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Vasomancien

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Summary

Cori est né avec un don qu'il ne comprend pas — et qui a tué sa mère. Chassé de son village, traité de sorcier, il apprend à survivre avec le seul pouvoir qu'il possède : manipuler la maladie. La prendre. La déplacer. En faire une arme. Devenu guérisseur royal, il croit avoir trouvé sa place — jusqu'au jour où un futur roi réclame sa fiancée devant tout le royaume. Pour la garder, il devra affronter la plus grande mage du monde connu. Sans règles. Sans arbitre. Sans certitude de survivre. Mais Cori a une chose qu'Anyan n'attendait pas : il n'a rien à perdre, et tout à prouver.

Genre
Fantasy
Author
Jaures
Status
Ongoing
Chapters
13
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre I — Prologue : Cori, l'enfant maudit

Les parents de Cori étaient guérisseurs. Des gens ordinaires, connus dans leur village — on venait les voir pour les fièvres, les douleurs, les maux du quotidien. Ils soignaient avec les plantes, les prières et les mains.


Leur fils, lui, tombait malade sans arrêt.


Le paludisme d'abord — puis la typhoïde, des éruptions qui couvraient sa peau sans raison, une toux sèche qui revenait chaque saison, des douleurs qui ne correspondaient à rien de connu. Son corps semblait attirer la maladie comme d'autres attirent la chance. Ses parents essayèrent tout ce qu'ils savaient. Leurs collègues essayèrent aussi — prêtres, exorcistes, guérisseurs de renom. Rien ne tenait.


On finit par l'envoyer chez une komian.


Elle vivait à l'orée du village, dans une case aux murs peints de rouge et de blanc. Des cauris pendaient à l'entrée. L'air sentait le kaolin et les plantes fraîches.


Elle observa l'enfant longuement — ses yeux, ses mains, sa façon de respirer. Elle ne posa pas de questions. Elle utilisa son miroir, fit glisser ses cauris sur le sol, les lut en silence.


Puis elle leva les yeux vers les parents.


— Sa maladie est son pouvoir.


Elle accepta de l'aider. Mais ses conditions, elle les posa sans détour — et elles étaient terribles.


Elle écrasa des plantes, força Cori à avaler la pâte amère. Il grimaça mais avala.


D'abord, rien.


Puis la fièvre le prit comme une vague. Sa peau se mit à luire. La chaleur grimpa, grimpa encore, au point de faire reculer tout le monde.


— Cori… souffla sa mère, la voix cassée.


— Ça ne peut pas être ça, murmura le père. C'est un enfant.


La komian se pencha sur lui, murmura, pressa ses doigts sur son front comme si elle cherchait à saisir quelque chose d'invisible. Le miroir tremblait légèrement dans sa main.


Cori tressaillit.


La komian blêmit, porta la main à sa bouche et vomit.


— Qu'est-ce que vous lui avez fait ? lâcha le père en se rapprochant.


— Recule, gronda la komian, essoufflée.


Le père se mit à tousser. La mère vacilla.


— Cori ! cria-t-elle, avant de s'effondrer.


Cori se débattit, transpira, les yeux perdus. Sa respiration se cassa — puis son corps se figea une seconde, avant de basculer en transe.


La komian essuya sa bouche, ramassa ses cauris, releva les yeux.


— Sa maladie est son pouvoir.


Elle utilisa à nouveau son miroir. Puis elle annonça ses conditions.


— Cette nuit, sacrifiez une poule et son poussin. Lavez l'enfant dans leur sang. L'un de vous devra boire son urine et manger ses excréments chaque soir pendant cinq ans.


Le père, guérisseur lui-même, se révolta.


— Alors attendez son trépas, répondit la komian. Mon génie m'a donné des consignes. La suite ne me regarde pas.


La mère accepta seule.


Le père ne dit rien ce soir-là. Il regarda sa femme prendre la décision, ouvrir la bouche, prononcer les mots. Il ne l'en dissuada pas. Il ne trouva pas les mots pour le faire — ou peut-être qu'il les trouva trop tard, quand elle avait déjà fini de parler.


