prologue
JADE
Il paraît que le temps guérit toutes les blessures.
Je pense que c’est faux.
Le temps ne guérit rien.
Il apprend seulement à vivre avec la douleur.
Certaines blessures disparaissent.
D’autres deviennent une partie de nous.
Comme une cicatrice qu’on cache sous des vêtements trop longs, en espérant que personne ne remarque qu’elle existe.
Moi, j’ai appris à sourire avec mes blessures.
À répondre « ça va » quand ce n’est pas le cas.
À dire « je vais bien » parce que c’est plus simple que d’expliquer pourquoi je ne le suis pas.
J’ai appris à devenir une personne que personne ne peut atteindre.
Un mur.
Un masque.
Une version de moi-même qui ne risque plus d’être détruite.
Parce que faire confiance aux autres a un prix.
Et moi…
J’ai déjà payé le mien.
Je me souviens encore de cette journée.
De la chaleur du soleil sur ma peau.
Du son de la voix de ma mère.
De son sourire.
Des petites choses auxquelles on ne prête jamais attention jusqu’au jour où elles deviennent des souvenirs.
Je pensais que les gens qu’on aime restaient pour toujours.
Je pensais que certaines promesses étaient impossibles à briser.
J’avais tort.
La vie ne prévient pas avant de tout changer.
Elle ne demande pas la permission avant de nous arracher quelqu’un.
Elle ne nous laisse pas le temps de nous préparer.
Elle prend.
Elle détruit.
Et elle continue d’avancer.
Même quand nous, on reste bloqué au même endroit.
Depuis ce jour, j’ai compris une chose :
S’attacher aux gens, c’est leur donner le pouvoir de nous faire du mal.
Alors j’ai arrêté.
J’ai arrêté d’attendre.
J’ai arrêté d’espérer.
J’ai arrêté de laisser les autres entrer.
Parce qu’au fond, c’est plus facile d’être seule que d’être abandonnée.
Plus facile de ne rien ressentir que de ressentir trop.
Mais peut-être que le problème n’a jamais été les autres.
Peut-être que le problème, c’était moi.
Peut-être que j’ai passé tellement de temps à me protéger que j’ai oublié comment vivre.
Dans quelques jours, je partirai pour Stormson University.
Une nouvelle ville.
Une nouvelle vie.
Une nouvelle chance.
C’est ce que tout le monde dit.
Mais personne ne parle jamais de la partie la plus difficile d’un nouveau départ :
Il faut accepter de laisser derrière soi l’ancienne version de nous-même.
Et je ne sais pas si je suis prête à abandonner celle que je suis devenue.
Celle qui survit.
Celle qui ne pleure plus.
Celle qui ne laisse plus personne s’approcher.
Mais une petite voix au fond de moi continue de murmurer :
« Et si cette fois était différente ? »
Je ne sais pas ce que Stormson m’attend.
Je ne sais pas qui je vais rencontrer.
Je ne sais pas si je vais réussir à enlever ce masque que je porte depuis si longtemps.
Mais pour la première fois depuis longtemps…
J’ai envie d’essayer.








