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Conte des premières Fées d'Ardhell

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Summary

Il existait au premier âge de ce monde un peuple sylvestre, des Fés que les Dieux avaient cultivé et envoyé peupler le royaume d'Ardhell. Un beau jour montèrent sur le trône Belôme, nouveau souverain des Fés, et son épouse Harwelle. Bientôt naquit un jeune Fé, qui serait l'héritier du trône, et le couple royal gouverna à une ère heureuse de l'histoire de ce peuple. Seulement, jamais n'imaginèrent-ils que Harwelle pouvait cultiver en elle un second enfant, Hadrielle.

Genre
Fantasy
Author
Colin Jss
Status
Complete
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
13+

Conte des premières Fées d'Ardhell

Parcourir les moindres détails d'un conte aussi ancien que celui-ci ne fut pas chose aisée pour une jeune femme perdue dans une telle immensité d'ouvrages et d'archives que fournissait cette légendaire bibliothèque, et pourtant, il me procura un immense plaisir de dépoussiérer les plus anciens ouvrages pour y trouver quelques bribes illisibles qui apporteraient à mon récit une teinte supplémentaire. Je retrouvai dans cette tâche le besoin immuable d'enrichir la connaissance de mon peuple, cet appel qui anime constamment mon âme et me poussa à passer une année entière ensevelie de livres et de parchemins pour finalement extraire de mes études une nouvelle pièce au puzzle infinie de l'histoire sylvestre qui régit les bois des Terres.

*

En ces temps, la vaste forêt de Maaginen, qui s'étendait alors sur tout le royaume, connaissait un peuple de paix. Les Fés étaient de grands êtres tranquilles, des créatures au visage hâve, des êtres translucides aux reflets bleutés qui vouaient aux dieux une adoration inexpugnable. Leur visage reflétait mal leurs expressions, certains racontent même qu'il leur était impossible de livrer la moindre expression faciale, et qu'ils avaient par conséquent un attachement particulier au langage. Ces grands êtres diaphanes peuplaient les bois au Nord-est, et furent parmi les premiers à fouler les terres du royaume d'Ardhell, qui à cet âge ne connaissait de peuple avec une influence aussi riche que celui-ci. Ils avaient une langue, dont les paroles avaient la vertu de séduire les êtres issus de la forêt, et qui leur était innée ; ils n'avaient à l'entendre parler quelques temps qu'ils savaient s'exprimer avec plus ou moins d'harmonie dans la parole. Ils savaient écrire - ce qui fut fort pratique pour que leur histoire soit retranscrite - et ils forgèrent une culture qui les distingua des peuples animaux et des quelques créatures en plus petit nombre qui habitaient à leurs côtés ces bois féeriques. Ils avaient un gouvernement ; un Roi qui épousait une Reine et qui gouvernait à l'aide de ses conseillers, souvent plus âgés, pour le bien de ses gens.

Au temps où se déroula l'histoire que je vous conterai, le Roi se nommait alors Belôme, fils de Gîlame. Lors de son sacrement qui le sanctifia devant les Dieux, il choisit la belle Harwelle comme épouse et devint officiellement Roi des Fés. Après leur mariage, le jeune couple royal s'installa au palais bâtit par les premiers rois de leur dynastie ; un édifice somptueux entièrement taillé dans un immense chêne, et dont la cime chatouillait les nuages les plus proches. Rapidement, la Reine enfanta un jeune Fé, qui à son vingt-cinquième anniversaire monterait sur le trône à la place de son père, comme le voulait leurs lois. Dès lors, la famille royale avait accompli son unique et divin commandement : sa descendance était parfaitement assurée. Maintenant ne leur restaient-ils plus qu'à préserver l'équilibre de leur monde.

Le roi accomplit son règne avec magnanimité ; il semble qu'il apportât à ses sujets complaisance et stabilité, tandis que son fils, qui approchait de son huitième anniversaire, suivait une éducation exemplaire. Il sembla alors que le cycle qui perdurait depuis des lustres déjà se répétait à nouveau, à la faveur des Fés. Et il en aurait été ainsi si l'infortune ne guettait pas cette famille au cœur si pure, proie de l'injuste adversité. Sans qu'elle ne le sache, la Reine Harwelle cultivait en elle la graine d'un second enfant, un nouvel héritier au trône de Maaginen.