C'est ce qu'il ne se pardonnerait jamais.


Cette nuit-là, il ne dormit pas. Il s'assit au bord du lit de Cori et regarda son fils dormir. L'enfant respirait doucement, le visage paisible, les doigts écartés sur le drap comme s'il cherchait à attraper quelque chose d'invisible.


— C'est un enfant, murmura-t-il. Pas un monstre.


Il posa sa main sur la tête du garçon. Resta là un long moment. Puis il se leva, sortit dans la cour et resta dehors jusqu'à l'aube. Quand il rentra, ses yeux étaient rouges. Mais il n'avait pas pleuré.


Au matin, sa femme lui dit : "J'accepte le rituel."


Il ne répondit pas.


Le premier soir, elle n'avait pas imaginé que ce serait à ce point humiliant. Elle serra les dents pour ne pas vomir. Son mari la regardait, impuissant. Elle avala.


Le deuxième soir, elle pleura.


Le troisième, elle ne pleura plus. Elle vida son esprit. Elle pensa à Cori — à ses petites mains fiévreuses, à son souffle court pendant les crises. Elle avala. Encore. Encore.


Les mois passèrent. Puis les années.


Elle avait les gencives qui saignaient. Des ecchymoses apparaissaient sans raison. Son dos lui lançait, ses cheveux tombaient par poignées. Son mari soignait ce qu'il pouvait, mais certains maux résistaient à tout. Elle ne se plaignait pas. Elle regardait Cori jouer dans la cour, bien vivant, et elle trouvait que ça valait le prix.


Un soir de la cinquième année, elle n'arriva plus à se lever. Son mari la porta jusqu'au lit.


— Repose-toi, dit-il.


Elle secoua la tête.


— Il ne reste qu'une semaine.


Elle ne dit pas laquelle. Il comprit.


Le père appela tous ses collègues. Ils arrivèrent les uns après les autres — guérisseurs, prêtres, hommes de confiance. Ils veillèrent à son chevet plusieurs jours, travaillant en relais, dormant peu. La chambre sentait les plantes écrasées et la sueur froide.


Elle allait mieux. Lentement, mais elle allait mieux.


Le matin du quatrième jour, quelque chose avait changé dans sa respiration. Son mari le sentit avant de le voir. Il fit signe aux autres de redoubler d'efforts. Ils redoublèrent.


C'est à ce moment que Cori entra.


Il avait cinq ans. Il n'avait pas mangé depuis la veille — son père l'avait oublié dans l'agitation, et personne d'autre n'avait pensé à lui. Il avait faim. Une faim qui lui tordait le ventre, qui lui faisait trembler les mains.


Il vit les restes de pain sur une assiette près des guérisseurs. L'un d'eux mâchait encore, distraitement. L'odeur du mil emplissait la pièce.


— J'ai faim, dit Cori.


On le repoussa.


Il tira la manche de son père.


— Père, j'ai faim.


Son père le repoussa encore, plus fort, sans le regarder.


Les mains de Cori tremblèrent. Sa voix se cassa.


— Père…


La faim devint rage. Une chaleur monta en lui, brutale, incontrôlable. Il serra les poings, ferma les yeux.


Les guérisseurs tombèrent.


Certains hurlèrent. D'autres vomirent. D'autres encore crachèrent du sang et s'effondrèrent. La pièce bascula dans le chaos en quelques secondes.


Cori rouvrit les yeux. Il ne comprenait pas ce qu'il avait fait. Il vit les corps. Il vit son père qui se retournait lentement vers lui.


Sa mère n'avait plus de pouls.


Le père s'agenouilla près d'elle. Il essaya sa magie pendant dix minutes — dix minutes où personne n'osa bouger, dix minutes où tout le monde savait déjà. Quand il s'arrêta, il garda la tête baissée un long moment.


Puis il se leva.


