Il existe deux histoires: celle qu’on enseigne,et celle qu’on cache.”Lucien Voss,notes personnelles 1938.
Le train siffla une dernière fois avant de s’enfouir dans la gare de Termini. Un vent humide,chargé de charbon et de poussière s’infiltra sous le chapeau de feutre de l’homme qui descend du wagon de première classe.
Lucien Voss plissa les yeux,observa les soldats italiens en uniformes noir,les affiches de Mussolini,collées sur les colonnes,et murmura pour lui-même.
Rome ne prie plus,elle défile.
Son billet mentionnait une mission diplomatique. En vérité,il n’était ni diplomate,ni prêtre. Sous la doublure de sa valise dormait une arme silencieuse et dans la doublure de sa mémoire,un ordre de Service D, signè de la main d’un ministre qu’on nommait jamais dans les journaux. L’ordre tenait en cinq mots: Trouver le testament,assurer le silence.
Voss prit un fiacre jusqu’à Via Veneto. Sous les arcades,les cafés bruissaient d’agents étrangers,de prêtres affairés de rumeurs, de rumeurs en dix langues.
Il monta dans sa chambre - numéro 317 - et trouva sur la table de chevet une enveloppe cachetée de cire.Ce sceau représentait une croix stylisée dans un cercle de laurier. À l’intérieur,une simple note: “ Ne parlez à personne. Le Testament existe” S.
Sous la lettre,un ticket froissé:chapelle Santa Priscilla,22h00. Il était 18h15. A 19h,il quitte l’hôtel. Le ciel s’assombrissait;Rome devenait un labyrinthe de lueurs dorées et d’ombres épaisses. Dés la Piazza Barberini,il sentit une présence derrière lui:pas pressés,réguliers.
Il traversa les ruelles étroites,longea les fontaines antiques,prit à droite via delle Quatro Fontane. Un reflet dans une vitrine trahit l’ombre: un homme au manteau long,tenant une canne sculptée en tête de serpent.
Voss ralentit,feignit de consulter un plan, puis reprit sa route. L’ombre persistait. A Campo de Fiori, il entre brusquement dans une boutique d’encens. En sortant par la porte de service. Il déboucha dans une ruelle obscure.Elle paraissait interminable,de plus en plus sombre,puis étant certain de ne plus être repéré,il se retourna,mais l’homme avait disparu. Seule la canne était posée contre un mur,comme oubliée, il s’en saisit ;le pommeau métallique, tiède, portait une inscription en latin: “ Lux Occulta Resurget’ la lumière cachée renaîtra.
A 22h00 précises, Voss poussa la grille de Santa Priscilla. L’église était vide à l’exception d’un moine penché sur un livre ancien.
Vous êtes “S” ? demanda Voss
Le moine leva la tête. Ses yeux brillaient comme deux aiguilles sous la lumière des cierges.
Vous êtes venu pour le Testament. Vous avez fait vite.
l’ordre ne précisait pas pas le contenu du document
C’est mieux ainsi. Certains secrets n’ont de valeur que s’ils demeurent voilés.
Le moine tira de sa manche un petit fragment de sceau de plomb,orné du même symbole que la canne.
Ce sceau a été brisé en 1870,lors de la chute des Etats pontificaux. Le testament qu’il protégeait fut dissimulé dans les archives du Latran. Selon les rumeur,il contient la prophétie d’un pape sur l’extinction de Rome
Voss observa la pièce ,chaque statue semblait écouter. Il se pencha, sortit un carnet
vous en avez une copie?
Seulement ceci
Le moine glissa un fragment de papier brûlé couvert de chiffres et de lettres désordonnées. Une ligne lisible:”Vidi lumen cadere super Palatinum” 5 J'ai vu la lumière tomber sur le Palatin ).
Un bruit de pas fit sursauter Voss.. La porte venait de s’ouvrir,. .lentement. Trois silhouettes,manteaux sombres avançaient en silence,l’une d’elle portrait un brassard frappé d’un aigle noir.
Les Custodes Lucis, souffla le moine blême.
Qui sont-ils?
Ceux qui veulent que la lumière reste enfouie.
Soudain des balles brisèrent les cierges. Voss se jeta derrière un pilier, .riposta à l’aveugle. Le moine tomba,. la gorge ouverte, serrant toujours le fragment du sceau .Quand le silence revint, les assaillants avaient disparu aussi rapidement qu’ils étaient arrivés. Le sol portait la trace d’un symbole tracé au sang: un cercle et trois points.
Voss s’agenouilla. Le moine était mort.
Sous sa soutane ,un petit carnet rouge relié de cuir dépassait de sa poche.A l’intérieur,des notes,des symboles,des schémas et un nom souligné plusieurs fois: “ Ordine del Serpente”. Sur la dernière page,une phrase écrite d’une main tremblante “ Le Testament est la clé. Le clé n’est pas à Rome”
Voss rangea le carnet dans sa poche. Derrière lui, la lueur d’un cierge vacilla comme un dernier souffle. .Il remit son chapeau, observa la nef vie et silencieuse ,puis murmura “ le jeu commence”. Puis il disparut dans la nuit.
Dans les jours qui suivirent, Rome bruissait de rumeurs, un moine disparu, 0un incendie mineur dans une chapelle ,un diplomate français aperçu prés du Vatican. Rien d’officiel ,rien d’écrit.
Mais quelque part dans un bureau discret de Paris un télégramme arriva.
“ Agent Voss opération confirmée. Dossier LAT- 33 - classifié. Communication suspendue. Service D.
Archives d’espionnage liées à un agent disparu en 1933.
Entre faits historiques, documents fragmentaires et enquête en cours.