Lorsque la raison s’oppose à la passion

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Summary

Plongez dans une histoire d’amour immersive et envoûtante, où passion et danger s’entrelacent. Un amour interdit, brûlant, qui défie la raison et les limites, menaçant de tout détruire sur son passage. Val… Démon… Elle, anéantie par la vie, mais une battante au cœur indomptable. Lui, un biker sans pitié, guidé par la rage et la destruction. Après quatre ans d’absence, Val revient, brisée, pour enterrer son père, le dernier membre de sa famille. Mais Demon est là, prêt à tout pour la protéger, même si elle refuse son aide, le tenant responsable de ses plus grandes souffrances. Entre eux, une passion dévastatrice les consume. Une tension sexuelle impossible à ignorer les obsède, ravivant les souvenirs d’une amitié passée, autrefois si forte, aujourd’hui éclatée en mille morceaux. La perte de ceux qu’ils chérissaient les a divisés, laissant les blessures béantes et profondes. Entre danger, violence, passion et décisions déchirantes, leurs destins se heurtent. Les rebondissements inattendus ne cessent de les entraîner plus loin dans un tourbillon sans fin. Pourront-ils enfin s’autoriser à s’aimer, malgré tout ce qui les sépare ?

Status
Complete
Chapters
41
Rating
4.9 85 reviews
Age Rating
18+

Retour forcé

Adélaïde…

Il existe des villes qui vous construisent. Et d’autres qui vous détruisent si profondément que, des années plus tard, le simple fait d’entendre leur nom suffit encore à vous couper le souffle.

Adélaïde fait partie de la seconde catégorie.

Je savais que je finirais par revenir ici un jour. Je l’ai toujours su. Mais au fond de moi, j’espérais repousser cet instant jusqu’à ce qu’il cesse d’exister. Jusqu’à ce que le temps fasse son travail. Jusqu’à ce que les fantômes se taisent enfin.

Quelle connerie.

Les fantômes ne se taisent jamais. Ils attendent juste votre retour.

À peine sortie de l’avion, l’air chaud d’Australie-Méridionale me frappe au visage avec une brutalité presque intime. L’odeur du kérosène, du béton brûlant et de la poussière sèche s’infiltre dans mes poumons, réveillant immédiatement des souvenirs que j’ai passé quatre ans à essayer d’enterrer.

Mon cœur ralentit brutalement avant de repartir trop vite, comme s’il comprenait avant moi où je viens réellement de remettre les pieds.

Je m’arrête quelques secondes au milieu du terminal, incapable d’avancer davantage. Autour de moi, les gens continuent de marcher, de rire, de vivre normalement, pendant que moi, j’ai l’impression d’être aspirée dans une ancienne version de ma vie. Une version que je déteste autant qu’elle me manque.

Aujourd’hui, je rentre parce que j’ai perdu le dernier homme de ma vie.

Mon père.

Je le savais. Je l’ai toujours su. On ne naît pas dans une famille comme la mienne pour rêver d’une vie rangée, d’un mariage paisible, de deux enfants et d’un chien dans un jardin pastel. Ce genre d’avenir n’a jamais été pour moi. Pas avec le sang qui coule dans mes veines. Pas avec le nom que je porte.

À vingt-quatre ans, j’ai déjà vécu ce que beaucoup ne vivront jamais, même en vieillissant.

Je finis par rejoindre les toilettes de l’aéroport pour reprendre contenance. Dès que la porte se referme derrière moi, le silence me percute. Puis il y a ce reflet. Le mien.

Putain…

J’ai l’air d’un cadavre.

Mes yeux bleus sont gonflés, rougis par les nuits blanches et les larmes retenues. Mes cernes ont cette couleur violacée qu’aucun maquillage ne parvient réellement à cacher. On dirait une femme qui sort d’une guerre.

Peut-être parce que c’est le cas.

Je relève lentement mes longs cheveux couleur miel en un chignon flou, laissant quelques mèches encadrer mon visage. Mes doigts tremblent légèrement. La robe noire que je porte colle encore à ma peau à cause du voyage.

Je glisse finalement mes lunettes de soleil sur mon nez.

Un réflexe stupide.

Je refuse d’être vue dans cet état.

Pas par eux.

Et surtout pas par lui.

Démon.

Rien que son surnom traverse mon esprit comme une lame. Une colère froide remonte immédiatement dans ma poitrine, brutale, familière. Quatre ans ont passé, et pourtant il continue d’exister dans ma tête comme une cicatrice mal refermée.