A cette époque, il était décidé par la loi que la famille royale ne pouvait compter qu'un unique descendant, car il était dit qu'une fratrie sèmerait le conflit et que le pouvoir susciterait la cupidité de ses prétendants ; or de telles algarades attireraient très possiblement les foudres divines tant crainte par ce peuple. Craignant donc un châtiment des dieux, les conseillers du roi convinrent que l'enfant devrait être tué dès sa naissance, et qu'il demeurerait à jamais oublié de la mémoire de leur peuple. Mais cela était sans compter sur la tendresse de l'âme de ses deux parents, qui une fois l'enfant née ne purent faire l'objet d'une telle cruauté. Ils décidèrent d'élever cette jeune enfant en secret, à l'abris des regards trop curieux. Il fut conclu par la famille que son frère serait celui des deux qui monterait sur le trône, et qu'elle demeurerait Hadrielle, fille de Belôme, Fée de Maaginen.

Selon les écrits, les plans de Belôme et de son épouse fonctionnèrent à merveille ; ils chérirent leurs deux enfants avec autant de tendresse qu'ils dirigèrent leur peuple, et trois années s'écoulèrent sans qu'aucune forme d'adversité ne s'abatte sur ces êtres si paisibles. Le jeune Fé poursuivait son apprentissage, sa soeur vivait dans l'ombre rassurante de ses parents, et leur famille prospéra. Mais, inévitablement, on ne se joue pas infiniment du jugement divin.

Un soir où les arbres étaient déjà nus, un orage se déferla sur la moitié Est de Maaginen. La pluie d'éclairs mêlée aux concerts graves du tonnerre sema la panique parmi les sujets du Roi, et tout le palais s'affairait à calmer la foule qui pleurait et criait à la grâce des dieux. La Reine, qui habillait la jeune enfant d'une cape et d'une épaisse fourrure pâle, fut appelée par le Roi en urgence. Elle fit demander un garde pour veiller sur Hadrielle, et rejoignit son époux. Mais le garde ne vint jamais, car ils étaient eux aussi chahutés de tous côtés, et alors la requête de la Reine fut perdue parmi les vagues de paroles qui s'envolèrent ce soir-là. Alors la jeune fée, âgée de trois ans et libérée de la surveillance maternelle, réussit à se glisser hors du cagibi où elle passait ses journées. Rampant à moitié, elle s'éclipsa du palais par d'étroits passages entre les racines où seule elle pouvait se faufiler, et une fois sortie, les appels de l'inconnu fusèrent de tous recoins. Elle laissa sa curiosité juvénile la guider or des bois sûrs de ses parents, et se retrouva finalement assise au bord d'un lac où elle découvrit les malins plaisir que l'eau avait à lui offrir.

Alors découverte par les dieux, il ne s'écoula pas longtemps avant que le rapprochement évident avec sa mère soit fait. Nous savons désormais que les dieux n'étaient pas aussi cruels que dans l'imaginaire commun des Fés, et qu'ils ne décidèrent d'aucune harangue envers le peuple des bois. Néanmoins, la crainte de bisbilles autour du trône était trop menaçante pour que la Fée soit ainsi laissée. Affairée au bord de l'étang à lancer sur l'eau de petites pierres, la jeune Fée ne se méfia pas de l'oiseau noir, bien plus grand qu'elle, qui tournoyait dans le ciel. Soudain, sans prévenir, le Piaf fondit sur elle, l'attrapa sans atterrir et repartit en l'air, avec entre ses serres la fille du Roi des Fés. Hadrielle, qui sut rester très calme, croisa le regard de l'oiseau, et vit dans ses yeux des lumières s'animer. Il ne lui parut pas vile, mais plutôt contraint d'accomplir avec servitude la tâche qu'on lui confiât.