Il ne regarda pas Cori tout de suite. Il défit sa ceinture lentement, comme quelqu'un qui accomplit un geste mécanique. Le cuir siffla dans l'air. Le premier coup claqua sur le dos nu de l'enfant.


Cori ne cria pas. Il serra les dents. Les larmes coulèrent, mais aucun son. Le deuxième coup. Le troisième. Son père frappait les mâchoires serrées, les yeux secs, comme si frapper était la seule chose qu'il savait encore faire.


Des voisins entrèrent — attirés par les cris des guérisseurs, par le bruit. Ils découvrirent la scène. On fit sortir les enfants et les femmes. Les guérisseurs pleuraient leurs maris.


Le père leva la voix.


— C'est lui ! C'est à cause de cet enfant maudit ! Ce n'est qu'un sorcier !


Les hommes s'approchèrent de Cori. Personne ne le releva. Personne ne prit sa défense.


Les années passèrent. Cori grandissait. Le village, lui, ne changeait pas.


Le vieux Konan fut le premier à venir frapper à la porte du père.


— Ton fils. Mon dos. Cinquante ans que je vis dans ce village — cinquante ans — et jamais j'ai eu mal au dos comme ça. Jamais. C'est depuis qu'il est là.


Il désignait Cori du menton, sans le regarder. Comme on désigne un objet encombrant.


Le père but une gorgée. Ne répondit pas.


Ce fut ensuite la femme de Kouamé — son bébé qui pleurait depuis trois jours sans raison.


— Regarde mon enfant. Regarde-le. C'est ton fils qui a fait ça. Ton satané fils.


Puis le forgeron — une carie, une seule, mais douloureuse.


— C'est lui. Tout le monde sait que c'est lui.


Le père but. Fit la sourde oreille.


Cori les voyait arriver de loin. Il apprenait à reconnaître la démarche — ce pas légèrement trop décidé des gens qui viennent se plaindre. Il s'asseyait dans un coin de la cour et regardait. Il ne disait rien. Il avait appris que dire quelque chose ne servait à rien.


— Tu ne peux pas aller nous débarrasser de ton petit sorcier ?


— C'est honteux. Un père digne ferait quelque chose.


— On ne peut plus vivre tranquilles.


Son père buvait. Buvait encore. La bouteille était son seul interlocuteur.


Puis vint la période des pierres et des lances. Les villageois ne s'approchaient plus — ils éloignaient Cori à distance, lançant des objets, des insultes, parfois les deux en même temps. Le chef du village avait peur de lui. Il ne voulait pas donner l'ordre de le tuer — de crainte de ce qui pourrait arriver à celui qui exécuterait l'ordre.


Alors on tolérait. On évitait. On haïssait de loin.


Au bord du chemin qui menait à la brousse, il y avait une petite tombe bricolée — quelques pierres posées les unes sur les autres, un bout de bois planté en terre. Sur le bois, griffonné à la main, un seul mot :


Camarade.


Cori ne s'arrêtait jamais devant. Il continuait.


Quand son père découvrit qu'il allait régulièrement dans la brousse, il entra dans une rage froide. Il ne dit rien à Cori. Il ne dit rien à personne. Il but davantage.


Un soir, le chef du village fit appeler le père. Cori ne sut jamais ce qui s'était dit. Mais en rentrant, son père ne le regarda pas. Il s'assit devant la cour, posa sa bouteille sur ses genoux, et ne bougea plus.


C'est ce soir-là que Cori décida.


Le lendemain matin, il annonça son départ.


La nouvelle se répandit vite. Très vite. Les gens sortirent de chez eux comme pour une fête.


Le chef du village s'avança, son grand boubou des jours importants sur le dos, les mains dans le dos, la satisfaction mal dissimulée.


— Au nom de ce village, je te remercie de ta décision. La paix va enfin pouvoir revenir dans nos foyers. Que ton chemin soit long et loin d'ici.


Il y eut des applaudissements. Quelqu'un cria. D'autres rirent.


Une femme lança depuis sa fenêtre :


— Que les esprits te gardent très, très loin !


