Prologue
Une légende dit que, si tu entends le bruit d’une pièce tomber, “Il Giocatore” est là.
Il apparaît dans l’ombre, calme, presque poli. Il ne crie pas. Il ne court pas. Il ne menace pas.
Il demande juste :
« Pile ou face ? »
Si tu refuses de répondre, il te tue sans un mot. Si tu réponds, il te tue en te remerciant d’avoir joué. Mais le pire dans tout ça, c’est de croire que tu peux gagner.
Dans les bars, les commissariats, les hôpitaux, les ruelles, on murmure toujours la même chose :
« Si tu entends une pièce tomber… tu es condamné. »
La ruelle est étroite, humide, avalée par une nuit sans lune. L’homme marche vite. Trop vite, ses pas tentent de fuir quelque chose que sa raison refuse encore de nommer. Un tintement métallique résonne derrière lui. Clair. Net. Comme une pièce qu’on laisse tomber sur le sol. Il se retourne, je me retrouve face à lui.
— Qui… qui êtes-vous ? demande l’homme apeuré.
Je ne réponds pas et fais simplement glisser quelque chose entre mes doigts. Un petit disque brillant. Une pièce. Ma pièce.
— Écoutez… je veux pas d’ennuis… continue-t-il en tendant ses bras comme si ça va l’aider à me repousser.
— Ce n’est pas une question d’ennuis. C’est un jeu, dis-je d’une voix douce.
Un jeu. Oui, mon jeu.
La pièce tourne entre mes doigts, lentement, avec une précision presque hypnotique.
— Tu connais le principe, non ? Pile ou face, demandé-je calmement.
L’homme déglutit. Je vois ses mains qui tremblent.
— Pourquoi… pourquoi moi ? implore-t-il.
— Ce n’est pas toi qui m’intéresses. C’est le choix, expliqué-je.
La pièce s’immobilise. Je la pose sur mon pouce, prête à la lancer.
— Alors ? Pile ou face ? répété-je d’une voix chaleureuse.
L’homme hésite.
— Pile, murmure-t-il.
La pièce s’envole dans un cliquetis clair, tournoyant dans l’air. Elle retombe dans ma paume et je regarde la réponse. Un sourire s’étire sur mon visage.
— Pile. Bonne nouvelle ! annoncé-je.
L’homme inspire, un souffle tremblant, presque soulagé.
Est-ce que ça signifie que je vais m’en sortir ? demande-t-il.
Je m’approche d’un pas.
— Bien sûr que tu vas t’en sortir, répondé-je d’une voix douce. Pile, c’est la mort douce.
Je vois l’homme se figer sur place. Ce regard que j’aime tant, celui de la peur, de l’incompréhension. Celui qui me supplie sans dire un seul mot.
— Attendez… non… vous aviez dit… commence-t-il la voix tremblante.
— J’ai dit que tu avais le choix. Pas que tu avais une chance, révélé-je.
Alors qu’il recule, je m’avance tranquillement. Il heurte le mur, regardant partout autour de lui pour voir s’il n’y a pas quelqu’un qui peut venir l’aider. Mais il est tard, la nuit est déjà bien avancée. Les gens dorment.
— Tu as le choix, dis-je. Une mort douce par asphyxie ? Nuque brisée ?
— Pitié, s’il vous plait… m’implore-t-il.
— Promis, ça va aller vite, rassuré-je.
Je ne lui laisse pas le temps de répondre que mes mains se posent sur sa tête et je pivote d’un coup sec sur un côté. J’entends ses os se briser. Je relance la pièce alors que je tourne les talons.
Elle tombe au sol. Le corps, lui, ne bouge plus.
— Merci d’avoir joué, murmuré-je alors que je m’éloigne de la ruelle.
— Alors, qu’est-ce qu’on a ? demande l’enquêteur.
— Un homme, retrouvé dans une ruelle. Cou brisé, répond le gendarme, mais, on a trouvé ça sur la scène du crime.
Il montre le sachet transparent où se trouve une pièce gris argenté. L’enquêteur le saisit pour la regarder de plus près.
— Vous pensez que c’est l’œuvre du “Giocatore” ? demande l’officier.
— Six meurtres, cause du décès différent, mais la même pièce retrouvée à chaque fois…
L’enquêteur réfléchit sans lâcher des yeux la pièce. Si c’est le cas, ce type à une longueur d’avance sur eux. L’autre souci, aucune empreinte n’est retrouvée sur chaque scène. Rien qui puisse leur donner un indice sur ce “Giocatore”. Il finit par soupirer en rendant le sachet.
— Si c’est lui, on est dans la merde. Ce salaud nous échappe à chaque fois, râle-t-il.
Le gendarme n’insiste pas plus en voyant l’enquêteur énervé. Il retourne voir ses collègues afin de continuer son travail. Pendant ce temps, l’inspecteur s’adosse contre la portière de sa voiture et sort son paquet de cigarettes avant d’en sortir une et de l’allumer. “Il giocatore”, le cauchemar des forces de l’Ordre. Cette crevure arrive à leur échapper à chaque fois. Son surnom, on le doit à une légende urbaine.
— Légende à la con, marmonne-t-il.
Mais tout concorde. La pièce, les meurtres. Mais pas une seule idée de ce connard de meurtrier et aucune empreinte n’est retrouvée sur cette saloperie de pièce. Il tire une taffe sur sa cigarette avant d’expulser la fumée.
— Y en a un qui a pris cette légende un peu trop au sérieux, soupire-t-il.
— Chef ! s’exclame le gendarme en se rapprochant rapidement de lui.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
Il lui tend les papiers d’identité de la victime, l’enquêteur les regarde.
— Cazzo ! lâche-t-il. Il travaillait aussi dans le domaine judiciaire…
Ils se lancent un regard.
— Il s’attaque à ceux qui bossent dans ce domaine, renchérit-il.
Les deux premiers étaient des juges, les trois autres, des gendarmes, l’avant-dernier, un avocat et maintenant cette victime, un procureur.
— On est tous visés, annonce l’enquêteur.









Je sens un banger pas loin... attends, je cherche.... Ah oui ! C’est ça ! Ça va être une dinguerie !!! 🤩