L'oiseau vola à travers la nuit jusque dans les confins de l'Ouest de Maaginen. Traversants prairies et forêts, il arriva à un grand lac aux premières lumières du jour, mais renonça à y laisser tomber sa voyageuse pour qui il eut une curieuse compassion. Il s'éloigna, et après un dernier regard vers la jeune fée qui s'était endormie, il lâcha Hadrielle du ciel. Dans sa chute, la petite fée rouvrit les yeux, et discerna vaguement la silhouette de l'oiseau sombre dans obscurité du ciel, avant de perdre connaissance en s'effaçant dans le haut feuillage d'un tilleul. Le vacarme de sa chute dans l'arbre fut étouffé par l'enceinte de feuille qui englobait le tronc, elle perça le feuillage et rebondit sur plusieurs branches qui s'effondrèrent sous sa vitesse, ce qui eut pour effet de freiner son avalanche. La jeune Fée glissa sur une dernière palme de feuille avant de s'immobiliser sur une large branche, non loin du sol. Là, Hadrielle resta sur le dos, immobile, inconsciente, mais en vie.

Au palais, la Reine ne remarqua pas la disparition de leur jeune fille avant le retour du calme, et à cette heure il était déjà bien tard pour espérer retrouver sa trace. On chercha Hadrielle dans chaque recoin, mais la succession d'échecs ne faisaient que retarder une nouvelle inévitable, et le déni multipliait à chaque instant le chagrin qu'engendrerait cette disparition. A partir de ce soir d'Automne, la famille royale se plia à une profonde mélancolie, et la règne un temps si joyeux du Roi plongea sous la vague de chagrin qui submergeait la famille du souverain. Leur apparence hâve reflétait tristement leur exil spirituel ; leur visage livide et privé de toute expression fut le plus cruel témoin de leur détresse. Ainsi débutèrent plusieurs années de deuil qui laissèrent dans les esprits collectifs de lourdes cicatrices, et qui marquèrent la période la plus tourmentée de l'histoire des Fés de Maaginen.

*

Les premières lueurs annoncèrent le réveil des peuples de la forêt, et rapidement les bois étaient envahis de pépiements, de petites créatures et de parfum que les fleurs libéraient à la douce caresse du soleil sur leurs pétales courbées. Dans l'arbre où gisait Hadrielle, des écureuils fusaient de bas en haut, allé retour ; les postiers des bois s'arrêtaient sur une branche, récitaient leur poème matinal et s'envolaient vers un nouvel arbre à gâter de leur symphonie. La jeune Fée fut ignorée par les acteurs de ce spectacle, et resta tel un mobilier sur sa branche. Soudainement, les chanteurs se turent, les écureuils se tapirent dans leur creux, et des pas lourds résonnèrent. Une ourse apparut dans le décor, marchant en silence parmi les arbres. Elle passa sous la branche de la Fée et approcha le tronc du tilleul - qui était bien plus conséquent que les autres troncs. Elle s'y frotta de tous côté, si bien que l'arbre trembla. Alors que l'ourse se cognait avec violence sur l'écorce, la secousse fit vaciller la branche sur laquelle reposait Hadrielle, et elle tomba de l'arbre. Sa chute se fut douce, car son épais gilet de laine la fit rebondir sur l'herbe humide, mais l'impact fut suffisant pour attirer l'attention de la mère ourse au pied du tronc.

L'animale s'approcha de la jeune enfant toujours endormie à pas circonspect. Le buste d'Hadrielle se soulevait insensiblement au rythme tranquille de son souffle ; son visage pâle somnolait à l'ombre des feuilles. L'ourse se mit à marcher en cercle autour de la jeune endormie, tenta à quelques reprises d'approcher sa truffe du visage paisible, et examina l'enfant sous tous ses angles. L'ourse ne connaissait pas les Fées, car elle en vivait trop éloignée, mais la noblesse d'esprit de ces créatures émanait rien que de leur silhouette. La dévorer ne lui traversa pas l'esprit un seul instant depuis qu'elle vit la pureté de ses traits.

