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Les cris, les pleurs, les appels désespérés... tout se brouille autour de lui. Le monde continue de tourner, mais son propre univers est suspendu à un souffle, à une prunelle close, à un battement incertain. Il ne voit plus rien, n'entend plus rien, à part le silence assourdissant de celle qu'il aime. Qui est inerte et étendue dans son propre sang.
Son regard s'accroche désespérément au visage de sa femme. Elle semble dormir... mais ce n'est pas un sommeil doux. C'est un calme qui effraie, une paix qui hurle l'urgence.
Des souvenirs affluent en vrac, comme des lucioles dans l'obscuritĂ©. Leurs dĂ©buts explosifs allant de cette altercation en cette soirĂ©e de rĂ©veillon Ă la tolĂ©rance dont elle fait preuve dans son espace, au moment de l'hospitalisation de Marisa, leur fille. Le voyage qu'il lui a offert en secret Ă travers les yeux de son frĂšre. Au cours duquel il a Ă©tĂ©, tĂ©moin dissimulĂ© de ses moments fous passĂ©s avec ses amis. De leur deuxiĂšme baisĂ© qu'elle lui a rendu et qui l'a liĂ© Ă elle bien plus qu'il ne l'admettait jamais. Le week-end oĂč elle lui a montrĂ© une autre Ăditia... plus douce, plus libre, plus ouverte. De leurs rires partagĂ©s, de leur promenade au bord du lac et ce dĂźner sous les Ă©toiles... Tous ces fragments prĂ©cieux, menacĂ©s aujourd'hui de sombrer dans le nĂ©ant.
Il serre sa main glacée, comme pour la retenir de glisser vers un ailleurs qu'il n'oserait nommer. Sa gorge se serre.
â Ne me l'enlĂšve pas... je t'en supplie... pas elle... pas maintenant...
Il Ă©touffe un gĂ©missement d'impuissance d'oĂč un murmure Ă©tranglĂ©, offert au vent, Ă l'Ătre lĂ -haut, aux murs Ă quiconque pourrait entendre sa supplique.
Chaque battement de son cĆur est une imploration muette et il espĂšre ĂȘtre entendu.
Puis soudainement, une voix fend la brume.
â Bro, reviens parmi nous et amenons la de suite Ă l'hĂŽpital avant qu'il ne soit vraiment trop tard pour de vrai...
Une faille dans l'obscurité. Un espoir infime qu'il soit, vient briser ses pensées éteintes mais qu'il saisit à pleines mains.
â Je veux encore y croire, mon amour... s'il te plaĂźt, reviens-moi.
MalgrĂ© la douleur et l'incertitude, il y avait un amour indĂ©fectible qui transparaissait dans ses gestes. Il effleure son front d'un geste tremblant, l'essuie comme s'il pouvait balayer la mort elle-mĂȘme. Dans ce geste, il y a tout : l'amour, la peur, le refus, la rage. Il se tient lĂ , Ă la lisiĂšre de l'inacceptable.
L'espoir tanguait comme une flamme vacillante, mais il refusait de le voir s'éteindre. Car tant qu'il y avait de l'amour, il y avait de l'espoir.
Et s'il doit hurler, supplier, saigner, prier, il le fera. Car tant que son cĆur battra pour elle, il se dressera contre le destin lui-mĂȘme.
â Accroche-toi, bĂ©bĂ©... je t'en conjure.
Et dans cette scĂšne suspendue entre la vie et l'abĂźme, se joue le destin d'un amour plus fort que la fin elle-mĂȘme...