La Marmotte du GIORDANO BRUNO

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Summary

La sieste, c’est bien. Une sieste de 4000 ans, c’est encore mieux... ou pas. Au travail, petite forçat de l’espace : à bord du Giordano Bruno, perdu à des années-lumière de la Terre, la maintenance n’attend pas. Réveillée par erreur, Alice, surnommée la Marmotte pour ses siestes et ses catastrophes, bricole sa solitude avec Crapule, une IA barman au humour grinçant qui cache l’alcool. Entre fous rires, désespoir et bouteilles clandestines, leur voyage immobile bascule avec l’arrivée d’un nouvel éveillé – et une épitaphe qui murmure : Alice m’a tuer. Une science-fiction mêlant ironie et mélancolie. Embarquez pour un périple hors du temps avec la marmotte la plus attachante de l’espace !

Status
Complete
Chapters
22
Rating
4.7 3 reviews
Age Rating
16+

Bienvenue

- Réveillez-vous Mademoiselle…

...

- Mademoiselle…

Lumière douce, un ruisseau coule paisiblement dans le lointain, je sens la chaleur sur ma peau. Ma vision est trouble… et ma main pèse des tonnes...

Oh je me suis rendormie...

Ma main en a profité pour maigrir et j’arrive enfin à attraper mes lunettes… Enfin non, c’est vrai, je ne me souviens pas avoir jamais porté de lunettes.

Le ciel est bleu, le sol est vert et il y a des robots qui se déplacent autour de moi.

Adieu petit ruisseau, la playlist ASMR doit être finie, quelle gueule de bois après cette sieste de… 6.000 ans ? 4.000 ? 10.000 ?

Ah la guigne !

Je me souviens être extra vieille mais je ne sais pas de combien.

Résumons :

JF célibataire, 32 ans, bien sous tous rapports, cherche plan cul et plus si affinités dans les environs de… euh la 3ème planète habitable de la liste, dont le nom m’échappe, et qui se trouve juste après Pétaouchnok.h 2ème étoile à droite et tout droit jusqu’au matin. Et nous sommes le matin.

Robots verts circulant au plafond, bleus au sol, je roule pour sortir du lit et me retrouve étalée au sol telle une flaque… je devais être allongée sur le ventre, oh la boulette, Miss Catastrophe est dans la place.

- Comment vous sentez-vous Mademoiselle ?

- Bof…

Robot vert me tend une tasse, liquide chaud insipide

- Je récupérerai le goût rapidement ?

- Votre goût est parfait, c’est juste le café qui est dégueulasse.

- Ah c’était du café

- Non

- Qu’est-ce que c’était alors ?

- Hum, disons que cela se rapproche assez de l’urine tant en composition qu’en température. Des sels minéraux principalement

- J’ai bu mon pipi ?

- Oh vous avez mangé et bu bien pire durant le voyage

- Tu me donneras les détails plus tard. Où sont les autres ?

- Votre salle de réveil est individuelle et ma programmation ne va pas au-delà de la porte, je ne peux vous répondre. Vous le saurez bientôt, vous pouvez rester ici autant que vous le souhaitez.

Non, autant se jeter tout de suite dans le grand bain, au revoir les robots !

Enfin si la porte veut bien s’ouvrir… youhouuuuu la porte !

- Euh… Mademoiselle, la porte est manuelle comme la plupart des portes du vaisseau…

- Je le savais ! Je vous faisais marcher !

En fait non, mais si je commence à perdre la face avec des robots, je vais vite me retrouver à bouffer du foin.

Bien, alors je pousse ou je pointe… tire… coulisse… voilà les portes sont coulissantes et entrent dans les cloisons, je me souviens.

C’est parti. Le jogging qu’on m’a enfilé a l’air confortable, je vais le conserver, je me changerais plus tard.


Couloir désert, c’était prévisible. Où suis-je ?

- Vaisseau quelle est ma position ?

- Vous êtes ici ! Pont -14, bâbord, secteur 0-12-3 Zone de éveil

La sonorisation des couloirs directement au creux de l’oreille

Petit complément électronique que j’ai reçu en entrant à l’école maternelle, alimenté par mon propre corps. Émetteur, récepteur, diffuseur, tout devait faire moins qu’un demi grain de riz quelque part dans ma mâchoire et transmettant les sons par conduction osseuse.

Un Point Rouge vient d’apparaître sous mes pieds. Parfait !

- J’aimerais me rendre où sont les autres

- Je ne comprends pas votre demande, voulez vous aller dans le réfectoire ?

- Va pour le réfectoire, en route !

- Votre numéro est le 1

Le Point Rouge géant quitte mes pieds pour glisser sur le mur. Place, marauds et manants, je suis Number One, Numéro Un… Je dois surtout être super à la bourre pour être la numéro 1, si personne n’utilise le service de guidage en ce moment, c’est que tout le monde est déjà réveillé et attablé.

Couloirs, ascenseurs, tapis roulants, suivre le Point Rouge. Je serais architecte en construction spatiale, j’aurais milité pour un lapin blanc guidant les ex-rêveurs jusqu’à leur première tasse de thé, qu’on ne m’appelle plus Alice sans raison. Et des biscuits, c’est vachement important les biscuits.


Me voilà enfin rendue, adieu petit Point Rouge. Quel calme;

Salle de repas et de récréation 18. Pas un chat, pas un reste de repas, pas une odeur flottant dans l’air.

- “Cheshire montre toi, même un simple sourire...” J’ai murmuré tellement fort que le vaisseau a l’air de m’avoir entendue

- Que puis-je pour vous ?

