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Le pensionnat de la dernière chance

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Summary

L'Arrivée (Les premiers jours) : Maya débarque à Thornfield avec son sac et son hostilité. Ethan décide immédiatement d'en faire sa cible pour marquer son territoire. Premières humiliations publiques et regard de défi.

Status
Complete
Chapters
7
Rating
5.0 1 review
Age Rating
13+

Les cendres de Thornfield

La grille en fer forgé de l’Académie Thornfield ne s’ouvrait pas ; elle semblait retenir sa respiration, attendant qu’on vienne s’y fracasser.

Maya s’arrêta net, son sac de voyage en toile élimée lourdement calé sur son épaule gauche, le tissu râpé lui mordant la clavicule à travers son sweat à capuche trop grand. Devant elle, dressée au bout d’une longue allée de hêtres centenaires aux branches tordues par les vents du nord, la bâtisse principale se découpait contre un ciel de plomb. Des murs de pierre sombre, mangés par le lierre et léchés par une brume matinale qui ne semblait jamais vouloir se lever.

Thornfield. Le pensionnat de la dernière chance. L’endroit où l’on envoyait les enfants de riches encombrants et les boursiers cabossés que le système avait rejetés, avec l’espoir secret qu’ils y disparaissent assez poliment pour ne plus jamais troubler la quiétude des banques et des conseils d’administration.

— C’est charmant, murmura Maya pour elle-même, un rictus amer ourlant le coin de ses lèvres. On dirait le décor d’un film d’horreur victorien subventionné par l’État.

Elle serra les poignées de son sac, refusant obstinément de laisser ses mains trembler. Elle n’était pas là pour admirer l’architecture gothique ou pour se faire des amis. Elle avait un casier long comme le bras, une liberté conditionnelle suspendue au-dessus de sa tête comme une guillotine rouillée, et une seule règle à respecter si elle voulait éviter la maison de correction pour mineurs : tenir profil bas pendant une année entière.

Une année. Dix mois de brimades, de cours soporifiques et d’uniformes ridicules qu’elle contournait déjà en portant son propre pantalon noir et ses bottes de combat lacées à la hâte.

En poussant le portillon en bois vermoulu de l’internat, elle fut immédiatement saisie par l’atmosphère. L’air sentait la cire de parquet, le vieux papier et l’humidité rance. Le hall d’entrée était immense, surmonté d’une verrière poussiéreuse à travers laquelle la lumière se fracturait en traînées blafardes. Des portraits à l’huile de directeurs disparus depuis des lustres fixaient les nouveaux arrivants avec une condescendance figée dans l’éternité.

À l’accueil, une secrétaire aux lunettes vissées sur le bout du nez, penchée sur d’interminables registres en cuir, ne daigna même pas lever les yeux quand Maya posa son sac lourd sur le comptoir en acajou.

— Nom ? demanda-t-elle d’une voix monocorde, semblable au frottement du papier sablé.

— Maya Vance. Bourse d’intégration, mention « dernière chance ».

La femme marqua une pause imperceptible. Ses doigts bagués se figèrent au-dessus de la page cornée. Elle leva des yeux froids vers Maya, ajustant ses montures d’écaille, avant de jeter un coup d’œil rapide à un petit dossier confidentiel estampillé d’un sceau de cire rouge — un dossier qui ne figurait pas parmi les registres ordinaires.

— Vance... murmura la secrétaire, une ombre d’hésitation traversant son regard impassible. Très bien.

Elle tamponna le formulaire avec une violence administrative mesurée.

— Chambre 214, deuxième étage, aile ouest. Le règlement intérieur est affiché derrière la porte. Les cours commencent demain à huit heures précises. Ne soyez pas en retard, Mademoiselle Vance. Ici, la ponctualité n’est pas une suggestion.

— L’aile ouest n’est pas réservée aux garçons du troisième cycle ? demanda Maya, qui avait soigneusement étudié le plan du campus avant d’arriver.

La secrétaire referma le registre d’un coup sec.

— Les attributions de chambres émanent de la direction générale, Mademoiselle Vance. Nous n’émettons pas d’objections, et vous non plus. Prenez votre clé.

Maya attrapa le morceau de laiton sans ajouter un mot. La réponse était trop prompte, trop calibrée. Ce n’était pas une erreur de saisie d’un stagiaire débordé. Quelqu’un avait délibérément coché la case 214 sur sa fiche d’admission.

L’escalier en chêne massif grinçait sous ses bottes à chaque marche. Les couloirs du deuxième étage étaient silencieux, bordés de portes sombres numérotées en laiton astiqué. En passant devant l’une des fenêtres en ogive, Maya jeta un œil dans la cour intérieure : une vaste esplanade pavée où s’entraînaient déjà quelques membres de l’équipe de crosse du pensionnat, des silhouettes athlétiques en vestes aux armoiries de l’école, riant fort et bousculant un élève plus frêle qui ramassait ses livres tombés au sol.

Son estomac se noua, non pas de peur, mais de cette colère familière, sourde, qui bouillonnait en elle depuis qu’elle avait compris que le monde appartenait aux brutes et à ceux qui payaient pour les couvrir.

