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Sang et Lune

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Résumé

Des meurtres inexpliqués se perpétuent dans la ville de Los Angeles, proche de la frontière avec la forêt nationale d'Angeles. Des cadavres saignés à blanc, des corps déchiquetés, des animaux retrouvés empoisonnés ou en morceaux... la police, au pied du mur. Aucun flic n'arrive à trouver une explication rationnelle à ce vent de tuerie qui touche d'abord les animaux de la forêt nationale, puis, les habitants de la cité des Anges. Deux employées de cette réserve naturelle décident de mener l'enquête, mais à leur façon, et découvrent une macabre créature, tout droit sortie de la fiction...

Genre :
Fantasy
Auteur :
Laura B
Statut :
Terminé
Chapitres :
19
Rating
4.0 2 avis
Classification par âge :
18+

Prologue

Pavlova Vaskov dit Chelsea et Crystal Van Helsing, deux employées travaillant à la forêt nationale D’Angeles, ont trouvé une mystérieuse carte aux indications étranges dans le grenier de Crystal. En décryptant la carte, grâce à leurs connaissances, elles découvrirent que le point de départ de l’énigme est une ville en Transylvanie, Bran ou Brasov. Après un voyage de 14 longues heures, et un trajet en voiture de location d’environs 3h sur des routes tortueuses et mal entretenues, traversant des kilomètres de forêts lugubres, elles arrivèrent enfin à Brasov. Suivant les informations de la carte, les deux jeunes femmes remontèrent plus haut dans les terres, puis, la carte les emmena au Château de Bran. Grande bâtisse médiévale, du XIII siècle après J.C, qui se dressait sur une colline en surplomb des vallées environnantes. 

Grâce au talent particulier de Pavlova, elles purent entrer dans ce grand château, générateur de mythes et légendes variés. Les deux jeunes femmes avancèrent jusqu’à trouver une porte, à l’extérieur de la demeure médiévale, et Crystal, trouvant cela bizarre, décida de s’en approcher. Elle posa lentement sa main sur la poignée pour tenter de l’abaisser, mais celle-ci demeura verrouillée.

- C’est fermé. Dit Crystal, à l’adresse de Pavlova.

- Ah bon ? Fais-moi voir.

Chelsea, dont le véritable nom était Pavlova, se rapprocha, elle-aussi, de la porte et essaya de la pousser. Pavlova lança un regard entendu à son amie et Crystal s’éloigna pour faire le guet. Soudain, un bruit sourd résonna dans la cour déserte alors que le crépuscule débutait seulement son ascension.

- Pavlova. Le ton de Crystal était empli de reproche.

À l’entente de son vrai nom, Chelsea grimaça.

- Tu sais très bien que je déteste quand on m’appelle Pavlova. Je préfère Chelsea.

- Je sais. C’est bien pour ça que je t’appelle « Pavlova » quand tu dépasses les bornes. Tu aurais pu faire moins de bruit.

- Ça va, j’ai pas pu réveiller le voisinage, puisqu’il n’y en a pas. Son ton était sans appel.

Crystal suivit son amie, au teint très pâle qui pourrait surprendre si on ne connait pas sa véritable nature. Les deux femmes entrèrent alors dans une crypte la plus étrange qui leur ait été donnée de voir.

- À tout hasard, tu ne serais pas où on est ? Le ton de Crystal était rempli d’inquiétude.

- Non, j’en ai pas la moindre idée.

Elles continuèrent à avancer parmi les tombeaux scellés depuis des siècles, à la vue de la poussière accumulée. Elles traversèrent la pièce avec un soupçon de crainte, liée à une ambiance particulièrement oppressante. Elles explorèrent une vaste salle en scrutant des murs anciens de la période médiévale. Pendant ce temps-là, au dehors, la température chutait et la lumière se faisait plus fine et bientôt, elle disparut pour être remplacée par l’astre lunaire. Alors qu’une inscription en roumain attirait l’attention de Chelsea, c’est une autre porte qui piqua la curiosité de Crystal. Cette fois, contrairement à la première, celle-ci s’ouvrit sans aucun problème.

- Hé, Chel, la porte...

