Chapitre 1
ROSALIE
Mes paupières collent, lourdes comme du plomb, et quand je les force à s’ouvrir, une lumière crue me poignarde les yeux, un éclat jaune qui vacille au-dessus de moi, filtrant à travers un abat-jour jauni, taché de brûlures.
Je cligne, la gorge sèche, un goût âcre sur la langue – chimique, métallique, comme si j’avais sucé une pile rouillée. Mes doigts tressaillent, cherchant quelque chose à agripper, et ils accrochent un tissu rêche, une couverture usée qui râpe ma peau, jetée sur un matelas fin qui pue la sueur rance et la poussière. Je suis sur un lit, un truc bancal qui grince sous mon poids, pas le lit stérile du SSR, pas mon fauteuil, pas la maison des grands-parents de Léo.
Mon cœur cogne, un coup sourd qui secoue mes côtes, et je force mon corps à réagir, à comprendre, mais mes jambes – ces saloperies mortes – restent inertes, un poids inutile qui me cloue là, qui me hurle que je suis coincée, prisonnière d’un corps qui me lâche encore.
Plus rien ne tremble, rien ne bouge sous mes hanches. C’est le vide, un silence qui me glace plus que la pièce elle-même.
Je tourne la tête, un effort qui tire sur mes cervicales, une douleur qui me vrille le cou, et la pièce se dessine autour de moi, floue d’abord, puis trop nette, trop familière dans son chaos.
Des murs tapissés d’un papier peint décollé, jauni, déchiré par endroits, révélant des plaques de plâtre tachées de moisissure. Un sol en bois usé, rayé, jonché de poussière, de mégots écrasés, d’un verre renversé qui traîne dans un coin.
Une chaise bancale, en bois sombre, est poussée contre un mur, et une porte fermée, en bois massif, me fixe, son vernis écaillé laissant voir des entailles, comme si quelqu’un avait cogné dessus, désespéré.
Une fenêtre, unique, aux carreaux sales, laisse filtrer une lumière grise à travers des rideaux déchirés, un jour terne qui éclaire à peine. L’odeur est lourde, un mélange de bois pourri, de tabac froid et d’humidité qui me prend à la gorge, qui me donne envie de cracher. Mon fauteuil a disparu, envolé, et avec lui, le peu de liberté que j’avais arrachée ces derniers mois – ces heures à pousser mes bras jusqu’à l’épuisement, à me prouver que j’étais pas finie. Ils m’ont jetée ici, sur ce lit pourri, comme un déchet qu’on abandonne, et une sueur froide coule dans mon dos, trempe le tissu fin de mon pull, me glace la peau.
Mes mains tâtonnent, lentes, maladroites, cherchant une arme, un indice, n’importe quoi pour reprendre le contrôle, et mes doigts frôlent ma cuisse, s’arrêtent sur une douleur vive, un point précis qui pulse sous le tissu déchiré de mon jogging. Je baisse les yeux, force ma vue à percer le brouillard qui m’embrouille, et je vois – une marque rouge, une piqûre encore fraîche, bordée d’un hématome qui s’étale comme une tache d’encre noire. La seringue. Le souvenir me revient en éclats, des flashes qui me cognent le crâne – la maison des grands-parents, le porche qui craque sous les roues, l’ombre qui bouge trop vite, le tissu sur ma bouche, ce goût âcre qui m’étouffe, le froid qui me vole mes forces. “Léo sera content,” qu’il a grogné, ce Russe, sa voix roulant sur les “r” comme un grondement de bête. Ils m’ont chopée, droguée, traînée ici, loin de cette ruine au bout de la ville, loin de mes flingues, loin de Yann.
Mon souffle s’accélère, un râle qui râpe ma gorge sèche, et je serre les poings, mes ongles s’enfonçant dans mes paumes jusqu’à ce que la douleur me ramène, me tienne éveillée, me rappelle que je suis encore là, encore vivante.