Un homme au fond :


— Et ne reviens plus !


Cori prit son sac. Il traversa la cour principale sans se presser, sous les regards. Certains reculaient légèrement sur son passage — le réflexe d'années. D'autres regardaient avec ce soulagement mauvais des gens qui ont eu peur longtemps et qui ne savent pas encore quoi faire de leur corps maintenant que c'est fini.


Son père était au loin, adossé contre le mur d'une cour. Une bouteille à la main. Il regardait ailleurs — le ciel, les arbres, n'importe quoi d'autre.


Il ne dit pas un mot.


Avant de rejoindre l'arrêt, Cori entra dans la forêt.


Le chemin n'était pas marqué. Il le connaissait par cœur — chaque racine, chaque tournant, chaque endroit où les branches se rejoignaient assez bas pour qu'il faille se baisser. Il l'avait parcouru des centaines de fois ces dernières années, toujours à la même heure, toujours sans que personne le voie partir.


La case apparut entre les arbres. Murs rouges et blancs. Des traces de kaolin séché sur le seuil. Des cauris pendaient à l'entrée, immobiles dans l'air sans vent.


Elle était dehors, assise sur un tabouret bas, un mortier entre les genoux. Elle ne leva pas la tête quand il arriva. Elle savait déjà.


— Docteur, dit-il.


Elle s'arrêta de piler.


— Je t'ai dit de ne plus m'appeler comme ça.


— Je sais.


Il s'accroupit devant elle. Elle reposa son pilon, croisa les bras, le regarda enfin. Son visage ne changeait jamais — pas de sourire, pas de tristesse visible. Juste cette façon qu'elle avait de regarder les gens comme si elle voyait quelque chose derrière eux.


— Tu pars aujourd'hui.


— Oui.


— Tu as de quoi payer le trajet ?


— Juste ce qu'il faut.


Elle hocha la tête. Se leva. Elle rentra dans la case et ressortit avec un collier de cauris qu'elle lui tendit sans cérémonie. Des coquillages simples, enfilés sur un cordon noir. Pas un objet divinatoire — juste quelque chose à porter.


— Pour te souvenir.


Il passa le collier autour de son cou. Il ne dit rien. Elle non plus.


Un silence. Les cauris à l'entrée bougèrent légèrement, sans raison.


Il y avait des choses qu'il voulait dire. Il ne savait pas comment les dire — pas à elle, pas à cette femme qui ne lui avait jamais donné son nom, qui l'avait attendu quand tout le monde voulait sa peau. Les mots qu'il cherchait n'existaient peut-être pas.


Il fit un pas vers la porte de la case. Le miroir était là, accroché au mur intérieur. Un rai de lumière venu des arbres le frappa à cet instant, projetant un éclat bref sur le mur d'en face.


Cori s'arrêta. Il regarda son reflet une dernière fois. Un garçon de quinze ans, les cicatrices visibles, le collier de cauris contre sa poitrine. Il resta là une seconde — pas longtemps, juste assez.


Puis il se retourna.


— Merci.


Elle le regarda une dernière fois. Puis elle dit simplement :


— Va.


Il repartit entre les arbres. Il ne se retourna pas. Mais il entendit, derrière lui, le bruit du pilon qui reprenait.


L'arrêt n'était pas vraiment un arrêt. C'était un espace en terre battue au bord de la piste, à l'entrée du village, avec un manguier pour seul abri.


Tout le village était là. Pas pour lui dire au revoir. Pour s'assurer qu'il partait vraiment.


Ils se tenaient à distance respectable — groupes de deux ou trois, les bras croisés, les visages fermés. Des enfants regardaient entre les jambes des adultes. Une femme chuchotait à l'oreille de sa voisine sans le quitter des yeux.


Son père était au fond, une bouteille à la main. Il regardait ailleurs.


