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Par trois elles vont

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Résumé

Il y a bien longtemps, dans une clairière lointaine protégée par une forêt dense et sombre, une chaumière abritait deux sorcières. Aimées et respectées des villageois qui leur rendaient visite de temps à autres, elles se cachaient de l’Inquisition qui les chassaient. Usant de philtres et de charmes, elles agissaient pour le bien de tous. Dans ce grimoire sont consignées toutes leurs mésaventures, les bonnes comme les plus terribles. Et elles inspireront bien des générations de sorcières après elles.

Statut :
En cours
Chapitres :
5
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Litha

Le Soleil n’était pas encore levé lorsque l’Inquisition avait enfoncé la porte de la chaumière vide. Les soldats n’avaient trouvé personne, ils étaient sur le point de rentrer au campement lorsque l’Inquisitrice en personne les arrêta.

C’était une femme colossale, dépassant d’une bonne tête la plupart des hommes du régiment. Elle se battait aussi bien à l’épée qu’à mains nues, capable de terrasser plusieurs hommes à la fois. Elle portait une armure luisante, argentée et dorée qu’elle s’échinait à lustrer elle-même chaque matin. Dès qu’elle sortait de sa tente, elle cachait sa longue chevelure blonde comme les blés sous un casque.

Elle ordonna à ses soldats d’encercler la bâtisse au toit de chaume. Ils attendirent longtemps pendant qu’elle tournait tout autour de sa démarche puissante, martelant le sol de ses bottes. Le soleil était à son Zenith quand elle s’adressa à ses habitantes :

-Nous savons que vous êtes là, déclara-t-elle d’une voix forte. Vous n’allez plus pouvoir rester cachées très longtemps.

Il n’y eut pas un bruit et les soldats se regardèrent d’un air dubitatif. Elle recommença à parler :

-Vous avez été dénoncées par les villageois. Nous savons que vous êtes deux.

Il y eut un léger craquement et l’Inquisitrice cria qu’on se mette en garde.

-Sortez de là en levant les mains au-dessus de votre tête.

Mais bien sûr, personne ne sortit de la maison. Un fracas de verre se fit entendre et des projectiles explosèrent au sol, aux pieds des gardes. L’herbe s’enflamma, provoquant cris et mouvement de panique. Ils rompirent le cercle dans la confusion. C’est alors qu’ils virent deux femmes traverser les flammes et s’enfuir dans la forêt.

L’Inquisitrice jura, vociférant des menaces. Elle releva les hommes qui n’avaient pas été brulés et elle les envoya à la poursuite des deux sorcières. Elle resta sur place pour tenter de sauver ceux qui pouvaient l’être et elle saccagea la chaumière, jetant les plantes et les filtres au feu. Elle s’assura ensuite que la forêt entière n’allait pas bruler et elle rejoignit le campement.

Ses hommes ne la rejoignirent qu’à la tombée du jour mais ils ne revinrent pas bredouilles. Ils avaient réussi à blesser et capturer la plus jeune des deux femmes. Ils la firent entrer dans la tente de l’Inquisitrice et ils l’attachèrent au poteau en son centre.

L’Inquisitrice se retrouva donc seule face à cette jeune sorcière. Elle l’observa d’abord de loin, à la fois curieuse et intriguée. Depuis qu’elle était inquisitrice, elle n’avait encore jamais capturé de vraie sorcière. Elle s’était imaginée qu’à la tombée du jour, des cornes de bouc lui pousserait sur la tête ou que ses yeux deviendraient rouge sang, ses pupilles fendues comme ceux des chats. Elle scruta son visage salit, ses cheveux en bataille et sa peau tannée par le soleil sans rien y trouver de démoniaque. Du sang avait séché sous son nez et sur son épaule, là où on l’avait frappé. Elles se dardaient d’un regard mauvais sans rien dire. Cela dura longtemps avant que l’Inquisitrice prenne la parole :

-Tu es… humaine ?

