Chapitre Un : Louer aujourd'hui, acheter demain
⁕Katrina⁕
Katrina Rosalyn Walsh observait le local commercial que son agente immobilière lui avait déniché quelques jours plus tôt. C'était autrefois un restaurant, mais il avait fermé ses portes il y a presque un an. Les anciens propriétaires l'avaient vendu, et les nouveaux avaient tenté de le transformer en librairie.
Ça n'avait pas marché. De nos jours, tout le monde lisait en ligne.
Qu'on ne se méprenne pas : elle adorait les livres papier. Mais c’était plus pratique de lire sur son téléphone. On n'a pas besoin de laisser la lumière allumée, et on peut facilement lire aux toilettes ou allongé dans son lit.
Katrina brûlait d'envie de redonner à cet endroit sa fonction première de restaurant.
« Est-ce qu’il te plaît ? »
Katrina se tourna vers son agente, qui était aussi sa meilleure amie, Mari Hebert.
« Oui, beaucoup », répondit Katrina en hochant la tête.
« Le propriétaire est d'accord pour une location si tu n'es pas prête à acheter tout de suite. »
Katrina acquiesça : « Comme ça, ils se font plus d'argent. Si l'affaire ne marche pas, ils auront déjà empoché les loyers avant de louer ou vendre à quelqu'un d'autre. Et si ça me plaît, ils auront gagné tout cet argent en plus du prix de vente. »
« En fait, les loyers seront déduits du prix total », intervint une voix grave derrière elles.
Elles se retournèrent, et Katrina resta pétrifiée en voyant l'homme qui se tenait là.
« Fletcher ? » demanda Katrina en le dévisageant de haut en bas.
« Alors, tu te souviens de moi », dit l'homme avec un sourire.
Katrina ouvrit la bouche, puis la referma aussitôt.
« Vous vous connaissez tous les deux ? » demanda Mari.
« On était à l'école ensemble », répondit Fletcher en regardant Mari.
Katrina s'éclaircit la gorge. « Comment vas-tu ? » demanda-t-elle.
Fletcher la regarda en souriant. « Ça va plutôt bien. »
« C'est à toi, ici ? » demanda Katrina en faisant le tour de la pièce du regard.
Fletcher secoua la tête. « C'est à mon frère. Il l'avait acheté pour sa petite amie, qui l'a plaqué peu de temps après. Heureusement, cet idiot avait mis le bail à son nom plutôt qu'au sien. Comme la librairie ne marchait pas, il m'a demandé de l'aider à vendre. »
Katrina hocha la tête, se souvenant du frère de Fletcher, Lloyd Henderson, qui faisait partie des populaires au lycée. Fletcher, au contraire, passait pour un intello — même si elle ne l'avait jamais vu comme ça. Il était brillant, certes, mais aussi mignon et gentil.
Et maintenant... elle le détailla des pieds à la tête et faillit lâcher un gémissement. Il était encore plus craquant que son frère. Ses cheveux blonds étaient courts comme d'habitude, et ses yeux d'un bleu vif semblaient lire en elle. Il n'était plus le gringalet du lycée ; son corps était désormais musclé et puissant.
⁕Fletcher⁕
Fletcher Elvis Henderson observait Katrina Walsh qui le dévorait des yeux. Il manqua de ricaner devant son air totalement choqué.
« Et ouais, je ne suis plus le petit geek maigrichon », pensa Fletcher, mourant d'envie de le dire tout haut.
« Cet endroit est parfait pour mon restaurant », dit Katrina.
« Alors comme ça, elle veut en refaire un restaurant », se dit Fletcher en la regardant.
« Tu es sûre ? » demanda l'agente.
Katrina regarda Fletcher, puis son amie, et hocha la tête. « C'est exactement ce que je cherchais. »
L'agente se tourna vers Fletcher : « C'est à votre frère de décider s'il veut lui vendre. »
« Tu achètes ou tu loues ? » demanda Fletcher en fixant Katrina dans les yeux.
Elle était toujours la plus belle femme qu'il ait jamais vue. Il craquait pour elle depuis leur rencontre en CM1. Elle avait toujours été gentille avec lui, mais n'avait jamais montré le moindre sentiment à son égard.
Elle ne sortait qu'avec les mecs populaires — les grands costauds, comme son frère aîné, Lloyd.
Ce n'est pas qu'elle était sortie avec Lloyd, mais il savait que son frère avait eu un gros béguin pour elle au lycée.
— Un souvenir traversa l'esprit de Fletcher —
Des gamins étaient en train de le frapper, lui cognant la tête contre un casier. Puis ils s'arrêtèrent brusquement. L'un des garçons hurla alors qu'il était projeté à son tour contre un casier. Fletcher crut que c'était son frère, mais en se retournant, il vit Katrina debout devant le garçon, furieuse.
« Ne pose plus jamais la main sur lui », avait-elle lancé au gamin.
