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Voyageur - Yaena la gardienne corrompue

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Résumé

L'humanité est au bord de la destruction. Le monde tel que nous le connaissions s'est effondré et la nature s'est élevée une fois encore, reprenant et purifiant les terres. Yaena, une Hybride persécutée par les survivants humains, est contrainte de servir dans un pays dirigé par un roi totalitaire. Alors qu'elle accompli son devoir auprès de son fiancé Keyn, elle croise la route d'un redoutable adversaire, aussi connu sous le nom de Voyageur. Elle en ressort grièvement blessée et son esprit se désagrège sous les effets d'une mystérieuse poussière.

Statut :
Terminé
Chapitres :
32
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre I - Le souffle du Voyageur

Au plus profond de la grotte des Mirages, les ténèbres régnaient en maître. Deux faibles lucioles virevoltaient à leur grès, dans leur prison de verre. Les yeux fixés sur la fine porte de sa lanterne, Keyn patientait sagement. Bercé par le ruissellement régulier du cours d’eau en contrebas, il peinait à garder les yeux ouverts. Couvrant ce bruit léger, des pas sourds retentissaient contre les parois de la caverne. Keyn croyait que sa partenaire revenait de sa patrouille. Puis, avec un malaise grandissant, il comprit que l’entité à l’origine de ces pas était bien plus menaçante.

Qui pouvait bien se trouver au fond du passage ? Le martèlement au sol se fit plus pressant : on frappait les roches menant à la caverne. Un vent soudain fit vaciller la lumière des lucioles. Ça ne ressemblait guère à un phénomène naturel, si profondément enfoui sous terre.

Keyn tendit sa main vers son arme, une redoutable lance à la lame perforante. Les lucioles vacillaient dans la lanterne, à mesure que le vent glacé approchait. Le froid et l’obscurité envahissaient la caverne, reprenant le contrôle des lieux.

Une silhouette familière surgit du passage, haletante. Une ombre noire, dont la corpulence occupait la totalité de l’espace, ne tarda pas à s’en extirper elle aussi. Keyn reconnut aussitôt sa partenaire, en proie avec un Voyageur. Avant qu’il n’ait le temps de bouger, un puissant rugissement retentit, l’obligeant à se boucher les oreilles. La créature s’engagea alors et fit claquer sa mâchoire, manquant de peu sa proie. Keyn savait qu’il devait agir rapidement, avant d’être plongé dans l’obscurité totale. Il attrapa la lanterne avec sa main disponible et s’engouffra entre les rochers. Sa partenaire ne tiendrait pas longtemps sans son intervention.

A force de persévérance, il arriva juste à temps pour détourner l’attention du Voyageur. La créature tourna lentement la tête dans sa direction, plongeant ses yeux reptiliens dans les siens. Elle rugit à nouveau, balayant un rocher d’un simple revers de sa patte. Keyn avait le front moite. Il sentait la main dans laquelle il tenait sa lance trembler. Il haletait d’effroi à la simple pensée de ce qui avait failli arriver.

Le Voyageur ouvrit la gueule, laissant s’échapper quelques flammes verdâtres. Sa mâchoire était impressionnante, et il semblait prendre un malin plaisir à la faire claquer devant ses proies. Son corps était recouvert d’écailles émeraudes, à l’exception de son ventre et de l’avant de son cou. Raffermissant sa prise sur la lance, Keyn s’apprêtait à combattre. Une petite voix à proximité l’en dissuada.

- Ne fais pas ça ! Lui cria-t-elle. C’est exactement ce qu’il recherche.

A la grande surprise de Keyn, le Voyageur détourna le regard pour faire face à sa partenaire. Sa gueule s’ouvrit de sorte à laisser échapper son souffle, qui se diffusa rapidement dans la partie supérieure de la caverne, avant de retomber sous forme de poussière d’étoiles. Il fracassa ensuite le sol à répétition, surveillant Kheyn du coin de l’œil. Cette grossière tentative de provocation aurait été voué à l’échec, si l’émotion n’avait pas forcé Keyn à agir.

Maniant son imposante lance avec dextérité, ce dernier contracta sa musculature et se rua sur son adversaire. Il entreprit de frapper la base du cou, là où les écailles se faisaient rares. La lame se brisa à l’impact, sans même lacérer la peau de la créature. D’un coup de patte robuste, Keyn fut projeté à l’autre bout de la pièce.