La jeune fille ne répondit pas. La question était inattendue et la réponse plus qu’évidente. Elle ne comprenait même pas comment un soldat et une femme mandatée par l’église pouvait poser une question pareille. Elle hocha timidement la tête pour approuver.

-Tu as un prénom ?

Elle hocha encore la tête pour approuver.

-Tu peux me le dire ?

Cette fois la jeune fille secoua vigoureusement la tête de gauche à droite.

L’Inquisitrice retira son armure plaque par plaque, la déposant sur son support sans quitter sa prisonnière du regard. Lorsqu’elle ne fut plus vêtue que de sa tunique, elle s’approcha. Elle but une grande rasade d’hydromel et elle en proposa à la jeune fille qui refusa vivement.

-Si je te détachais une main, tu voudrais boire un peu ?

Lentement, la jeune fille approuva, les lèvres toujours hermétiquement closes.

L’Inquisitrice s’approcha encore et elle s’accroupit devant la jeune femme. Elle passa les mains dans son dos pour délier la corde qui la maintenait immobile. A peine fut elle penchée qu’un bruit la fit reculer. Elle sentit quelque chose de chaud couler sur sa pommette et soudain, ça la brula. Une douleur vive lui cingla le visage, l’obligeant à fermer un œil et à plaquer les mains dessus. Elle lâcha un râle de douleur en se relevant et dans un mouvement de colère elle assomma sa prisonnière d’un coup de pied.

Lorsque la jeune femme se réveilla, elle était toujours attachée au poteau de la tente mais cette fois, elle était bâillonnée par une pièce de tissus qui s’enfonçait jusque dans sa gorge. Elle tenta de cracher, de tousser mais même saliver était devenu impossible. Elle se fit la plus discrète possible lorsqu’elle regarda autour d’elle, essayant de ne pas faire de bruit. Elle se contorsionnait pour savoir où était sa geôlière quand sa voix retentit :

-C’est moi que tu cherches ?

La jeune fille leva la tête et elle regarda droit devant elle. Elle ne l’avait pas remarquée mais l’Inquisitrice était bel et bien là, assise sur un tabouret, nue, penchée sur un sceau d’eau fumante dans lequel elle trempait une éponge pour s’humidifier le corps. Pendant une seconde, la jeune sorcière cessa de se débattre. Elle ne fit qu’observer, subjuguée. Il n’y avait pas que la stature de l’Inquisitrice qui était impressionnante. Ses cheveux blonds reflétaient la lumière des bougies, ses yeux bleus ressemblaient à l’eau des rivières les plus pures. Elle la regarda se redresser de toute sa hauteur et s’envelopper dans un linge. Elle observa ensuite son visage et les bandages qui entouraient sa tête. Ses yeux sourirent malgré la douleur.

-Lorsque j’aurais fini de t’interroger, je te couperai la langue et que je te la ferais avaler.

Pendant qu’elle remettait sa cuirasse, elle déclara :

-Je vais te torturer pour que tu parles et ensuite, je te tuerais. Sois tu parles vite et ton calvaire s’arrête vite. Sois… ça va être long…

Les yeux de la jeune femme ne riaient plus du tout, ils exprimaient même de la peur. Elle vit la femme apporter le seau dans lequel elle s’était lavée et le poser devant elle. Elle gémit de douleur quand elle la saisit par les cheveux pour lui plonger la tête dans l’eau. Elle hurla à s’en bruler la gorge. Lorsqu’elle put à nouveau respirer on lui retira son bâillon de la bouche.

-Ton prénom ?

La jeune femme cracha à nouveau mais ce ne fut que de l’eau. On précipita à nouveau sa tête dans le seau et elle suffoqua.

-Ton prénom ?

-Nyx, toussa-t-elle.

-Eh bien voilà. Tu comprends vite mais il faut t’expliquer longtemps. Où est ta maitresse ?