Le garçon l'insulta pendant que ses copains l'aildaient à se relever, puis ils s'enfuirent en courant.
« Ça va ? » demanda Katrina en regardant Fletcher.
« Oui », répondit Fletcher, la fixant avec un mélange de choc et d'admiration.
Elle sourit et lui tapota l'épaule.
« Tu devrais demander à ton frère de t'apprendre à te défendre », dit-elle avant de tourner les talons.
Fletcher secoua la tête pour chasser ce souvenir. Merde, il n'y avait pas pensé depuis des années.
« Vous êtes d'accord ? » demanda l'agente.
« Quoi ? Pardon, j'étais ailleurs. »
L'agente regarda Katrina, puis Fletcher. « Je disais que Mademoiselle Walsh aimerait commencer par louer. Si ça marche comme elle l'espère, elle achètera. Sinon... »
« Je vois », dit-il en hochant la tête.
« Pourquoi ton frère propose-t-il de louer ? » demanda Katrina.
Fletcher regarda Katrina et répondit : « Parce que je lui ai dit que c'était la meilleure chose à faire. Il s'en fiche de ce que je décide, tant que c'est vendu et qu'il récupère ses billes. »
Katrina acquiesça. « Ça ressemble bien à ton frère. »
Fletcher eut un petit sourire en coin. Évidemment qu'elle se souvenait de Lloyd. Tout le monde au lycée se souvenait de son frère.
« Hé, tu savais qu'on a notre réunion d'anciens élèves le mois prochain ? » demanda Katrina avec un sourire.
Fletcher hocha la tête : « Je n'y vais pas. »
Elle fit la moue. Pourquoi boudait-elle ? Ce n'était pas comme si elle s'attendait à l'y voir... n'est-ce pas ?
« Tu devrais vraiment venir », dit-elle en le dévisageant à nouveau. « Tout le monde sera surpris en te voyant. »
Il eut un ricanement. Ça, c'est sûr.
« Et toi, tu y vas ? » demanda Fletcher.
Elle haussa les épaules. « J'y pensais, mais il n'y a personne que j'ai vraiment envie de revoir... à part peut-être une personne. »
Vu la façon dont elle le regardait, il aurait presque pu croire qu'elle parlait de lui.
Mais c'était impossible que Katrina Walsh ait hâte de le voir, elle qui pensait sans doute qu'il était toujours un intello tout maigre.
« Bon, passons à la signature des papiers », lança l'agente en retournant dans le bâtiment.
Fletcher regarda l'agente. Il ne l'avait même pas vue partir, et encore moins revenir.
« J'ai préparé deux documents : un pour la vente et un pour la location. Il faut que votre frère signe ceci », dit l'agente en tendant un papier à Fletcher.
« D'accord », répondit Fletcher.
« Signe ici », dit l'agente en tendant les documents à Katrina.
Katrina lut les papiers puis signa. L'agente récupéra les documents et les tendit à Fletcher.
« Il faut que ton frère signe ceux-là aussi. »
Fletcher hocha la tête.
« Vous avez tout compris ? » demanda l'agente.
Fletcher sourit et répondit : « Oui, tout à fait. »
« Parfait. » L'agente se tourna vers Katrina, lui dit un mot, puis se dirigea vers la porte.
Katrina regarda Fletcher et dit : « Merci. J'espère qu'on se reverra. »
Fletcher hocha la tête en la regardant partir. « Moi aussi », murmura-t-il pour lui-même.
~***~
⁕Katrina⁕
« C'était qui, exactement ? » demanda Mari pendant qu'elles marchaient vers sa voiture.
« C'était Fletcher Henderson », répondit Katrina.
« Je connais son nom, tête d'ampoule. »
Katrina eut un sourire malicieux en montant dans la voiture de Mari.
« C'est lequel ? » demanda Mari en démarrant.
« L'intello mignon », répondit Katrina.
« Celui que tu as sauvé des brutes ? Celui pour qui tu as été renvoyée ? »
« Ce connard avait été suspendu aussi pour avoir frappé Fletcher. Ça lui a servi de leçon d'avoir balancé quelqu'un pour une connerie qu'il avait faite aussi. Quel abruti. »
Mari rigola en s'insérant dans la circulation. « Tu ne craquais pas un peu pour lui ? »
Katrina sourit et dit : « Je le trouvais mignon. J'aurais aimé qu'il me voie autrement que comme la traînée populaire qu'il imaginait. »
Mari soupira : « Il est canon. »
Katrina acquiesça. « C’est peu de le dire. »
Mari jeta un regard à Katrina, puis se reconcentra sur la route. « Peut-être qu'il ira à la réunion, et que vous pourrez reprendre là où ça aurait dû commencer. »
Katrina posa son menton dans sa main, regarda par la fenêtre et dit : « Ouais, peut-être bien. »









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