Thanos's Fingers
GRACE
« Bonjour, bébé. »
Cette voix étrange et pourtant apaisante a fait s'ouvrir mes yeux plus vite que les doigts de Thanos. Pendant une seconde, j'ai fixé le plafond familier au-dessus de moi, car je savais déjà que j'avais encore ramené un inconnu chez moi après une longue nuit de beuverie.
Ma tête a commencé à tourner, essayant de comprendre ce qui s'était passé la nuit précédente.
Même si une chose était sûre — je suis entrée dans la boîte ivre et j'ai fini encore plus ivre — il fallait que je me rappelle avec qui j'avais couché.
Pff... à qui je veux faire croire ça ? Je ne me souviendrai de rien, putain. Ma vie nocturne est un cycle de merde.
Un cycle de merde, vraiment.
Une fois acté que je suis une idiote, je me suis préparée à affronter l'homme que j'avais stupidement ramené chez moi dans l'intention de baiser comme une dératée. C'est le genre de sexe dont je ne me souviens jamais, et c'est parfait, car je ne gère pas très bien la honte.
Je me suis redressée doucement.
Mais ma tête me faisait atrocement mal, j'ai dû gémir et me prendre le crâne entre les mains. Je vous le dis, les lendemains de cuite semblent toujours pires que les précédents, comme si je n'arrivais jamais à m'habituer aux conséquences de ma vie nocturne déjantée.
Après avoir dégagé mes longs cheveux noirs de mon visage d'un petit mouvement de tête, tout en me tenant toujours les tempes, j'ai enfin remarqué l'inconnu que j'avais ramené.
Assis devant moi se trouvait un mec asiatique mignon, tout sourire, probablement indonésien. J'aurais bien rendu son sourire, car il était communicatif, mais une bataille faisait toujours rage dans ma tête.
« Bonjour, Rose », a-t-il salué.
Merde. J'ai dû prendre une autre identité encore une fois.
« Saluuut... » Je voulais faire semblant d'être contente de le voir, mais ma bouche a refusé de coopérer. Elle était trop engourdie.
« Je t'ai préparé un jus anti-gueule de bois. C'est la recette spéciale de ma grand-mère. »
J'ai plissé les yeux devant le jus vert qu'il me tendait.
« Ta grand-mère a la gueule de bois, elle aussi ? »
Il a ri, et ce mouvement a fait vibrer le lit branlant d'une façon qui m'a causé une vive douleur dans la tête. « Aïe. Aïe. » J'ai grimacé pour montrer ma souffrance.
« Oh là là, ça va ? » Entendre la tendresse dans sa voix aurait dû suffire à apaiser ma douleur, mais malheureusement, ce n'était pas assez.
Son visage mignon ne suffisait pas non plus.
« Tu peux éviter de rire ? Ma tête est... » Il a levé l'un de ses sourcils épais et j'ai aussitôt commencé à lorgner le liquide verdâtre dans son verre.
Quelques secondes plus tard, sans même chercher à savoir ce que contenait exactement ce verre, je lui ai arraché des mains et j'ai avalé la moitié du jus d'un trait.
Quand j'ai fini par m'arrêter, j'ai senti l'arrière-goût amer. J'ai masqué mon dégoût avec un sourire rapide et l'homme m'a gratifiée d'un immense sourire en retour.
Toujours aussi attentionné, il a dit : « Tu vas te sentir mieux très vite. »
Après un signe de tête rapide, j'ai commencé à scanner ma chambre. Il fallait savoir quels dégâts nous avions pu causer durant notre ébat potentiellement torride.
Mais tout avait l'air propre. Même mon tiroir était bien rangé. En temps normal, ce n'est jamais le cas. Mes yeux ont balayé le sol, et j'ai noté qu'il n'y avait aucune trace de vêtements éparpillés.
Avec un regard confus, j'ai fait face à M. Mignon qui me souriait toujours, comme si j'étais son jeu vidéo préféré.
« Euh... » J'ai marqué une pause, réalisant vite que je ne connaissais toujours pas son prénom. Honnêtement, je n'ai pas l'habitude de connaître le nom des hommes que je trouve dans mon lit au réveil.
Un simple merci et au revoir faisaient toujours l'affaire.