Nyx ricana. Jamais elle ne révèlerait l’endroit où se cachait la sorcière avec qui elle vivait, son mentor. On lui plongea à nouveau la tête dans l’eau. Ce manège dura longtemps sans qu’elle ne réponde jamais. A l’aube, elle avait perdu connaissance assez souvent pour sombrer dans la folie. Elle se réveilla une énième fois mais elle garda les yeux fermés, espérant qu’on la laisse tranquille. Ses vêtements étaient trempés et elle avait froid. Ses bras, tordus dans son dos lui faisait si mal qu’elle pensa qu’ils étaient cassés. Elle ne sentait plus ses jambes sous elle. On essaya de la réveiller en lui jetant de l’eau au visage mais elle resta immobile. On la frappa mais elle n’émit aucun bruit. Elle se sentit basculer sur le côté et sa tête heurta le sol sablonneux. Elle sombra dans un sommeil étrange.

Elle errait dans une forêt brumeuse et silencieuse quand un corbeau se posa sur une branche en face d’elle.

-Hedda ? Hedda c’est vous ?

-Tu dois te préparer Nyx.

-Dans combien de temps ? Que dois-je faire ?

-Tu reconnaîtras les signes.

-Comment ? J’ai encore tellement besoin de vous. J’ai encore tant à apprendre.

-Tiens-toi prête.

Le corbeau s’envola et la forêt s’évapora. Le sol se déroba sous ses pieds et Nyx tomba dans le vide.

Lorsqu’elle se réveilla à nouveau, il régnait un tel vacarme hors de la tente qu’elle crut que le campement s’était fait attaquer. Les yeux gonflés et troubles elle peina à reconnaitre l’armure pourtant étincelante de l’Inquisitrice. Elle cracha à nouveau du sang au sol quand elle la gifla pour la réveiller complètement. Le souffle court, les yeux grands ouverts, elle peina à comprendre ce qu’on lui disait :

-Elle est venue se livrer pour te sauver mais vous allez bruler ensemble !

L’Inquisitrice la leva sans s’apercevoir qu’elle avait réussi à se libérer des liens qui l’entravaient. Elle la poussa hors de la tente pour la jeter à genoux dans la boue.

Nyx reconnut Hedda, couverte de boue et de sang. Son mentor avait été battue, dévêtue et humiliée. Le regard noir de colère, la jeune sorcière cracha au pieds des soldats qui s’écartèrent vivement. Elle poussa sur ses jambes tremblantes pour s’approcher de sa maitresse et poser son front contre le sien. Sans qu’aucun garde ne puisse les retenir, elles s’embrassèrent.

-Laisse-les me prendre, murmura Hedda.

-Non !

-Il le faut Nyx. Il faut que tu vives.

-Pas sans vous, jura-t-elle alors qu’on la tirait en arrière.

-Je serais toujours avec toi.

Nyx cessa de se débattre, les yeux écarquillés de surprise, le menton tremblant. Hedda se sacrifiait pour la sauver. Elle avait prononcé les mots, c’était trop tard. Le sortilège était déjà en marche, il fallait à présent le mener à son terme. Elle hocha la tête, laissant couler de grosses larmes sur ses joues sales. On emmena les deux femmes dans des directions opposés. Nyx délogea ce qu’elle avait sous la langue et qu’elle identifia comme une pierre charbonnée. Hedda la lui avait donnée en l’embrassant et elle la coinça entre ses molaires. Elle entraina comme elle le pouvait les deux hommes qui la retenaient vers la forêt et elle mordit dans la pierre avant de la cracher par terre. Un nuage de fumée noire explosa autour d’elle et elle courut à en perdre haleine.