Une partie de moi sait déjà qu’il sera là.

Dans ce monde, les morts rassemblent toujours les vivants autour des mêmes plaies.

J’ai perdu ma mère à six ans. Mon père nous a élevés seul, mon frère et moi. Liam, quatre ans de plus que moi, mon bouclier, ma moitié. Notre enfance n’avait rien de normale. Pas de voisins, pas de repas improvisés, pas de dimanche tranquille. Seulement des hommes en cuir aux bottes lourdes, armés, veillant sur nous comme des cerbères.

Grandir protégée, c’était aussi grandir enfermée.

Je suis la fille de Butch, Calum Wilson, le Président des Skulls MC.

Ce n’est pas un titre qui inspire la fierté. C’est un poids. Une marque au fer rouge. Mais plusieurs fois, il m’a sauvée.

Je suis née dans ce club. Je l’ai respiré, subi, fui. Les Skulls sont ma seule véritable famille. Une meute de loups capables du pire, mais prêts à mourir pour les leurs.

Mon père a dirigé ce club pendant plus de vingt-six ans, jusqu’à sa mort il y a deux jours.

Une fin prévisible, peut-être.

Les conflits entre gangs s’intensifiaient année après année, les territoires se resserraient, les alliances se vendaient, les rancunes se transmettaient comme des héritages. Cette guerre m’avait déjà pris Liam, mon grand frère.

Quatre ans plus tôt, Liam, surnommé Trip par le club, est tombé dans un piège. Un guet-apens. Brûlé vif.

Ce jour-là, mon monde s’est effondré.

Je me souviens encore de l’odeur du cuir froid, du sol trempé de pluie, du visage ravagé de mon père et du hurlement qui s’est échappé de ma gorge sans que je m’en rende compte.

Depuis ce jour, je suis un fantôme en cavale.

Mon père m’a envoyée à Melbourne, loin du club, loin des armes, loin des cris nocturnes. Il a essayé de me sauver comme il n’a pas pu sauver Liam. Il finançait mes études, mon appartement, mes illusions de normalité, et moi, j’ai appris à vivre entre deux mondes sans jamais appartenir pleinement à l’un ni à l’autre.

Je connais les bikers et leur monde. La loyauté brute, la violence sans filtre, la justice parallèle qui ne ressemble en rien à celle du reste du pays. Je connais les alliances scellées dans l’ombre, les pactes au fond des bars, les cargaisons d’armes qui traversent des frontières dont personne ne parle.

Je connais aussi le prix de ce pouvoir.

Mon père me montrait tout. Les noms. Les visages. Les ennemis. Comme s’il savait qu’un jour j’aurais besoin de ces informations. Comme si j’étais née avec les clés d’un royaume que je n’ai jamais voulu diriger.

Il me répétait que connaître ses ennemis est plus crucial que connaître ses amis.

J’apprenais par nécessité, pas par choix.

Quand j’ai quitté Adélaïde, le cœur en miettes, je me suis juré de ne plus jamais revenir dans ce monde. Liam était mort pour avoir voulu suivre la route tracée par notre père. Il portait les couleurs avec fierté, et on lui avait arraché cette fierté avec cruauté.

Je ne me suis jamais remise de sa disparition.

Et maintenant, je dois enterrer le père qui l’a enterré.

Je quitte finalement l’aéroport et récupère la voiture de location. L’air chaud d’Adélaïde s’engouffre dans l’habitacle lorsque j’ouvre la portière, apportant avec lui une odeur de poussière sèche, d’asphalte brûlé et de vent marin.

Tout me semble étranger, alors que je connais cette ville par cœur.

Mes mains se crispent sur le volant. Mes doigts tremblent malgré moi.

Je reprends la route de mon enfance.

Chaque kilomètre me rapproche de la maison comme d’un tombeau émotionnel. Les rues défilent, les enseignes me paraissent plus ternes, la lumière plus dure. J’ai l’impression de reculer dans le temps, d’être forcée de revivre une vie que j’ai tenté d’enterrer.

Enterrer mon père aux côtés de ma mère et de mon frère… C’est comme creuser ma propre tombe.

À mesure que je me rapproche, quelque chose change dans l’air. Une tension palpable. Un silence sous-jacent.

Puis, au détour d’une rue, la maison apparaît.

Des dizaines de motos sont alignées devant le portail, lourdes silhouettes noires sur l’asphalte. Le métal mat reflète le soleil de fin d’après-midi, les guidons scintillent comme des armes prêtes à servir. Des hommes en cuir vont et viennent, bottes qui claquent, voix graves, bière à la main. Des bandes noires nouées autour de leurs bras symbolisent le deuil.

