JUDE

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Résumé

Judith, 25 ans, découvre avec effroi le véritable visage de son compagnon. Menteur, infidèle, profondément toxique… Il est obsédé par le contrôle qu’il exerce sur elle depuis des années. Au même moment, elle rencontre James, un nouveau collègue dont le calme et la profondeur contrastent violemment avec le chaos qu’elle vient de quitter. Un refuge inattendu. Une respiration. Mais derrière elle, son ex bascule dans une spirale prédatrice. Messages, menaces, filatures… plus Judith s’éloigne, plus il déraille. Entre un homme qui pourrait l’aider à se reconstruire et un autre prêt à la détruire pour ne pas la perdre, Judith va apprendre que quitter un monstre… ne suffit pas toujours à s’en libérer.

Genre :
Romance
Auteur :
Judith PAGOD
Statut :
Terminé
Chapitres :
61
Rating
5.0 2 avis
Classification par âge :
18+

L'inévitable



Oh Father tell me, do we get what we deserve?

Oh we get what we deserve [...]

You let your feet run wild

Time has come as we all oh, go down

Yeah but for the fall oh, my

Do you dare to look him right in the eyes?

Cause they will run you down, down til the dark

Yes and they will run you down, down til you fall

Kaleo- Way Down We Go



Je m’appelle Judith, j’ai 25 ans et j’ai envie de mourir.


CHAPITRE 1: L'inévitable


Samedi 03:07, Limeil-Brévannes.

Enfermée dans la salle de bain depuis plus de deux heures, je suis en état de choc. Assise par terre, le cœur battant, les images que je viens de voir tourbillonnent dans ma tête à un rythme incessant.

Je suis complètement sonnée, le silence qui règne dans la maison bourdonne dans mes oreilles.

Malgré tout, un petit rictus mécanique se dessine sur mes lèvres.

Je le savais, je m’en doutais…

Tout s’éclaire… Comme si je l’avais toujours su, mais que... j’avais tout enfoui en moi pour ne pas le voir.

Je refusais simplement de l’admettre… Jusqu’à… Cette nuit où j’ai voulu en avoir le cœur net.

Même si tout mon monde vient de s’écrouler en quelques minutes... étrangement je me sens soulagée. Presque apaisée. Pourtant tout ça est tellement pervers.

On se croirait dans un mauvais film. Un très mauvais film.

Je baisse la tête, résignée.

Mes yeux sont fatigués, la rétine brûlée par la lumière de l’écran. Je laisse mon dos à moitié dénudé reposer sur le carrelage froid derrière moi. De longs frissons me parcourent, les poils de mes avant-bras se redressent.

Réfléchir, il faut maintenant réfléchir. Que faire? Comment faire?

Je ferme les yeux un instant, la nuque rejetée en arrière et laisse tomber délicatement le téléphone de mes mains.

Il n’y a plus rien à voir. Enfin... Je crois que j’en ai assez vu. Pas la peine de remonter encore plus en arrière.

Je masse profondément mes épaules douloureuses. Comment est-ce possible? Comment ai-je pu me tromper à ce point?

Un grincement se fait entendre dans l’escalier. Je sursaute. Et si c’était LUI?

Merde, merde, merde. Qu’est ce que je suis censée faire maintenant?

Me tapir dans l’ombre en espérant qu’il se recouche sans constater mon absence?

Impossible qu’il n’ait pas remarqué que je suis sortie de la chambre... et puis il doit chercher son téléphone partout...

Il faut que je me casse d’ici et vite !

Mon cœur accélère, j’en ai la tête qui tourne… Je me redresse lentement en prenant appui contre le mur carrelé, prête à réagir si ...

Puis, plus un bruit.

Je tends l’oreille. Rien ne se passe…

Ce doit être l’escalier qui se détend sous l’effet de la chaleur de la nuit.

Je reprends mon souffle en me mordant les lèvres pour étouffer le bruit. Je tente de retenir ma respiration. Ne pas faire de bruit. Je ne dois pas faire de bruit.

Je m’enfonce les ongles dans le poignet gauche. J’ai peur. Tellement peur. Je me sens perdue...

De faibles tremblements me saisissent, je commence à avoir froid dans ma petite nuisette en coton.

Mon esprit mouline. Que suis-je censée faire maintenant? Comment sortir d’ici sans qu’il ne le remarque? Et si je retournais me coucher comme si de rien n’était? Je pourrais toujours aviser demain. Tant qu’il ne sait pas que je sais, je peux toujours feindre et jouer l’idiote…

Mais comment faire comme si tout ça n’avait jamais existé? Comment accepter l’inacceptable?

Ce type est un putain de tordu. Il me manipule depuis toujours.

Il faut que je parte d’ici tant que j’en ai le courage. Prendre mes affaires et filer en vitesse.

