_LIBERATION_
LOÉLINE
J'aidais ma mère à découper des légumes pendant que ma petite sœur, Etna, et ma meilleure amie, Samhain, discutaient à voix basse à côté de moi.
— Ils ont capturé le roi Alpha, lança Samhain d’un ton grave.
Je me figeai, le couteau suspendu dans les airs.
— Le roi ? répétai-je, incrédule. Ce n’est pas censé être l’un des êtres les plus puissants ? Comment c'est possible qu’il ait été capturé… aussi facilement ?
— Il paraît que le roi vampire a un allié loup, un proche du roi Alpha, en qui il avait une totale confiance. Ce traître l’aurait empoisonné petit à petit avec de l’aconit, expliqua Sam. Et le pire… c’est qu'apparemment, le roi Alpha ne saurait toujours pas qui c’est.
Je sentis mon cœur se serrer. Quelle trahison cruelle.
Silencieuse.
Lente.
Injuste.
— Il aurait dû sentir l’aconit, non ? demanda Etna, en fronçant les sourcils.
— Apparemment, ce loup avait aussi réussi à bloquer son odorat. Je ne connais pas tous les détails, je n’ai pas pu écouter jusqu’au bout.
— Tu devrais arrêter d’espionner le roi vampire, la coupa ma mère en soupirant. Un jour, tu vas te faire prendre et te faire bannir... Ou tuer.
— Chaque clan a besoin d’une protectrice. Et je suis la meilleure. Il ne prendrait pas le risque de me perdre, répliqua Samhain, fière. Sans moi, ce clan serait vulnérable si les loups décidaient d’attaquer.
Ma mère secoua la tête, agacée, mais ne répondit rien. Elle savait qu’elle avait raison. Les protectrices étaient essentielles. Rares. Puissantes. Autant les meutes de loups que les clans de vampires en avaient besoin. Elles étaient leur dernier rempart.
— Donc notre roi n’est pas assez fort pour battre le roi Alpha sans l’empoisonner d’abord ? lâcha Etna en levant les yeux au ciel.
Ma mère sursauta et lui lança un vieux torchon au visage.
— Tais-toi ! Et s’il t’entendait ? Tu veux qu’il te fasse payer ton insolence ?
Etna haussa les épaules, l’air blasé.
— Je ne fais que dire la vérité.
— C’est bien ça, ton problème. Tu dis trop la vérité. Tu ressembles plus à Sam qu’à ta propre sœur, Loéline, grogna ma mère.
Je gardai le silence. Leur conversation s’effaçait derrière les pensées qui tourbillonnaient dans mon esprit. Je ne connaissais pas ce roi Alpha. Mais je ne pouvais m’empêcher de le plaindre.
Le pauvre.
Je repris la découpe de mes légumes en silence, mais mes gestes étaient mécaniques. Mon esprit, lui, était ailleurs.
Je ne connaissais vraiment rien de ce roi Alpha, si ce n’est qu’il représentait l’ennemi. Le danger. L’autre camp. Pourtant, l’image d’un homme puissant, brisé de l’intérieur par un proche en qui il avait placé sa confiance, me serrait la poitrine sans raison logique.
— Loéline ? Ça va ? me demanda doucement Samhain.
Je sursautai, coupant net une carotte en deux.
— Oui… désolée. Je pensais juste à… tout ça. C’est injuste, non ?
— C’est la guerre, répondit-elle d’un ton calme. Chez nous, il n’y a pas de place pour la pitié.
Etna acquiesça, mais je voyais dans son regard que même elle trouvait l’histoire dérangeante.
Ma mère se racla la gorge.
— Je comprends que vous soyez curieuses. Mais vous devriez toutes les trois apprendre à vous méfier des histoires qui circulent. Surtout quand elles concernent les rois. Ils sont plus complexes que vous ne l’imaginez.
Elle avait raison. Mais rien n’empêchait mon cœur de se serrer encore. Il y avait quelque chose dans cette histoire… quelque chose que je ne comprenais pas encore.
Et une partie de moi savait qu’elle n’allait pas tarder à découvrir pourquoi.
Je me retournai pour la énième fois dans mon lit. Il m’était impossible de dormir. Mes pensées tournaient en boucle, obsédées par ce qui s’était passé.
Depuis des millénaires, les loups et les vampires se faisaient la guerre. Une guerre aussi vieille que l'apparition des créatures surnaturelles sur la terre d'Umbrael, aussi absurde que sanglante.
