Prologue
Quelle journée !
Je m’assois sur le canapé et me carre contre le dossier. J’adore mon boulot, mais honnêtement, quand une cliente ne sait pas du tout ce qu’elle veut, c’est plutôt pénible à vivre. Et là, je n’ai pas vu le bout de cette après-midi, surtout que nous restons sur un statu quo. Et là, elle hésite sur la couleur… Et ma sœur qui ne veut rien entendre ! Vivement demain !
Et maintenant, le téléphone s’y met !
Je m’en saisis, et le numéro qui s’affiche me sidère. Illico, j’appuie sur la touche verte :
— Mathieu ?
— Bonjour petite sœur.
— Qu’est-ce qui se passe pour que tu m’appelles ?
— Je souhaite prendre de tes nouvelles !
— Ne te fiche pas de moi. Que veux-tu ?
Et il doit comprendre que je ne suis vraiment pas d’humeur à attendre qu’il en vienne enfin au vif du sujet :
— Est-ce que tu peux me rejoindre à Palerme ?
— Palerme ?
— Oui.
— Qu’est-ce que tu fais en Sicile ?
— Écoute, ça serait un peu trop compliqué que je t’explique cela au téléphone.
— Dans quel bourbier t’es-tu encore mis ? insisté-je.
— Clémence.
— Écoute, je te connais suffisamment pour savoir que si tu m’appelles en me disant qu’il faut que je me rende en plus en Sicile le plus rapidement possible, c’est qu’il y a un souci. Lequel ? Qu’est-ce que t’as encore fait ? Combien d’argent dois tu encore ?
— Huit cent mille euros.
— De quoi ?
— Je dois huit cent mille euros.
— Mais tu as fait quoi pour ça ?
Pendant un court instant, j’ai l’impression qu’il ne va pas me répondre.
— J’ai joué, j’ai perdu, élude-t-il.
— Comme d’habitude, tu n’as pas réussi à t’arrêter ? C’est bien cela ?
— J’étais en veine. Alors je me suis dit : c’est bon, ça va marcher.
Oui, comme toujours avec lui… décidément, il ne tireras jamais aucune leçon de ses actes !
— Et que suis-je censé faire dans l’histoire ?
— Je ne peux pas t’expliquer au téléphone. S’il te plaît, viens.
— Écoute, est-ce que tu es conscient que je n’ai pas cette somme ? Que même si je vendais ma maison et ma boutique, je ne la possède pas. Tu imagines combien de vêtements il faut que je fabrique pour avoir une somme pareille ? Et pourquoi faut-il que j’aille là-bas ?
— Écoute, si tu ne viens pas, je vais devoir aller en prison.
— Tu n’as pas des amis qui pourraient te prêter la somme ?
— Je leur dois trop d’argent à eux aussi.
Je pousse un soupir :
— Je vois. Mais tu te rends compte que moi j’ai une affaire à faire tourner ? Et il faut que je m’occupe d’Isabelle.
— Ah, je ne vois pas ce qu’elle viendrait faire là-dedans.
— Tu sais très bien pourquoi. Tu fais l’autruche à chaque fois que je t’en parle. Tu es informé de ce que je pense de son compagnon, de ce que dont je crains pour elle. Et tu ne fais rien, tu n’es même pas là pour nous aider. Et tu attends de moi quelque chose ?
— S’il te plaît. Tout est prévu. Ton vol sera payé. Tu seras logée, ajoute-t-il d’un ton qui se veut persuasif.
— Mais dis-moi seulement ce que tu attends de moi !
— Écoute, viens, on t’expliquera tout. Si je me souviens bien, la dernière fois que tu m’as parlé, tu m’as dit que tu faisais une pause à cette période, alors tu peux venir ?
— Et tu penses que je vais laisser Frédéric s’en sortir tout seul ?
— Il en est capable. S’il te plaît.
Un long silence se fait avant que je ne réponde.
— Bon, d’accord.
Il me semble que je l’entends émettre un soupir de soulagement, avant qu’il ne dise :
— Bon, je le préviens. Ton billet t’attendra à l’aéroport.
Cependant, un mot m’interpelle :
— Attends, tu as dit, je « le » préviens ? Qui se cache derrière ?
Toutefois, il élude et se cantonne à répéter :
— Il viendra te chercher. Et il t’expliquera tout. A bientôt ?
Il raccroche sans me laisser le temps de poser de plus amples questions, comme à son habitude. Mais cette fois un sombre pressentiment m’assaille. Qu’est-il en train d’imaginer ? De quelle manière dois-je encore le sortir de là ? Et quand je pense à la somme demandée ! Mais comment fait-il pour se mettre toujours dans de telle situation ! Ce n’est pourtant pas la première fois que cela lui arrive… mais, voilà, comme notre père, il croit toujours que la prochaine fois sera la bonne… Et je dois encore venir à son secours. Dire que je suis la cadette ! Comme si je n’avais pas assez de soucis avec Isabelle !
Décidément, quelle journée ! Chapitre