Mon coeur se serre. Je l’aime tellement! D’un amour dévorant, qui accepte tout depuis toujours.

Pourquoi? Pourquoi est-ce que je dois vivre ça?

Pourquoi est-ce que je me réveille au bout de cinq ans?

Je me sens vieille tout à coup, complètement vidée. Toute mon énergie semble s’échapper.

Je ne suis pas sûre de pouvoir gagner ce combat... J’ai essayé mille fois de le quitter. Et on voit où j’en suis aujourd’hui…

J’ai envie de me taper la tête contre le carrelage. Je me déteste d’envisager de rester. Ça ne peut pas être de l’amour.

L’amour c’est pas ça, hein? Quand on aime quelqu’un on ne lui fait pas ça?

Et si c’était juste un amour différent? C’est possible d’aimer autrement, non?

Non! Faut que j’arrête mes conneries; que je me ressaisisse. Ça fait des années que je suis malheureuse et que je passe mon temps à pleurer.

Il me fallait une preuve de son infidélité. Maintenant je l’ai! Il est temps de se sauver. Oui se sauver. Je dois sauver ma peau. Ou sinon Il finira par me tuer…

J’inspire longuement. Du courage. Il me faut du courage, un tout petit peu de courage. J’ai déjà fait le plus dur: prendre conscience, réaliser qui il était.

Non ce n’est pas moi la tarée!

Je me relève sur la pointe des pieds. J’attrape son téléphone et colle l’oreille contre le mur.

Il dort toujours. Je peux l’entendre ronfler à travers la cloison qui nous sépare. Sans trop y penser, je décide de me lancer: j’ouvre la porte de la salle de bain d’un geste sec et d’un pas décidé je pénètre dans la chambre.

Il dort toujours à poings fermés. Rien de semble pouvoir l’ébranler.

J’appuie sur l’interrupteur. La lumière jaillit brusquement dans la pièce.

Toujours aucun mouvement de sa part. Il dort si profondément.

Tout d’un coup je vois rouge. La colère commence à monter en moi. Je me mets à crier un “DEBOUT” incontrôlé. Qu’est-ce qui m’arrive?

“DEBOUT ANTOINE! OU PEUT ÊTRE DEVRAIS-JE DIRE STEPHANE??”.

Antoine se redresse les yeux écarquillés, l’air paumé.

“Quoi?

Ma puce? Qu’est ce que tu fais debout?

Il est quelle heure?” Dit-il en jetant un coup d’œil autour de lui.

“M’APPELLE PAS MA PUCE!”

Antoine s’assoit dans le lit et se frotte les yeux.

“ Qu’est ce qui te prend? T’es folle ou quoi?”

Sa réaction me fait doucement ricaner. Je me rapproche de lui et lui balance son téléphone.

“ Arrête de me prendre pour une imbécile. Je sais tout. J’ai TOUT lu! Je sais maintenant qui tu es. Qui tu es VRAIMENT!”

“ Quoi? Mais qu’est-ce que t’as vu?”

J’enrage, il me prend vraiment pour une imbécile. Excédée, je me mets à hurler de plus belle.

“ PUTAIN mais tu me prends vraiment pour une conne! C’est pas possible! J’ai TOUT vu JE TE DIS! Tous tes messages, avec toutes ces filles!

Y’en a combien, dis moi? Plus d’une dizaine au moins? »

Antoine me fixe, hébété.

“ Arrête ma puce, qu’est ce que tu racontes?” me répond-il, toujours aussi calme.

Je baisse d’un ton, ma gorge est en feu à force de vociférer.

“ Qu’est ce que je raconte Antoine? T’es sérieux? J’ai lu tous les textos, les messengers, les messages sur facebook, les mails, les photos à poils. J’ai tout vu je TE DIS!”

Antoine se met à exploser de rire et bondit du lit.

“Haha, n’importe quoi t’es folle! Y’a rien de tout ça dans mon téléphone. Ça n’existe pas !

Faut que t’arrête maintenant. Viens te coucher et arrête tes bêtises.”

Les bras m’en tombent. Comment peut-il encore nier? Ce type est vraiment cinglé!

Je recule pour rallonger la distance entre nous. Mais mon dos est arrêté par l’armoire derrière moi. Je m’échauffe, je sens mes joues devenir rouges. J’ai l’impression que je vais exploser. J’ai envie de l’étrangler.

“ Ha oui? Tu te fous de moi ou quoi? Les SMS avec cette nana là, comment elle s’appelle déjà? MARGOT?! Avec qui tu échanges des photos nues! A qui tu dis que tu vas me quitter pour elle une fois que j’irai mieux.

Oui parce qu’ apparemment je suis un peu fêlée! Donc grand seigneur tu ne veux pas me quitter tout de suite!

ÇA, ÇA N’EXISTE PAS ANTOINE?