Les Skulls sont là.

Toute la meute.

Je coupe le moteur, et le silence intérieur devient brutal. Pendant quelques secondes, je reste immobile, la respiration suspendue, le cœur cognant contre ma cage thoracique.

Puis je sors enfin.

Les conversations s’interrompent immédiatement.

Des regards se tournent vers moi.

Je sens leurs yeux me jauger, me reconnaître, me respecter. Les mots de mon père me traversent l’esprit comme une injonction.

Ne montre jamais ta faiblesse. Jamais.

Alors je me redresse, relève le menton et ravale les larmes qui menacent encore.

Ils n’ont pas tant changé. Certains ont vieilli, d’autres semblent figés dans le temps. Tous portent les couleurs du club avec cette fierté sombre qui m’a toujours mise mal à l’aise autant qu’elle me fascinait.

Puis une silhouette se détache de la foule.

Large. Massive. Couverte d’encre et de cicatrices.

Hawk.

Il avance vers moi, bras ouverts, démarche lente et lourde. Sa barbe grisonnante descend presque jusqu’à sa poitrine, et ses yeux gris reflètent une tristesse sincère.

Il m’enserre dans ses bras sans un mot, me comprimant contre son torse solide. Son odeur mêle cuir, tabac et désinfectant. Une odeur qui me renvoie instantanément à des nuits passées à attendre que mon père rentre vivant.

Je ferme les yeux une seconde.

— (Hawk) Valentina… Mon Dieu, regarde-toi. Butch serait fier de toi. Tu es devenue une sacrée femme. Bienvenue à la maison, ma petite.

Je déglutis difficilement.

— Tu m’as manqué. Je crois que personne ne m’a appelée comme ça depuis des années.

— (Hawk) Bienvenue à la maison, ma petite.

Il pose une main calleuse sur ma joue avant de se tourner vers les bikers rassemblés.

— (Hawk) Écoutez-moi bien. Vous lui devez autant de respect qu’avant, si ce n’est plus encore. Personne ne touche à la petite.

Un silence compact s’installe. Certains hochent la tête, d’autres baissent les yeux.

Ce club vient de perdre son leader.

Et moi, mon père.

Les hommes défilent ensuite un à un pour me présenter leurs condoléances. Voir ces piliers de violence vaciller, même un instant, érode quelque chose en moi.

Ils pensent sûrement que je suis anéantie.

Ils n’ont pas tort.

Je me tourne pour respirer, pour fuir ces regards trop lourds, et c’est là que je le vois.

Démon.

Ses yeux émeraude accrochent immédiatement les miens, aussi vifs qu’une lame. Le monde semble ralentir autour de moi. Les voix deviennent lointaines. L’air trop chaud.

Les années l’ont rendu plus large, plus dur, plus dangereux. Ses bras tatoués dépassent de son tee-shirt noir, son gilet des Skulls repose lourdement sur ses épaules.

Et sa manière de me regarder n’a pas changé.

Comme s’il essayait encore de lire en moi.

Je serre les dents.

— Qu’est-ce que tu fais ici, Démon ? Dégage de chez moi, tu n’as rien à faire ici.

Il tressaille légèrement.

— (Démon) Val, je voulais simplement te présenter mes condoléances.

Sa voix me frappe en pleine poitrine. Plus grave. Plus rauque. Plus maîtrisée.

Je sens quelque chose éclater en moi.

— Sors d’ici, je t’ai dit.

Une crispation déforme ses traits, mais il ne recule pas. Hawk intervient immédiatement, posant une main sur mon épaule.

— (Hawk) Val, écoute. Démon est notre sergent d’armes maintenant. Il était très proche de ton père. Butch l’a pris sous son aile, il fait partie du club, c’est indiscutable.

Je fixe Hawk, incrédule.

— Ça, je ne peux pas y croire.

— (Hawk) Val, ça fait quatre ans que tu n’es pas revenue. Il y a eu des changements. Beaucoup de choses que tu ignores.

Je souffle un rire sans joie.

— Tant que je serai ici, il n’a pas intérêt à franchir la porte de ma maison.

Démon lève les mains en signe de reddition. Ses yeux ne quittent pas les miens une seule seconde. Puis il tourne les talons sans un mot.

Quelques secondes plus tard, le grondement de son moteur fend le silence et s’éloigne dans un rugissement qui fait vibrer les vitres.