Le Voyageur focalisa son attention sur l’insecte qui avait osé s’en prendre à lui et se mit à rugir férocement. Un tourbillon se forma et il projeta ses flammes verdâtres sur Keyn, complètement démuni. Il eut tout juste le temps de relever les yeux, contemplant la tornade qui se dirigeait sur lui. Son expression passa de la surprise à l’effroi en un instant. Le tourbillon traversait l’espace qui le séparait de sa victime à une vitesse inouïe, brisant les stalactites sur son passage.

- Non ! s’écria une voix, déformé par la fureur.

Sa partenaire se dressa sur la trajectoire au dernier moment, méconnaissable. Sa main droite levée devant elle, le tourbillon se heurta à un obstacle invisible, sans parvenir à le briser. La puissance de l’impact provoquait des vents violents. Les boucles blondes de la jeune femme virevoltaient derrière elles, tandis qu’une lueur rougeâtre gagnait peu à peu en intensité sous ses vêtements.

Lassé par la résistance dont faisait preuve cet adversaire imprévu, le Voyageur interrompit son souffle. Alors qu’il refermait sa mâchoire, la jeune femme, affaiblie, céda. Une partie du souffle atteignit son bras et des marques d’un vert très pâle apparurent sur sa peau. Elle hurla de douleur en reculant, son bras collé contre sa poitrine. Son corps se mit à trembler, et elle se laissa tomber à genoux.

Keyn, qui avait observé la scène sans esquisser le moindre mouvement, reprit ses esprits. Il prit sa partenaire dans ses bras et il se mit à courir à toute vitesse vers la sortie, évitant une nouvelle fois de peu les crocs de la créature. Le Voyageur rugit à nouveau, et une colonne de flammes envahit rapidement la caverne. La faible lueur du jour était proche.

Kheyn eut le temps d’achever sa transformation juste à temps. Deux ailes surgirent de son dos, déchirant ses vêtements. Il s’envola aussi vite que possible et s’écarta par inadvertance de la trajectoire du feu. Celui-ci alla exploser un rocher situé en face de l’entrée de la grotte. Ses débris volèrent sur plusieurs mètres, avant de sombrer dans le gouffre béant du canyon. Il l’avait échappé belle.

Serré contre lui, il tenait fermement sa partenaire tremblotante. Le souffle passé, il se risqua à jeter un œil en arrière. A sa grande surprise, l’entité laissa échapper ce qui ressemblait à un rire, dévoilant ses grandes ailes émeraudes. En un sens, cette vue était réconfortante. Sa dominance établie, le Voyageur rugit une dernière fois, avant de s’engouffrer dans le passage dont il était sorti.

Keyn laissa échapper un soupir de soulagement à l’idée que le danger était passé. Il examina rapidement le bras de la blessée, couvert de tâches vert émeraude. Il avait du mal à le croire. Une des entités les plus dangereuses de l’Autre monde s’était retirée d’elle-même, alors qu’ils étaient dans une situation critique. La coïncidence était des plus étranges. Il s’interrogea longuement sur l’origine des marques, avant de renoncer.

Assuré que la créature avait déserté les lieux, Keyn se mit en route. L’usage de ses ailes lui facilita l’accès à la sortie et, quelques minutes plus tard, ils étaient dehors. La lumière du soleil l’éblouit et réchauffa son corps, glacé par la rencontre surnaturelle dont il s’était extirpé.

Keyn songeait à la décision à prendre. L’état de sa partenaire le préoccupait fortement. Il devait toutefois faire son rapport à l’autorité d’Hardi, bien que cela ne le réjouissait guère. C’est avec cette idée en tête qu’il prit son envol en direction de la cité. Il survola les bergers postés à flanc de montagne, suscitant les aboiements des chiens. De nombreuses fermes pullulaient au sein des plaines, indispensables au bon fonctionnement de la société hardinoise.

Les hommes qui vivaient là jetaient occasionnellement un regard en l’air, soucieux d’identifier le drôle d’oiseau qui les surplombaient. Aux portes de la petite ville, deux hommes en armure de cuir montaient la garde. L’un d’entre eux leva les mains au ciel, lui faisant signe de descendre. Keyn atterrit et manqua de trébucher, se rattrapant de justesse. L’homme s’approcha, apostrophant d’injures son interlocuteur.

- Qu’est-ce que tu crois être en train de faire sur nos terres, abruti ? Tu devrais pourtant savoir que toi et ton... espèce, n’êtes pas autorisés à aller où bon vous semble. Tu as de la chance que toi et ta chose ayez des statuts privilégiés, sinon je ne me gênerai pas pour t’envoyer tout droit au trou !

Keyn se releva de toute sa hauteur, surplombant le petit homme arrogant. Le garde eut un mouvement de recul, constatant la différence de stature.