Tandis qu'elle observait encore la petite créature chaudement emmitouflée, ses oreilles se dressèrent vivement, et elle leva la tête inquiète. Par le bois résonnait un concert de piétinements, des cœurs de hurlements sinistres ; c'était le vacarme - encore lointain - d'une meute de chiens qui venait fracturer le calme de ces lieux. Ces bêtes sauvages sévissaient dans le Nord-ouest de Maaginen, des meutes sanguinaires qui dévastaient quoi qui se dresse sur leur passage. S'ils leur venaient de traverser la clairière où l'ourse se tenait, l'animale ne résisterait pas longtemps avant de succomber. Dans un élan maternel, l'ourse agrippa la fourrure de l'enfant avec sa mâchoire et se traina jusque derrière une bute, sous les fougères. Elle déposa la jeune Fée sur le tapis auburn, se coucha sur le côté, puis elle s'immobilisa. Le tumulte de la horde sauvage passa non loin de leur abri, et résonna encore de longues minutes avant de s'éteindre sous l'éveil du vent.

L'ourse resta allongée, car elle attendait désormais les douces caresses des courants d'air qui pénètrent la fourrure brune de l'animale, et qui se font annonciateurs de l'arrivée fortuite des jours de froids. Appréciant ces instants de réconfort, l'ourse laissa ses paupières se fermer, oubliant pour un instant la présence de la jeune fée à ses côtés. Soudainement, elle sentit quelque étrange chose se poser sur sa patte, un contact qu'elle n'avait encore jamais rencontré. Hadrielle était éveillée, et elle avait rampé jusqu'à la mère ourse qu'elle serrait maintenant avec affection. Son étreinte ne lui parut pas envahissante, pas assez dérangeante pour qu'elle y renonce, et elle laissa sa patte retombée mollement sur le côté. La petite fée la serra de plus bel, et se roula sur la pâte de l'animal pour retomber de l'autre côté. Elle blottit sa tête dans l'épaisse fourrure de l'ourse, échangea un regard avec l'animal, et se laissa à nouveau tomber dans l'océan du sommeil. Dès lors, la bête eut un nouvel œil pour cette jeune enfant : suite à cet instant de tendresse, la petite n'était plus une simple orpheline que le hasard avait placé sur sa route, et qui n'était une vulgaire distraction à ses jours monocordes ; par le fruit de la rencontre inopinée de leur propre destin, Hadrielle était devenue sa fille.

Il ne fallut pas longtemps pour que son instinct maternel prenne le pas sur sa conscience animale : la mère ourse attendit le réveil de l'enfant, s'allongea sur toute sa longueur afin qu'Hadrielle puisse atteindre son dos et se releva délicatement. Elle marcha d'un pas précautionneux, se fit aussi discrète que possible dans ses déplacements malgré sa corpulence et mena la jeune Fée vers un point d'eau à flanc de falaise qu'alimentait une cascade. Elle contourna le maigre lac aux reflets azur, et passa derrière la chute d'eau où se cachait une cavité. Elle n'était pas profonde, mais la lumière y circulait bien, et c'est tout ce qui convenait pour une jeune enfant. En ces lieux prenait la source de nombreux environnements, or Hadrielle n'aurait pu atterrir mieux que sur la route de cette ourse, car il était désormais écrit qu'à compter de ce jour plus jamais l'animal ne perdrait la jeune Fée des yeux, et qu'elle offrirait sa vie pour défendre sa protégée. L'environnement qu'elles occupèrent serait tout-à-fait propice à l'éducation future de la jeune Fée, et maintenant au temps seul revenait le fruit de l'avenir de leur relation.

*

Plusieurs années passèrent sans que rien n'entrave la noblesse de leur chemin. L'ourse dût allaiter l'enfant quelques temps, et puis sa mâchoire fut assez robuste pour attaquer une truite ou un gardon que l'ourse lui ramenait. Hadrielle grandit, devint plus haute que l'animale lorsqu'elle était sur ses quatre pâtes, et prit en agilité. Ses cheveux blonds comme les prés ondulèrent, et prirent ces forment magnifique que seul le vent sait façonner. Son visage fut différent de ses semblables ; au moins aussi pâle, mais plus net, moins évanescent, et son corps se façonna au fil des ans. Désormais, elle savait pêcher, cueillir, et connaissait les bois alentours plus précisément que l'ourse elle-même. Aussi, la Fée vouait à l'animale un culte et un amour indéfectible ; elles veillaient réciproquement sur l'autre ; une corrélation immuable de leurs âmes qui s'assemblent si bien qu'on croirait à un prodigieux reflet.