Le gbaka (mini-bus de ferraille prenant plusieurs passagers) arriva dans un nuage de poussière et un bruit de ferraille qui n'inspirait aucune confiance. La carrosserie était rapiécée à plusieurs endroits. Une des vitres arrière était remplacée par du plastique transparent maintenu par du scotch. Le moteur toussa deux fois avant de se stabiliser dans un ronronnement irrégulier.


L'apprenti sauta du marchepied avant même que le véhicule s'arrête complètement. Un garçon maigre, casquette de travers, tong aux pieds.


— Capitale ! Capitale ! On part, on part, montez vite !


Il aperçut Cori. S'arrêta une fraction de seconde — juste assez pour que ça se voie. Puis il reprit son élan, attrapa le sac, le balança dans le coffre.


— Allez, monte. Tu salues ta famille là, on a pas le temps.


Cori monta sans se retourner.


Dans l'habitacle, trois passagers déjà installés. L'odeur de plastique chaud et d'huile de palme. Une statuette collée sur le tableau de bord oscillait doucement.


Le chauffeur ne dit rien. Il regardait droit devant lui, les deux mains sur le volant, les jointures légèrement trop blanches.


Des voix fusèrent depuis la foule.


— Bon débarras !


— Que les esprits te gardent loin d'ici !


— Ne reviens plus !


Le moteur rugit. Le gbaka s'ébranla dans un soubresaut.


Cori ne regarda pas par la vitre. Il fixa le dossier du siège devant lui. Les cauris du collier bougèrent contre sa poitrine.


Le village disparut dans la poussière.


L'apprenti attendit que la piste soit dégagée, puis se glissa sur le siège avant et se pencha vers le chauffeur.


— Kessia ? Pourquoi ton cœur est mort ? (en nouchi : qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi tu as peur ?)


Le chauffeur garda les yeux sur la route.


— C'est le village de ma grand-mère. Elle m'a parlé de lui. Ce sorcier-là, il terrorise le village depuis des années. Au début je voulais pas venir, mais le trajet c'est le trajet.


— Donc c'est vrai ce qu'on dit ?


— Il faut pas le provoquer. C'est tout ce que je sais.


Un passager installé juste derrière eux — un homme en boubou beige, la cinquantaine — avait tout entendu. Il se redressa lentement. Regarda Cori. Puis, à voix pas assez basse :


— On dit toujours, toujours les gens tombent malades là-bas. Et c'est à cause de lui — celui qui est assis là à côté du monsieur en chemise à carreaux.


Le monsieur en chemise à carreaux tourna lentement la tête vers Cori. Les regards se croisèrent. Ses yeux s'écarquillèrent. Il se leva à moitié de son siège, heurta le plafond, et commença à se glisser vers l'arrière sans quitter Cori des yeux.


Les autres passagers comprirent sans qu'on leur explique. Ils se ruèrent vers le fond du véhicule en bloc. Le gbaka fit une embardée. Le chauffeur jura, rectifia la trajectoire, faillit quitter la piste.


— Calmez-vous là ! Calmez-vous !


Cori se retourna vers eux. Cinq paires d'yeux fixées sur lui depuis le fond du véhicule. L'apprenti s'était collé contre la portière.


— Je ne vais faire de mal à personne. Je veux juste arriver à destination.


— C'est ce que tu dis, marmonna quelqu'un.


— Emmène-moi où je dois aller, dit-il au chauffeur. C'est tout.


Le chauffeur déglutit. Resserra les mains sur le volant.


— On t'emmène. On t'emmène. Mais tu maudis personne dans mon véhicule.


Personne ne parla plus jusqu'à la capitale.


Le gbaka s'arrêta dans un crissement de freins approximatifs. Cori descendit.


Avant même qu'il ait fait trois pas, le moteur rugit. Le véhicule repartit — et avec lui, dans le coffre, le sac de Cori. Il n'eut pas le temps de crier. Le gbaka disparut au tournant dans un nuage de poussière et un bruit de ferraille décroissant.