Où je suis ? Pas la maison des grands-parents, ça, c’est sûr – j’y suis allée pour le piéger, pour le prendre à revers, pas pour me faire avoir comme une conne.
Une maison, ouais, mais pas une que je connais.
Les murs, le bois, l’odeur – ça sent le vieux, l’abandon, un endroit qu’on laisse pourrir, un squat ou une planque.
Mes yeux balaient la pièce encore, fouillent les coins sombres, cherchent un détail, un bruit, et j’entends – un craquement léger, comme des pas sur un plancher usé, et un murmure, étouffé, qui filtre à travers le mur, une voix grave, trop basse pour capter les mots, mais cet accent roule, ce “r” qui cogne, qui me ramène à ce salaud dans l’ombre.
Les Russes.
Kostya, peut-être, ou ses chiens.
Et Léo ?
Il est là, quelque part, à tirer les ficelles, à jubiler pendant que je pourris ici, pendant que Yann…
Yann.
Son nom me percute, un coup dans le ventre, et une vague de panique me submerge, un cri que je retiens, qui s’étrangle dans ma poitrine.
Les photos qu’il m’a envoyées – Yann dans le métro, les côtes bandées, le visage tuméfié ; Yann sur les docks, un couteau à la main, traqué par une ombre massive – puis la photo de mes parents, de ma sœur poussant Dorothée sur une balançoire dans un parc, tout ça défilent dans ma tête, un film d’horreur qui tourne en boucle, qui me lacère.
Quatre jours, qu’il a dit, Léo, quatre jours pour me plier ou Yann crève.
Mais combien de temps j’ai dormi ?
Combien de temps ils m’ont laissée dans ce coffre, dans ce noir absolu, avant de me balancer ici ?
Mes pensées s’emmêlent, un chaos qui me cogne les tempes, et je revois ma nièce Dorothée, ses boucles blondes, son rire, mes parents, leur maison silencieuse – tous si loin, si fragiles, si exposés si Léo décide de frapper plus fort.
Une chaleur acide monte, une rage qui me brûle les veines, et je grogne, un son rauque qui déchire le silence, qui me ramène à moi.
Je force mes bras, mes muscles hurlant sous l’effort, une douleur qui me vrille les épaules, et je me redresse à moitié, mes mains plantées dans le matelas mou, un truc qui s’effrite sous mes doigts comme du carton humide.
La pièce tangue, un vertige qui me cogne, un brouillard qui me fait vaciller, mais je tiens, je refuse de retomber, de céder.
Mes yeux tombent sur un coin du lit, là où la couverture s’est relevée – une tache sombre, ancienne, incrustée dans le tissu, un brun qui pue la mort, qui me glace le sang.
Quelqu’un d’autre a été ici, quelqu’un qu’ils ont brisé, peut-être tué, et maintenant, c’est mon tour. Mais je suis pas comme eux.
Je suis pas une victime qui attend, qui pleure, qui supplie. Je suis Rosalie, ex-flic, emmerdeuse, et Léo va le sentir passer, même si je dois ramper pour lui arracher la gorge avec mes dents.
Un bruit me coupe, un craquement sec, le plancher qui gémit, et la porte tremble, un grincement qui résonne dans la pièce comme un cri étouffé. Une ombre se dessine dans l’encadrement, massive, une silhouette qui bloque la lumière, qui avale l’espace, et une voix gronde, basse, froide, cet accent qui me hérisse encore, qui me ramène à la seringue, au coffre.
“Debout, salope. Il veut te voir.”
Mon cœur s’arrête, un bloc de glace dans ma poitrine, et je fixe cette ombre, mes poings serrés, ma rage bouillonnant sous la peur.
Il.
Léo ?
Kostya ?
Quelqu’un d’autre ?
Mes pensées s’emmêlent, un chaos qui me cogne le crâne, mais je relève le menton, un défi muet dans les yeux, et je ricane, un rire sec qui râpe ma gorge.
