Prologue
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L’amour ne fait pas mal.
Sauf quand il est réel.
Je ne me souviens plus du moment exact où tout a commencé à mal tourner.
Il n’y a pas eu d’explosion, pas de cris, pas de claquement de porte. Juste une lente dérive. Un glissement presque invisible. Comme une main qui se referme autour de ton poignet, doucement, jusqu’à ce que tu comprennes trop tard que tu ne peux plus te libérer.
Au début, il y avait lui.
Son regard sombre. Sa façon de me fixer comme si j’étais la seule chose réelle dans un monde flou. Il ne parlait pas beaucoup, mais quand il le faisait, c’était toujours juste. Précis. Intime. Comme s’il me connaissait mieux que moi-même.
Je me souviens m’être dit : Enfin quelqu’un qui me voit.
Je n’ai jamais su aimer à moitié.
Chez moi, tout est excessif. Les émotions, les silences, les battements de cœur. Quand j’aime, je me donne entièrement. Je m’oublie. Je m’efface presque. Et lui… lui a très vite compris ça.
Il m’aimait fort.
Trop fort.
La première fois que j’ai senti quelque chose se briser, c’était une soirée banale. Rien d’important. Un message que j’avais mis trop de temps à lire. Un sourire que j’avais adressé à quelqu’un d’autre. Son regard s’est assombri, imperceptiblement. Puis il a souri. Ce genre de sourire qui ne touche pas les yeux.
— Tu fais ça exprès ?
— Faire quoi ?
— Me rendre fou.
J’avais ri.
Je pensais que c’était flatteur. J’étais loin de comprendre que ce mot — fou — allait devenir notre quotidien.
Il disait que c’était parce qu’il m’aimait.
Toujours.
Chaque reproche, chaque tension, chaque dispute finissait par cette phrase.
“Je t’aime trop fort”.
Comme si l’amour excusait tout. Comme si la douleur était une preuve.
Avec lui, tout était intense. Les regards. Les silences. Les baisers aussi. Ils n’étaient jamais tendres très longtemps. Il y avait toujours cette urgence, ce besoin presque violent de me posséder, de me garder contre lui, comme si j’allais disparaître s’il me lâchait.
Parfois, j’aimais ça.
Et c’est ce qui me fait le plus peur aujourd’hui.
Je me revois dans son appartement, la nuit, les lumières éteintes, le cœur battant trop vite. Sa main dans mes cheveux, ses lèvres contre mon cou, et cette sensation étrange : me sentir désirée… et enfermée à la fois.
— Dis-moi que tu es à moi.
— Je suis à toi, avais-je murmuré.
Je croyais que c’était de l’amour.
Je croyais que se donner entièrement était une preuve de maturité, de passion. Personne ne m’avait appris que l’amour ne devait pas faire peur. Que l’amour ne devait pas te couper le souffle autrement que par bonheur.
Les disputes sont arrivées doucement.
Toujours suivies de réconciliations brûlantes.
Il criait. Je pleurais. Puis il me prenait dans ses bras, jurait qu’il allait changer, qu’il avait juste peur de me perdre.
Et moi, je le croyais.
Parce que je l’aimais.
Parce que partir aurait été admettre que tout ça n’était pas normal.
Je n’ai jamais été une victime silencieuse.
Je répondais. Je me défendais. Je criais aussi. Mais plus je résistais, plus notre relation devenait violente. Comme si nous nous nourrissions mutuellement de cette douleur. Comme si le calme nous faisait peur.
Il disait que sans moi, il se détruirait.
Que j’étais sa seule stabilité.
Son ancre.
Alors je suis restée.
J’ignorais encore que l’amour n’est pas censé te faire choisir entre toi et l’autre.
Que l’amour n’est pas un combat permanent.
Que l’amour n’est pas une blessure que l’on entretient pour se sentir vivant.
Ce soir-là, quand il a claqué la porte pour la première fois, j’ai compris que quelque chose était irrémédiablement brisé. Je suis restée seule dans le silence, les mains tremblantes, le cœur en miettes… et une pensée obsédante :
Et si aimer comme ça était la chose la plus dangereuse que je ferais jamais ?
Je ne savais pas encore que ce n’était que le début.
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