Nyx ne sut pas combien de temps elle avait couru dans la forêt. Elle avait traversé des ruisseaux, des champs, des prairies jusqu’à atteindre un coin reculé des bois. Elle avait entendu des biches, des cerfs et des sangliers courir derrière elle pour couvrir ses traces. Elle arriva au bord d’un lac, au pied d’une cascade. Epuisée, elle entra dans l’eau, se débarrassant de sa chemise et de la crasse qui la recouvrait. Elle nagea jusqu’à la cascade, noyant ses larmes. Elle laissa l’eau ruisseler sur son corps nu, murmurant des incantations d’une voix tremblante. Lorsqu’elle ressortit de l’onde, elle n’était plus la même femme : ses cheveux et ses yeux avaient changé de couleur. Elle ne ressemblait à présent plus à une jeune adulte mais à une femme dans la force de l’âge. Elle espérait ainsi passer inaperçue lorsqu’elle assisterait à l’immolation d’Hedda. Elle traversa à nouveau la cascade et elle entra dans la grotte qu’elle cachait. Là, des vêtements l’attendaient – il avaient été préparés il y a des semaines au cas où – elle mangea quelques baies et elle but beaucoup d’eau de lune pour se donner de la force. Elle prit le temps de se calmer et de méditer, chassant la mort programmée de son mentor de son esprit. Elle devait se concentrer sur l’incantation qu’il faudrait prononcer lors du bucher.

A la tombée du jour, elle se rendit au village. La potence était déjà prête. Le petit bois pour le bucher aussi. La foule était déjà réunie sur la place, muni de torches et de lanternes. Les soldats avaient formé un cordon de sécurité autour des villageois et on n’attendait plus que l’Inquisitrice et la sorcière. On ne pouvait pas vraiment dire qu’ils trépignaient d’impatience. On ne pouvait pas non plus dire qu’ils étaient heureux de voir une sorcière bruler. En réalité, aucun des villageois n’avait dénoncé Hedda et Nyx à l’Inquisition. Aucun d’eux n’avait de raison de le faire parce qu’ils vivaient en harmonie avec les sorcières. Lorsque Nyx se faufila entre eux, certains reconnurent son regard malgré sa nouvelle apparence et ils baissèrent les yeux en signe de condoléances. Et puis ils se passèrent le mot. La jeune sorcière était là et il allait se passer quelque chose. Bien sûr, les soldats n’en surent rien et tout se déroula comme prévu.

Nyx resta aussi impassible que possible lorsqu’elle vit Hedda, le visage tuméfié et vêtue d’une chemise blanche. Elle serra les dents quand on l’attacha au poteau de bois et d’un mouvement de la lanterne qu’une enfant lui avait donné elle attira son attention. Leurs yeux s’emplirent de larmes mais elles ne bougèrent pas. La jeune sorcière enfonça ses pieds dans le sol comme si ses racines s’enfonçaient dans la terre meuble. Le regard fixé dans celui d’Hedda, elle la vit commencer à prononcer l’incantation.

La voix puissante de l’Inquisitrice retentit :

-Nous savons que tu es là, Nyx. Nous savons que tu te caches dans la foule. Nous te trouverons. Tu ne peux pas nous échapper.

Mais Nyx n’avait que faire de ses menaces. Elle commença sa récitation silencieuse, ne laissant échapper qu’un souffle. Elle ne parvenait pas à synchroniser ses paroles sur celles d’Hedda et elle commença à paniquer. Si elles ne prononçaient pas les mêmes mots en même temps, elles ne pourraient pas accomplir le rituel de transfert de connaissances. Elle avait besoin de se concentrer mais elle avait si peur qu’on la voit et qu’on l’arrête avant qu’elle n’ait pu sauver quoi que ce soit de cette mémoire ancestrale. On venait de mettre le feu au bucher et deux soldats s’approchaient d’elle, elle pouvait les sentir. Elle essaya de suivre le mouvement des lèvres d’Hedda mais elle avait bien trop peur. Tout à coup, sans prévenir, un homme s’approcha d’elle et déposa une couverture sur ses épaules. Il l’enveloppa dedans et il la serra dans ses bras :

-Et voilà ma chérie. Comme ça tu n’auras plus froid.

Nyx sentit les soldats faire demi-tour et continuer leur ronde. De grosses larmes coulèrent sur ses joues et elle entendit l’homme murmurer :

-Quoi que vous fassiez, faites le vite. Nous ne pourrons pas les tenir éloignés indéfiniment.

