La maison sans vie

Ils franchissent le portail en retenant leur souffle. Le métal émet un son prolongé et déchirant qui semble éveiller tout le jardin. Ils échangent des regards empreints d’excitation et d’appréhension, et se mettent déjà à filmer et à plaisanter pour dissimuler la nervosité qui s'empare d'eux.
Devant eux, le jardin s’étend comme une mer rouge. Des coquelicots partout, dans les hautes herbes, entre les pierres, le long du chemin, jusque dans les fissures du muret. Un rouge vif qui tranche avec le ciel pâle.
Ils avancent, les tiges frottent contre leurs jambes, laissant une sensation étrange, comme si les fleurs se referment légèrement à leur passage. Le vent est absent, pourtant, les coquelicots bougent légèrement, comme s’ils respirent.
Les garçons s’approchent de la maison. Certains filment les volets arrachés, les murs lézardés, la porte d’entrée qui semble tenir par habitude. D’autres commentent l’état du jardin, les légendes autour de la maison, les rumeurs de disparition. Mais Célian ressent les choses plus fort que les autres lèvent, les yeux vers la façade.
La maison aux pierres claires est mangée par le lierre et par le temps, les fenêtres sont sombres, opaques, comme si l’intérieur refuse de laisser sortir la lumière.
Le groupe s’arrête devant la porte qui est entrouverte, juste assez pour qu’un souffle puisse passer. Ils échangent un regard d’excitation et d’hésitation, puis ils franchissent alors le seuil.
À l’intérieur, le silence envahit la maison comme si le son avait décidé de rester dehors. Ils avancent alors dans l’entrée, le sol craque sous leurs pas. Ils remarquent que les meubles sont encore là ainsi que les objets.
Tout semble figé dans un moment qui n’a jamais voulu passer.
Ils se dispersent, mais Célian, lui, reste dans l’entrée. Il a l’impression que quelqu’un vient de passer juste devant lui. Une présence légère, un souffle, un mouvement d’air. Il tourne la tête.
Rien.