Hadrielle approchait de l'âge adulte ; elle avait bien conscience que l'ourse n'était pas sa mère véritable, car ses beaux cheveux blonds et ondulés ne ressemblaient en rien au poil court et brou de l'animal. En revanche, elle n'avait aucun souvenir de ce soir d'Automne, ni de ses terres d'origine. Elle n'éprouvait ni dégout ni désir envers son espèce ; elle tirait de son apprentissage serein et immensément lent qu'il était préférable d'attendre avec patience, de profiter du beau temps, et de ne faire face aux intempéries que lorsqu'elles frappent à la porte, pas avant, car le vent tourne en ce monde, pour le mieux comme pour le pire ; telle est la voie si profitable de la sagesse d'une Fée. A deux, la Fée et l'ourse évitèrent tout embarra, résolurent ceux qui ne pouvaient être évités et vécurent ainsi, heureux, renforçant de nouveaux liens leur affection mutuelle et inexpugnable.

Au Nord Est, terres des Fés, le roi Belôme refusa d'abandonner ses recherches, malgré les mises en garde répétées des oracles. Il envoya des explorateurs aux quatre coins du royaume toujours dans le secret, à l'encontre de la volonté divine. Mais les terres étaient désespérément trop vastes pour une poignée d'aventuriers qui voyageaient sous le couvert de promesses vaines faites au Roi et à la Reine. Les espoirs de la famille royale étaient de plus en plus minces au fil du temps, ils étaient plus étroits à chaque nouvel échec.

Un beau jour frappa aux grandes portes du palais une visiteuse nouvelle. Etrangement, ce n'était point un jeune homme vigoureux désireux d'aventure, un explorateur reconnut en quête d'un ultime exploit pour clôturer sa carrière ; il s'agissait d'une sorcière des marais, une vieille dame fine et petite coiffée de quelques longs cheveux blancs. Elle était couverte de robes et de voiles bruns et violets en quelques endroits délabrés, tenait dans sa main légère une canne qui l'aidait à se maintenir droite, et dont elle fit usage pour gravir la marche d'entrée, bien trop haute pour elle. D'une voix tremblotante, elle fit savoir à la garde qu'elle désirait s'adresser au roi, que sa requête le concernait personnellement. Lorsqu'elle s'avança devant le trône royal, elle pria le roi de congédier sa garde pour que leur entretien reste secret. Malgré ses suspicions sur les intentions de sa visiteuse - dont il ne connaissait pas l'origine, il accepta et pria la dame de lui soumettre son récit. Toujours d'une voix fébrile, elle déclara sans ambages savoir où vivait la fille royale, et elle prétendait pouvoir la lui ramener au château, en guise de preuve. Ses paroles furent courtes et cinglantes, son ton incertain ne retira rien à l'effet que son discours fit aux oreilles de Belôme. Beaucoup aurait ri si une dame d'âge venait à leur porte prétendre accomplir une tâche où nombre d'aventuriers avaient échoué, mais le Roi n'était pas de ces gens. Il somma la sorcière de tenir parole et de lui ramener sa fille au-devant de lui ; si elle revenait avec Hadrielle, il la gratifierait du service de son choix. Sur ces dires, la sorcière se prosterna et repartit sans dire un mot sous le regard intrigué du souverain Fé. Un espoir nouveau naquit de cette rencontre, ravivant la flamme si mince qui animait encore son cœur. Il fit part à dame Harwelle de son ressentit, tenta d'animer son âme d'un feu nouveau, mais le désespoir avait plongé son épouse dans une abysse où le feu n'avait plus d'air pour brûler de lueurs éclatantes. Là où chutait son âme, les flammes étaient cendre ; il lui sembla que plus rien ne pût la tirer de ce gouffre du chagrin, si ce n'est le retour réel et tangible de sa tendre fille.