Nyx s’autorisa quelques secondes de répit. Elle quitta Hedda du regard et elle parcourut l’assemblée des villageois. Elle se rendit compte qu’ils étaient attroupés autour d’elle empêchant les soldats de l’atteindre. Elle fut envahie par une vague de compassion et d’encouragement. Elle prit une grande inspiration et elle se concentra. Elle entra alors en symbiose parfaite avec Hedda, murmurant de la même voix, prononçant les mêmes mots. Elles respiraient au même instant, clignaient des yeux en même temps.

Hedda ignora les flammes qui lui léchaient les jambes et elle continua sa récitation. Elle sentait ses forces diminuer à vue d’œil et son énergie vitale se diriger vers Nyx. Ça n’allait plus durer longtemps à présent et elle serait bientôt libérée de son enveloppe charnelle et des tortures qu’elle subissait. Elle était à bout de forces quand elle vit l’Inquisitrice et son armure s’approcher de Nyx. Elle était repérée. Elle n’aurait pas le temps de finir le transfert. Il fallait qu’elle trouve une solution et vite. Elle sonda l’assemblée et une aura attira son attention. A son plus grand regret, elle détourna le regard pour le poser sur une jeune fille qui la regardait avec fascination.

-NON ! cria Nyx alors qu’on la saisissait par les bras.

On la frappa si fort qu’elle perdit connaissance immédiatement.

Nyx ne rêva pas. Elle n’entendit rien venant de l’extérieur et elle ne sentit rien lorsqu’on tenta de la réveiller. Elle dormit longtemps, épuisée, le corps endoloris. Lorsqu’elle se réveilla enfin, il faisait complètement nuit. Elle ne savait pas combien de temps elle avait dormi. En essayant de bouger le moins possible, elle regarda autour d’elle. Dans son lit de camp, l’Inquisitrice était là, endormie. Il n’y avait pas de gardes, juste une bougie qui éclairait la pièce d’une lumière vacillante. Nyx constata qu’elle était attachée, encore une fois, qu’elle était assise au sol, au pied d’un poteau, encore une fois. Elle testa la solidité du nœud mais il était vraiment serré.

Elle sursauta en voyant une couleuvre onduler vers elle. Elle n’en avait pas peur, loin de là, elle était juste étonnée d’en voir une si loin de la forêt. Elle la laissa approcher, trouvant son comportement étrange et elle crut entendre un sifflement. Elle repensa alors à Hedda et elle se souvint qu’elle n’avait pas pu terminer le rituel de transfert. Les larmes lui vinrent aux yeux en pensant au savoir perdu. Comment allait-elle faire pour se libérer maintenant que son mentor n’était plus là ? Quelque chose de froid et humide glissa entre ses poignets et elle se força à se taire. La couleuvre s’enroulait autour de ses mains encore et encore. Tout à coup, elle sentit la pression sur ses bras disparaitre et elle put les ramener devant elle. Elle chercha le reptile des yeux en détachant ses jambes mais il avait disparu. En silence, elle se leva et elle s’approcha de l’entrée de la tente. Au dehors, tout était silencieux. Elle écarta les pans de tissus et elle jeta un œil dehors. Un homme était debout à côté d’elle mais il somnolait sur sa hallebarde. Un autre était endormi près d’un feu et un troisième marchait de long en large près des bois.

Nyx vit une biche et un cerf s’approcher du campement, ce qui était encore plus étrange que la couleuvre aventurière. Ils attirèrent l’attention du garde qui marchait et la sorcière fronça les sourcils. Elle se remémora les paroles d’Hedda dans son rêve : « tu reconnaitra les signes ». Quelqu’un était en train de l’aider. Peut-être était-ce Hedda, peut-être était-ce une autre sorcière. Elle regarda de tous les côtés, prête à courir pour sauver sa vie et au premier pas qu’elle fit, elle faillit écraser un escargot. Elle prit une inspiration, comprenant qu’il ne servait à rien de se précipiter et elle avança prudemment entre les tentes. Elle réussit à rejoindre la forêt sans se faire repérer. Ensuite, elle courut. Elle courut se cacher dans les bois, loin, dans la grotte la plus sombre qu’elle put trouver.

