La Rose du Don

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Résumé

Mia Caruso a passé sa vie dans l'ombre des obligations familiales et de la brutalité. Mais lorsqu'elle se retrouve traînée de Philadelphia jusqu'en Sicily pour épouser un homme quatre fois plus âgé qu'elle, le salut lui vient d'une source improbable : l'impitoyable Don de la mafia, Dante Falcone. Cependant, Don Dante n'est pas l'homme qu'il semble être au premier abord, surtout lorsque la douce Mia capture son cœur, et ce qui avait commencé comme un plan de vengeance se transforme bientôt en quelque chose de très différent… le véritable amour.

Genre :
Romance
Auteur :
Helena Thomas
Statut :
Terminé
Chapitres :
67
Rating
5.0 82 avis
Classification par âge :
18+

Chapitre 1 : La mariée


— Mia —

— Palerme, Sicile —



Les yeux fixés sur le miroir de la coiffeuse, je termine de mettre mon rouge à lèvres rose poudré. Je me rassieds en poussant un long soupir.

Parce que si une mariée est censée être aux anges le jour J, ce mariage-là, moi, je n’en veux pas.

Et ce n’est pas l’argent, la dentelle de luxe ou les robes de créateur qui me feront changer d’avis.

Je m'apprête à épouser un homme qui a 50 ans de plus que moi. Il n’a rien d’un « silver fox » à la George Clooney.

Il ressemble plutôt à George Washington.

Et encore, c’est gentil pour mon futur mari, et insultant pour le Père Fondateur.

Je ferme les yeux et je respire un grand coup. J'essaie de calmer l’envie de vomir qui me tord le ventre quand je pense à ce qui m’attend.

Je ne l’ai vu qu’une fois, et il a déjà essayé de me peloter. Ce type, c’était Monsieur Chatouille, et pour un vieux, il bouge sacrément vite...

« Arrête de froncer les sourcils, Mia. »

La voix de ma belle-mère me tire de mes pensées. Je lève les yeux et je vois son regard noir dans le miroir alors qu'elle termine de me coiffer.

Ses cheveux sont noirs, comme les miens. Mais les siens sont teints, beaucoup trop teints. Ils sont devenus secs et cassants, exactement comme elle.

« Tu vas avoir des rides », crache-t-elle.

Des rides ?! C’est ça que je suis censée craindre en ce moment ? Les plis sur mon visage ? Pas le parrain de la mafia sicilienne avec sa canne et sa carte de bus qui m'attend au bout de l'allée ? Il va sûrement devoir enlever son dentier avant le « vous pouvez embrasser la mariée » !

« Oh, pour l'amour de Dieu, Mia. Essuie cette larme avant que je ne t’en mette une. »

Elle siffle ces mots comme un serpent en me fourrant un mouchoir dans la main. À la porte, le garde du corps de mon futur mari hausse un sourcil.

« Il y a un problème ? » grogne-t-il avec un accent sicilien à couper le couteau.

« Non, non, ce sont des larmes de joie », insiste-t-elle avec un sourire forcé. « Elle est très impatiente de se marier, n'est-ce pas, ma chérie ? »

Elle crache ce dernier mot entre ses dents serrées. J'avale ma salive pour essayer de cacher ma peur.

L'ombre de ce mariage forcé plane sur moi depuis toujours. Elle hante mes pas, mes nuits et mon âme, mais ça ne rend pas la réalité d'aujourd'hui plus facile à supporter.

Je suis la fille unique de Vittorio Caruso, un homme de main de la mafia sicilienne qui veut grimper les échelons. Je dois donc faire mon devoir pour la famille et épouser celui qu'on me désigne.

Et je sais trop bien que si je refuse, les conséquences seront terribles.

Je porte la main à mon flanc sans oser le toucher. Je grimace rien qu'au souvenir de la lame que mon propre père m'a plantée là, il n'y a pas si longtemps.

Mais il n'y a pas que ma vie qui est en jeu. Ça, je crois que je pourrais l'encaisser. Ce que je ne supporterais pas, c'est qu'il arrive quelque chose à mon petit frère.

Même si je n'ai que 21 ans, mon père a été clair quand j'ai essayé de m'enfuir. Si je disparais cette fois, mon futur mari nous tuera tous.

« Aïe... ! » je m'écrie en sursautant. Ma belle-mère vient de me pincer violemment sous l'aisselle.

« C’est vrai, ma chérrrrie ? »

Je croise son regard méchant dans la glace. Je me rends compte que j'étais partie dans mes pensées. Je retiens mes larmes, sachant qu'elles ne toucheront pas son cœur de pierre, et je force un sourire.

