu’elle me masturbe et deja a cet age j’ai tres envie de lui glisser ma queue dans sa bouche alors que ses caresse continue sur mon sexe, oui elle me masturbe c’est evident avec le recul.
Mais à l’époque je suis pas sur, c’est peut-être mes perceptions qui déraillent, mais pourtant ça dure longtemps, je suis pratiquement sur qu’elle fait plus la que me laver. Et comme je bande, je finis par jouir, et ça elle le voit car mes jambes tremblent et je pose une main sur une de ses épaules au pic de l’orgasme, elle sourit d’une façon coquine et satisfaite alors que ma petite bite débande en répétant :
— Coquin, coquin...
Je ne saurai jamais si tout ça était voulu, ce qui est sûr c’est que c’était bon et ça a eu un effet étrange sur moi, j’ai l’impression “d’être un homme”, d’être plus fort et je n’ai plus du tout envie qu’on me marche sur les pieds.
La construction de ma cabane et la grimpette dans les arbres m’ont donné des muscles et une agilité que les autres n’ont pas. Motivé à présent, je m’entraîne au combat dans mon jardin. Sous une branche de mon arbre, j’installe un punching ball de ma fabrication et je teste coups de pied et coups de poing sur lui pendant des heures, je m’endurcis très rapidement. Peu de temps après, je mets la théorie en pratique, je casse la gueule à un des connards de “la bande à Manu” qui m’avaient humilié, c’était opportuniste, il était seul au mauvais endroit au mauvais moment et moi je venais de voir ce qu’on appelle un “uppercut” dans un film de Bruce Willis, c’est sur lui que je décide de tester la technique. Ça marche bien, je crois que je lui ai pas pété le nez, mais j’ai lu la surprise dans son regard, l’étonnement de se prendre un coup d’une violence et d’une force qu’il ne connaissait pas.
Je me rends compte de cet avantage que j’ai à présent, la violence la plus sourde et sauvage fait peur, ça ne me fera pas grimper l’échelle sociale mais ça m’évitera dorénavant de subir des harcèlements frontaux.
Le dernier trimestre arrive bien vite, malgré les bons soins de Catherine je suis resté un cancre, dernier de ma classe. Les deux seules choses notables que j’ai apprises cette année furent la masturbation et la violence, et je pratique dorénavant les deux souvent. Mes petits camarades attendent d’être dans des groupes trop nombreux pour que je puisse pour le présent m’autoriser à les asticoter, ça arrive de moins en moins, ils savent que si j’en chope un seul, il va connaître les affres des pires douleurs de sa jeune vie.
Je suis laissé dans une solitude absolue dans la cour, je regarde au loin les combats de Chevaliers du Zodiaque et les compétitions de billes, je meurs d’envie de participer, mais je ne peux même pas approcher.
Le dernier trimestre, c’est aussi celui des cours à la piscine, on vérifie que tout le monde sait nager tandis que la maîtresse en maillot de bain reste assise sur les bancs le long du bassin.
La fin des cours de natation se termine par une demi-heure de jeux, où on balance dans le petit bassin tout un tas de jouets en mousse. Je ne peux pas participer, toute la classe se ligue contre moi pour tenter de me noyer en déguisant leurs attaques sous une forme de jeu pour que la maîtresse et les maîtres nageurs ne remarquent rien. Même moi au début, je crois qu’on interagit de façon amicale avec moi tellement je suis con. Mais sous les coups qui s’enhardissent alors que mon souffle s’étiole d’avoir été trop longtemps sous l’eau, je dois battre en retraite et me retirer du bassin. Je reste seul à mater les autres jouer avec des tapis flottants et des frites colorées, je finis par m’asseoir seul sur un banc.
Catherine vient à côté de moi et me questionne sur les raisons de ma présence hors de l’eau, je prétexte juste que j’en ai marre de jouer, je sais pas pourquoi, je crois qu’elle comprend la situation, mais semble ne pouvoir rien y faire, la loi des préaux est forte à cette époque et mon cas est encore inconnu et inédit. L’école primaire comprend 5 classes de 30 élèves, je suis le seul qui a des parents divorcés. Elle est debout devant moi, son maillot de bain uen piece noir decoupe son mont de venus et rentre dans sa fente, je suis hypnotisé par cette vue juste sous mon nez avant qu’elle ne finisse par s’assoir.
Elle ne dit pas un mot, on est cuisse contre cuisse, notre peau à nu, je suis bientôt obligé de concentrer toutes mes forces pour pas bander.
Bientôt elle se met à faire courir deux de ses doigts dans mon dos en chantant une chanson :
— C’est la petite puce qui monte, qui monte, qui monte...
J’ai l’impression que c’est pour me détendre mais moi j’imagine qu’elle fait allusion à la puce qui a piqué ma bite... Elle termine sa chansonnette mais ne retire pas sa main et se met à me gratter le dos, je sais pas si c’est un geste normal d’une maîtresse mais c’est un délice inimaginable et tout d’un coup je me fous de pas pouvoir jouer dans la piscine. Toute ma vie je me rappellerai des ongles rouges carmin de Catherine et je me languirai de ses grattages de dos.
Lorsque l’année se termine, je lui donne un câlin le dernier jour alors qu’elle a voulu me dire au revoir en privé, je frotte mon visage dans son giron et les mains franchement sur ses fesses, elle finit par s’agenouiller et me donne un baiser sur le coin de la bouche comme un ultime cadeau d’adieu, c’est mignon, pourtant elle pleure. Je ne la reverrai jamais vraiment. Je ne change pas d’école pourtant, mais en CM1 et CM2 elle restera invisible, avec elle s’envole pour longtemps le peu de douceur que j’ai reçu dans ma vie jusque là.








