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The Witcher - Le prix à payer

Summary

Il est des blessures que l'acier ne peut infliger, et des ennemis que l'argent ne saurait atteindre. Dans les confins brumeux de Velen, le monde s'effondre dans le fracas des armes. Entre le regard impénétrable d'un oiseau noir, le tintement spectral d'un grelot et une boussole qui refuse d'indiquer le Nord, le Loup Blanc s'engage dans une marche suspendue entre la mémoire et l'oubli. Ici, chaque silence est une sentence, chaque reflet est un piège, et la vérité semble se cacher dans les marges d'une partie dont les enjeux dépassent l'entendement des mortels. Dans cette lutte pour retenir ce qui se dissout, il ne s'agit plus de survivre, mais de découvrir ce qui subsiste quand tout le reste a disparu. Car lorsque la réalité elle-même commence à saigner, le seul prix à payer est la dette que l'on a contractée envers le silence.

Genre
Fantasy
Author
Rabbit
Status
Complete
Chapters
73
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre I - En ces terres désolées

Aux confins du vaste Continent, là où les frontières se dissolvaient dans un monde ravagé par les guerres, s’étendait une région sombre nommée Velen. Abandonnée à son sort depuis des siècles, cette contrée mutilée par les affrontements et les invasions s’était métamorphosée en un champ de désolation où seule la faune la plus abjecte pouvait subsister. Les forêts jadis foisonnantes n’étaient plus qu’un dédale de branches décharnées et de racines contorsionnées où les corbeaux et les vautours célébraient leur macabre sabbat. Les rivières, autrefois claires et limpides, étaient depuis longtemps devenues des eaux putrides, où gisaient les corps des soldats tombés pour leurs terres, désormais pâture les noyeurs et autres abominations des marécages.

Aux abords des routes de Velen, jonchées d’ossements et de carcasses de chevaux, il n’était pas rare de croiser des fermes saccagées dominant des champs en jachère, stériles depuis que leurs propriétaires avaient été massacrés ou avaient eu la lucidité de fuir cette région maudite. Les villages délabrés portaient la trace des combats et répondaient aux forteresses éventrées, aux bastions démantelés, exhalant encore le souvenir de batailles sanglantes qui, de mémoire d’homme, n’avaient cessé d’ensanglanter l’histoire de Velen.

Les couleurs autrefois vives des blasons et des étendards s’étaient estompées, laissant place à une morne palette de gris et de brun, reflet de l’agonie d’une terre qui ne demandait qu’à renaître. Le ciel, constamment voilé de nuages sombres, pesait sur le paysage comme une chape de plomb, écrasant les dernières lueurs d’espoir qui auraient pu subsister dans le cœur des hommes. Les vents tourmentés, chargés d’odeurs fétides et de murmures déchirants, hantaient les plaines et les collines, portant les échos d’une souffrance sans nom et d’une peur qui rongeait l’âme de ceux qui abandonnaient leurs terres pour un exode tragique et sans fin.

Les quelques habitants ayant réussi à subsister ne formaient plus qu’un peuple meurtri et désespéré, profondément marqué par les privations et les horreurs de la guerre. Les visages émaciés et les regards perdus des villageois trahissaient une existence empreinte de détresse et de terreur, où chaque jour représentait une lutte acharnée pour la survie. Ces hommes et ces femmes, malmenés par l’infortune, avaient trouvé refuge dans des hameaux isolés et des villages éparpillés à travers la région. Ils y vivaient dans la crainte perpétuelle des bandits qui infestaient les routes et les bois, en quête de femmes à violer, d’argent à voler, ou cherchant simplement à mettre la main sur les quelques provisions que les villageois avaient tant bien que mal réussi à préserver. Les enfants, décharnés et terrifiés, quand ils ne mouraient pas de faim, restaient le plus souvent cachés dans les recoins sombres des caves et des greniers, tandis que les anciens, accablés par la souffrance et la nostalgie, se complaisaient à narrer des légendes d’une époque qu’ils n’avaient jamais connue. Ainsi, ces âmes éreintées s’accrochaient aux rêves d’un futur plus paisible, cherchant dans les méandres de leur imagination une source d’apaisement face à la réalité cruelle qui les entourait. Les mains calleuses et les épaules courbées par le labeur, elles s’efforçaient chaque jour de préserver une once d’espoir, défiant le chaos et l’adversité qui régnaient en maîtres sur leur quotidien.

C’est dans ce décor de misère qu’une silhouette avançait paisiblement, chevauchant une jument à la robe alezane. Progressant avec lenteur sur un sentier boueux, ce cavalier solitaire demeurait insensible aux tragédies qui l’entouraient, qu’il s’agisse des craquements sinistres des branches ployant sous le poids des pendus en décomposition, victimes de la voracité des corbeaux affamés, ou des chuchotements mélancoliques des feuilles mortes emportées par les vents. L’homme chevauchait avec une détermination inflexible, comme s’il incarnait à lui seul l’espoir de redresser le cours des événements. Son attitude sereine et la démarche confiante de sa monture contrastaient nettement avec l’environnement délabré et la désolation ambiante, inspirant un dégoût mêlé d’envie chez les pauvres hères qui trouvaient encore la force de lever les yeux de l’immonde marasme de boue dans lequel ils vivaient. Son visage, parsemé de cicatrices anciennes, elles-mêmes striées d’entailles plus récentes, témoignait de ses nombreux combats et des épreuves endurées. Ses traits robustes et ses pommettes proéminentes conféraient à son regard d’acier une intensité féline, saisissante de dangerosité. Ses cheveux, d’un blanc immaculé rivalisant avec les neiges éternelles des plus hauts sommets, tombaient en mèches rebelles, encadrant son visage diaphane et émacié. Sa mâchoire carrée et ses lèvres fines exprimaient naturellement une détermination farouche, tandis que ses sourcils broussailleux accentuaient cette expression austère et impénétrable qu’il présentait à quiconque croisait sa route, qu’il fût monstre, paysan ou roi.

Cet air de guerrier, s’il pouvait passer inaperçu au premier regard, était néanmoins réaffirmé par l’étrange armure qu’il portait, une cuirasse de Sorceleur finement ouvragée, dont les plans de fabrication s’étaient perdus dans l’oubli des âges. Faite de cuir sombre renforcé de plaques de métal et de mailles d’argent, l’armure arborait des symboles mystérieux et des runes ésotériques qui lui conféraient une aura de mystère. Les spalières et les gantelets étaient ornés de motifs complexes et entrelacés, témoignant du savoir-faire des artisans qui avaient façonné cette pièce singulière. Ainsi vêtu, l’étrange cavalier avançait lentement sur le sentier boueux menant au village le plus proche, où il espérait trouver une auberge pour laisser sa monture se remettre des semaines de voyage qui l’avaient vaillamment portée jusqu’en ces terres désolées.

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