Prologue
VLAN !
Je venais de me prendre une claque en pleine figure. Enfin, plutôt une porte, mais l’effet restait le même. Je me retrouvais sur le porche, mes deux valises en mains, face à cette cloison en bois que j’avais franchie, deux années durant, pour enlacer celui avec qui je pensais faire encore un petit bout de chemin. Mais il semblerait que son chemin à lui se soit éloigné du mien…
Sept ans de relation, deux ans de vie commune, pour finir seule sur un palier sombre et lugubre. Je me sentais comme une chaussette séparée de sa moitié, à tout jamais. Je ne savais plus quoi faire, comment réagir. Depuis cinq minutes je fixais cette porte close, espérant peut-être qu’il revienne sur sa décision, alors que je savais au fond de moi qu’une telle chose n’arriverait jamais. Cela faisait quelques mois que je sentais la fin arriver, mais j’avais préféré faire l’autruche. Moi qui avais tant de répondant et de caractère d’ordinaire, je semblais à présent dépourvu de tout cela.
Je laissais finalement mes bagages tomber sur le sol et m’asseyais sur le tapis, obligeant mon cerveau à se poser et à réfléchir. Quelle était la démarche à suivre ? C’était la première fois que je me faisais plaquée, je n’avais pas l’habitude. Mais je connaissais quelqu’un à qui cela était arrivé plus d’une fois !
— Allô ?
— Emily ?
Je n’avais pas fait attention à l’heure mais à son sa voix rocailleuse, je cru comprendre que je la réveillais. J’écartais le téléphone de mon oreille pour voir l’heure : vingt-trois heures. Bon… Mais ce n’était pas de ma faute à moi si mon amie d’enfance avait déjà cinquante ans dans sa tête !
— Manu vient de me quitter…
— Quoi ?!
Ah, ça y est, elle était réveillée ! J’entendais à son exclamation qu’elle s’était redressée d’un coup dans son lit, les yeux tout écarquillés.
— Viens chez moi ! lança-t-elle sans réfléchir.
C’était tout elle. Peu importait l’heure, je savais qu’elle serait toujours là pour moi.
L’appartement que nous avions loué avec Manu était à sept stations de métro de chez Emily, sur la ligne 11. Nous avions trouvé une location au niveau des Lilas. Le loyer n’était pas donné, mais nous étions bien desservis et proches de beaucoup de commerces, c’est ce qui nous avait plu. Je mis vingt minutes pour arriver, avec mes deux grosses valises et mes yeux prêts à hydrater tout un continent.
— Oh, ma chérie ! s’exclama mon amie en ouvrant la porte.
Mes valises glissèrent de mes mains et je me jetai dans ses bras avant de m’effondrer pour de bon.
Je me détestais de me mettre dans des états pareils pour un … mec ! Je ne me reconnaissais plus. J’avais toujours eu la réputation d’une femme forte et indépendante, et me voilà entrain de pleurer toutes les larmes de mon corps dans les bras d’une amie, parce qu’un garçon venait de me quitter. Non ! Ce n’était pas la réaction d’une personne forte et indépendante ça ! Depuis deux ans, je sentais bien que je m’étais perdue dans mon couple.
— Tu vas t’en remettre, regarde moi ! Je me suis toujours relevée, m’encourageait Emily, clin d’œil à l’appui.
— Tu aurais des conseils à me donner, je n’ai pas ton expérience en matière de largage… dis-je en tirant la langue, signe que je me moquais ouvertement.
Au moins, j’avais toujours mon sens de l’humour. Cette plaisanterie me valu un coup sur l’épaule et un petit nom d’oiseau, mais nous permis également de partir dans un fou rire incontrôlable. Les nerfs lâchaient…
— En plus, ce con me plaque au pire moment ! crachai-je, la tristesse faisant place à la colère. J’ai mon mémoire à rendre dans un mois !
Trois années de perdues à cause d’un abruti…
J’étais à la fin de ma dernière année d’école d’infirmière. C’est pour cela que je m’étais autorisée à envisager un futur avec Emmanuel. Après tout, nous nous connaissions depuis huit ans, et nous nous fréquentions depuis sept ans, j’étais bien en droit de penser qu’on pourrait passer la vitesse supérieure, non ?
