Prologue
NAOMI
Il ne me reste que quatre minutes avant que les protections ne se rallument. Je cours en maintenant une main contre mon flanc tandis que le sang chaud traverse ma chemise et glisse entre mes doigts, dans le froid des Archives Basses. Derrière moi, des pas frappent les dalles avec un calme régulier. La personne qui me poursuit ne se presse pas, car elle le sait, je suis blessée.
Le registre que j’ai trouvé cogne contre ma poitrine, caché sous ma veste. J’y ai trouvé les noms des étudiantes agressées après les soirées du Cercle d’Or, les plaintes effacées et les faux motifs utilisés pour les renvoyer. Toujours la même méthode : un élixir versé dans leur verre, un sort qui affaiblit leur volonté, puis une coupure de sept minutes pendant laquelle les protections de crownwell deviennent aveugles.
Sept minutes pour les isoler, leur voler leur consentement et faire disparaître les preuves.
Avant de rejoindre les Archives Basses, j’ai arraché la première copie de mes notes et l’ai glissée sous une latte de mon ancienne chambre, dans la cachette que personne n’a jamais trouvée. Si je ne ressors pas d’ici, Ivy cherchera la Creuse.
Elle comprendra.
Je me réfugie dans une ancienne Salle de lecture et sort mon téléphone. Les interférences brouillent l’écran, mais la conversation d’Ivy apparaît encore sous mes doigts qui tremblent.
Quelqu’un agresse les étudiantes de Crownwell. Ils utilisent la magie pour les empêcher de refuser et brouiller leurs souvenirs. J’ai trouvé les preuves. Ne fais confiance à personne.
Je tape aussi vite que mon pouce me le permet.
Mon pouce reste suspendu au-dessus de l’écran. Je voudrais lui ordonner de rester loin de cette île, pourtant Ivy viendra dès qu’elle comprendra que je suis en danger. Elle se jettera dans cette enquête avec son humour, sa colère et cette incapacité presque admirable à choisir la prudence. Alors j’ajoute une dernière phrase.
Retrouve le registre avant eux.
J’envoie le message, mais aucune confirmation n’apparaît. La poignée s’abaisse au même instant. Je range mon téléphone et recule jusqu’à la cheminée condamnée, derrière laquelle une ouverture étroite rejoint les anciens tunnels sous l’academy.
La porte de la Salle cède lorsque je retire la grille rouillée.
— Naomi !
Mon corps se fige. Je connais cette voix, je l’ai entendue plaisanter pendant les repas, rassurer des étudiantes et promettre que personne ne risquait rien à crownwell. Une lueur dorée traverse les interstices de la grille de la même couleur que le sort retrouvé sur les victimes.
Je me glisse dans le conduit et me laisse tomber. La pierre arrache mes paumes avant qu’une eau glacée engloutisse mon cri. Le registre m’échappe, mais je plonge les bras dans l’obscurité, retrouve sa couverture et le serre contre moi tandis qu’un second corps atterrit dans le tunnel.
Il reste une minute.
Je cours jusqu’à la porte noire dissimulée au fond de la Crypte. Aucun verrou, aucune poignée. Seulement un croissant fendu et quelques mots gravés dans la pierre : Ce qui entre ici abandonne son nom.
Les pas se rapprochent derrière moi. Une chaleur artificielle s’infiltre dans tout mon corps et s’insinue dans mes pensées avec une douceur écœurante.
— Reste!
L’ordre s’enfonce dans mon esprit. Mes jambes cessent de m’obéir alors que chaque partie de moi hurle de fuir. Je mords l’intérieur de ma joue jusqu’à sentir le goût du sang, puis j’abat la bague d’Ivy contre le croissant.
La porte frémit. Une fissure s’ouvre dans la pierre et l’obscurité m’aspire. Je franchis le seuil au moment où les protections de crownwell se rallument, tandis qu’une main tente de retenir le passage.
La pierre se referme sur moi. Le registre reste serré contre ma poitrine et mon téléphone demeure silencieux dans ma poche. Au-delà de la porte, les pas disparaissent.
Puis, dans le noir, quelque chose respire.