Malgré ses quelques expériences en sciences occultes, Crystal pouvait toujours ressentir la frayeur vis-à-vis d’une porte déverrouillée. Son amie de toujours accourut sans un bruit vers elle pour regarder les marches de pierre s’enfoncer encore plus profondément dans les entrailles du château.

- On descend ? Le ton de Chelsea était presque haletant, témoignant de son empressement.

L'instinct naturel de Crystal l'invitait à ne pas descendre, mais Chelsea manifestait un enthousiasme naturel. Crystal lança :

- Je n’ai pas trop envie de m’enfoncer plus loin dans ce château lugubre.

- Si nous allons y aller, parce que tu es le courage symbolisé et moi, la force.

- Ce n’est pas une raison... Le ton de Crystal laissa filtrer, malgré elle, une certaine réserve.

Chelsea ignora l’angoisse contenue dans le ton de son amie pour commencer à descendre avec prudence l’escalier. Après un soupir, Crystal lui emboita le pas. Elles descendirent prudemment l’escalier de pierre, marche après marche, car le moindre faux pas pourrait provoquer une chute aux conséquences dramatiques.

- Je ne vois plus rien... Déclara Chelsea. En effet, un violent coup de vent avait refermé brutalement la porte, plongeant les filles dans les ténèbres. Elles s’immobilisèrent. File ton portable, le mien a plus de batterie.

Malgré une vision nocturne acérée, Crystal ne refusa pas un peu de lumière. Elle passa son smartphone à Chelsea qui actionna l’option « lampe torche » et le faisceau se perdit dans l'obscurité.

- On aurait du prendre une vraie lampe torche sur Amazon... Dit Chelsea.

Les marches continuaient à s’enfoncer dans la noirceur, néanmoins, elles réussissaient à voir le sol. Elles reprirent leur descente puis débarquèrent dans un couloir dont le sol était fait de marbre, contrairement à l’escalier fait de pierres.

- Celui qui vivait ici devait être sacrément riche... S’exclama Chelsea en observant les lieux.

- Comme toi, quoi... Dois-je te rappeler que tu as accumulé des fortunes depuis deux millénaires ?

- C’est ça de vivre longtemps ! Son ton était moqueur.

Crystal secoua la tête puis elles observèrent l’endroit peu commun. Devant elles, se dressait un couloir dans lequel se dressaient des colonnes en ébène, ornées de pierres précieuses et d’incrustation de feuilles d’or. Brusquement, elles furent surprises par des flammes qui jaillirent de coupoles en platine tenues par des gueules de dragon entièrement fait d’or avec des yeux en rubis. Jamais, ô grand jamais, Crystal n’avait vu pareille richesse, y compris chez son amie Pavlova Vaskov, dans son manoir pourtant bien cossu, en France, dans la région du Gévaudan.

Chelsea éteignit la lumière du téléphone pour le rendre à Crystal qui le rangea dans la poche de sa veste en jean. Les flammes des torches se reflétaient dans le blouson en cuir de son amie au visage blafard qui, visiblement, ne ressentait aucune crainte ou anxiété, à l’idée d’atteindre la fin du couloir. Quand, enfin, le fond du corridor se profila, Crystal ne sut pas si elle était soulagée, ou encore plus anxieuse. Chelsea poussa une grille en cuivre puis les deux jeunes filles pénétrèrent dans une immense grotte, aux parois luisantes, signe que la pierre avait dû être usée par l’érosion, il y a déjà quelques centaines d’années. La grotte était vaste, seulement éclairée par les rayons de Lune qui réussissaient à filtrer uniquement à travers un trou sur le côté, illuminant un unique tombeau de pierre.

- Toi, tu vas voir le cercueil, moi, je visite.

Chelsea chuchota en disant cela puis Crystal s’exécuta. Elle s’approcha avec une certaine réserve de la tombe pour débuter une analyse des inscriptions étranges présentes au-dessus du couvercle scellé. Elle débuta une lecture en Latin exprimant : «Celui qui repose en ce lieu fut enfermé en raison des crimes infâmes qu’il a commis. Qui ose le réveiller, se verra accablé par les pires tourment de la culpabilité et sa descendance maudite pour l’éternité pour avoir eu l’audace de libérer le Mal en personne.» Charmant, se dit Crystal. La diplômée en Cryptozoologie de l’Université de Miskatonic observa attentivement le corpulent monument, dégageant une odeur de putréfaction et de chair pourrie... Comme de la mort...