Là, dans la nuit noire, Nyx fit appel à ses souvenirs et à toute la magie qu’elle connaissait. Elle parvint à fabriquer une enveloppe semblable à son corps. Elle la mutila, comme si une meute de loups l’avait dévorée et elle la déposa près du campement.

Il fallut attendre le lendemain de la découverte du corps pour que l’Inquisition lève le camp et s’en aille chasser les sorcières dans une autre province.

Nyx se rendit alors sur la place du village ou les cendres du bucher étaient encore fumantes. Tremblante, elle s’agenouilla sur le tas de bois calciné et elle fondit en larmes. Pour la première fois, elle s’autorisa à hurler de douleur et de chagrin. Son cri glaça tous les habitants du village qui hésitèrent entre sortir de chez eux et fermer leurs volets. Elle se frappa le ventre, le visage ruisselant de larmes et un orage éclata au-dessus d’elle. Il ne restait rien de son mentor. Même plus un os ni un cheveu. Tout était perdu. Elle cria longtemps, jusqu’à en perdre la voix. Ensuite elle pleura. On s’approcha d’elle et Nyx eut l’impression que c’était toujours la même jeune fille, celle qui lui avait donné la lanterne et celle qu’Hedda avait regardé avant de mourir. Elle la laissa déposer une nouvelle couverture sur ses épaules.

Nyx ne rentra à la chaumière qu’au petit matin. Le soleil n’était pas encore levé lorsqu’elle passa le pas de la porte. Tout avait été saccagé. Il ne restait rien de leur joli hameau. Elle fit quelques pas et elle comprit que seuls les remèdes qu’elles avaient cachés avaient été sauvés. Toutes leurs plantes, tous leurs filtres avaient été jetés au sol.

Reniflant et tremblant elle rangea tant bien que mal tout ce qu’elle pouvait, relevant des chaises au hasard, balayant des morceaux de verre. Elle remit quelques fleurs en pots et des assiettes sur la table. Au milieu de la matinée, elle entendit du bruit et elle se cacha. Lorsqu’il n’y eut plus un craquement de feuilles, elle fit le tour de la maison. Une miche de pain avait été déposée sur le muret. Elle la renifla, lécha la croute du pain et puis elle finit par en arracher un morceau. Elle mangea avec avidité, se rendant compte qu’elle était affamée. Un peu plus tard, on lui déposa un pichet d’hypocras qui sentait bon la cannelle. Cachée près de sa fenêtre, elle vit une jeune fille apporter des vêtements et la chercher brièvement. Nyx puisa de l’eau et elle se nettoya. Elle enfila une robe propre, retrouvant un semblant de dignité. Lorsqu’elle eut réussi à ranger la maison, elle s’assit sur le muret et elle contempla l’ampleur des dégâts. Elle sentit une présence s’approcher d’elle et elle se retourna doucement. Elle savait que les villageois n’avaient pas peur d’elle mais elle avait bien conscience que son comportement des dernières heures n’avait rien de rassurant. C’était toujours cette jeune fille. Elle murmura à son attention :

-Ils ont envoyé une enfant pour m’apporter de quoi manger. C’est à la fois extrêmement gentil et très prudent.

La jeune villageoise s’était arrêtée à une certaine distance et Nyx eut tout le loisir de l’observer. Elle ressemblait à toutes ces filles de paysan mais quelque chose de particulier émanait d’elle.

-Tu as peur de moi ?

Elle secoua la tête pour dire non.

-Est-ce que tu veux t’asseoir à côté de moi ?

La jeune fille s’assit à une distance respectable et elle tendit un plat entouré d’un linge. Ça sentait bon et ça fumait. Nyx regarda le ciel puis l’ombre des arbres.