- Un Voyageur, répliqua simplement Keyn. Vous feriez mieux de prévenir votre roi sans tarder, si vous ne voulez pas voir votre petite ville réduite en cendres.

L’homme avait perdu toute envie de se confronter verbalement, à l’évocation du nom de la créature. Il se retourna vers son compagnon, le visage livide.

- Geai, va prévenir la garde royale. Immédiatement !

Geai se débarrassa de son équipement et se mit à courir sans un regard en arrière. Il avait pris la route menant à Hardi, où se trouvait le palais royal.

- Tu es libre pour aujourd’hui, reprit le garde. Je ferai abstraction sur l’utilisation de tes ailes au vu de la situation, mais que je ne t’y reprenne pas.

Keyn eut un rictus amusé et reprit sa marche, obligeant l’homme à se décaler pour ne pas se retrouver par terre. Son avertissement n’avait aucune valeur, et rien de ce qu’il aurait pu dire ne l’aurait inquiété.

- Eh, je ne t’oublie pas, le Gardien. Toi et ta compagne, je me souviendrai de vous, ne t’avise pas de l’oublier !

- Je suis ravi d’apprendre que nous t’ayons fait de l’effet, petit être, ironisa-t-il, sans se retourner.

Keyn détestait les hommes plus que tout, et ces petites provocations ne l’atteignaient pas le moins du monde. Il savait que, un jour, il leur ferait regretter ces actes. Pour l’instant, la priorité était à sa bien-aimée. Il ne supportait pas de la voir souffrir le martyre.

D’un pas pressé, il se dirigea vers un chemin à l’écart. L’épaisse muraille en pierres taillées surplombait une descente en pente douce, menant au fin fond d’un cratère. Un village rudimentaire se dressait en contrebas, à l’exception d’une tour massive. C’était là l’habitat de Keyn et de sa suite, si on pouvait l’appeler ainsi. En poussant l’unique porte en chêne massif à l’aide de son épaule, il appuya malencontreusement sur le bras de la blessée. Celle-ci poussa un cri de douleur, en se recroquevillant.

En journée, le village était presque désert. Il n’y avait que quelques enfants, occupés à jouer. Cependant, Kheyn se doutait que l’ancien gardait quelques hommes en retrait. Bien qu’ayant dépassé la soixantaine, le vieux Cairn paraissait toujours en forme, malgré son air grisonnant. A la vue des deux Gardiens, il eut d’abord l’air heureux de les revoir. Puis, son regard se posa sur la blessée.

- Que lui est-il arrivé ? Demanda-t-il, soucieux de découvrir l’origine de la blessure.

- Une mauvaise rencontre. Je dois l’emmener voir un médecin au plus vite.

Cairn hocha la tête.

- Grond doit se trouver dans sa clinique, l’informa-t-il. Il a passé la nuit là-bas à essayer de résoudre un problème d’approvisionnement. Je ne serais pas surpris qu’il se soit endormi sur place. Tu devrais aller y faire un tour.

Keyn le remercia pour cette information et se remit en route. Il pressa le pas, soucieux de l’état de sa partenaire. Elle semblait aller de pis en pis. Une fois à l’intérieur de la tour, Keyn se dirigea vers la première porte du corridor droit. Il enfonça la porte avec son pied. Le fracas de la porte lui attira des regards paniqués.

- Keyn, qu’est-ce que c’est que cette manière d’entrer ? l’apostropha Eliza, un épais bouquin dans les mains.

Elle était une experte en matière de plantes, et elle avait été son mentor pendant des années. Son visage n’avait en rien perdu de sa splendeur. Quelques mèches brunes étaient reliées à son oreille par une barrette, avant de rejoindre la masse qui descendait jusqu’au niveau de ses épaules. Elle affichait de grands yeux verts, dans lesquels se lisaient une certaine fatigue.

Son regard se posa ensuite sur la blessée, et elle déposa en hâte son livre sur l’étagère. Elle appela un homme qui travaillait en retrait, plongé dans sa bulle. Celui-ci releva la tête, de petites lunettes posées sur son nez fin.

- Un problème ? Demanda-t-il, comme s’il venait tout juste de prendre conscience du monde qui l’entourait.

- Yaena a été grièvement blessée, expliqua Keyn. D’étranges marques sont apparues sur son bras et je ne sais absolument pas quoi faire ! S’il vous plaît... je vous implore de la sauver !

Le médecin soupira et posa ses lunettes sur la table devant lui. Il avançait d’une démarche nonchalante, les mains dans les poches. Il semblait prêt à s’effondrer à chaque pas.