Je reste immobile.

Vide.

Glacée.

Il n’y a pas de place pour lui ici.

Ni dans la maison.

Ni dans ma vie.

Ni dans mes souvenirs.

Je le tiens pour responsable de la mort de Liam. Ce jour-là, ils devaient se retrouver. Je suis convaincue que si Démon avait été plus vigilant, mon frère serait encore en vie.

Nous avons grandi ensemble, Démon et moi. Enfin… « ensemble ». Il était surtout l’ombre de Liam. Son meilleur ami. Son frère de cœur. Là où allait mon frère, Démon suivait. Toujours. Ils étaient inséparables, deux gamins élevés dans la violence, le cuir et les règles tordues des Skulls. Liam parlait, riait, fonçait tête baissée. Démon, lui, observait. Silencieux. Froid. Déjà dangereux. Même adolescent, il avait cette manière de regarder les gens comme s’il évaluait en permanence le niveau de menace qu’ils représentaient.

Il a passé la moitié de sa vie dans notre maison. À manger à notre table. À dormir sur notre canapé après des nuits trop longues au club. Je crois même qu’à certaines périodes, il voyait davantage mon père que le sien. Butch le traitait presque comme un deuxième fils. Et Liam… Liam lui faisait confiance aveuglément.

À leurs yeux, j’étais la petite sœur à protéger. Un territoire à surveiller. Quelque chose de précieux qu’il fallait garder hors d’atteinte du reste du monde. Ils voulaient préserver mon innocence alors qu’elle avait déjà commencé à mourir bien avant qu’ils ne s’en rendent compte.

Je me souviens encore du regard de Démon à cette époque. Trop intense pour un garçon de son âge. Un regard lourd, fixe, qui disséquait tout ce qu’il voyait. Il ne parlait presque jamais, mais sa simple présence suffisait à étouffer une pièce entière. Et moi… moi, il m’oppressait autant qu’il me fascinait.

Ils ne voyaient que le danger extérieur. Jamais celui qu’ils représentaient eux-mêmes.

Un souvenir remonte brutalement à la surface. Une nuit de printemps. J’avais dix-sept ans.

J’avais réussi à quitter discrètement la maison pendant que Liam et les autres préparaient une virée avec le club. Pour une fois, personne ne faisait attention à moi. Je voulais juste aller au cinéma avec un garçon de mon âge. Pas une fête. Pas de l’alcool. Pas de provocation. Juste quelque chose de normal. Une soirée banale d’adolescente.

Le parking brillait encore à cause de la pluie tombée plus tôt. L’air sentait le béton humide et le pop-corn industriel. Je me souviens m’être sentie libre pour la première fois depuis longtemps.

Puis je l’ai vu.

Démon.

À l’autre bout du parking.

Ses yeux verts plantés dans les miens.

Pas surpris.

Pas en colère.

Pire.

Calmes.

Un calme glacial.

Je me souviens du bruit de ses bottes sur le gravier. Du claquement lourd de sa veste en cuir. Du silence qui s’était installé autour de nous à mesure qu’il avançait.

Et je me souviens surtout de la peur sur le visage du garçon à côté de moi.

Démon est arrivé à notre hauteur sans dire un mot. Il a attrapé mon rendez-vous par le col et l’a soulevé du sol comme s’il ne pesait rien. Les pieds du pauvre type battaient dans le vide pendant quelques secondes, complètement paniqué.

Puis Démon l’a balancé plus loin sur le béton.

Le garçon a glissé violemment, les paumes râpées, avant de se relever précipitamment.

— (Démon) N’approche plus jamais d’elle.

Il n’avait pas élevé la voix.

Il n’en avait pas besoin.

Il avait prononcé cette phrase comme une condamnation.

Comme une règle absolue.

Le garçon s’est enfui sans même se retourner.

Et moi, j’avais explosé.

Je me souviens encore de la colère qui brûlait dans ma poitrine, de mes mains qui tremblaient, de ma voix devenue incontrôlable. Je lui hurlais dessus pendant qu’il me regardait avec ce calme insupportable, comme s’il venait réellement de me rendre service.

Comme s’il était le seul à savoir ce qui était bon pour moi.

C’était ça, Démon.

Le meilleur ami de mon frère.

Le chien de garde des Skulls.

Toujours convaincu d’agir pour mon bien.

Toujours prêt à détruire tout ce qui s’approchait trop près de moi.

Je n’ai jamais oublié cette scène.