L'épreuve Des 30 Jours by stephanefortin12 at Inkitt
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L'épreuve des 30 jours

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Summary

Dans un restaurant banal, un père désespéré, dont la fille se meurt d'un cancer, accepte un pacte faustien avec un vieil homme énigmatique. En échange de l'exécution de contrats, le "miracle" se réalise. Cependant, le père découvre rapidement la terrible réalité du marché , après quoi tout redevient comme avant. Pris dans un engrenage infernal de violence, il fait la rencontre d'un prêtre atypique, déterminé à briser le cycle du Mal. Commence alors une course contre la montre pour sauver son âme et libérer les autres victimes, tout en sachant que le prix de sa rédemption pourrait être la perte immédiate de sa fille.

Status
Complete
Chapters
12
Rating
n/a
Age Rating
16+

Les Cendres du Temps

Note de l’auteur :

Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans ce nouveau projet qui me tient particulièrement à cœur. Après avoir exploré différents univers (notamment le fantastique et les récits de catastrophe), j’ai eu envie de vous plonger cette fois-ci dans un thriller psychologique noir, mâtiné de fantastique urbain.

Avec Les Cendres du Temps, j’ai voulu explorer un dilemme moral universel et déchirant : jusqu’où un père est-il prêt à aller pour arracher son enfant à la fatalité ? La mécanique des 30 jours et ce pacte faustien m’ont permis de pousser la psychologie des personnages dans leurs retranchements les plus sombres.

J’espère que la descente aux enfers de Marc et son combat désespéré pour sa fille Lily vous prendront aux tripes. Installez-vous confortablement, le compte à rebours commence maintenant…

Bonne lecture,

Stéphane Fortin

L’odeur de la bière rance, du tabac froid incrusté dans les banquettes en skaï et de l’humidité des nuits d’octobre formait une chape lourde sous le plafond bas du Nautilus. Ce bar de fin de ligne ne payait pas de mine. Situé à la lisière des docks, là où la ville finissait de pourrir dans l’océan, il n’accueillait que des spectres. Des marins échoués, des ouvriers brisés par les heures supplémentaires, et, ce soir-là, Marc.

Marc ne buvait pas. Son verre de bourbon bon marché était intact, le givre fondant à sa surface créant de petites rivières de condensation qui venaient mourir sur le bois verni et usé du comptoir. Ses yeux, cernés de poches violacées, fixaient le vide. Dans sa poche de veste, ses doigts se crispaient nerveusement sur un morceau de papier froissé. C’était le dernier rapport médical de la clinique Saint-Jude. Les mots y étaient imprimés en lettres capitales, froides, définitives. Leucémie lymphoblastique aiguë. Stade terminal. Espérance de vie : moins de trois mois.

Trois mois. Lily n’avait que huit ans. Elle avait encore cette candeur dans le regard, ce rire qui illuminait autrefois leur petit appartement, avant que les chimiothérapies ne lui arrachent ses cheveux blonds et ne transforment son teint de porcelaine en une cire translucide. L’argent manquait. Les assurances avaient jeté l’éponge après la troisième rechute. Marc avait tout vendu : la voiture, les bijoux de sa défunte épouse, sa propre dignité en mendiant auprès des banques. Rien n’avait suffi. Le système l’avait recraché, lui et sa fille, les condamnant à attendre la fin dans une chambre d’hôpital qui sentait le désinfectant et la mort prochaine.

— Une autre ?

La voix rauque du barman tira Marc de sa torpeur. Il secoua la tête, un mouvement machinal. Il n’avait même pas la force de parler. Le barman haussa les épaules et retourna essuyer ses verres avec un torchon grisâtre.

C’est à ce moment-là que la température chuta. Ce ne fut pas une simple brise, mais une onde glaciale, soudaine, qui figea l’atmosphère du rade. Le grésillement du vieux néon publicitaire au-dessus du miroir s’interrompit net, plongeant le coin du comptoir dans une pénombre plus dense.

Une silhouette s’installa sur le tabouret adjacent.

