Misandrie, Délices et pissenlits

Tous droits réservés ©

Résumé

Pas facile d'être Clotilde. Son 46 dans lequel ces petites poignées d'amour débordent, son mépris des hommes, son SMIC et ses pilules vous le disent : elle en a marre qu'on la prenne de haut parce qu'elle ne respecte en rien la catégorie sociale qu'on veut lui attribuer. Pareil pour les institutions qui abritent leur sexisme en dégainant leur délégué à l'égalité et la parité homme-femme alors qu'il se propose de créer des promos sur les tampons et les culottes en pensant avoir l'idée du siècle. Elle a en horreur ces tocards qui veulent être de toutes les causes et ne défendent rien de plus que leur petit intérêt phallocrate. Elle savoure chaque moment qu'elle passe sans la présence de vos testicules. Bref, elle veut vous dire : Messieurs, mangez vos viscères, bien cordialement. Clotilde et ses pissenlits.

Genre :
Romance/Humor
Auteur :
Janicelesmaux
Statut :
En cours
Chapitres :
10
Rating
5.0 1 avis
Classification par âge :
16+

1. Clo


C’est simple. Dans ma vie, les hommes se sont tous barrés. Lorsque je déroule le film de mon passé, ils m’ont tous un peu abîmée alors je trouve cohérent de les détester. Je préfère les ignorer, faire comme s’ils n’existaient pas. Les hommes ne m’ont apporté que du vide intersidéral ou de la souffrance en comparaison des femmes, soit ils m'ont abandonnée, soit ils ont été violents psychologiquement et sexuellement, soit ils sont lâches, soit ils sont morts (le moins leur faute).


Je ne vous parle même pas de la charge mentale qu’ils rajoutent sur nos épaules qu’ils considèrent pourtant, souvent, comme frêles lorsqu’on les a dans nos vies. Ils sont généralement de piètres humains avec nous.


Je les méprise pour ce qu’ils ne seront jamais : des femmes courageuses, luttant pour garder et gagner des droits. Pendant que messieurs jouent aux Guerres géopolitiques de pouvoir phallocrate genre : « c’est moi, j’ai la plus grosse pousse toi, je vais te coloniser, et après ça ira mieux », nos dents rayent le parquet depuis un petit moment déjà.


Enfin, reprenez-vous, merde ! Ah oui, j’oubliais, c’est vrai qu’ils ne m’écouteront jamais parce que j’ai des ovaires. Si ça peut les rassurer, ce sont de très gros ovaires.


Dans le ciel brumeux de mon quartier, brumeux parce que les émissions de gaz CO2 sont plus importantes que d’habitude entre l’autoroute qui passe au pied du quartier et, l’usine de sidérurgie qui opère plus de bruits que mon oncle Hector souffrant d’apnée du sommeil. Je digresse, mais vous avez déjà entendu une personne avant qu’elle se fasse diagnostiquer et appareillée ? C’est une tractopelle malade qui a besoin qu’on l’huile assez rapidement, et qui, à chaque expiration, rend l’âme. Et vous n’avez pas vu ces gens réveillés ? Ils ne le sont pas, enfin pas vraiment, ils sont comme des spectres bourrés ou camés. Bref, ne vous imaginez pas l’aurore et la rosée du matin qui recouvrent les coquelicots inondant les champs, au début du printemps avec mon putain de ciel brumeux. Ce n’est pas ça DU TOUT.


— Meuf, t’as pas un peu de dentifrice s’il te plait ?


Hassiba m’interpelle depuis son balcon. Oui, parce que c’est ma voisine et que notre balcon est commun, séparé seulement par une vitre floutée pour plus de vies privées brisées. On se connait depuis qu’on porte des couches et qu’on sait crier : NON. Elle est un peu comme la merguez du couscous qu’elle me prépare au début du ramadan quand elle rompt le jeûne, elle est ma vieille plante dehors, à côté de mon paillasson qui ne crève pas alors que je ne m’en occupe pas. Elle est ma prime d’essence un mois de galère financière accordée par le gouvernement gracieusement tout en se prenant pour des sauveurs suprêmes. Bref, elle est dans ma vie depuis si longtemps, qu’elle fait partie du décor, elle est utile, fiable et robuste. Tout le monde souhaite avoir une Hassiba au cours de son existence. Ce n’est plus si commun que ça de nos jours.