Pendant qu’elle inspectait la sépulture de ce mystérieux individu, apparemment richissime, Pavlova, elle, examinait l’endroit avec une certaine appréhension et inquiétude. La femme à la mine pâle commençait à se dire si elles avaient bien fait de venir ici, en Transylvanie, berceau du mythe folklorique du Suceur de Sang.

- Alors ? Qu’est-ce que t’as trouvé ?

C’était Chelsea qui venait de parler. Elle semblait se désintéresser des parois pour lesquelles elle éprouvait maintenant un profond ennui.

- Eh bien, si je me fie à ce qu’il y a d’écrit ici, c’est le tombeau d’un homme qui a commis d’atroces crimes.

- Allons bon ! Encore un qui se croyait supérieur à tout le monde, avec le droit de vie et de mort sur ses sujets...

Le ton de Chelsea était sarcastique. Pendant que Chelsea s’attelait à analyser les ornements autour d’elles, une inscription brillante attira toutefois l’attention de Crystal. Elle dégagea de sa main les toiles d'araignées ainsi que leurs résidentes et tenta de lire la gravure. Cependant, elle ne put la déchiffrer car il s'agissait d'une inscription runique. Après avoir dégager une monstrueuse araignée qui était en train de lui grimper sur le bras, elle essaya tout de même de lire. Elle crut néanmoins déceler un “D”... Bon, peine perdue, je comprends pas le langage viking, pensa-t-elle. Elle recula pour examiner en détail le sarcophage de pierre et remarqua, en tournant autour de lui, des sortes d’ancrages. Comme si on pouvait soulever le couvercle, comme on soulève celui d’une boîte.

- Hé, Chel, je crois qu’on peut l’ouvrir...

- Hein ? L’ouvrir ? Mais ça doit peser une tonne !

- Oui, mais, enfin, on est fortes, toutes les deux.

Chelsea se déplaça jusqu’à Crystal et ensemble, elles examinèrent le cercueil. Chelsea essaya de pousser le couvercle mais il semblait retenu par quelque chose.

- J’arrive pas à l’ouvrir...

- On n’est pas en train de profaner une tombe, là ?

- Non. Si on a l’autorisation du pays, alors, non. T’inquiète.

- On est juste des touristes américaines, officiellement. C'est un coup à se faire expédier aux USA par le premier avion.

- Oh, on s'en fiche ! T'as vu un policier roumain dans le secteur ? Allez, on l'ouvre.

Crystal resta sceptique mais se baissa pour analyser le sarcophage recouvert de pierres précieuses aussi chères que le rubis de Chelsea qu’elle portait au cou. Au bout d’un moment, Crystal remarqua un détail qui dépassait de la plaque de pierre qui fermait le tombeau.

- Tu ne peux pas l’ouvrir car il y a des choses qui le retiennent.

Chelsea regarda son amie avec étonnement puis observa, qu’effectivement, des sortes de bâton de roche retenaient l’ouverture.

- Il doit y avoir un système...

Le ton de Crystal était concentré sur ce que scruter ses yeux. Elle approcha prudemment sa main, comme si le simple contact de la pierre pouvait la brûler. Elle posa sa main à un angle du sarcophage et la surface glacée lui donna un frisson qui remonta jusqu'à sa colonne vertébrale.

- C’est... glacial. Dit-elle avec un léger frissonnement.

Crystal pressa son doigt sur un espèce de bouton et un bruit de mécanisme sembla s’enclencher.

- C’était quoi, ça ?

Chelsea regarda avec suspicion et prudence le sarcophage.

- Je ne sais pas mais ça venait de là.

Les deux jeunes femmes observèrent avec attrait la colossale boîte de roche.

- Tu peux peut-être l’ouvrir, maintenant.

Chelsea hocha la tête puis déposa ses mains sur le couvercle.