— Debout ? je lâche, ma voix rauque, tremblante de mépris. Connard, on t’a pas dit que je marchais pas ?
L’ombre s’avance, une armoire à glace, un colosse au visage buriné, des yeux plissés sous une tignasse grasse, et mon “connard” le fait tiquer.
Sa main part, rapide, un revers qui me claque la joue, une brûlure qui m’allonge plus vite que je me suis redressée, ma tête heurtant le matelas dans un choc sourd.
Des étoiles explosent dans mes yeux, une douleur qui pulse, mais je serre les dents, refusant de gémir, de lui donner ça.
Une autre voix s’élève, plus aiguë, nerveuse, venant de derrière lui.
— Hé, mec, attends, elle a raison, elle marche pas, la fille !
Le colosse se fige, me toise, ses yeux plissés comme s’il jaugeait une bête curieuse, et un rictus tord sa bouche.
— Un handicapé, pff, grogne-t-il, un mépris qui me cogne plus fort que sa main.
Il s’approche encore, ses grosses paluches m’attrapant sous les bras, et il me tire, sans douceur, comme un sac de viande.
La douleur me déchire l’épaule, un cri m’échappe, un son brut que je peux pas retenir, mais ça lui fait rien .
Il s’en fout, il ricane, un rire gras qui me donne envie de lui cracher au visage.
Il me balance sur son épaule, mon corps pendant comme un vulgaire tas de linge, mes jambes mortes battant dans le vide, ma tête cognant contre son dos massif.
Je me débats pas – pas encore.
Ça sert à rien.
Pas maintenant.
Pas avec mes forces qui s’effritent.
Pas avec ce vertige qui me colle encore.
Je le laisse m’emmener, mes yeux fouillant l’obscurité qui défile, cherchant un indice, une issue, pendant qu’il me traîne vers mon ennemi, vers celui qui m’attend.
Le couloir est étroit, un boyau de bois sombre, des murs tapissés qui s’effritent, une odeur de moisi qui s’épaissit à chaque pas.
Une lumière faible filtre par une porte entrouverte, un éclat qui danse sur un parquet rayé, et j’entends des voix, des murmures qui montent, un grondement russe qui s’entremêle à une voix plus nette, plus tranchante – Léo.
Le colosse pousse la porte d’un coup d’épaule, et la pièce s’ouvre devant moi, une grande salle délabrée, un salon peut-être, avec un canapé éventré, des rideaux pendants, une table basse couverte de cendriers pleins et de bouteilles vides.
Une cheminée morte trône dans un coin, noircie, silencieuse, et la lumière du jour perce à travers une baie vitrée fissurée, jetant des ombres tordues sur le sol.
On est dans une maison, une baraque abandonnée, loin de la ville, loin de tout.
Il me lâche sans ménagement, et je tombe, un choc qui me coupe le souffle, mes hanches heurtant le bois dur, un grognement rauque m’échappant.
Je me redresse sur les coudes, la douleur irradiant dans mes bras, et je lève les yeux.
Une silhouette s’avance, grande, blonde, un costard froissé mais toujours trop propre pour cet endroit, et je le reconnais avant même qu’il parle – Léo.
Ses yeux bleus brillent, un éclat tordu, un mélange de triomphe et de haine, et un sourire étire ses lèvres, un rictus qui me donne envie de lui arracher la gueule.
Il s’arrête à deux mètres, me toise, les mains dans les poches, comme un roi qui regarde un chien crevé.
— T’as mis le temps, Rosalie, dit-il, sa voix basse, un venin qui coule dans chaque mot. T’as cru que tu pouvais me la faire à l’envers, hein ? La maison des grands-parents, malin. Mais t’es pas assez maligne. T’es à moi, maintenant. Et je ne te relacherais pas !
Je ricane, un son rauque qui me déchire la gorge, et je crache par terre, un défi muet qui le fait tiquer.
