Chapter 1- Les trois filles
Chapitre 1
Les trois filles
La première chose que j'ai ressentie, ce n'est pas de la colère.
C'est du froid.
Un froid brutal, qui m'a traversé le corps lorsque l'écran de mon téléphone s'est allumé entre mes doigts.
Nathan ❤️
Son prénom est apparu en haut de la conversation.
Pendant quelques secondes, je suis restée immobile.
Je n'aurais probablement jamais dû ouvrir cette conversation.
Je n'aurais jamais dû prendre son téléphone posé sur la table.
Mais quelque chose m'avait poussée à le faire.
Peut-être son comportement étrange ces dernières semaines.
Ses absences.
Ses excuses.
Ses « je suis trop fatigué pour sortir ce soir » alors qu'il trouvait toujours l'énergie pour rejoindre ses amis.
Ou peut-être que, quelque part au fond de moi, je savais déjà.
Je fais défiler la conversation.
Un message.
Puis deux.
Puis dix.
Mon cœur commence à battre plus vite.
« Elle ne sait rien. »
Je fronce les sourcils.
Je continue.
« Je te promets que ça ne changera rien entre nous. »
Puis une photo.
Je ne l'ouvre pas immédiatement.
Je sais déjà.
Je le sais avant même de voir ce qu'elle contient.
Mais mon doigt appuie quand même.
Mon souffle se bloque.
Ce n'est pas une photo explicite.
Ça suffit pourtant.
Nathan est avec une fille.
Une fille que je ne connais pas.
Et il la regarde exactement comme il me regardait avant.
Comme si elle était la seule personne au monde.
Je pose brutalement le téléphone sur la table.
Mon cœur vient de se fissurer.
Je reste debout dans le salon, incapable de bouger.
Puis l'écran s'allume à nouveau.
Nouveau message.
Je regarde malgré moi.
Un autre prénom.
Camille.
Je clique.
Les messages remontent.
Ils datent de deux semaines.
Puis trois.
Puis un mois.
Je sens mes mains trembler.
Un mois.
Pendant que moi, je lui écrivais des messages pour lui dire que je l'aimais.
Pendant que je préparais son anniversaire.
Pendant que je pensais que nous allions passer l'été ensemble.
Il voyait quelqu'un d'autre.
Je ferme les yeux.
Une larme roule sur ma joue.
Puis une deuxième.
Je les essuie immédiatement.
Non.
Je ne vais pas pleurer.
Pas maintenant.
Je retourne dans la conversation.
Et je découvre quelque chose de pire.
Une autre fille.
Sarah.
Je reste bouche bée.
Trois prénoms.
Trois filles.
Trois histoires.
Et moi, au milieu, complètement aveugle.
La porte d'entrée s'ouvre.
Je sursaute.
— Léna ?
Sa voix.
Cette voix que j'aimais tant.
Je me retourne.
Nathan entre dans l'appartement avec son sac sur l'épaule.
Il sourit.
Puis son sourire disparaît lorsqu'il voit mon visage.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Je ne réponds pas.
Il regarde la table.
Son téléphone.
Son visage change immédiatement.
Et cette seconde suffit.
Je comprends tout.
— Depuis combien de temps ?
Ma voix est presque inaudible.
Nathan reste silencieux.
— Léna...
— Depuis combien de temps ?
Il passe une main dans ses cheveux.
— Ce n'est pas ce que tu crois.
Je laisse échapper un rire.
Un rire nerveux, sans aucune joie.
— Ah bon ?
Je prends le téléphone et le lui tends.
— Alors explique-moi.
Il ne le prend pas.
— C'est compliqué.
— Non.
Je secoue la tête.
— Ça ne l'est pas.
Je lève trois doigts.
— Une.
Puis deux.
— Deux.
Et enfin trois.
— Trois filles.
Nathan détourne les yeux.
Je sens quelque chose mourir en moi.
Pas seulement notre relation.
Une partie de la confiance que j'avais en moi.
— Je voulais te le dire.
Je le regarde.
— Quand ?
Il ne répond pas.
— Quand tu en aurais trouvé une quatrième ?
Il soupire.
— Léna, j'ai fait une erreur.
Cette phrase.
Une erreur.
Comme s'il avait oublié de payer une facture.
Comme s'il avait cassé un verre.
Pas comme s'il m'avait trompée.
Plusieurs fois.
Avec plusieurs filles.
Je m'approche de lui.
— Tu sais ce qui est le pire ?
Il relève les yeux.
— Ce n'est même pas que tu aies couché avec elles.
Je marque une pause.
— C'est que pendant tout ce temps, tu rentrais ici et tu me regardais dans les yeux en me disant que tu m'aimais.
Il ouvre la bouche.
Rien ne sort.
Alors je comprends.
Je n'ai plus rien à faire ici.
Je monte dans ma chambre.
Je prends une valise.
Je ne réfléchis pas.
Quelques vêtements.
Mon ordinateur.
Mes papiers.
Une trousse de toilette.
Je jette tout dedans sans plier quoi que ce soit.
Nathan apparaît dans l'encadrement de la porte.
— Où tu vas ?
Je ferme la valise.
— Loin de toi.
— Léna, attends.
Je passe devant lui.
Il attrape doucement mon poignet.
Je me retourne immédiatement.
— Ne me touche pas.
Il me lâche.
Je descends les escaliers.
À chaque marche, j'ai l'impression de laisser quelque chose derrière moi.
Mes souvenirs.
Mes projets.
La fille que j'étais avant ce soir.
Lorsque j'arrive devant la porte, Nathan me regarde depuis le haut des escaliers.
— Tu vas vraiment partir comme ça ?
Je me retourne.
Je le regarde une dernière fois.
L'homme que j'aimais.
Celui auquel je faisais confiance.
Celui avec qui je pensais construire quelque chose.
— Oui.
Il ne dit rien.
J'ouvre la porte.
L'air froid de la nuit me frappe le visage.
Et pour la première fois depuis que je connais Nathan, je ne me retourne pas.
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Trois jours plus tard, je suis assise dans ma voiture avec une adresse griffonnée sur un bout de papier.
Une nouvelle ville.
Une nouvelle université.
Une nouvelle maison.
Une nouvelle vie.
Enfin...
C'est ce que j'essaie de me répéter.
Mon téléphone vibre.
Un message de ma meilleure amie.
Emma : Tu es sûre que tu veux vraiment faire ça ?
Je regarde la route devant moi.
Moi : Oui.
Quelques secondes plus tard :
Emma : Et la colocation ?
Je soupire.
La colocation.
Je n'ai même jamais rencontré les personnes avec qui je vais vivre.
Tout ce que je sais, c'est qu'ils sont deux frères.
Et qu'ils ont une chambre libre.
Moi : Je verrai bien.
Je pose mon téléphone.
Le panneau indiquant la ville apparaît au loin.
Je prends une grande inspiration.
Je n'ai aucune idée de ce qui m'attend.
Je ne sais pas encore que cette maison va bouleverser ma vie.
Je ne sais pas encore que deux frères vont entrer dans mon quotidien.
Je ne sais pas encore que l'un d'eux va m'apprendre à faire confiance.
Et que l'autre va me faire oublier toutes les règles que je m'étais juré de respecter.
Tout ce que je sais, à cet instant précis, c'est une chose.
Je ne veux plus tomber amoureuse.
Jamais.