Et aujourd’hui, une autre guerre avait pris fin.
Notre roi était parvenu à capturer le roi de tous les Alphas, après l’avoir affaibli.
Et moi, je trouvais cela profondément injuste.
C’était triste… inimaginable, même, qu’un de ses proches ait pu lui faire ça.
C’était cruel et lâche.
J’étais peut-être une vampire, mais je ne haïssais pas les loups. Je ne comprenais même pas cette haine que nos deux espèces se vouaient. Elle me paraissait vide de sens. Usée. Fatiguée. Mais surtout ridicule. Et plus j’y pensais, plus ça me dégoûtait.
Je poussai un long soupir las. Quelque chose me serrait la poitrine. Je ne me sentais pas bien.
Il fallait que je voie comment il allait.
Il était l’un des premiers loups. Même si ni les loups ni les vampires ne vieillissaient ou ne mouraient de vieillesse, je ne pouvais m’empêcher de l’imaginer vieux, affaibli, brisé. Il devait souffrir.
Je devais le voir. Juste une fois.
M’assurer qu’il était encore… vivant.
Savoir s’il avait faim, s’il avait soif.
Peut-être pourrais-je lui apporter quelque chose. Un peu de nourriture, un peu d’eau.
On n’était pas la famille la plus riche, mais on avait suffisamment pour partager un peu.
Puis une pensée me frappa : qu’est-ce que j’étais en train de faire ?
Sa cellule devait sûrement être la plus surveillée du royaume ! Je n’y arriverai jamais. Je ne pourrais jamais entrer.
Ou peut-être que si…
Le roi avait assez d’argent pour faire forger une cellule en argent. Avec ça, pas besoin de gardes...
Je ne savais pas exactement où il se trouvait… mais j’avais ce pressentiment étrange : une certitude muette que je le saurais une fois dehors.
Alors, sans plus réfléchir, je sortis de ma chambre et utilisai ma vitesse pour me retrouver en un éclair dans la cuisine.
Je pris une bonne quantité de viande, que je fis revenir à la hâte dans un peu d’huile chaude. Puis, j’attrapai une grande bouteille d’eau, et sortis de la maison.
Je marchai sans direction précise, laissant le vent caresser mon visage et les herbes effleurer mes pieds nus.
J’étais un vampire de rien du tout, vivant avec ma mère, ma sœur… et l’esprit de mon père qui nous hantait chaque jour.
Nous travaillions avec des humains pour subvenir à nos besoins, pour payer les factures de la maison.
Non, nous ne vivions pas gratuitement dans le royaume du roi vampire. Seules les protectrices, indispensables à ses plans, avaient ce privilège.
Je levai les yeux… et réalisai que je me tenais devant un bâtiment délabré, à moitié englouti par l’ombre. Il y avait plusieurs prisons ici. Je n’étais jamais venue dans celle-là, mais elles avaient toutes le même aspect : froides, métalliques, oubliées.
Qu’est-ce que j’étais en train de faire ?
Et si quelqu’un me surprenait ?
Je risquais de mettre toute ma famille en danger.
Je m’apprêtais à faire demi-tour, le cœur battant, quand une odeur me frappa de plein fouet.
Je ne savais pas comment la décrire. Elle était envoûtante, irréelle.
Avant même de comprendre, mes pieds m’avaient déjà conduite à l’intérieur du bâtiment. Devant moi s’étendaient des rangées de cages, toutes aussi massives les unes que les autres. Mes yeux ballayèrent rapidement l'intérieur des cages.
— Toutes vides... soufflai-je pour moi-même, déjà prête à faire demi-tour.
Mais quelque chose me stoppa. Grâce à mon ouïe de vampire, je venais de détecter quelque chose. Des reniflements. Ce n’étaient pas des pleurs, ni des soupirs. Non, c’était autre chose. Quelqu’un qui semblait essayer de sentir… de repérer quelque chose dans l’air.
Un grognement suivit les reniflements. Puis, un hurlement de loup.
Un hurlement puissant, déchirant, presque sauvage. Il me transperça, me figea. Mon cœur rata un battement. Non, plusieurs battements. Ce cri me secoua jusqu’à l’âme. Il résonna en moi comme une décharge électrique, m’envahissant tout entière, envahissant chaque fibre de mon être. Je ressentis une montée de plaisir, de désir, de frustration. Je me sentis… vivante, d’une manière que je n’avais jamais éprouvée.