- Tu me donnes un coup de main ?

- Mais pourquoi ? J’ai la force physique d’une mouche. Crystal le prononça sur un ton sérieux.

- T’es pas censée avoir une force surhumaine, toi ?

- Bah, oui, mais seulement quelques jours par mois.

- Ouais, enfin, ça t'as pas empêché de neutraliser ce pyromane bien avant l'arrivée du LAPD. Son nez doit encore s'en rappeler.

- Oui, bah, il m'avait mis en colère, c'est tout.

- Donc, quand tu veux, tu peux contrôler ton loup, car ce mec faisait une tête de plus que toi.

Crystal secoua la tête.

- Arrête de secouer te puces.

- J'ai pas de puces !

- Je te taquine.

Chelsea poussa le couvercle afin qu'il tombe par terre dans un bruit assourdissant qui aurait réveillé un mort. Crystal lança un regard inquisiteur à son amie qui trouva, soudainement, le sol d’un intérêt ahurissant.

- Quelque chose à dire pour ta défense ?

- J’ai pas mesuré ma force.

Le pire, c’était la vérité. Chelsea s’attendait à plus de résistance. Cependant, dès l’attention de Crystal reportait sur la petite bâtisse de pierre, elle plaqua sa manche sur son nez. Une odeur infecte de pourriture lui piqua les narines.

- C’est quoi cette odeur infâme ?

- Oui, bon, c'est supportable.

- Peut-être pour toi ! Mais moi, la viande pourrie, c'est pas ma tasse de thé.

- Oui, remarque, c'est pas pire que ton odeur quand tu rentres mouillée, certaines nuits.

La senteur intolérable, de chair pourrie, irrita les yeux de Crystal qui dut retenir quelques larmes. Chelsea s’éloigna du cercueil pour s’occuper de décrypter une stèle de pierre, au fond de la grotte. Pendant ce temps-là, Crystal prit sur elle et se pencha pour observer l’intérieur du sépulcre. Au fond, reposant sur de la terre fraiche, un corps partiellement en décomposition semblait se détériorer avec une lenteur infinie, presque hors du temps. Crystal fit abstraction de l’odeur immonde de chair pourrie pour commencer son observation du cadavre squelettique.

Tout d’abord, elle analysa la terre qui était, étonnement, meuble et malléable. En examinant le corps, Crystal remarqua des vêtements de luxe qui paraissaient très coûteux. Sûrement du velours et de la soie, enfin, ce qu'il en reste, se dit-elle. En remontant ses yeux, elle nota que les traits du visage de l’homme, à en juger par sa stature qui devait être imposante, étaient fins et lisses. Il devait être très beau, quand il était encore en vie, pensa-t-elle.

Néanmoins, malgré le visage osseux de l’homme, son regard s’accrocha à quelque chose d’anormal. En effet, planté au niveau du cœur, un bout de bois trônait. Un pieux. Haussant un sourcil, signe de sa stupeur, elle regarda plus attentivement le bâton. Demeurant immobile dans la cage thoracique de l’homme, le pieux avait un manche fait d’or dont le sommet semblait avoir des lettres gravées. En s’approchant, Crystal tenta de déchiffrer l’écriture, mais le peu de lumière qu'offrait la Lune qui filtrait à travers la petite ouverture, ne suffisait pas. Alors, prenant son courage à deux mains et en ignorant ce que lui dictait son instinct, (à savoir : ne pas retirer ce pieux), elle saisit le bois et le retira d’un coup sec.

Dès cette opération, une bourrasque violente de vent vint lui fouetter le visage et fit vaciller les flammes des torches, dans le couloir. Remise de cette démonstration surprenante de la nature, elle débuta l’examen du pieux. Cependant, en le tournant pour le tenir entre ses deux mains, elle sentit au niveau de l’index, une vive piqûre.

- Aïe...

Elle vit une perle de sang couler du pique très pointu du pieux pour atterrir sur ce qui paraissaient être les lèvres de l’homme. Elle agita le doigt et la minuscule plaie se referma très vite. Alors qu’elle allait reprendre son analyse du bois, Chelsea l’interpella.