Elle trouva enfin la porte 214. La plaque de laiton était légèrement de travers. Elle tourna la clé, s’attendant au pire — une pièce minuscule, des draps rêches, une odeur de renfermé.

La chambre était effectivement spartiate : un lit de camp aux couvertures grises, un bureau en bois vermoulu, une chaise bancale et une étroite fenêtre donnant sur la forêt dense qui ceinturait le domaine. Mais le pire n’était pas l’exiguïté.

Le pire, c’était le sac de sport en cuir de marque posé en plein milieu du lit, et par-dessus, une veste d’uniforme brodée aux initiales E.B..

Maya se figea. Elle s’avança à pas lents, posa son propre sac sur le sol, et prit la veste du bout des doigts.

— On commence déjà fort, murmura-t-elle.

La porte de la salle de bains attenante s’ouvrit dans un grincement sec.

Un garçon en sortait, une serviette blanche nouée bas autour de la taille, l’eau ruisselant encore sur ses épaules larges. Des cheveux châtains en désordre, des yeux d’un bleu orageux, et sur la pommette gauche, une fine cicatrice qui coupait la régularité de ses traits.

Ethan Brooks.

Il n’avait pas seulement l’air d’un héritier gâté. Dans la pénombre de la pièce, Maya remarqua immédiatement les légères zébrures blanchâtres sur ses avant-bras — des marques anciennes, dissimulées sous le hâle de sa peau, qui ne provenaient ni du terrain de sport ni d’une bagarre de rue. Et surtout, il y avait dans son regard une lassitude sombre, une tension permanente, comme s’il s’attendait à devoir défendre son espace vital à chaque seconde.

Ethan s’arrêta net. Il jeta un regard de mépris à la silhouette de Maya, puis à la veste qu’elle tenait entre ses doigts.

— Qu’est-ce que tu fais dans ma chambre, la boursière ? lâcha-t-il d’une voix grave, tranchante, mais où perçait une pointe de méfiance maîtrisée.

Maya ne baissa pas les yeux. Elle redressa le menton, fixant son vis-à-vis avec un calme glacial.

— Ta chambre ? répliqua-t-elle, en jetant la veste sur le matelas. La feuille de route à l’accueil indique 214. C’est ma chambre. Alors je te conseille de ramasser tes affaires et d’aller protester auprès de la secrétaire.

Ethan soutint son regard. Personne ne lui parlait ainsi à Thornfield. Mais au lieu de s’emporter comme un tyran ordinaire, ses yeux balayèrent la posture de Maya : ses pieds bien ancrés au sol, ses poings prêts à parer, et l’absence totale de panique dans ses pupilles. Elle ne réagissait pas comme les victimes habituelles des élèves du Conseil.

Un rictus sombre étira ses lèvres. Il fit un pas en avant, la dominant de sa hauteur.

— Tu es la nouvelle. Maya Vance, murmura-t-il en s’approchant au point qu’elle pouvait sentir la chaleur de sa peau. La fille du dossier confidentiel de la sous-directrice. Tu crois vraiment que c’est une erreur d’attribution, Vance ? Tu crois qu’on t’a mise ici par hasard ?

Maya fronça les sourcils, piquée au vif.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Thornfield ne fait pas d’erreurs, souffla Ethan, sa voix descendue d’un octave, troublante et menaçante. Quelqu’un à la direction veut voir ce qui se passe quand on enferme une brebis galeuse avec le monstre du pensionnat. Mais tu vas vite comprendre que je ne suis pas un sujet d’expérience.

— Je ne suis la brebis de personne, Brooks, répliqua-t-elle, la voix vibrante d’une haine immédiate. Et je ne bougerai pas d’ici. Si ton père finance l’école, va pleurer dans son bureau. En attendant, bouge de mon chemin.

L’air entre eux vibrait d’une électricité dense. Ethan fit un demi-pas de plus, réduisant l’espace jusqu’à ce que son ombre recouvre entièrement Maya. La frontière entre l’hostilité pure et une tension trouble venait de voler en éclats.

— Tu n’as rien compris, Vance, murmura-t-il, ses yeux bleus ancrés dans les siens avec une intensité vénéneuse. Ici, les règles de l’administration s’arrêtent au pied de l’escalier. Cette chambre est à moi. Et si la direction pense m’imposer une gardienne ou une distraction... elle se trompe.

— Alors essaie de me faire sortir, le défia Maya, approchant son visage du sien. Spoiler : je ne cède pas sous la pression.

Un éclair de surprise traversa le regard d’Ethan, immédiatement remplacé par une lueur sombre, captivée malgré lui. Il attrapa sa veste sur le lit, la passa sur ses épaules et ramassa son sac d’un geste sec. Arrivé sur le seuil, il s’arrêta, la clé en laiton tournant entre ses doigts.

— Profite du calme ce soir, Maya. À Thornfield, les guerres de territoire ne se règlent pas en classe. Et la personne qui t’a envoyée dans cette pièce vient d’ouvrir la cage.

La porte claqua, faisant vibrer le carreau. Maya resta seule dans le silence de la pièce 214, le cœur battant la chamade, réalisant que son arrivée à Thornfield cachait un jeu bien plus vaste qu’une simple peine de liberté conditionnelle.

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