- Eliza, tu ne pourrais pas nous préparer un peu de café ? Demanda-t-il, en nouant ses cheveux en arrière.

- Je ne suis pas sûre que ce soit le moment, Grond... répliqua-t-elle en le fixant de son regard vif.

- Et comment ! Si je tombe de sommeil, vous serez bien embêtés. Le cas de cette petite a l’air plutôt sérieux.

- Ça va, j’ai compris...

Elle sortit de la pièce en enfilant un petit gilet, emportant deux tasses avec elle. Le médecin tira un tiroir du bureau, adjacent à la porte. Il en sortit une paire de gants qu’il déposa au fond de la poche de sa blouse.

- Installe-la sur le canapé, là-bas, dit-il en désignant le canapé double du salon. Elle sera plus à l’aise, et ce sera plus facile pour moi d’analyser ces marques.

Keyn obtempéra et déposa délicatement Yaena. Il fit très attention à ne pas toucher son bras et se mit en retrait, les bras croisés. Eliza revint à ce moment, deux tasses de café en main.

- Merci beaucoup, fit le docteur en le sirotant lentement.

- Il serait peut-être temps de s’occuper d’elle, reprocha Keyn.

Grond prit le temps de terminer sa boisson, avant de finalement enfiler ses gants. Il commença par observer les marques, puis remonta la manche de son patient, délimitant le bas de l’épaule avec ses deux doigts.

- Comment s’est-elle fait ça ? Questionna-t-il, d’un ton sérieux.

- Nous avons été surpris par un Voyageur. Il n’en sort que rarement, mais celui-ci était d’un tout autre niveau. Son corps était couvert d’écailles d’un vert émeraude. Il projetait un étrange souffle et il a même failli nous calciner.

- Comment vous en êtes-vous tiré ? Intervint Eliza, suspicieuse.

- Ça n’a pas été facile. S’il n’avait pas renoncé à nous poursuivre, je ne sais pas si j’aurais pu m’en sortir aussi facilement...

- Fascinant... le coupa Grond, ses doigts glissant sur les marques. Elles semblent gagner en opacité et la peau se durcit sous mes doigts. Excusez-moi, je me laisse aller. J’aime beaucoup cette petite, mais... Je crains de ne pas pouvoir faire grand-chose.

Keyn s’approcha d’un air menaçant, les sourcils froncés.

- Que veux-tu dire par là ?

- Calme-toi, bonhomme. Ce que je veux dire par là, c’est que nous n’avons pas accès à ce genre de choses ici. Nous aurions besoin d’un antidote particulier pour éliminer le poison, au vu de l’état de son bras. Ce n’est pas de mon ressort.

Eliza prit une grande inspiration avant de prendre la parole. Elle connaissait un moyen de se procurer rapidement cet objet de valeur.

- J’ai peut-être une solution, se risqua-t-elle, le visage plongé dans ses mains. Mais ce n’est pas sans risques.

- N’y songe même pas ! La ravisa le docteur, en se balançant sur le dossier de sa chaise.

- Tu as une meilleure proposition ?

- Non ! Répliqua-t-il, du tac au tac.

Eliza secoua la tête et quitta la pièce sous le regard persistant du docteur. Il n’essaya pas de la retenir plus longtemps. Grond faisait se balancer un stylo entre ses doigts, sous le regard de Kheyn. L’atmosphère était tendue et ce dernier ne put se retenir plus longtemps.

- Je vais faire un tour à l’extérieur.

- Ne fais rien de stupide, l’avisa le docteur. Je comprends ce que tu ressens, mais le mieux à faire, c’est de patienter jusqu’au retour d’Eliza.

Ne rien faire de stupide. C’était là un conseil bien médiocre. Il était difficile de se satisfaire de la vie que leur réservaient les hardinois. Keyn ruminait ces pensées depuis bien longtemps. Les habitants de cette ville n’étaient que des couards. Depuis sa plus tendre enfance, il en avait toujours été ainsi. Les hommes appelaient à la tolérance, mais étaient incapables de faire preuve de la moindre tolérance envers ceux qu’ils considéraient comme différents.

Les personnes nées de bonnes familles régnaient sur les autres. Le sale boulot revenait quant à lui au peuple des semi-humains, dont faisait parti Keyn. Les puissants ne voulaient pas se salir les mains, et encore moins faire face aux invasions de l’Autre monde. Ils avaient donc trouver le système parfait. Les Gardiens n’étaient que les pantins du roi.

Dites à Mickael K. Gardes ce que vous avez pensé de ce chapitre !
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