- Hé, Tal, viens voir ça...

Crystal jeta un coup d’œil à son amie qui observait méticuleusement la stèle de pierre qui paraissait trôner au fond de la salle, dont les rayons de Lune l’éclairait en partie. Crystal se dirigea vers son amie dont l’attention était fixée sur le texte écrit en écriture runique. Encore.

- Alors qu’est-ce que ça dit ?

- Je ne suis pas sûre... Mais selon ce texte, l’être qui a été enfermé ici devait y demeurer pour l’éternité. Je me demande si c'était une bonne idée d’ouvrir ce truc. Le ton de Pavlova soulevait un certain effroi que Crystal ne remarqua pas, trop concentrée sur les dires de son amie pâle.

- D’habitude c’est moi la sceptique et c’est toi, la surexcitée. Réjouis-toi, on est dans ton pays natal.

- Oui, bah, ce pays natal me rappelle les choses dont je n’ai pas forcément envie de ressasser. Ce sont les heures les plus sombres de notre Histoire. On ne s'en prend plus aux êtres humains depuis plusieurs siècles, comme vous, et tu le sais très bien.

Le ton de Chelsea devient soudain plus sombre, comme si les évènements du passé de sa famille refaisaient surface. Crystal détendit l'atmosphère.

- Oui, c'est vrai que nous, on vit aux Etats-Unis. Ils ont presque tous une arme à feu sur eux. Ce serait devenu dangereux pour nous de s'en prendre à eux.

- Tu sais que ce n'est pas à cause ça. C'est un code d'éthique établit depuis le XVIII° d'un accord commun entre vous et nous.

- Oui, je sais, je plaisantais. Je trouvais l'atmosphère un peu tendue.

Chelsea lui sourit tandis qu’un coup de vent très rapide et d’une froideur rude souleva leurs longs cheveux. Cependant, les deux jeunes femmes n’y prêtèrent nullement attention et préférèrent focaliser cette dernière sur le texte.

- Du coup ? Qu’est-ce qu’on fait ?

- Je ne sais pas... On a découvert un corps dans un tombeau qui a dû coûter extrêmement cher et...

Chelsea s’interrompit car son regard était fixé sur le bout de bois que tenait Crystal.

- Je peux savoir pourquoi tu tiens un pieux ? Tout l’étonnement du monde était dans cette simple phrase.

- C’était planté dans le type, dans le sarcophage.

- Et toi, quand tu vois un type mort avec un pieux dans le cœur, ta première réaction est de le retirer ?

Crystal détourna le regard pour le placer sur les parois où un ruissèlement d’eau continuer à filtrer à travers les fêlures extérieures de la grotte.

- Je rêve...

Chelsea semblait scandalisée, mais en même temps, sarcastique.

- Si on a un problème avec ça, c’est toi qui expliqueras aux autorités locales pourquoi on se balade avec un pieux qui... a des traces de sang ?

- Quoi ?! Le mot se répercuta en écho dans l’immensité de la cavité rocheuse.

- Si, regardes. Je l’ai senti.

L’effarement passé, Crystal regarda le pieux et effectivement, des gouttes de sang d’un rouge très sombre tombaient par intermittence sur le sol marbré, formant une minuscule flaque de sang. Des plus petites partaient du cercueil pour former le chemin parcouru par Crystal.

- Je ne l’avais pas remarqué... Mais c’est peut-être moi. Dit Crystal, avec un soupçon de culpabilité.

- Comment ça « c’est peut-être » toi ?

- Ben, en voulant analyser le pieux, je me suis piquée le doigt. Et, une goute est peut-être tombée dans le cercueil.

Chelsea ouvrit grand la bouche pour ensuite paraitre effarée.

- C’est une blague ? Tu sais que s’il y a des fouilles archéologiques ici, et qu’on retrouve ton ADN, on pourrait t’accuser de pillage de tombe ?

- Mais j’ai rien volé !

- Peut-être, mais tu crois vraiment que les gouvernements en ont quelque chose à faire ?