Et cette canadienne que tu t’es tapée pendant ton voyage au Canada - voyage soit disant entre potes - et à qui tu manques.

ÇA AUSSI? ÇA N’EXISTE PAS?

Sans oublier toutes les nanas que tu as rencontrées sur ce putain de site echangiste et qui t’appelle STÉPHANE!

JE L’AI INVENTÉ PEUT - ÊTRE?”

Je n’arrive plus à m’arrêter, j’ai l’impression que je vais lui dévisser la tête à ce connard!

Et il continue de ricaner, feignant toujours de ne pas comprendre.

“Franchement, tu me dégoûtes Antoine! TU ME DONNES ENVIE DE GERBER!”

Tout d’un coup son visage se referme.

“ Bon Judith ça commence à bien faire. Tu arrêtes tes bêtises MAINTENANT et tu VIENS TE COUCHER!”

J’expulse un petit rire d’effroi.

“ T’es sérieux? Tu veux vraiment me faire croire que tout ça n’existe pas?”

“Ecoute Judith, pour la dernière fois! Tu n’as pas pu lire tout ça PUISQUE ÇA N’EXISTE PAS! Tu divagues total Judith. Reprends toi je t’en prie ! Faut vraiment que tu arrêtes tes bêtises, ça devient n’importe quoi.

Tu en as parlé à ton psy ?

C’est plus vivable pour moi ! On pourra pas continuer comme ça. Faut vraiment que tu arrêtes avec ta jalousie maladive! Ça devient de la folie!”

Alors là, j’en ai le souffle coupé. Les photos de toutes ces filles nues défilent dans ma tête.

Non, j’en suis sûre, je n’ai pas rêvé! Tout ça était bien réel.

Tous ces SMS sordides je les ai bien lus. Il essaie juste de me faire douter. De me faire croire que je suis folle une fois de plus.

Antoine s’approche de moi et me saisit délicatement par le bras.

“ Allez ma puce viens te coucher. Je t’aime tu sais.”

hmm que ce geste me dégoute. Je le repousse de mes deux mains.

“ Lâche-moi putain! ESPÈCE DE TARÉ!”.

Tandis qu’il fait un pas en arrière avec un air de ne pas y comprendre, j’attrape rapidement mes affaires et enfonce mes vêtements dans mon sac. Pas le temps de m’habiller. Il faut que je sorte d’ici. Il finit vraiment par me faire peur à nier tout en bloc.

“Qu’est ce que tu fais?” s’étonne-t-il.

Je préfère ne pas lui répondre. Fini la confrontation. C’est inutile d’insister, jamais il reconnaîtra la vérité.

Je me détourne et descends l’escalier rapidement.

“Judith? Qu’est ce que tu fais? PUTAIN! RESTE ICI!”

Le ton monte, je sens qu’il commence à s’agacer. Il me suit d’un pas décidé.

Je décroche mon trench et l’enfile par-dessus ma nuisette. Mes chaussures? où sont mes chaussures? Je cherche désespérément dans l’obscurité, je n’ai pas pris le temps d’allumer.

Antoine actionne l’interrupteur et se place devant la porte d’entrée.

Et merde… Comment je vais faire pour sortir d’ici. Je jette un rapide coup d’œil à la fenêtre juste à côté, les volets sont fermés…

Antoine s’approche de moi et me prend par les épaules.

“Judith! Calme toi. Ça ne rime à rien. Qu’est ce que tu veux faire? Partir en pleine nuit?”

Son ton est incroyablement calme et posé, je sens son emprise se refermer sur moi. Je secoue la tête mécaniquement, il faut que je parte ou je vais devenir folle.

Je me dégage violemment.

“LÂCHE MOI! LAISSE MOI PARTIR!”

“NON Judith! Tu ne partiras pas comme ça.Tu restes ici. Viens te coucher on en parlera demain.”

Prise au piège je bous intérieurement, quand mes yeux s’arrêtent mes ballerines, au pied de l’escalier.

Je le pousse et commence à me débattre violemment.

“LÂCHE MOI! OU JE TE JURE QUE JE TE MASSACRE!” Je ne me reconnais pas. Cette violence... D’où me vient elle?

Il finit par se décaler en rigolant nerveusement.

“ TU VEUX TE BARRER? BAH VAS Y ! MAIS PAS LA PEINE DE REVENIR APRÈS!”

Il marque une pause avant de poursuivre, plus calme, la voix plus posée.

“Honnêtement Judith qu’est ce que tu vas faire sans moi? Tu ne peux pas me quitter comme ça. Tu n’es rien sans moi.”

Ses mots me crispent. Il croit vraiment me retenir comme ça?

Mais avant de changer d’avis, je fonce vers la porte, saute dans mes chaussures, reprends mon sac et déverrouille la porte.

SORTIR, COURIR, M’ENFUIR.