Sans réfléchir, je me lançai dans une course effrénée. À une vitesse fulgurante, mes pieds effleurant à peine le sol, je traversai les couloirs sombres et froids, jusqu’à me retrouver devant l’avant-dernière cage. Je savais qu’il était dans la suivante. Une boule se forma dans mon ventre, un mélange de crainte et d’excitation. Je n’arrivais pas à l'expliquer, mais je le ressentais au plus profond de moi.
Je m’approchai, mes pas hésitants. Mon cœur battait plus fort à chaque seconde qui passait, cognant dans ma poitrine comme s’il allait sortir. Mon souffle devint plus irrégulier, plus rapide. Chaque mouvement semblait si lourd, comme si une pression invisible se faisait plus forte. Mais je n’arrivais pas à m’arrêter. C’était plus fort que moi.
Quand enfin je me retrouvai face à lui, mon regard croisa le sien.
Ce fut instantané. La connexion. L'odeur. Je la reconnus aussitôt. Cette fragrance envoûtante, métallique, sauvage. Elle venait de lui.
Ses yeux se plissèrent une seconde, puis je vis ses pupilles se dilater. Il me regardait avec cette intensité qui m’envahit, me percuta. Et là, il parla. Une seule parole.
— Compagne.
Un mot simple, mais qui résonna en moi avec la force d’un ouragan. C’était la première fois qu’un tel mot m’était adressé. Mais en même temps, je savais, au plus profond de moi, que c’était la vérité.
Je n’eus même pas le temps de réfléchir que mes lèvres murmurèrent presque automatiquement :
— Compagnon.
Comment cela était-il possible ?
Mon compagnon… un loup ?
Et pourquoi personne ne m’avait dit que les loups étaient des créatures aussi fascinantes, aussi… belles ?
Pourquoi ne m’avait-on jamais dit qu’un seul regard pouvait être aussi envoûtant, aussi profond ?
Ses cheveux noirs brillaient à la lumière tamisée de la cellule. Ses yeux… Ses yeux bleu électrique semblaient brûler d’un feu intérieur, et son regard… il ne pouvait pas me mentir. Il était fort, implacable. Je n’avais jamais vu un regard pareil.
Mais alors que mon esprit se noyait dans ce flot d’émotions contradictoires, mon cœur se serra, presque douloureusement, quand je vis l’état dans lequel il se trouvait.
Il était enchaîné. Les chaînes encerclaient ses bras, ses jambes, même son cou. À chaque endroit où elles étaient fixées, des marques rouges et brulées apparaissaient. La peau, ouverte, éclatée. Du sang s’écoulait lentement des plaies. Et ce sang… Dieu… il sentait incroyablement bon. C’était comme un appel irrésistible, une tentation fatale.
Et là, dans ce silence effrayant, j’eus une pensée fulgurante : Les loups… ils avaient aussi le meilleur sang ?
C’était une question qui, jusque-là, ne m’était même pas venue à l’esprit. Mais tout en me perdant dans ce tourbillon de sensations contradictoires, je n’eus même pas conscience du moment où mes crocs sortirent. Mes yeux, eux, se remplirent d’une couleur rouge sang, attirée par cette odeur… ce sang. La soif s’empara de moi, brutale, incontrôlable.
Je fermai les yeux, respirai profondément, tentant de chasser cette envie qui me rongeait de l’intérieur. Un combat contre mes instincts. Je pris un moment, un long moment, pour essayer de me ressaisir. La chaleur de l’instant, le flot d’émotions, les ardeurs du désir et du dégoût se mêlaient en moi, me rendant plus vulnérable que jamais.
Quand je rouvris les yeux, la scène autour de moi semblait plus nette, plus calme. Je m’abaissai alors à son niveau, m’approchant lentement de lui. Je vis, même dans cette position assise, à quel point il était grand. En réalité, c’était normal. Les loups étaient grands, tout comme les vampires. Mais lui… il n’était pas juste grand. Il était immense.
Chez les vampires, tout comme chez les loups, la taille minimale était de 1m85 pour les hommes, 1m80 pour les femmes. Les rois, eux, mesuraient encore plus. Mais moi… J’étais une vampire faible.
Je faisais 1m72 et j'étais super mince.