Il resta seul sur le bord de la route. Pas de sac. Pas d'affaires. Dans le sac, il y avait deux chemises de rechange, un pagne pour dormir, et un petit sachet de plantes séchées que la komian lui avait donné des mois plus tôt. Il ne savait même plus ce que c'était. Il ne l'avait jamais ouvert. Il avait juste le collier de cauris contre sa poitrine et les vêtements qu'il avait sur le dos.


Il regarda devant lui.


La ville des Biens d'Ambre et d'Argent était plus grande que tout ce qu'il avait vu jusqu'ici. Des étals, des voix, des odeurs mélangées — huile chaude, épices, bois brûlé. Des gens qui marchaient vite, qui ne le regardaient pas. Il était sale, les cheveux emmêlés, les habits froissés du voyage. Dans la foule, on l'évitait par réflexe — l'apparence d'un vagabond suffit.


Il erra un moment sans direction précise.


C'est Yao qui le repéra — un homme d'une trentaine d'années, le dos voûté par les charges qu'il portait depuis le matin, serviteur du chef Sika.


Il sortait d'un magasin de potions, les bras chargés — des fioles soigneusement emballées dans un panier d'un côté, et de l'autre deux sacs de confiseries qu'une certaine Aya avait réclamées avec insistance avant le départ. Il avait les mains pleines et encore plusieurs rues à faire.


Il regarda Cori. Vit l'apparence. Vit les mains libres.


— Hé toi. Tu veux gagner deux pièces ?


Cori le regarda.


— Tu portes ces sacs jusqu'où je te dis. C'est tout.


— D'accord.


Yao lui tendit les sacs de confiseries sans plus de cérémonie et repartit d'un pas vif. Cori suivit.


Le palais de Sika n'était pas ce à quoi Cori s'attendait. Pas de gardes à l'entrée, pas de portes lourdes. Une grande cour ouverte, des arbres, des nattes posées à l'ombre. Un endroit qui respirait.


Sika était installé en plein air sous un auvent de tissu, allongé sur un lit de repos, entouré de fioles et de couvertures qu'il n'avait visiblement pas demandées. Il se plaignait — pas discrètement. Des gémissements exagérés, des soupirs profonds, des appels au secours adressés à personne en particulier.


À sa gauche, une jeune fille de quinze ans au regard calme et tranchant observait la scène avec la patience de quelqu'un qui en avait vu d'autres. Taloua.


À sa droite, une enfant de onze ans sautillait d'un pied sur l'autre, les yeux fixés sur les sacs que portait Yao.


— C'est mes bonbons ? C'est mes bonbons ?


— Aya, dit Taloua sans lever les yeux.


— Quoi ? Je demande juste.


Le médecin royal se tenait près du lit, l'air important, une fiole à la main. Il surveillait tout d'un regard qui n'invitait pas à la conversation.


La mère était absente — partie prier chez des prêtres, chercher un miracle là où la médecine avait échoué.


Yao posa ses affaires, sortit une fiole du panier, la versa dans un récipient déjà posé sur une table à côté du lit. Il mélangea soigneusement.


Cori regarda. Il regarda le récipient. Il regarda le médecin royal. Il regarda Sika.


Le médecin royal remarqua son regard et se raidit.


— Tu as été payé. Tu peux partir.


Taloua se tourna vers Cori, la voix douce mais claire.


— Il a raison. Merci pour ton aide. Les deux pièces sont bien méritées.


Cori la regarda. Puis il regarda derrière elle — le médecin royal qui versait le contenu du récipient dans une coupe et se penchait vers Sika.


— Attendez.


Taloua fronça les sourcils.


— Je t'ai demandé de—


— Ce n'est pas une potion de soin.


Le médecin royal se redressa lentement. Un muscle dans sa mâchoire se contracta.


Aya, qui avait enfin récupéré ses confiseries, s'arrêta net.


— Pour qui tu te prends, toi ? dit-elle, les yeux plissés, un bonbon à moitié sorti de son emballage.


— Je vois la maladie, dit Cori. Celle de votre chef n'est pas naturelle. Elle a été mise là.


Sika, depuis son lit, entrouvrit un œil.