Chelsea semblait vraiment inquiète. Crystal baissa le regard en marmonnant un « excuse-moi » à peine audible, si on a pas une super ouïe. Alors que le soupir de son amie exprime ses pensées, de la poussière tomba du plafond, faisant se retourner les deux filles. Elles scrutèrent la caverne pour tenter de repérer la cause, mais, en réponse, d’autres amas de poussière, accompagné de petits cailloux chutèrent également. Crystal n’était pas rassurée, quant à Chelsea, elle observait les alentours avec inquiétude.

- On devrait s’en aller, non ?

- Très bonne idée...

La réponse de Chelsea fut rapide mais raisonnée. Elles traversèrent prudemment la grotte, mais, en passant devant le tombeau ouvert, Crystal s’immobilisa en inspectant l’intérieur.

- Che... Chelsea...

- Quoi ? On doit sortir d’ici. Il se fait tard. C’est presque minuit.

Cependant, son amie ne bougea pas et demeura les yeux rivés sur la sépulture. Chelsea secoua la tête puis se rapprocha d’elle.

- Qu’est-ce que tu fous ? On doit... s’en aller...

En s’approchant de Crystal, Chelsea avait fait la même constatation que son amie. À l’intérieur du cercueil de pierre, là où se trouvait le corps mort en décomposition, il n’y avait plus rien. Un espace vide remplissait désormais le sépulcre rocheux. La terre semblait retournée, tandis que l’atmosphère générale des lieux était plus oppressante et sinistre, elle paraissait presque tendue.

- Je rigole pas, Tal, on devrait vraiment foutre le camp d’ici...

Crystal hocha imperceptiblement la tête, dans un mouvement lent, puis elles se dirigèrent vers la grille qu’elles franchirent. Néanmoins, Chelsea eu l’idée de fermer la grille.

- Et à quoi ça va servir ?

- On sait jamais. Que le truc qui se trouvait là-dedans revienne...

- T’exagères... Si ça se trouve, c’est seulement le contact avec l’oxygène qui l’a transformé en poussière. Rien de plus simple. Explication rationnelle.

Chelsea haussa un sourcil, témoignant de son scepticisme.

- Sérieusement, Tal ? Après tout ce qu’on a vécu, le fait que je sois un Vampire avec qui tu vis en colocation depuis la première année de fac et le fait que tu soies toi-même un Loup-Garou, tu penses encore que les choses inexplicables ont toujours une explication rationnelle ?

- Je reconnais que parfois, les choses étranges n’ont pas toujours une explication que la science peut expliquer et que parfois, cela relève du domaine de ce que tu appelles : Magie.

- Au moins, tu reconnais que le Monde dans lequel nous vivons à une dimension surnaturelle.

- Exactement ! Mais maintenant, on peut s’en aller ? J’ai pas envie de trainer ici... Cet endroit me file la chair de poule.

Chelsea ne démentit pas les propos de Crystal et avança dans le corridor dont le feu brûlé toujours dans les torches suspendues. Les filles filèrent, quasiment en courant, vers l’escalier alors que les flammes s’éteignaient les unes après les autres dès qu’elles en dépassaient une. Elles arrivèrent enfin à l’escalier pour grimper les marches quatre à quatre et retrouver la crypte. Chelsea, étant la première, ouvrit vivement la porte et entra dans la pièce étroite, suivie par son amie. Cependant, au moment où Crystal allait rabattre la porte pour condamner l’accès à l’étrange caverne, une sorte de rugissement retentit en bas des marches et semblait émaner de la grotte. Ce grognement paraissait provenir d’une bête sortie des entrailles de l’Enfer. Chelsea regarda Crystal en attendant l’explication qu’elle allait bien pouvoir trouver.

- Ça doit être le vent. Dans les vieux châteaux comme celui-ci, il y a des infiltrations d’air.

- Mais bien sûr... C’est connu, dans les vieilles demeures médiévales, le vent ressemble à des rugissements de bêtes féroces.

