Prologue
« Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. »
Quelques semaines plus tard.
Je roule rapidement, les limitations de vitesse ne m’atteignent pas. Je dois arriver le plus vite possible. Une fois arrivé à destination, je coupe le moteur et je reste quelques minutes dans ma voiture. Je prends mon courage à deux mains, je descends de mon véhicule, je claque la portière et regarde autour de moi. Des voitures de police sont garées autour du lac, ainsi que des journalistes. Autour des voitures se trouve une bande jaune nous signifiant de ne pas la dépasser. Je n’y prête pas attention et je la franchis. Un officier m’interpelle.
-Eh, jeune homme, ce n’est pas un terrain de jeu ici, quelqu’un est mort, alors retourne derrière la ligne.
Le policier se rapproche de moi, place une main sur mon omoplate et me pousse sur le côté. Je m’arrête tout d’un coup. Ils viennent de sortir un corps de l’eau. La personne qui est morte est une femme, mais je suis trop loin pour distinguer correctement son visage.
Je prie pour que ce ne soit pas elle. Ça ne peut pas être elle. Elle est trop jeune, elle a toute la vie devant elle. On a un avenir ensemble. Je refoule cette idée.
Les policiers placent le corps dans une housse mortuaire. Je me débats pour que l’officier me lâche. Une fois libéré de son étreinte, je cours en direction du corps. Plusieurs personnes m’appellent et me tirent pour m’éloigner, mais je dois savoir. J’ai le dos droit et je m’accroche à la civière. J’inspire fortement avant de retenir mon souffle. J’attrape le bout de la fermeture éclair, ferme les yeux et la fais glisser. J’expire tout l’air retenu dans mes poumons. J’ouvre les yeux et cligne des paupières. Tout est en train de s’effondrer. Mon cœur est en train de se briser. C’est elle. Son corps sans vie a pris une teinte bleutée. Des gouttes d’eau tombent sur son visage. Sans même m’en être rendu compte, je m’étais mis à pleurer. Un avenir sans elle ne sert à rien. Je caresse son visage froid, puis ses cheveux trempés. Je l’enlace le plus fort possible, espérant lui transmettre un peu de chaleur. Je ne veux pas la perdre, je m’y refuse.
-Mon amour, murmuré-je d’une voix tremblante.
Les officiers de police me tirent et essayent de m’éloigner de son corps. Je m’accroche à elle, je m’accroche à la fille que j’aime comme si ça allait la ramener. Je refuse de l’abandonner. Je ne veux pas la laisser avec des inconnus, elle a déjà tellement souffert. Devoir être forcé de m’éloigner de la fille que j’aime me brise le cœur. J’ai l’impression de suffoquer. J’étouffe. Elle n’a que 17 ans et pourtant sa vie vient de brutalement s’achever. Pourquoi la vie est-elle si cruelle ? J’aimerais tellement pouvoir revenir dans le passé et tout changer, la garder près de moi.