Marc ne l’avait pas entendu approcher. L’homme paraissait d’un âge indéfinissable. Il portait un costume trois-pièces d’une coupe impeccable, d’un noir si profond qu’il semblait absorber la faible lumière du bar. Ses cheveux blancs étaient peignés en arrière, encadrant un visage aux traits aristocratiques, presque bienveillants. Mais ce furent ses yeux qui accrochèrent le regard de Marc. Ils étaient d’un gris d’orage, fixes, dénués de tout clignement humain.

— C’est un poids bien lourd pour les épaules d’un seul homme, dit l’inconnu.

Sa voix était un murmure de velours, basse et étrangement réconfortante, comme le crépitement d’un feu de cheminée par une nuit d’hiver. Elle résonna directement dans l’esprit de Marc, balayant le brouhaha lointain des quelques clients restants.

Marc fronça les sourcils, méfiant, la défensive ancrée en lui par des mois de déceptions. — On se connaît ? — Non. Mais je connais votre douleur, Marc. Et surtout, je connais le nom qui vous hante jour et nuit. Lily.

Entendre le prénom de sa fille dans la bouche de cet étranger fit l’effet d’un électrochoc. Marc se redressa, les poings serrés sur le comptoir. — Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous lui voulez ? Si vous êtes un de ces vautours du service de recouvrement des hôpitaux… — Calmez-vous, l’interrompit doucement le vieil homme en levant une main gantée de cuir fin. Je ne réclame pas d’argent. L’argent est une invention humaine bien trop triviale. Je suis ici pour vous offrir ce que la médecine, vos prières et vos larmes vous refusent. Du temps. De la vie.

Le vieil homme fit un signe au barman. Ce dernier, d’ordinaire si prompt à grogner, s’approcha d’un pas raide, les yeux vagues, comme hypnotisé. Il posa devant l’inconnu un verre de vin rouge, sombre comme du sang séché, avant de s’éloigner à reculons sans dire un mot.

— De quoi vous parlez ? souffla Marc, oscillant entre la colère et une lueur d’espoir pathétique qu’il détestait déjà. — La science vous dit que c’est la fin. Que les cellules de votre petite fille se dévorent elles-mêmes. Moi, je vous dis qu’elle peut guérir. Demain. Elle pourrait sauter du lit, retrouver ses couleurs, rire à nouveau. Elle pourrait vivre.

Marc laissa échapper un rire nerveux, teinté d’amertume. — Vous êtes un grand malade. La magie n’existe pas. Les miracles non plus. J’ai passé les six derniers mois à genoux dans les églises, et personne n’a répondu. — Parce que vous n’avez pas frappé à la bonne porte, répondit le vieil homme avec un sourire énigmatique qui lui découvrit des dents d’une blancheur parfaite. Dieu gère les âmes qui s’en vont. Moi, je m’occupe de celles qui veulent rester.

L’inconnu plongea la main dans la poche intérieure de sa veste et en sortit un étui en cuir rigide. Il l’ouvrit pour révéler un parchemin d’une texture étrange, ni tout à fait papier, ni tout à fait peau, jauni par les âges mais parfaitement conservé. À côté, il posa un stylet d’argent dont la pointe fine scintillait sous le néon résiduel.

— Je ne vous demande rien que vous ne puissiez donner, Marc. Un simple accord. Une vie pour une vie. Le troc est vieux comme le monde. — Un meurtre ? Vous voulez que je tue quelqu’un ? dit Marc dans un souffle, sa voix tremblant de terreur.

Le vieil homme laissa échapper un petit rire feutré, presque paternel. — Voyons, ne soyez pas si dramatique. Disons que la balance universelle a besoin d’être équilibrée. Pour que de l’énergie vitale coule à nouveau dans les veines de Lily, il faut la puiser ailleurs. Là où elle est gaspillée. Une existence inutile, insignifiante, contre celle de votre merveilleuse enfant. Qu’est-ce qu’une vie de misère face au sourire de Lily ?

Marc fixa le parchemin. Les caractères gravés dessus semblaient bouger, onduler comme des lignes de fourmis noires sous sa rétine. Sa tête se mit à lui faire horriblement mal. Le dilemme moral heurta de plein fouet son éducation, sa conscience, tout ce qu’il était. Mais l’image de Lily, branchée à des moniteurs cardiaques, gémissant de douleur dans son sommeil, balaya tout le reste. Jusqu’où un père était-il prêt à aller pour sauver son sang ?