Et face à lui, je me sentais comme une petite silhouette insignifiante, fragile et faible. Ma taille et ma forme, si modestes, me faisait presque honte. Ma petite sœur mesurait 1m87. Elle était plus grande, plus imposante que moi.
Je baissai les yeux un instant. Mon cœur se serra encore davantage. Il était impossible de ne pas se sentir vulnérable en sa présence. Il dégageait une telle puissance, une telle force. Même enchaîné. Il m’intimidait. Et pourtant… il était le seul à me faire sentir cette… connexion.
Il était mon compagnon. Et moi, je n’étais que la compagne du roi loup.
J’ouvris la bouteille d’eau d’un geste rapide, presque fébrile, puis je m’agenouillai doucement à côté de lui. Il ne me regarda presque pas, comme s’il luttait pour rester présent, pour garder une forme de dignité malgré la douleur. Je tendis la bouteille à ses lèvres et il entrouvrit la bouche, ses lèvres craquant au contact du plastique. Il but lentement et en quelques secondes, la moitié de la bouteille avait disparu.
Il devait terriblement avoir soif.
Connaissant le roi vampire, il ne l’avait sûrement ni nourri, ni abreuvé. Il voulait le briser. Et il y était presque arrivé. Cette pensée m’enragea, mais je la ravalai. Ce n’était pas le moment.
— Je suis tellement désolée… murmurai-je, la voix douce, presque inaudible.
Il ne répondit pas, il ne leva même pas les yeux. Son regard fuyait le mien, perdu quelque part dans une douleur trop lourde pour être dite. Il semblait réfléchir, peut-être à sa liberté perdue. À ses blessures. À ce que j’étais.
Je pris une légère inspiration et, d’une voix plus tendre :
— Comment tu t’appelles ?
Un silence. Puis, sa voix grave resonna dans la pièce, lourde, puissante mais faible. Je sentis des frissons parcourir mon corps, me traversant comme une décharge électrique.
— Elior.
Ce seul mot m’avait fait soupirer, comme si mon corps réagissait malgré moi, répondant à une mélodie ancestrale que seule son âme pouvait jouer.
— Je m’appelle Léoline, dis-je, même s’il ne me l’avait pas demandé.
Un long silence. Puis…
— Line.
Il prononça mon prénom si faiblement, comme s’il voulait s’en imprégner, le garder précieusement au creux de lui.
Je le nourris petit à petit, et il finit par presque tout avaler. Lorsqu’il leva la main dans l’intention de me toucher le visage, mon cœur se serra.
Mais à mi-chemin, il grimaça, son bras trembla, et il le laissa retomber sa main dans un bruit sourd. Ses blessures s’aggravaient et chaque seconde passée ici semblait le tuer un peu plus.
Et moi… j’étais là, impuissante, à le regarder souffrir.
En quoi suis-je une bonne compagne si je le regarde souffrir sans rien faire ?
Ma gorge se serra alors que mon cœur, lui, hurlait en silence.
Je me redressai d’un bond, saisissant les chaînes qui le retenaient. Je tirai dessus de toutes mes forces, alimentée par une énergie que je ne me connaissais même pas. Une à une, je les brisai. Elles cédèrent sous mes mains comme si l’univers lui-même m’autorisait cet acte. Il me regardait, les yeux écarquillés, incrédule. Il ne comprenait pas. Ou peut-être que si.
Quand la dernière chaîne tomba, je repris mon souffle, le regard planté dans le sien.
— Tu connais le chemin jusqu’à ton royaume ? lui demandai-je, la voix ferme.
Il hocha lentement la tête, toujours silencieux.
— Alors, va-t’en.
Il fronça les sourcils, hésitant.
Il cherchait visiblement le piège, le mensonge. Il me dévisagea, puis, il secoua la tête.
— Va-t’en ! répétai-je, plus fort cette fois.
Il resta là. Immobile. Ses yeux exprimaient quelque chose de nouveau : de l’inquiétude. Pour moi. Il ne voulait pas partir sans être certain que je m’en sortirais.
— Ne t’inquiète pas pour moi. Je vais m’en sortir. Je te le promets.
Après un moment d'hésitation, il finit par hocher lentement la tête.
— Merci… Line, souffla-t-il d’une voix rauque.
Il se redressa avec difficulté, s’appuyant contre le mur. Je le regardai faire, luttant contre l’envie de l’aider. Il devait partir.
— J’espère qu’on se reverra, murmurai-je.