- Je me suis perdue, je crois...

- Vous êtes arrivée

- Mais il n’y a personne ici

- Vous êtes la première

- Ah tout simplement. Je suis la numéro Une !

- Vous n’êtes pas un numéro !

- Vaisseau, vous n’avez aucune galanterie ! Je suis une Alice libre !

- Dois-je lâcher le rôdeur ?

- Non merci, cela ira.


Si le vaisseau a de l’humour, je dois au plus vite trouver un miroir pour être certaine qu’un des robots ne m’a pas dessiné une bite sur le visage. Les toilettes sont juste à côté du réfectoire, dans la bonne logique des choses, il y a un miroir, et joie, mon visage est immaculé. Tant de blagues possibles et personne pour en profiter.

Vider, nettoyer et remplir, dans cet ordre, puis recommencer. Si le réveil s’est bien passé,je devrais pouvoir digérer mon repas..

La bouffe est correcte, l’automate travaille bien et comme j’étais seule, j’ai eu l’embarras du choix. Le goût revient petit à petit, le sucré plus vite que le salé. Le retour de la Momie . L’horloge du vaisseau n’a pas encore été réglée, tous les menus étaient disponibles et les plats pouvaient être combinés à envie. Je me suis éparpillée dans ma commande, difficile de résister et j’ai l’excuse que je veux tester mon système digestif. Bien macher, alterner les plats, et ne pas se dépêcher à tout engloutir, ma maman serait presque fière de moi. Je suis repue et ferais bien une sieste, pensée aberrante au saut du lit après avoir dormi quelques millénaires.

Je vais plutôt faire une promenade digestive pour trouver ma cabine et surtout les autres passagers.

- Holà du vaisseau, mes appartements je vous prie !

- Avec joie ! Suivez le point rouge !

De nouveau ce rond rouge sous mes pieds qui passe sur la cloison pour me guider, et toujours numéro un.

- Où sont les autres ?

- Vous êtes la première réveillée.

- Quand les autres seront-ils réveillés ?

- (Silence) Vous êtes la première.

- Vaisseau, quand est-ce que les autres seront réveillés ?

- Je ne peux vous répondre, je ne gère que les déplacements intérieurs.

- Mais vous gérez tout, non ?

- Ah je comprends votre question. Vous parlez à l’entité qui gère les déplacements de passagers au sein du vaisseau. Il y a des entités pour la navigation, les systèmes de survie, les systèmes de récréation, etc. Et une entité par secteur qui chapeaute le tout. Ainsi que des entités encore plus globales. Vous pouvez m’appeler Otto Bus si vous voulez me différencier.

- Quelle blague pourrie, vous n’avez rien de mieux ?

- La réserve de blagues contenue dans la mémoire collective du vaisseau dépasse les 10 milliards d’entrées mais je ne sais pas si elles sont classées quant à leur état de décrépitude.

- Niveau second degré, vous n’êtes pas trop au point non plus.

- Vous seriez étonnées, Mademoiselle !

- Bon, direction ma couchette, tu m’as épuisée.

- Rrrrrrrr

- Otto, tu es un pervers ! (rires)

- Qui maîtrise le langage commun, les principaux langages usuels humains, leurs seconds degrés et les sous-entendus sexuels…

- Oui, des siècles d’évolutions informatiques pour en arriver là, c’est du propre.

- En effet, mettons nous en route maintenant, avant que minuit ne sonne et que les loups envahissent les couloirs.

- Euh… c’est une façon de m’annoncer qu’il y a un problème avec le vaisseau ?

- Non mais j’aime que les couloirs soient vides pour pouvoir me balader nu.

- Mais vous n’avez pas de corps !

- Qu’en savez-vous ?

- C’est bon, je renonce. En route !


Couloirs, ascenseurs, tapis roulants, le trio gagnant. Même en sachant que le vaisseau de transport est gigantesque, le parcourir à pied pour la première fois donne le vertige.

- Vous êtes arrivées. Vos bagages sont déjà à l’intérieur. Le hublot de votre cabine est fictif, vous êtes dans une section intérieure et pourrez programmer l’image de votre choix.

- Il était prévu que je dorme en dortoir .

- Oui mais uniquement si nous étions en capacité maximale. Là, nous vous octroyons une cabine. Voulez-vous changer ?

- Non non c’est parfait. A quelle heure est le réveil ?

- Comme convenu avant le départ, le réveil est à 7hr, petit-déjeuner de 7hr à 8hr, début des activités à 8h15 jusqu’à votre heure de table selon votre équipe. Il n’est pas prévu que vous travailliez par quart dans votre fiche de travail, vous ne faites pas partie du rôle de l’équipage.

- Oui je me rappelle. Quelle heure est-il ?

- Dans la mesure où vous êtes la plus haute en grade, à vous de décider.

- La plus haute en… ?

- Oui, étant seule, la logique veut que vous soyez d’office la plus haute gradée.

- Et bien puisque c’est moi le chef, je décide que nous sommes vendredi et qu’il est 17 heures ! Ainsi on se réveillera en douceur et on commencera par un week-end

- Il y a des activités prévues chaque jour.

- Oui je sais, 1 jour de repos pour 10 jours de travail, le 1er jour de repos dépendant de l’équipe dans laquelle on se trouve. Un inconvénient à ce que mon équipe soit de repos dimanche ?

- Non aucun. Souhaitez-vous ajouter des minutes et des secondes ?

- Non

- Merci pour votre demande !

Des panneaux s’illuminent un peu partout dans la coursive.

Jour 1 - vendredi - 17.00.02, 17.00.03…