-Il est midi. Merci. Tu remercieras ceux qui ont cuisiné ça pour moi.

Elle hocha la tête pour approuver.

-Tu sais parler ?

-Oui, répondit-elle timidement.

-Tu sais que tu es spéciale ?

-Oui. Maman m’a toujours dit que j’étais spéciale.

-Et maintenant, tu l’es encore plus qu’avant. Est-ce que tu le ressens ?

-Oui.

-C’est toi qui m’as envoyé les animaux pour m’aider à sortir du campement, n’est-ce pas ?

La jeune fille hocha vivement la tête, visiblement effrayée par ce qu’elle avait fait.

-Comment tu t’appelles ?

-Abigaelle.

-Je te remercie infiniment pour tout ce que tu as fait pour moi.

On entendit une voix mi-autoritaire mi-inquiète rappeler la jeune fille et elle se leva vivement. Avant qu’elle ne parte, Nyx la retint.

-Attends. Je dois te donner ça pour ton grand père.

Elle sortit un flacon des décombres de la maison et elle le tendit à la jeune fille.

-C’est pour ses os. Il faut qu’il en prenne trois goutes dans un grand verre d’eau juste avant d’aller se coucher. Il le sait mais… mais il vaut mieux le lui rappeler.

Abigaelle la remercia en s’inclinant légèrement.

Nyx eu besoin de toute l’après-midi pour réussir à arranger la chaumière. Elle monta sur le toit pour le rempailler et dégager sa cheminée. Elle ne parvint cependant pas à remettre la porte d’entrée sur ses gongs parce qu’elle était trop lourde. Elle alluma un feu réconfortant dans sa cheminée et il ne fallut que quelques minutes pour qu’un corbeau se pose sur sa fenêtre ouverte. Elle griffonna un mot sur un parchemin et elle l’attacha à sa patte.

-Trouve une jeune fille du nom d’Abigaelle. Tu la reconnaîtras tout de suite. Merci.

L’oiseau s’envola et elle ne le vit pas revenir. Elle ne s’en inquiéta pas, elle s’occupa plutôt à jeter tout ce qui était perdu et à dresser une liste de tout ce dont elle aurait besoin de racheter. Le ciel se colorait progressivement d’orange lorsqu’elle entendit à nouveau du bruit autour de la maison. Elle ne se cacha pas cette fois, elle accueillit ses visiteurs aussi dignement qu’elle le put. Ils restèrent à une bonne distance, craignant sa puissance. Elle s’inclina devant eux en signe de respect et d’apaisement.

-Bonsoir. Bienvenue. Je suis contente que vous ayez accepté de venir.

-Vous… Vous nous avez demandés, répondit l’homme qui tentait de cacher sa femme et sa fille par sa carrure de bucheron.

-Est-ce que vous voulez vous asseoir ? Je n’ai que ce modeste muret à vous proposer, mes meubles de jardin ont été détruits.

En voyant sa silhouette frêle, la femme cachée derrière son mari vint s’asseoir près de la sorcière.

-Pourquoi vous vouliez nous voir ? Est-ce que vous avez besoin de quelque chose ?

-Vous avez envoyé votre fille pour m’apporter de la nourriture et des vêtements.

-Nous… Nous nous disions que vous ne vous mettriez jamais en colère contre une enfant.

-Ma haine et ma colère sont passés.

-Et le chagrin ? demanda encore la femme assise en face d’elle.

-Il passera avec le temps. Je vous ai demandé de venir pour une raison très particulière. Vous savez que votre fille n’est pas comme les autres jeunes filles du village.

Ils se regardèrent et ils hochèrent la tête.

-Je ne vous remercierai jamais assez de m’avoir protégée lors du… de…

Bravant le regard noir de son époux, la femme s’approcha et elle posa la main sur celles de Nyx.

