Partie 1
La Savoie s’étend entre montagnes et vallées, avec ses paysages nets, presque découpés au couteau. Au printemps, la neige fond lentement sur les sommets. Elle reste accrochée en haut, sur les crêtes, tandis qu’en bas, l’herbe reprend sa place. Les pâturages se couvrent de vert vif, les arbres bourgeonnent, et les rivières grossissent avec l’eau de la fonte. Le ciel change souvent, parfois bleu éclatant, parfois couvert, toujours un peu imprévisible.
Sur les hauteurs, les villages restent calmes. Toits en lauze, façades de pierre, maisons serrées les unes contre les autres. On y vit discret, sans faire trop de bruit. Les habitants sont prudents, réservés, un peu méfiants. Mais ils se connaissent. Ici, chacun sait qui fait quoi, qui est malade, qui a changé de voiture. On ne parle pas beaucoup, mais on remarque tout. Les jeunes partent souvent en ville. Ceux qui restent vivent au rythme des saisons, des marchés, des routes qui se ferment en hiver et se rouvrent au printemps.
Plus bas, dans les vallées, les villes moyennes s’étalent. Zones artisanales, zones commerciales, rond-points, parkings, bâtiments récents aux murs blancs ou gris. Pas très beaux, pas très laids non plus. Pratiques, fonctionnels. La modernité s’est installée sans grand style, mais avec efficacité. On trouve tout ce qu’il faut : pharmacies, garages, écoles, stations-service, cabinets médicaux. Et des supermarchés, souvent plusieurs, un par enseigne ou presque.
Ce soir-là, il est 19h. C’est un samedi de printemps. Il fait nuit, comme souvent à cette heure-là quand le ciel est chargé. Depuis le matin, il pleut. Pas des averses, pas des orages, juste une pluie fine et continue, qui a recouvert tout le paysage d’une sorte de brume humide. Le bitume brille, les arbres dégoulinent. L’eau ruisselle doucement dans les caniveaux. On sent l’herbe mouillée, les feuilles trempées, la terre qui sature.
Sur la départementale, les voitures roulent lentement. Essuie-glaces en rythme, phares allumés. Les camions de livraison sont déjà repartis. Il reste les gens qui sortent du travail, ceux qui font une course en dernière minute, ceux qui prennent leur temps. Certains fument en voiture, fenêtre à moitié ouverte malgré la pluie. D’autres roulent sans bruit, musique douce ou radio allumée. Le rond-point menant à la zone commerciale est bordé de panneaux colorés, éclairés par les projecteurs et l’eau qui ruisselle sur leur surface.
Juste après, un parking, presque plein mais silencieux. Devant le supermarché à bas prix, les caddies s’entassent sous un abri métallique. L’enseigne est bien connue dans la région. Jaune et bleu, massive, visible depuis la route. C’est l’un de ces magasins où l’on trouve de tout, à prix réduit : vêtements, nourriture, produits d’entretien, jardinage, outils. Rien de très raffiné, mais tout ce qu’il faut pour vivre sans trop dépenser.
À cette heure, les clients ne traînent pas. La pluie les pousse à avancer vite. Certains courent, capuche sur la tête, sac plastique à la main. D’autres avancent à pas rapides, un sac de courses dans chaque bras. Le sol du parking est couvert de flaques, les pneus font des bruits d’eau. L’éclairage extérieur projette une lumière jaune pâle sur le bitume. Tout semble un peu flou, un peu sale, un peu triste.
Les portes automatiques s’ouvrent dans un souffle. À l’intérieur, il fait chaud. L’air est un peu lourd, chargé d’odeurs mêlées : pain de mie, viande emballée, lessive, plastique, fruits mûrs. La lumière est blanche, vive, sans nuance. Les rayons sont larges, droits, bien remplis. Les têtes de gondole affichent des promotions en rouge, des étiquettes avec des chiffres arrondis, des réductions à grands coups de pourcentages.
Quelques clients déambulent lentement, les yeux sur leur liste, ou simplement l’esprit ailleurs. Un couple discute à voix basse devant le rayon des surgelés. Une mère pousse un chariot avec deux enfants fatigués. Un homme seul compare les prix des paquets de pâtes. Les gestes sont lents, presque mécaniques. On prend, on repose, on hésite. On vérifie les prix, on regarde les dates. Il n’y a pas d’échange. Les regards ne se croisent pas souvent.
Les employés font leur travail en silence. Une jeune femme remet des boîtes sur une étagère. Un homme passe la serpillière dans une allée vide. Une caissière regarde son écran d’un air absent. Son badge indique son prénom, mais personne ne le lit. À la radio, une chanson commerciale tourne en boucle, noyée dans les annonces diffusées au micro : “N’oubliez pas notre promotion sur les yaourts bio, valable jusqu’à ce soir.”
Il est 19h15. La pluie ne faiblit pas. On l’entend sur le toit, en un clapotis régulier. Dehors, les lumières des voitures tracent des traits brillants sur les vitres. Les sacs se remplissent. Les clients passent en caisse, sans dire un mot, sauf pour un rapide “bonsoir” ou “merci”. On scanne, on paie, on part.
Personne ne le sait encore, mais ce soir-là, dans ce supermarché banal, quelque chose va basculer. Rien de spectaculaire. Juste un détail, un événement discret, invisible à ceux qui n’y prêtent pas attention. Mais ce détail va tout changer et marquer le début de mon histoire.









j'ai commencé a la lire est pour l'instant J'ADORE c'est super