Je suis en retard, comme d’habitude, bien que je fume ma cigarette tranquillement, celle qui va me permettre de supporter les bouchons jusqu’à mon lieu de travail. Oui, je suis anxieuse, stressée, et au bout du rouleau tout le temps. Je vous mentirais si je vous disais que je n’avais pas une boite de Xanax au fin fond mon sac au cas où ça dégénère.


J’arrive dans la salle de bains pour dénicher mon Elmex, un neuf, parce que j’ai encore trois différents tubes qui ne sont pas terminés, mais je ne trouve ni le moment ni le courage de m’occuper de retirer le restant pour le geste écologique. Par contre, je culpabilise assez, même trop pour le jeter de suite donc je remets ça à plus tard. Attendez, vous avez senti aussi l’inflation passée ? Dans le quart de seconde suivant, je remarque qu’il faut à tout prix que je prenne un tube de Vaseline ce soir. En sortant du travail, la pharmacie est juste en face. C'est efficace et pas cher pour ma peau sèche et sensible.


— Tiens garde le, j’en ai un autre plein, fait un bisou à Nelya de ma part, je file !


Je louche sur mon téléphone qui vibre en arrivant près du pare-brise de ma voiture, le contrôle technique a expiré hier, et merde je n’ai pas pensé à prendre rendez-vous chez le garagiste surtout qu’elle ne passera jamais au CT sans deux-trois rafistolages. Ma clio si loyale.


Je décroche :


— Oui Marie, Je suis dans les bouchons oui, mais j’y suis presque dans 15 min. 20, si je ne tombe pas sur le camion poubelle.


Marie, c’est ma cheffe et mon autre amie super utile, fiable et robuste. Déjà parce qu’elle m’a trouvé un boulot, et de deux, parce qu’elle est mon ticket « ascension sociale ». J’ai tenté Science po pendant une année que j’ai quittée très vite parce que mon dieu, je n’allais jamais tenir 5 ans là-bas dedans, j’aurais craqué. C’est à ce moment que je l’ai rencontrée. Au début, on ne s’entendait pas des masses, puis un homme est passé entre nous, ça nous a mis toutes les deux d’accord.


Je vous ai bien avertis pour mon Lexomil au fond de mon sac à main ? Enfin, peut-être que c'est du Xanax. Je confonds souvent.


Elle sait que je mens, mais si c’est un petit mytho, elle s’inquiète moins. Si je lui dis la vérité, c’est que je suis vraiment dans une situation très délicate. Puis quand elle m’appelle à cette heure-là, ce n’est pas ma copine, c’est ma cheffe.


Au fait, je me nomme Clotilde, j’en ris souvent parce que c’est un prénom ancien, qui appartenait à ma grande tante adorée par ma mère. J’ai juste l’air d’être une petite bourge bobo chic et bon genre avec mon costume trois pièces. Blazer décontracté, tenue exceptionnelle, venant du marché de Vénissieux, sûrement pas de chez Zara. Vous avez déjà vu un fidèle 46 dans leur boutique? Je vis dans un HLM depuis 30 ans où je suis l'unique habitante ayant une peau pâle sans avoir cédé à l'extrême droite. Mon vocabulaire reste très ancrée dans la culture ouvrière. Je ne suis pas arrivée à m'en émanciper et je vous avoue que je n'en ai pas tant envie. Puisque ma mère était seule, isolée, élevant trois enfants en HP pour dépression chronique et mon père ouvrier en sidérurgie se faisant la malle à tout bout de champ, je ne partais pas vraiment gagnante. Si vous connaissez mon amour pour les hommes, vous devez vous douter que le premier mec de ma vie n’a pas du tout été à la hauteur de mes attentes qui étaient déjà au niveau 0 de la paternité.


Mon HLM est plutôt tranquille, enfin je veux dire évidemment qu’il y a du trafic de mauvaises herbes dans les caves, les poubelles brûlent ainsi qu’une voiture tous les deux mois, mais ce n’est pas les Minguettes non plus, calmons nous.