*

Hadrielle était en quête de bûches et de brindilles pour alimenter son feu lorsqu'elle fit la rencontre impromptue de la sorcière, qui l'interpella dans son dos. « Rare sont des cheveux d'un tel éclat en ces bois, jeune Hadrielle. Consentirez-vous à en offrir un brin à la vieille dame que je suis ? » La fée fut surprise en entendant son nom, dont elle n'avait jamais eu connaissance, car il fit retentir de lointains souvenirs de son enfance dans sa mémoire. Sans rien dire, elle lui offrit un cheveu qu'elle arracha délicatement à une mèche et fit un pas en arrière. La sorcière la remercia, garda le cheveu dans sa paume puis parla de longs instants sans qu'Hadrielle ne la coupe avec une quelconque parole ; en revanche, elle écouta avec attention chacune des paroles de sa visiteuse, qui lui sembla par un mystère qu'elle-même ne fut en mesure d'élucider étrangement familière, surtout par le regard qui paraissait témoin d'une scène du passé. Malgré l'apparence chétive de la vieille dame, la fée ne la quitta pas du regard un seul instant ; ces sens étaient constamment à l'affut, au cas où les circonstances imposaient une réaction vive. Néanmoins la sorcière resta tranquille, ses mouvements furent souples et ses paroles amicales, et elle finit par convaincre la jeune elfe de la sympathie de ses intentions.

Les deux femmes s'assirent sur un tronc ; elle lui fit le récit de son histoire, exposa les esprits qui habitaient les têtes de la famille royale, et le rôle qu'elle jouait dans cette tragédie. Voyant sa vigilance s'adoucir, la sorcière changea soudainement de ton, et évoqua avec plus de malice l'entrée en scène de l'ourse, ainsi que le sort auquel il serait soumis. La simple évocation de l'animale figea la Fée ; la sorcière parla alors en une langue peu commune, un dialecte inconnu emprunté aux reptiles à la langue fourchue, et serra fort entre ses mains le cheveu d'or que lui offrit Hadrielle, et qui la fit prisonnière des volontés de la sorcière. Ses paroles sifflèrent dans les oreilles de la jeune Fée et ne s'en échappèrent qu'une fois qu'elle en fut totalement imprégnée. La sorcière se mit à tourner en cercle autour d'Hadrielle dont l'esprit était désormais totalement captivé, elle agita nombre de pendentifs, de bracelets et de bagues jusqu'à ce que la jeune Fée commence à vaciller. Ses yeux dansèrent une rapide ronde, virèrent au noir profond, et Hadrielle s'écroula entre les maigres bras de la sorcière, qui dans un rire sinistre la souleva sans mal et partit vers l'Est.

Le cheveu blond de la Fée vola sous le vent, et atterrit sur la truffe de l'ourse allongée au bord du lac. Cette odeur, l'animale l'avait imprimée éternellement dans sa mémoire. D'ordinaire jamais une Fée ne perd son cheveu, elle l'avait inconsciemment déduit. Sans se montrer inquiète, elle suivit les traces de sa fille, et elle marcha huit jours et huit nuits vers le soleil levant, où la menait l'odeur qu'elle chérissait tant, puis aux aurores du neuvième jour, elle arriva en vue du haut chêne. La sorcière y était alors déjà arrivée, et elle devait maintenant faire usage de son sens de la malice ; elle ne pouvait entrer par la grande porte avec en ses bras la fille de la famille royale inconsciente.

Elle apparut aux yeux du Roi et de sa femme, avachis sur leur trône, en corneille tenant en son bec une noix au chapeau de paille. Cible de toutes les attentions, elle effectua de larges cercles en hauteur avant de se rapprocher posément du sol, et d'y poser une serre. Alors la corneille explosa en un brouillard de poussières noires, et la sorcière apparue avec en ses bras le corps endormi d'Hadrielle. Au même moment, la sorcière leva un coup de vent d'un simple mouvement du bras qui fit valser la garde à la porte. Digne, le roi se releva, et dégaina de son dos une longue lame tressée de bois qu'il brandit au-devant de lui, tandis que la Reine, clouée par la peur resta assise sur son siège.

