Action ou Vérité

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Résumé

Emma, à vingt et un ans, a toujours été invisible—quelconque, oubliable, la fille que l'on croise dans la rue sans jamais y repenser. Son refuge est la librairie, où le silence et l'ordre la protègent du chaos de Los Angeles. Mais quand Teddy Louis franchit la porte—tatoué, dangereux, d'un magnétisme impossible—son monde tranquille se fissure. La nuit, Emma fait défiler Instagram sous son modeste pseudo JustEmThings, observant des vies plus belles et plus assurées que la sienne. Jusqu'à ce qu'elle tombe sur Truth_or_Dare—un homme masqué dont les vidéos séductrices et dominatrices brouillent la frontière entre fantasme et réalité. Quand il la suit en retour—le seul qu'il suive—la section commentaires explose, et Emma se retrouve propulsée dans un jeu auquel elle n'a jamais demandé à jouer. Prise entre l'attrait dangereux de Teddy en chair et en os et le mystère enivrant de l'homme masqué en ligne, Emma doit décider : est-elle toujours un bruit de fond, ou est-elle devenue la proie dans une histoire de désir, de masques et de pouvoir ?

Statut :
Terminé
Chapitres :
42
Rating
4.9 14 avis
Classification par âge :
18+

Préface :

Quelque chose clochait dans la pièce.

Je me tenais devant le miroir. J'ajustais mon haut gris anthracite en lissant le tissu sur mes épaules. Les plis de ma jupe noire transparente ondulaient légèrement quand je changeais de position. L'ourlet frôlait mes genoux. Je me suis baissée pour enfiler mes bottes. Elles étaient hautes, cirées et solides.

La télévision était déjà allumée. Sa lueur envahissait la pièce. La voix du présentateur flottait dans l'air comme un écho d'angoisse.

« Les autorités de Burbank enquêtent sur une série de braquages nocturnes commis par un homme masqué. La police confirme que trois femmes ont été brutalement agressées lors de ces incidents. Une victime a réussi à s'échapper. Elle aide désormais les enquêteurs. »

Je me suis figée en plein geste. Mon gilet était à moitié posé sur mes épaules. Les mots me glaçaient le sang comme de l'eau froide. La maille bleue pendait, pas encore boutonnée. Pendant un instant, je me suis sentie vulnérable, pas tout à fait prête. Ma tasse était posée sur le comptoir. Il n'y avait plus de vapeur depuis longtemps. La céramique était froide sous mes doigts quand j'ai voulu la prendre.

L'écran affichait des images de gyrophares. Des rues familières étaient barrées par du ruban jaune de la police. J'ai reconnu l'épicerie du coin derrière le journaliste. C'était la ruelle étroite à quelques pâtés de maisons de chez moi. Voir ces endroits banals transformés en scènes de crime m'a serré la poitrine.

« Les habitants sont appelés à la plus grande vigilance. Le suspect porterait un masque sombre et des vêtements noirs. Il serait de corpulence mince. Les détectives pensent que ces crimes pourraient être liés. »

J'ai baissé le son. J'ai essayé de me concentrer sur ma préparation en ajustant mon gilet et en vérifiant mon reflet. Mais la voix calme du porte-parole de la police résonnait encore dans ma tête, même après avoir coupé le son :

« Nous demandons à toute personne ayant des informations de se manifester. Les patrouilles de sécurité ont été renforcées dans le secteur. »

C'est là que je l'ai remarqué, lui. Dans le verre de la fenêtre à côté de moi, une autre image se dessinait sous les lampadaires. Ce n'était pas celle du reportage, mais un reflet bien réel.

Une silhouette se tenait dehors. Sans visage. Immobile. Elle regardait. Au début, je me suis dit que c'était un jeu de lumière, une ombre qui prenait une forme humaine. Mais plus je fixais l'endroit, plus j'étais certaine que quelqu'un était là. Une silhouette plaquée contre l'ombre du bâtiment. C'était trop immobile pour être un accident. Trop délibéré pour être sans danger.

La voix du présentateur continuait de parler de vigilance et de patrouilles. Je l'entendais à peine. Mes yeux étaient rivés sur la fenêtre, sur la forme au-delà de la vitre. Il ne bougeait pas, ou presque pas. Il y avait juste un léger mouvement, comme un souffle, comme de la patience.

La scène à la télévision et la scène à l'extérieur se sont confondues. L'homme sans visage des infos n'était plus seulement une histoire. Il était là, juste derrière ma fenêtre.

J'ai resserré mon gilet contre moi. Mon reflet dans la vitre se mélangeait à son ombre. Deux silhouettes se superposaient : moi à l'intérieur, lui à l'extérieur. Il n'y avait entre nous que du verre et de l'air.

Je voulais détourner le regard pour briser le sort, mais je ne pouvais pas. L'homme sans visage restait là, silencieux, patient. Il semblait attendre le moment où tout basculerait à nouveau...