« Bien sûr, signora », lui dis-je. Mon accent de Philadelphie s'entend malgré ma voix douce. « Signore Ezra est un homme de grande réputation. Je suis honorée d'épouser un cadavre aussi respecté... »

Le garde écarquille les yeux de surprise avant de s'énerver. Ma belle-mère me fixe avec horreur.

« Capo... je veux dire... je voulais dire Capo ! » Je me dépêche de corriger mon lapsus, mais... « Aïe ! »

Elle m'enfonce une épingle à cheveux dans le cuir chevelu. Je baisse vite la tête. Le garde lève les yeux au ciel et renfrogne le visage. Je m'en veux d'être aussi stupide à cause du stress.

Il n'y a que moi pour gaffer comme ça.

« Cadavre ». Bravo Mia.

Je devrais pourtant faire attention.

« Capo » est le diminutif de « caporegime », l'élite d'un Don de la mafia. Ils sont juste après le Don et sa famille. Et malheureusement pour moi, mon père s'apprête à devenir l'un des Capos de Ricardo Grimaldi, le Don de la Sicile.

Enfin... je dis « Don de la Sicile », mais j'ai cru comprendre que le pouvoir des Grimaldi est contesté. L'autre famille de l'île, les Falcone, leur fait la guerre. C'est pour ça que mon père m'a ramenée de Philly maintenant. M'unir à l'un de ses futurs collègues renforce les alliances alors qu'un nouveau conflit couve.

Je ne sais pas exactement ce qui se passe. J'ai entendu parler d'un fils qui prendrait la relève ou qui se vengerait... Enfin, je ne sais plus trop, je n'arrivais pas à suivre pendant qu'Ezra-le-vieux-pervers me tripotait.

« Relève la tête », aboie ma belle-mère. Je prends une grande inspiration et j'obéis pour qu'elle puisse laquer mes cheveux. Je m'observe dans le miroir. Pour survivre dans cette famille, je lève le menton et j'essaie de voir le bon côté des choses.

Au moins, la guerre entre Grimaldi et Falcone a fait que mon père nous a envoyés, mon frère et moi, chez des cousins en Amérique quand nous étions petits.

Mon père me répète sans cesse que c'était uniquement pour qu'on lui soit utiles plus tard. Il n'y avait aucune trace d'amour là-dedans. Mais au moins, Tomaso et moi avons eu un semblant de vie « normale » avant... ça.

« Est-ce qu'elle est prête ? » lance le garde.

Ma belle-mère pose la laque et lui fait un signe de tête respectueux. « Sì, signore. »

Le garde ne me quitte pas des yeux. Il parle tout bas dans son oreillette pour transmettre l'info.

Il attend.

Il ignore les larmes qui brillent dans mes yeux quand il reçoit ses instructions. « Vous avez cinq minutes. »

Elle hoche à nouveau la tête avant qu'il ne sorte de la chambre. J'expire longuement pour essayer de garder mon sang-froid. Mais en me levant, je me plie en deux. Je me tiens le côté de douleur ; ma blessure au couteau n'est pas encore cicatrisée.

« Oh, tiens-toi droite, arrête de te vouter ! » râle ma belle-mère.

« J'essaie, mais... »

Elle m'attrape fermement les joues et me force à me redresser pour me hurler au visage : « Alors essaie plus fort, parce que tu t'en tires bien, ma fille ! »

Ses yeux se fixent sur mon flanc, là où elle a changé mon pansement il y a une heure. Elle a un rictus dégoûté. « Si ça n'avait tenu qu'à moi, ton père t'aurait fait bien plus qu'une entaille quand il t'a rattrapée. Vittorio et moi avons travaillé trop dur et risqué trop gros pour te voir tout gâcher. Alors, fais ton devoir sans te plaindre, petite bâtarde. Sinon, je te jure devant Dieu, Mia, que je te tue moi-même. »

Elle me serre les joues encore plus fort avant de me repousser. Je manque de tomber et je dois m'accrocher à la coiffeuse derrière moi. Les flacons de parfum et les pots de crème s'entrechoquent. Mais même tout le Chanel du monde ne pourrait masquer l'odeur de pourri de cette journée.

De tout cet arrangement.

De toute cette... famille.

Alors, avec le peu de dignité qu'il me reste, je ravale ma bile et je redresse le menton.

On frappe à la porte. Cela signifie que notre temps — mon temps — est écoulé. Ma belle-mère grogne et ramasse mon bouquet de lys blancs. C'est ma fleur préférée, mais dans le mauvais sens du terme. Elle me le plaque contre la poitrine. « On y va. »