Chapitre 1 : Le Rapport Interdit
La pluie battait sur les fenêtres de la petite maison au bout de la rue principale de Péradoc, un village reculé, noyé dans le brouillard de l’histoire. C’est dans cet endroit oublié de tous que Karstein est né, un être dont la simple mention pouvait glacer le sang, un nom sur lequel les plus vieux refusaient de prononcer des mots. Ils parlaient de lui comme d’un spectre, un fantôme que l’on croyait disparu depuis des décennies.
L’enfance de Karstein n’a rien de ce que l’on pourrait appeler “normal”. Il était né un 13 octobre, un jour marqué par la lune rouge, selon les anciens du village. Dès sa naissance, une étrange rumeur courait parmi les villageois : ses yeux, noirs comme la nuit, fixaient ceux qui s’en approchaient comme s’il avait vu des choses que même les hommes ne pouvaient comprendre.
Les premières années de sa vie furent marquées par des événements bizarres. Son père, un homme taciturne et étrange, disait rarement un mot. Sa mère, une silhouette fragile, semblait toujours perdue dans ses pensées. Mais ce n’était pas cela qui effrayait le plus les voisins, c’était les bruits provenant de leur maison la nuit. Des bruits d’objets qui tombaient, des murmures, parfois même des rires qui semblaient sortir du fond de l’obscurité. On racontait que, lorsqu’il était bébé, Karstein ne pleurait jamais. Au contraire, il observait les ombres dans la pièce comme si elles lui parlaient, comme si elles l’appelaient.
L’école, si l’on pouvait appeler cela ainsi, n’était pas une aventure joyeuse pour Karstein. Là-bas, ses yeux noirs étaient un sujet de moqueries. Il ne se liait à aucun enfant, préférant la solitude des bois aux regards malveillants des autres. Mais ce qu’ils ignoraient, c’est que l’esprit de Karstein n’était pas comme celui des autres enfants. Tandis que les autres jouaient et riaient, lui observait, réfléchissait à des choses que l’esprit humain ne devrait jamais connaître.
L’un des premiers incidents qui marqua sa jeunesse se produisit à l’âge de six ans. Un jour, alors qu’il se promenait dans la forêt, il revint avec un sourire étrange, tenant dans ses mains une poupée en bois. La poupée n’était pas comme les autres. Elle était sculptée avec une précision étrange, presque surnaturelle, et ses yeux étaient d’un noir profond, semblable à ceux de Karstein. Les enfants du village, curieux mais aussi effrayés, commencèrent à l’appeler “le petit monstre”. Personne ne savait à ce moment-là que cette poupée deviendrait un symbole, un objet lié à la terreur qui suivrait Karstein jusqu’à ses derniers jours.
Ses parents, toujours plus distants, se contentaient de regarder sans rien dire. La mère de Karstein se contentait de lui offrir un regard vide chaque soir, comme si elle attendait que quelque chose se produise. Le père, lui, ne faisait qu’observer, parfois avec une lueur de regret dans les yeux, mais jamais il n’intervenait.
Les voisins, eux, commençaient à murmurer entre eux : "Un enfant né sous la lune rouge ne peut qu’être destiné à la malédiction." Et peu à peu, ils s’éloignaient, voyant en lui une menace. Mais personne n’osait vraiment l’affronter, car tout le monde savait que Karstein n’était pas un enfant comme les autres. Chaque regard porté sur lui était un regard empreint de crainte.
La maison, déjà isolée du monde, semblait encore plus sombre chaque jour. La lumière du jour semblait s’y éclipser chaque fois que Karstein franchissait le seuil. Et alors que l’horreur montait en lui, se nourrissant de solitude et de terreur, une question flottait : Qu'est-ce qui pouvait bien naître dans l'âme d'un enfant qui n’a jamais connu d’amour ?
Dans cette maison au fond du monde, un monstre était en train de se forger. Et personne ne savait encore à quel point il serait difficile de l'arrêter.