Je l’avais rencontré lors de notre année de Seconde. A cette époque, je sortais d’une relation très malsaine, qui s’était plutôt mal terminée. Je ne me voyais pas me plonger corps et âme dans une nouvelle relation après cela. Ce n’est que l’année suivante, lors de l’anniversaire d’une amie commune que je lui ai prêté attention. Il portait alors un t-shirt noir qui mettait ses biceps parfaitement en valeur, et faisait ressortir la sculpture de son torse. Célibataire depuis un peu plus d’un an, il ne m’en fallu pas beaucoup plus pour être émoustillée. Ma chair toute entière criait famine. Heureusement pour moi – et pour lui – je savais dompter mon corps et avais malgré tout besoin davantage qu’un squelette bien bâti pour me laisser tomber dans ses bras. Au-delà du physique, j’avais besoin d’une connexion psychique pour me laisser aller dans une relation. C’est ce qui m’avait manqué avec Jordan, mon ex. Avec lui, c’était purement physique, nous n’avons jamais partagé de conversation profonde, et cela avait finit par me lasser. Je m’étais promis, en le quittant, d’accorder plus d’importance à ce qu’il y avait à l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur chez le prochain homme à qui je me donnerai.
Après cinq ans, et alors qu’Emmanuel terminait ses études, j’avais insisté pour qu’on emménage ensemble. Il avait montré des réticences, mais j’espérais que cela nous rapprocherait et nous permettrait de retrouver ce que nous partagions au début. Depuis quelques mois déjà, notre couple battait de l’aile, je le sentais s’éloigner, passer plus de temps avec ses amis et de moins en moins avec moi. J’avais l’espoir qu’avec cet emménagement, nous raviverions la flamme. Cela a fonctionné un temps, puis il est redevenu distant. J’appelais Emily toutes les semaines, en pleurs. Elle me répétait de le quitter, que ma situation ne lui rappelait que trop bien sa propre relation avec Julien, et que cela ne finirait pas bien. Mais je n’arrivais pas à m’y résoudre.
— J’aurais dû t’écouter, lâchai-je enfin à Emily qui nous préparait des remontants.
— Eh oui ! Mais que veux-tu ? On ne m’écoute jamais… C’est le drame de ma vie ! dit-elle en exagérant ses gestes de Drama Queen.
Nous nous mîmes à rire de nouveau. Ça faisait un bien fou ! Mon amie nous apporta deux cocktails et nous passions quelques heures encore à parler de tout et de rien, mais surtout à insulter tous les hommes de la planète.
Le lendemain, le réveil fût des plus difficiles. Le retour à la réalité était brutal et l’alcool, bizarrement, n’aidait pas. Mon crâne subissait une invasion de Oompa Loompa qui venaient rénover mon intérieur à grands coups de marteaux piqueur. Et même trois grands bols de café ne les firent pas partir.
— Aller la loque, habilles-toi, on va voir Margaux !
Emily débarqua dans la cuisine, fraîche et pimpante. Je la soupçonnai de s’être fait uniquement des cocktails sans alcool la veille. Elle ne pouvait pas tenir si bien l’alcool alors que j’étais moi-même au bord du malaise tant on tambourinait dans ma tête.
— Emily… gémissai-je. Je te rappelle que j’ai un mémoire à finir.
— Balivernes ! T’es pas à un jour prêt. Aujourd’hui, ce dont tu as besoin, c’est d’une virée entre copines !
Je n’étais clairement pas en état de lutter, ni même de travailler. Je m’avouai vaincue et me laissai trainer toute la journée par mes deux amies qui se donnèrent beaucoup de mal pour me changer les idées. Je devais bien avouer que cela me fit du bien. Je les avais délaissés sans m’en rendre compte ces deux dernières années et je me promettais de ne plus jamais me perdre dans une relation. Mais pour cela, il fallait que je commence par me retrouver…