— À toi ? je lâche, ma voix tremblante mais dure. T’es rien, Léo. Un minable qui joue les grands avec des Russes derrière lui. T’as besoin de moi droguée, clouée, pour te sentir fort ? Pathétique. Tu ne vas plus me largué le jour de mon anniversaire
Son sourire vacille, une fissure dans son masque, et il fait un pas de plus, ses chaussures claquant sur le bois usé.
— Pathétique ? Peut-être. Mais toi, t’es finie. Et Yann… il va morfler à cause de toi. Je l’ai dans le viseur, Rosie. Il croit qu’il peut me prendre ce qui est à moi, me faire chier, me voler ma place, mais il va payer. Et toi, t’es ma monnaie ma vengeance personnel... amis d'enfance , ca se trouve tu le baisais alors que nous étions ensemble ! ce salaud de Yann !
Yann. son nom me procure une sueur froide qui coule sur ma nuque.
Il veut le faire enrager, le briser en me reprenant, en me gardant.
Mes poings se serrent, mes ongles s’enfonçant dans mes paumes, et je le fixe, ma rage bouillonnant, un feu qui refuse de s’éteindre.
Il se penche, son visage à quelques centimètres du mien, son souffle chaud sur ma peau, et il murmure, un rictus dans la voix.
— Tu restes avec moi, Rosalie. De nouveau. Comme avant. Tu redeviens mienne, ou je les tue – Yann, ta nièce, tes vieux. Tous. T’as plus le choix. j'aurais pas du te quitter, si j'avais sur comment ce chien tenais a toi... alors tu le baisais déjà ?
Un frisson me glace, une lame qui me traverse, et mes yeux s’écarquillent, un instant, avant que la rage reprenne le dessus. Dorothée, mes parents – il ose les mêler à ça, les mettre dans sa ligne de mire.
Je grogne, un son guttural qui monte de ma gorge, et je crache encore, un glaviot qui frôle ses chaussures.
— Tu touches à un seul d’eux, et je te fais bouffer tes dents, Léo. T’es pas un homme, t’es une merde jalouse.
Il ricane, un rire froid qui résonne dans la pièce, et il se redresse, jetant un regard par-dessus son épaule. Le colosse est là, près de la porte, un flingue glissé dans sa ceinture, et une autre ombre bouge, plus fine, un type nerveux qui triture un couteau. Léo claque des doigts, un geste sec, et le colosse s’avance, m’attrapant et me soulevant comme un poids mort. Je grogne, ma voix rauque, brisée.
— Lâche-moi, fils de pute !
Il m’ignore, me traîne vers un coin de la pièce, un canapé où il me balance sans douceur, mon dort heurte l'accoudoir et j'en ai le souffel qui se coupe
. Léo s’approche, tire une chaise, s’assoit face à moi, ses jambes croisées, un roi sur son trône pourri.
— T’as jusqu’à ce soir pour te décider, Rosie. Tu restes, ou ils crèvent. Et crois moi, j’ai les moyens. Kostya s’en fout, tant que je paye. Réfléchis bien. Et si tu fais le bon choix, pas d'entourloupe. on se mariera , c'est bien ce que tu voulais !
-pas toi vu comment tu m'a abandonné comme une merde ! meme quand j'était en rééducation, tu ne venais pas
-les affaires avant tout !Mais tu n'auras plus a m'attendre, je vais te garder auprès de moi .
Il se lève, tourne les talons, et disparaît par une porte au fond, ses pas s’effaçant dans un escalier qui craque. Le colosse reste, me fixe, un rictus sur son visage buriné, et le type au couteau ricane, un son aigu qui me hérisse. Mes pensées s’emmêlent, un chaos de rage et de peur, et une question me lacère, un hurlement muet qui cogne dans ma tête alors que je fixe ce canapé, ce piège, ce choix impossible : est-ce que je peux le laisser gagner sans tout perdre ?









quel salopard...🤬
pour une fois je soutiens Léo il a le droit de faire ce qu'il veut d'elle. a quoi elle pensait quand elle se jetais seul dans celle folie?