Un court silence prit place, et la sorcière jeta au sol le corps de la fée qui s'écrasa avec lourdeur sur le bois. Le Roi observa Hadrielle, et passa ses yeux sur son regard gelé, puis il regarda à nouveau la sorcière et parla d'une voix sans violence : « Quelle sera donc votre dessein, vile dame ? Auriez-vous l'hérésie de vouloir maltraiter ma tendre fille ? ». Machiavelle rit, et pointa sa maigre canne au visage du souverain « Ma parole est respectée, Belôme, Roi des Fés, votre fille vous a été livrée ; je jouis donc du service dont vous me fîtes la promesse. ». Le roi resta silencieux, car il sut que la sorcière souhaitait que la conversation s'envenime. Voyant que sa ruse ne fut pas effet, son rire disparut, et les traits qu'elle afficha trahirent l'incendie de sa fureur. « Jamais ce peuple ne fit défaut aux dieux avant que la jeune enfant ne naisse, et maintenant vous voilà criminels devant la volonté des dieux. Si vous redoutez que les foudres s'abattent sur votre peuple, vous devrez sacrifiez votre fille sur l'autel des châtiments ; je ne laisserai pas votre bêtise coûter la vie à ce monde. ». Et en articulant ces derniers mots, la sorcière sortit de sa robe un cimeterre d'or ; un croissant de lune sculpté dans de l'or ocre et parsemé de veines de bronze martelé.

Alors que le Roi contemplait cette arme d'une beauté sans égale, l'héritier au trône surgit de derrière un mur et bondit sur la sorcière. Plus virulent que son père, il agrippa avec force son poignet, s'empara de la dague avant qu'elle n'ait l'occasion de lutter et trancha d'un coup sec la tête de la nécromancienne qui s'affala et roula sur plusieurs mètres. La Reine accourut aux côtés de sa fille, toujours plongée dans un sommeil éternel. Elle caressa son visage avec tendresse, remarquant ainsi la beauté de sa fille comparée son apparence vidée de tout charme ; l'immuable cicatrice de l'alliance du temps et de la détresse. Belôme releva son fils, mais le Roi resta grave en constatant la gravité de cette scène d'une violence à laquelle les Fés n'avaient auparavant jamais répondu. Soudainement, sans que personne n'y prête attention, la sorcière, dont la tête gisait à plusieurs mètres du corps, ouvrit les yeux.

Personne dans la salle ne suspecta un seul instant que la sorcière décapitée puisse être la simple enveloppe de chair d'un dieu harangueur, et qu'elle se relèverait sous les regards apeurés de la famille royale, prononçant des paroles dont la noirceur trahissait le maléfice. La démence des hommes Fés les avait conduits au meurtre d'un miroir des Dieux, et ce faisant, ils devaient disparaître. En prononçant les derniers mots de sa formule, la sorcière sans tête frappa sa canne contre le sol, et alors tous les Fés disparurent dans un éclat de poussière, laissant place à de vulgaires lucioles qui se réfugièrent sous les ombres les plus proches en attendant la nuit à venir. Alors seule, Harwelle resta droite, et soutint le corps de sa fille qui se réveilla doucement, effet de la mort définitive de la sorcière qui annula tout sortilège. Face à elle, la sorcière avait désormais une voix grave et sévère. « Aujourd'hui les Fées ont failli à notre volonté, et notre châtiment conviendra à chaque Fée de ce monde. La crainte fut votre pire erreur, car jamais les dieux n'ont-ils condamnés plus fermement que la mort de la jeune Fée sa naissance, alors-même qu'elle ne succomba pas après que Machiavelle l'eut éloignée de vos terres. Mais le meurtre d'une incarnation des dieux, cela ne peut rester sans sentence. La mort ne sera pas votre plus grande peine, la mort serait une libération pour des traîtres de la loi divine. Dites-moi, Hadrielle, fille de feu Belôme, quelle sentence est plus sévère que la mort ? » La Fée ne savait plus que dire ; percevoir les évènements qui la conduisirent jusqu'ici étaient déjà suffisamment complexe. A ses côtés, sa mère ne fut pas intimidée, et posa un genou à terre avant de répondre. « Croyez bien que jamais les Fées n'ont désiré contester l'autorité des dieux ; jamais Hadrielle n'aura-t-elle prétendue au trône, et jamais n'aura-t-elle risqué la paix de notre peuple avec vos désirs. J'implore votre pitié pour les Fées de mon espèce, car leur sort ne doit pas se corréler aux erreurs que je commisse » Puis elle se tut et baissa la tête. « Vous parlez bien, Dame Harwelle, mais on ne trompe pas les dieux sans se faire punir. Telle est l.... » Alors l'ourse, qui avait suivi jusqu'au palais l'odeur de sa fille, fit irruption par la grande porte et accourut aux côtés d'Hadrielle, rugissant affectueusement vers la Fée. Le dieu s'apprêtait à abattre l'animale lorsqu'Hadrielle intervint en sa pitié. « Je vous prie, doux seigneur, de ne pas blesser cette bête qui fut pour moi d'un grand secours. Elle m'éleva quand je me retrouvai perdue, et fut pour moi la mère dont vous me priviez. Je préférerai mourir que vivre avec le chagrin de sa perte » et à son tour, Hadrielle mit un genou à terre. La situation ne faisait dans sa tête plus aucun sens ; seul le sort de l'animal comptait à ses yeux. Alors le Dieu se tut, approcha la main de l'animale qui ne se montra pas hostile, puis il récita une formule. L'ourse disparut en une trainée de poussières azures, laissant dans la salle les deux Fées à terre face au Dieu qui se tenait debout. « Telle soit votre réponse », dit-il simplement, et il disparut à son tour, tandis qu'Harwelle sentit en ses yeux quelques larmes perler. Par mégarde, et sans mauvaise intention, Hadrielle avait révélé quelle sentence serait pire que la mort. Dès lors, et ceux pour l'éternité, les Fées de Maaginen furent plongées dans un chagrin infini qui envenima leurs esprits et devint un fruit de l'obsession qui les anima pour les jours qui les sépareraient de leur libération.