Comme s'il savait ce qui me passait par la tête, l'homme a répondu : « David. Je m'appelle David. »
J'ai posé le verre à moitié vide sur le petit tabouret à côté du lit et je lui ai lancé un sourire rapide avant de demander : « David... Pourquoi ma chambre ressemble à une chambre d'hôtel inoccupée ? »
« Oh, la nuit dernière, quand on est rentrés de la boîte, tu n'arrêtais pas de te demander ce que ce serait si tu avais un génie pour ranger ta chambre. C'était marrant de te voir faire semblant d'être Aladdin. »
Mes yeux se sont écarquillés en traitant l'information. « Donc, on n'a pas... couché ensemble ? »
Il s'est levé et a dit : « Non. »
« Hein ? » Mon choc était impossible à cacher. « Tu es sûr ? »
« Ouais. Tu voulais qu'on couche ensemble, mais tu pensais que j'étais gay parce que je parlais au barman d'une façon que tu trouvais suspecte. Alors, tu m'as dit de te ramener chez toi, et nous voilà. » Il a mis les mains sur ses hanches et a fait un autre immense sourire.
« Waouh. » J'étais toujours sous le choc. Mon cycle infernal de nuits dissolues a été brisé grâce à David, et ça me choque vraiment. Parce que David ne semble pas gay pour deux sous.
Ou alors...
J'ai légèrement plissé les yeux et j'ai demandé : « T'es gay ? »
« Non. Honnêtement, j'avais très envie de coucher avec toi, mais je n'ai pas pu pour une raison ou pour une autre. » Il a haussé les épaules, avec un air faussement désinvolte.
« Waouh. » Je pense que c'est une bonne chose qu'il ne se soit rien passé. C'est agréable de savoir que je fais des progrès dans ma façon de vivre.
Comme David l'avait prédit, mon mal de crâne avait diminué, ce qui signifiait qu'il était temps d'aller bosser. J'ai essayé de me creuser la cervelle pour savoir quel jour on était ; lundi ? Mardi ?
Peu importe, je dois me préparer. J'espère juste ne pas ressembler à un zombie devant le miroir.
« Je vais vérifier ce que je cuisine », a annoncé David en ajustant son t-shirt et en croisant mon regard. « Tu voudrais prendre un petit-déjeuner, ouais ? »
J'ai acquiescé et je suis sortie du lit.
N'est-il pas trop mignon ? Il me prépare le petit-déjeuner alors qu'on n'a rien fait du tout.
« Attends... » J'ai arrêté David, dont la silhouette assez athlétique était déjà à la porte. Il s'est retourné, a haussé un sourcil, et j'ai demandé : « Quelle heure est-il ? »
« Euh... la dernière fois que j'ai regardé, il était dix heures et demie, environ. »
« Oh, ok... Quoi ? ! » j'ai hurlé. « Tu es sûr que ton heure est bonne ? »
« Oui. Il doit être onze heures maintenant. »
Mes yeux se sont agrandis et j'ai senti ma tête tourbillonner de façon désagréable.
« David... Je suis à la bourre pour le taf ! »
Pourquoi je lui crie dessus comme si c'était sa faute si je me suis torchée comme une idiote ?
Argh !
Je me suis débarrassée précipitamment de ma robe, exposant mes seins couverts par mon soutien-gorge et mon pubis nu à David, qui, j'aurais juré, a laissé échapper un gémissement à un moment donné.
Mais avant de s'excuser rapidement, il m'a pressée de me dépêcher.
« S'il te plaît, emballe mon petit-déjeuner ! Merci ! »
J'ai attrapé ma serviette pliée au pied du lit et j'ai filé sous la douche.
J'aurais pu choisir de m'asperger de parfum, mais l'odeur qui émanait de mon corps me gênait, alors consacrer cinq minutes à me laver n'était pas une corvée.
En un rien de temps, j'ai enfilé un pantalon à carreaux bleu et argent, un t-shirt bleu et mes chaussures sans lacets noires très confortables. J'ai attrapé mon téléphone et mon sac de bureau, puis je suis sortie de la chambre en courant.
« David, mon petit-déjeuner est prêt ? » J'ai jeté un coup d'œil rapide à mon petit salon tout en manipulant la boucle d'oreille que je mettais.
David est sorti de la cuisine comme s'il m'attendait et m'a tendu un sac en papier brun.
Après l'avoir remercié rapidement, j'ai pris les clés de ma voiture dans mon sac et j'ai filé hors de l'appartement. C'est en montant dans la voiture que je me suis rappelé que j'avais oublié de dire à David de s'assurer qu'il soit parti avant mon retour.
C'était déjà assez bizarre qu'un homme que je ne connaissais pas me prépare le petit-déjeuner.
Mais, pour l'instant, David est le cadet de mes soucis.
Heureuse que mon appartement soit au rez-de-chaussée, j'ai fait marche arrière brusquement pour sortir du parking souterrain et j'ai rapidement rejoint les routes encombrées de Manhattan.