PROLOGUE

La place était silencieuse, elle l'était toujours lorsqu'une tragédie allait arriver. Autour de moi des centaines de personnes retenaient leur souffle. Les soldats de l'Empire formaient comme un mur impénétrable autour de l'estrade. Depuis quelques minutes je retenais mon souffle et mon cœur battait trop vite pour une personne normale. Au centre, il y avait une corde. Elle pendait dans le vide. Et juste à côté, il y avait mon jeune frère.
Je distinguais à peine son visage depuis l'endroit où je me trouvais mais je le connaissais par cœur. Ses cheveux bruns étaient en désordre, son visage couvert de saleté et une coupure barrait son arcade. Ses poignets étaient attachés derrière son dos mais Elyan se tenait droit. Il avait quinze ans.
Ce n'était qu'un enfant.
Je sentis mes yeux se remplir de larmes. Un murmure parcourut la foule lorsque trois silhouettes apparurent sur l'estrade, les soldats s'écartèrent immédiatement. Le roi Meghar Rydavel avançait en premier, vétu de noir et d'or, son visage aussi impassible que s'il venait assister à une simple cérémonie. À ses côté se trouvait sa fille, Thalya Rydavel, la princesse héritière.
Je détestais le roi. Je détestais sa fille. Je détestais cette couronne, cet Empire, tous ces soldats qui nous regardaient comme si nous n’étions rien. Je les détestais plus que tout au monde. Mes ongles s’enfonçaient dans ma peau à force de serrer les poings, mais aucune douleur ne pouvait rivaliser avec celle de voir mon frère mourir sous mes yeux. Le roi s'avança jusqu'au bord de l'estrade.
- Qu'on se souvienne de ce jour. Voilà ce qui arrive aux traîtres qui osent s'opposer à la couronne. Prenez exemple sur lui.
Je voulais tellement hurler, je voulais courir jusqu'à lui. Tuer chaque soldat qui se trouvait sur mon chemin, arracher cette foutue corde et ramener mon frère à la maison. Le bourreau s'approcha d'Elyan et mon coeur s'arrêta net. Les larmes continuaient de couler en silence sur mes joues.
- Non..
Elyan releva la tête et ses yeux parcoururent la foule avant de trouver les miens. Pendant une seconde, la foule disparut, il n'y avait que lui et moi. Il me regarda et il sourit. Ce petit sourire que je connaissais si bien. Un sourire qui me disait "tout va bien". Puis le sol disparut à ses pieds. Aucun mot ne sortit de ma bouche. Seulement un hurlement qui me déchira la gorge. La dernière chose que je vis fut son corps tomber au bout de cette corde, ses pieds se balançant dans tous les sens et son visage perdant peu à peu sa couleur. C'était ma punition de ne pas l'avoir protégé.
Tout était de ma faute.
Je restai figée sur place, incapable de respirer correctement. Ma vision se troubla lentement, par vagues, les contours de la foule, de l’estrade et de la corde tout se mit à vaciller. Puis tout devint noir.