Il me lança un dernier regard, intense, presque brûlant. Puis, il hocha la tête une dernière fois avant de disparaître dans le couloir.
Je restai figée un instant. Un vide s’installa en moi. J’avais espéré au moins un baiser. Un contact. Un geste. N’importe quoi.
Mais je n’eus rien. Juste l’écho de ses pas qui s’éloignaient.
Je soupirai longuement et me redressai. Mes jambes tremblaient. Mon cœur aussi.
Je savais que ce que je venais de faire était grave. Très grave. Il y aurait des conséquences. De très grande conséquences.
Mais je ne regrettais rien.
S’il pouvait retrouver sa liberté, vivre… alors j’étais prête à tout payer.
Je l’aimais déjà. Ce n’était pas logique. Pas rationnel. Mais c’était réel.
Je comprenais enfin ce que ma mère voulait dire par « Les étincelles ». Ce frisson, cette tension dans l’air, cette attirance incontrôlable.
Je ne l’avais même pas touché… et pourtant, j’imaginais déjà ce que cela aurait pu provoquer en moi.
J’avais rencontré mon compagnon... Il était magnifique, puissant. Mais c'était un loup.
Soit j’étais la plus chanceuse du monde.... Soit la plus maudite.
Je restai quelques secondes plantée devant la cage vide, les battements de mon cœur encore erratiques. Puis, lentement, je me relevai. Mes jambes étaient lourdes, comme si elles refusaient de m’éloigner de l’endroit où je venais de laisser une partie de moi. Mais je me forçai à avancer, à tourner le dos à cette cellule désormais silencieuse. Un pas après l’autre, je quittai la pièce, puis le bâtiment.
Une fois dehors, l’air glacé de la nuit me saisit. Je pris appui contre un mur quelques secondes pour reprendre mes esprits, puis je m’élançai dans la pénombre, courant aussi vite que possible, les pieds frappant la terre humide.
J’avais besoin de rentrer. De m’éloigner. De réfléchir.
Je traversai les rues sombres du château sans croiser personne, du moins je l’espérais. Chaque ombre me donnait l’impression qu’on m’observait. Chaque bruit me paraissait amplifié. Pourtant, rien ne m’arrêta.
Une fois devant chez moi, j'entrai précipitement comme s'il y avait une armée de loups à mes trousses.
Je refermai la porte derrière moi en retenant mon souffle, puis me plaquai contre le bois froid, les yeux clos. Le silence qui régnait dans la maison contrastait brutalement avec le chaos que je venais de quitter. Mon cœur tambourinait encore dans ma poitrine. Tout mon corps vibrait de ce que je venais de vivre. De ce que je venais de faire.
Je m’étais opposée au roi. J’avais trahi les miens. J’avais libéré un ennemi. Un loup.
Non… mon loup.
Je montai les escaliers à pas feutrés, en évitant la dernière marche qui grinçait. Je traversai le couloir comme une ombre et m’enfermai dans ma chambre. Dès que je refermai la porte, mes jambes me lâchèrent et je glissai contre le mur, jusqu’à m’asseoir sur le sol.
Mes mains tremblaient encore.
Je repensai à son regard, à ses chaînes, à la douleur dans ses yeux, et surtout… à sa voix quand il avait murmuré mon prénom.
« Line. »
Il l’avait dit comme s’il le goûtait. Comme s’il voulait s’en souvenir jusqu’à son dernier souffle.
Et moi… moi, je brûlais encore de ce simple mot.
Je posai mes doigts sur mes lèvres, là où aucun baiser n’avait eu lieu, mais où l’envie, elle, s’était imprimée comme une brûlure.
Mon cœur battait toujours à ce rythme étrange et irrégulier.
Il était mon compagnon.
Et je venais de le libérer au péril de ma vie.
Je fermai les yeux en posant ma tête contre le mur. J’allais devoir jouer la comédie demain. Sourire. Faire semblant. Cacher mes traces. Mentir à tout le monde.
Mais je ne regrettais rien.
Je le referais.
Encore et encore.
Pour lui.
Pour Elior.









Ça commence bien, et déjà ça me captive, super lisont la suite,🦋❤️
Interessant , plein de suspens , bon debut
Bonjour,
Habituellement sur Wattpad, je viens de commencer à lire ce livre et que dire... J'adore❤️🥰, la lecture est fluide et l'histoire est captivante.