Honteuse de leur chagrin, les Fées s'exilèrent de leurs terres natales et marchèrent vers l'Est, jusqu'aux confins des monts de Fenrath. Là, l'esprit de la Montagne accepta leur présence. Elles occupèrent la Vallée de l'Oubli, un abysse désolé où leurs pleurs ne pourraient être entendus. La déréliction à laquelle elles furent sujettes élargit leur peine, et une telle détresse de l'âme se manifesta sur leur apparence, qui se discernait difficilement des fins nuages bistres flottant sur la Vallée de l'Oubli. Les Fées flottaient parmi ces nuages, et leurs pleurs résonnèrent dans les montagnes sans que leurs plaintes ne trouvent jamais de réponse.

Seule Hadrielle fut assez sage pour maitriser son chagrin, car elle seule fut élevée par les manifestations imprévisibles de la nature ; son temps fut employé à la méditation, mais le triste souvenir de l'ourse parvient parfois à lui décrocher une larme que l'œil ne parviendra jamais à libérer.

Aujourd'hui, on ne parle plus de Fées, car il naquit en Maaginen de nouvelles Fées en tous points différentes de leurs divines ancêtres. Harwelle, Hadrielle et les autres Fées qui peuplèrent les vastes bois d'Ardhell au premier âge de ce monde mourront sous un nouveau nom ; ce sont les Muses de larme.

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Gallandro7: I originally added this because it looked interesting and I was curious how the mate process would go. I almost removed it due to several other books ahead of it, but I took an afternoon and read the entire thing in one go.I was pleasantly surprised at how well the book was crafted and that the mate...

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My Blacksmith Savior

Jeanne: A lovely story without endless drama. Just 2 people finding each other. Truly enjoyable. Goal achieved! Thank you.

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The Orc's Pet

Nermein Elkurdi : I truly enjoyed reading The Orc’s Pet. Stephanie has a captivating writing style that draws the reader in from beginning to end and makes the characters unforgettable. The relationship between Hannah and Drokahr was one of the most enjoyable aspects of the story, particularly the way Hannah’s fear o...

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THE WOLF PRINCE’S UNWANTED MATE

Faerah: A really good idea of a storyline that has so much more potential. In the two week delay, the second week has no depth and could have been better dramatized with at least two of the three agreed meetings occurring, less time spent away with Mia and more time spent with indifference and contradictio...

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