— Et si je refuse ? — Vous rentrerez à l’hôpital. Vous regarderez le moniteur s’éteindre d’ici quelques semaines. Vous l’enterrerez sous la pluie, et vous passerez le reste de vos jours à vous demander si cet homme au bar n’était qu’un fou, ou s’il était votre unique chance.

Le vieil homme poussa le stylet d’argent vers Marc. — Pas d’encre, précisa-t-il. Juste une pression. L’intention suffit.

Marc prit le stylet. Ses doigts tremblaient si fort qu’il faillit le lâcher. L’instrument était lourd, glacial. Il regarda une dernière fois l’étranger. Le visage de l’homme n’exprimait aucune menace, juste une patience infinie, celle du prédateur qui sait que la proie n’a nulle part où aller.

Marc appuya la pointe d’argent sur le bas du parchemin. Il prit une grande inspiration, ferma les yeux en pensant au visage de sa fille, et signa.

Une brûlure atroce, fulgurante, lui traversa le poignet droit. Marc lâcha le stylet et plaqua sa main gauche sur son bras, étouffant un cri de douleur. Sous sa manche, la peau s’emballait. Une sensation de chair calcinée se propagea le long de ses tendons. Lorsqu’il releva sa manche, il vit une marque noire s’enfoncer sous son épiderme : trois lignes entrelacées, formant une spirale brisée, semblable à une cicatrice de brûlure fraîche, mais totalement indolore à la seconde où le motif fut achevé.

Quand il releva les yeux, le vieil homme avait disparu.

Le verre de vin rouge était vide. Le néon du bar s’était remis à bourdonner normalement. Le barman continuait d’essuyer ses verres, comme si rien ne s’était passé. Marc resta de longues minutes à fixer son poignet, le cœur battant à tout rompre, se demandant s’il venait de basculer dans la folie.

Le trajet jusqu’à la clinique Saint-Jude se fit dans un brouillard total. Marc courut presque dans les couloirs blancs et aseptisés du troisième étage. L’angoisse lui tordait l’estomac. Qu’avait-il fait ? Avait-il vendu son âme pour une illusion psychiatrique ?

Lorsqu’il poussa la porte de la chambre 312, il se figea sur le seuil.

L’infirmière de garde était debout près du lit, les mains sur la bouche, les yeux écarquillés d’incompréhension. Les machines qui surveillaient habituellement les constantes de Lily bipaient de manière régulière, saine, rythmée.

Mais le choc venait du lit lui-même.

Lily était assise. Ses joues, la veille encore creuses et grisâtres, arboraient de magnifiques couleurs roses. Ses yeux bleus, brillants et vifs, fixaient la fenêtre avec émerveillement. Elle ne portait plus son masque à oxygène, qu’elle avait elle-même retiré et posé sur la table de chevet.

— Papa ! s’écria-t-elle en le voyant entrer.

Sa voix n’était plus ce murmure éteint qui brisait le cœur de Marc à chaque syllabe. Elle était claire, vibrante, pleine de l’énergie de l’enfance.

Marc tomba à genoux au pied du lit, les larmes jaillissant instantanément de ses yeux. Il saisit la petite main de sa fille, la serrant contre sa joue. Elle était chaude. Incroyablement chaude et vivante.

— C’est un miracle, Monsieur Fortin, balbutia l’infirmière en consultant les moniteurs. Ses analyses de sang de ce soir… les globules blancs… tout est en train de se normaliser à une vitesse impossible. Les médecins n’ont jamais vu ça. C’est... c’est médicalement inexplicable.

Marc n’écoutait plus l’infirmière. Il serrait sa fille dans ses bras, humant l’odeur de sa peau, savourant ce bonheur pur, absolu, indicible. Le vieil homme n’avait pas menti. Le contrat fonctionnait. Lily était sauvée.

Alors qu’il berçait sa fille, la manche de la veste de Marc glissa légèrement, révélant la marque noire gravée sur son poignet. Contre la chair chaude de Lily, la cicatrice se mit soudain à pulser doucement, d’une lueur sombre, invisible pour les autres.

Marc sentit un frisson parcourir sa colonne vertébrale. Le miracle était là, sous ses yeux. Mais dans l’ombre de la joie, le décompte invisible venait de commencer.

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