Le médecin royal posa la coupe.


— Faites sortir ce vagabond.


— Je vois ce que vous avez fait, continua Cori. Et je vois ce que vous continuez à faire.


— Qui es-tu ? dit le médecin royal.


— Quelqu'un qui voit ce que vous avez fait.


— Ce que j'ai fait. Un vagabond sans nom, sans formation, sans titre — et il vient m'expliquer ce que j'ai fait.


Il se tourna vers Sika avec un sourire condescendant.


— Chef, cet homme vient de poser les mains sur vous sans autorisation. Ce qu'il appelle guérison n'est qu'une suggestion. Un tour de charlatan. Vous vous sentez mieux parce qu'il vous a dit que vous iriez mieux — ça ne durera pas.


Sika, assis sur son lit, les regarda l'un après l'autre sans rien dire. Il avait cet air — calme, presque amusé — de quelqu'un qui laisse les choses se dénouer.


— Et cette histoire de maladie mise là, reprit le médecin royal, c'est une accusation grave. Une accusation sans preuve. Lancée par un inconnu qui débarque de nulle part avec de la poussière sur les sandales.


— La preuve, c'est qu'il se porte bien, dit Cori.


— Il se porte bien parce que je le soigne depuis des semaines.


— Vous le soignez en entretenant sa maladie.


Le médecin royal lâcha un rire bref.


— Tu entends ça ? dit-il aux autres, la voix montant d'un cran. Il m'accuse d'empoisonner le chef. Moi. Qui sers cette famille depuis dix ans.


Aya, depuis son coin, plissa les yeux.


— Il a quand même guéri père en dix secondes là où vous avez mis des semaines.


— Aya, dit Taloua doucement.


— Non mais c'est vrai.


Le médecin royal se raidit.


— Petite, tu ne comprends pas ce que tu dis. La guérison prend du temps. Ce que cet homme a fait n'est pas de la médecine — c'est de la sorcellerie. Et inviter un sorcier inconnu dans votre demeure, chef Sika, c'est mettre votre famille en danger.


— Sorcier, dit Cori. C'est le mot que vous choisissez quand vous n'avez pas d'autre argument.


— C'est le mot que je choisis quand c'est exact.


— Alors prouvez-le.


— C'est à toi de prouver que tu n'en es pas un.


La dispute tournait en rond. Chaque réplique ramenait au même endroit. Le médecin royal parlait fort, avec l'autorité de quelqu'un qui sait que les mots peuvent suffire à convaincre. Cori parlait moins, mais chaque fois qu'il ouvrait la bouche, quelque chose dans sa voix ne cédait pas.


Taloua serra les dents. Elle regarda son père — toujours assis, toujours calme, qui observait sans trancher. Elle regarda le médecin royal qui reprenait son souffle pour repartir. Elle regarda Cori qui attendait.


Elle se leva.


Dans la cour, deux domestiques la virent se diriger vers la cuisine. Ils échangèrent un regard.


— Elle va chercher le pain d'orge, souffla l'un.


L'autre hocha la tête, les yeux déjà fixés sur le médecin royal.


— Tu te souviens du marchand de tissu ? Il avait juré sur la tête de ses enfants qu'il n'avait pas triché sur le poids.


— Il a avalé trois bouchées avant de tout déballer. Sa femme l'a quitté le mois d'après.


— Et le jardinier qui avait prétendu ne pas connaître la fille du forgeron…


— Une bouchée. Juste une.


Ils se turent. L'un d'eux commença discrètement à reculer vers le mur.


Le médecin royal avait entendu. Son sourire se figea. Il se tourna vers Sika.


— Chef… L'alphitomancie est une mancie rare, mal comprise, et difficile à maîtriser même pour des praticiens aguerris. Votre fille est jeune. Trop jeune pour que ce soit fiable. Ce serait une erreur de fonder une accusation aussi grave sur—


— Elle ne s'est jamais trompée, dit Sika, sans lever les yeux.


Un temps.