-Ne le dites pas. Nous avons fait notre devoir. Nous n’avons pas pu empêcher ce qui s’est passé alors c’était la moindre des choses. Il s’est passé quelque chose avec Abigaelle, n’est-ce pas ?

-Oui, sourit Nyx. Votre fille a été choisie par Hedda, mon mentor pour lui succéder.

-Mais ce n’est pas vous qui devez lui succéder ? demanda l’homme. Vous étiez son apprentie. Vous savez faire ce qu’elle faisait. Notre fille est trop jeune. Elle ne sait pas. Elle ne comprend pas.

-Notre rituel a été interrompu et Abigaelle était prédisposée à recueillir toutes les connaissances d’Hedda. Elle a donc en elle un savoir ancestral qui ne demande qu’à être partagé.

-Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda faiblement Abigaelle.

-Ça veut dire que si tu le veux, tu peux passer du temps avec moi pour que nous nous apprenions mutuellement notre savoir.

-Je refuse, déclara le père. Elle ne restera pas avec vous.

-La décision ne t’appartient pas, déclara la mère. C’est a Abi de choisir et nous n’avons rien à dire. C’est son destin.

Il prit une mine renfrognée et Nyx se leva pour s’adresser à lui.

-J’ai besoin de votre aide. Je n’arrive pas remettre la porte sur ses gongs. Elle est trop lourde.

Alors qu’il remettait la porte à sa place, Abigaelle prit la main de sa mère. Nyx sourit et elle déclara :

-Prends le temps qu’il faut pour faire ton choix. Je serais au marchée demain matin, viens me retrouver si tu veux faire un bout de chemin avec moi.

La jeune fille approuva en souriant timidement et ils rentrèrent chez eux.

Nyx eut beaucoup de mal à dormir cette nuit-là, elle rêva de l’Inquisitrice et ce ne fut pas aussi agréable qu’elle l’aurait voulu.


Le lendemain matin, elle se rendit au marché avec deux paniers, elle avait beaucoup de vivres à acheter. Elle couvrit sa tête d’un capuchon non pas pour se cacher mais au contraire pour signaler sa présence et le retour à la normale. La jeune Abigaelle vint la rejoindre, d’abord intimidée par les regards fixés sur elles. Nyx parvint à la rassurer et elles parlèrent de banalités. Sur le chemin qui menait à la chaumière, elle demanda à la sorcière encore un peu de temps et Nyx lui répondit que tout arriverait en temps voulu, qu’elle saurait interpréter les signes.

Trois jours passèrent et un matin, en se levant aux aurores, Nyx eut un présentiment. Ce midi-là, elle mit la table pour deux et Abigaelle vint la rejoindre.

-Vous saviez que je viendrais aujourd’hui ?

-Oui, j’ai interprété les signes que le destin m’a envoyé.

-Quels signes ? demanda-t-elle en s’asseyant.

-Eh bien déjà le rêve que j’ai fait cette nuit. Je m’étais changée en lièvre et je gambadais dans une prairie, un autre lièvre est venu me rejoindre. Ensuite, j’ai vu un couple de mésanges venir boire là où je leur laisse de l’eau. Et enfin, l’œuf que j’ai cassé pour faire cette omelette avait deux jaunes.

La jeune fille fronça les sourcils mais elle ne dit rien. Nyx vint s’asseoir en face d’elle et elle déclara :

-Nous remercions le ciel d’avoir fait tomber la pluie pour faire pousser les légumes que nous mangeons. Nous remercions la terre d’avoir nourri les poules qui ont donné ces œufs. Nous remercions enfin la lune et les étoiles de nous avoir réunies autour de cette table.

Les deux femmes se regardèrent droit dans les yeux pendant quelques secondes.

-Bon appétit, sourit Nyx.

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stox4story: This is part one of a two part storyline and thus ends on a cliffhanger. I'm guessing it's two parts but maybe it will end up being more of a series. There's a lot of mystery and secrets.... some we've already learned while others we have hints but no answers yet.The plot evolves around a young MFC,...

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