Le ton employait par Chelsea était empli de sarcasme et il aurait fallu être sourd pour affirmer le contraire. En tout cas, les deux filles quittèrent la crypte et se retrouvèrent dans la cour du Château de Bran, où le croissant de Lune brillait d’une faible lumière en raison des nuages, annonçant un orage. Les deux jeunes femmes reprirent leur voiture de location, une berline de marque Mercedes, puis Chelsea démarra pendant que Crystal observait le pieux. Alors qu’elles quittaient la cour de la forteresse médiévale pour emprunter la route tortueuse, pendant un court instant, Crystal aperçut quelque chose sur une des tours. Elle crut apercevoir une sombre silhouette accrochée à l’une des nombreuses tourelles. Se frottant les yeux, elle regarda avec plus d’attention dans le rétroviseur puisque la voiture s’éloignait déjà du Château. Cependant, quand elle regarda à nouveau, il n’y avait rien. Seulement les tuiles du toit d’une des hautes tours de la demeure qui rétrécissaient peu à peu, à mesure que la voiture avançait sur la départementale. Crystal souffla.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Je croyais avoir vu... Non, rien. Mon imagination a dû me jouer des tours. Accélère un peu, fichons le camp d'ici.

Chelsea sembla peu convaincue par cette réponse évasive mais s’en contenta. Elle prit la direction de l’autoroute, après avoir mis son clignotant tandis que le temps se gâtait.

- On va se taper un violent orage, vue la gueule du ciel.

Même si Chelsea commentait le temps de dehors, elle gardait les yeux fixés sur la route bétonnée.

- Cela ne m’étonnerait pas... Ils ont annoncé à la radio locale qu’un orage allait éclater en fin de soirée. Enfin, selon ta traduction.

- Hé ! Ça fait peut-être 1 siècle que je ne suis pas venue en Transylvanie, mais je sais toujours parler et traduire le Roumain.

Crystal eut un sourire puis se concentra sur une analyse plus poussée du pieux, maintenant que la lumière était plus abondante. Sur le sommet du bois, trois lettres gravées en or massif était incrustées : « A.V.H. ». Traçage fin et soigné, dans une écriture ancienne. Cependant, Crystal reconnut ce que signifiaient ces deux lettres.

- Incroyable...

- Quoi ? Ne me dit pas que ce pieux est en plastique et sort du premier magasin du coin.

- Non, non... C’est même tout le contraire. Ce pieux est authentique. Vu la couleur foncée du bois, je dirais qu’il s’agit... Elle scruta le bois d’une couleur noire. D’ébène. Cela doit sûrement être de l’ébène. Ensuite, je dirais qu’il date du... XIX° siècle, au moins. Mais, ce qui est encore plus incroyable et... quasi improbable, c’est qu’il y a les initiales de mon ancêtre inscrites sur le pommeau du pieux

- Comment ça « les initiales de ton ancêtres » ?

- Oui. Il y a les initiales d’Abraham Van Helsing, mon ancêtre chasseur de Vampires. C’est... fantastique de retrouver un prestige du passé de ma famille. En plus, je ne sais presque rien sur lui.

Crystal examina le pieux avec attention puis Chelsea prit la parole après un temps de réflexion.

- T’es au courant du pourquoi Abraham Van Helsing est aussi connu, rassure-moi ?

- Oui, pour avoir tué Dracula. Une légende.

- Ouais, enfin, je te rappelle tout de même que je suis une VAM-PIRE.

- Mais tu es différente des autres. À commencer par ton régime alimentaire. Tu digères pas le sang humain.

- Pas ma faute... Le sang humain me donne des brûlures d’estomac et me cause des vomissements. Sinon, pour en revenir au plus célèbre des Vampires, tu es sûre que ce n’est qu’un mythe de ta famille ? Car même moi, j’en ai entendu parler.

- Pavlova Vaskov, tu es originaire de Transylvanie, région où est issu le mythe de Dracula... normal que tu le connaisses ! C’est le Vampire le plus célèbre de la fiction vampirique.

Chelsea s’engagea enfin sur l’autoroute, déserte, et jeta un coup d’œil au cadran qui affichait 1h du matin. Tard, se dit la Vampire. Pendant que les minutes défilaient, la fatigue apparut chez sa passagère canine qui bâilla pour posa sa tête contre la vitre et s’endormit. En revanche, Chelsea, elle, ne ressentait aucun épuisement, au contraire, elle se sentait dans une forme olympique.

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