— Jamais ? répéta le médecin royal.


— Jamais. Tu penses vraiment que tu devrais t'inquiéter ?


Le médecin royal ouvrit la bouche. La referma.


Taloua revint.


Elle tenait un morceau de pain d'orge encore tiède. Pas grand. Pas élaboré. Juste du pain. Tous les regards se posèrent dessus comme si c'était une arme.


Aya cessa de mâcher son bonbon. Elle regarda le pain. Elle regarda sa sœur. Elle ne dit rien — mais elle recula d'un pas.


— Ça suffit, dit-elle. On va savoir.


Le médecin royal tenta encore.


— Taloua. Tu me connais. Ce n'est pas nécessaire. Tu sais très bien que—


— Je sais très bien débusquer les menteurs, dit-elle. C'est exactement pour ça que c'est nécessaire.


Elle s'avança, planta ses yeux dans les siens, leva le pain.


— Le pain ne ment pas. Le fautif s'étouffe. L'innocent avale.


Elle lui tendit le morceau.


— Mange.


Le médecin hésita une fraction de seconde — si petite qu'elle trahissait tout. Puis il força un sourire et arracha le morceau.


— Ridicule.


Il mordit. Mâcha lentement, comme pour montrer qu'il n'avait peur de rien. Puis sa gorge se serra. Il avala — et son visage changea. Un pli d'inquiétude. Une sueur qui perla. Un raclement brutal.


Un son rauque lui échappa.


Il toussa. Encore. Sa main monta vers son cou. Ses yeux s'écarquillèrent, humides, affolés.


— Il s'étouffe, murmura quelqu'un.


Le médecin recula d'un pas. Puis d'un autre. Il porta les deux mains à sa gorge. L'air ne passait plus bien — pas complètement bloqué, juste assez pour paniquer.


Taloua fit un pas vers lui. Sa voix resta calme.


— Pourquoi vous l'entreteniez ?


Le médecin secoua la tête, les yeux rouges.


— Je… je ne—


— Pourquoi ?


Il déglutit douloureusement. Un long silence. Puis, dans un souffle :


— Les consultations. Les potions. Les visites… Si le chef guérit, je perds tout. Ma place. Mes revenus. Tout.


La cour se figea.


Sika, depuis son lit, regarda son médecin. Pas avec colère — avec quelque chose de plus froid. La déception de quelqu'un qui n'est pas surpris mais qui espérait quand même se tromper.


Taloua récupéra un autre morceau de pain. Se tourna vers Cori sans trembler.


— À toi.


Cori prit le pain. Il mordit, mâcha, avala.


Rien. Le pain descendit simplement, comme il devrait.


Yao s'était glissé dans l'entrée. Il regardait sans comprendre. Quand le médecin s'étouffa, il recula d'un pas. Quand Cori avala le pain sans broncher, il cessa de reculer. Il resta là, immobile, les yeux fixés sur ce vagabond que personne n'avait invité.


Le silence qui suivit fut lourd, presque violent. Puis tous les regards basculèrent vers le médecin royal.


Et pour la première fois, ce n'était plus Cori qu'on regardait comme un vagabond.


Sika se leva — pour la première fois depuis longtemps — et ordonna l'arrestation de son médecin.


Plus tard, quand tout fut calme, Aya tira Cori par la manche.


— Comment tu as fait ? Tu as fait quoi exactement ?


Cori hésita.


— C'est une technique de guérisseurs rituels. On peut rediriger certaines maladies vers des bêtes en sacrifice. Ça se fait.


— Vers le mouton du berger ? dit Aya.


— Vers le mouton du berger.


Aya regarda en direction de la rue, où le mouton avait depuis longtemps disparu.


— Le pauvre.


Sika éclata de rire — le premier depuis des semaines.


Ce soir-là, Cori fut logé, nourri, blanchi. Et c'est ainsi que sa vie prit un nouveau départ.


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Compelling Plot

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Compelling Plot

Great Character

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Great Character

Strong Dialog

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Strong Dialog

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