L'héritière De L'onyx by M.M.G. Royer at Inkitt
Customize readability
Aa

L'Héritière de l'Onyx

All Rights Reserved ©

Summary

Elle était leur honte. Elle sera leur ruine. Pendant vingt ans, Ophélia Bardas n'a été qu'un secret honteux. Née sans loup dans un monde dominé par les prédateurs, rejetée par son père l'Alpha et torturée par sa belle-mère, elle a survécu dans le froid d'une cave, nourrie de haine et de rêves de vengeance. Elle ne devait être qu'une note de bas de page dans l'histoire de sa meute. Jusqu'à ce que le Prince Kowan Ivanok, l'Héritier du Trône Lycan, croise son regard. Contre toute logique politique et défiant les lois ancestrales, l'Alpha Suprême reconnaît en cette humaine brisée son Âme Sœur. Arrachée à sa prison pour être jetée dans la fosse aux lions de la Cour Royale, Ophélia doit apprendre à naviguer entre les complots mortels et le mépris des puissants. Mais ce que la Cour ignore, c'est qu'Ophélia n'est pas une simple humaine. Une puissance ancienne et terrifiante sommeille dans ses veines, un héritage caché par une mère disparue. Alors que des ombres oubliées se réveillent aux frontières du royaume, Ophélia devra choisir : rester la victime que l'on a brisée, ou devenir le monstre qui les sauvera tous. Entre glace et feu, la vengeance a un nouveau visage.

Status
Complete
Chapters
25
Rating
4.9 12 reviews
Age Rating
18+

Cendres et Sang Froid

Sa Majesté Cléo Mendis

L’air a le goût de la cendre et de la mort. Une saveur métallique, froide, qui nappe le fond de ma gorge à chaque inspiration saccadée. Ce n’est pas l’odeur cuivrée et chaude du sang des vivants, non. C’est l’effluve rance, presque sucrée, de la pourriture ancienne. L’odeur des vampires.

Je pivote sur mes talons, mes bottes tactiques dérapant à peine dans la boue noire, mélange infâme de terre retournée et d’hémoglobine coagulée. Mon glaive décrit un arc de cercle parfait, une extension létale de mon bras. L’acier siffle en fendant l’air saturé de fumée avant de rencontrer la résistance spongieuse d’un cou.

La tête de la créature se détache de ses épaules avec une facilité déconcertante, roulant au sol, les yeux encore écarquillés par une soif inassouvie. Son corps s’effondre lourdement. Je ne lui accorde pas un regard. Je suis déjà sur le suivant.

— Brûle-les, Cléo. Laisse-moi les réduire en poussière, gronde une voix caverneuse au fond de mon esprit.

Pulvis. Mon phœnix. Il s’agite sous ma peau, une fournaise contenue qui ne demande qu’à exploser. Je sens la chaleur de ses plumes éthérées courir le long de ma colonne vertébrale, cherchant à percer l’enveloppe charnelle.

— Pas encore, murmuré-je entre mes dents serrées.

Si je libère le feu maintenant, je révélerai ma nature. Et, dans ce chaos, où métamorphes et vampires s’entretuent, une Reine Phœnix serait une cible de choix, une balise lumineuse attirant toutes les ténèbres des environs. Pour l’instant, l’acier suffit. Je suis une danseuse de la mort, et cette plaine dévastée est ma scène.

Un sifflement derrière moi. Je me baisse par réflexe, laissant passer des griffes acérées à quelques millimètres de ma chevelure. Mes cheveux, cette masse rousse et indomptable, flottent autour de moi comme des flammes liquides. Je me redresse en propulsant mon épée courte, que je tiens dans ma main gauche, droit dans le cœur de l’assaillant. Le vampire pousse un sifflement strident, un son qui ferait geler le sang d’un humain ordinaire, avant de se désintégrer en poussière grise.

Je profite d’une seconde de répit pour scanner les alentours. C’est un massacre. La Meute des Fantômes Vengeurs se bat avec une férocité admirable, mais ils sont submergés. Partout, je vois des loups gigantesques se faire déchiqueter par des essaims de sangsues pâles.

— À gauche !, hurle une voix rauque.

Je n’ai pas besoin de l’avertissement. Je l’ai senti. Une vibration dans l’air, un déplacement d’ombre. Je fais tournoyer mon glaive, la hampe noire frappant la tempe d’un vampire qui tentait de me prendre à revers, avant de l’achever d’un coup d’estoc précis.

Mon souffle est régulier, mon cœur bat la chamade, non pas de peur, mais d’exaltation. Je suis née pour ça. Pour la guerre. Ma combinaison tactique noire, ignifugée et moulante, me protège des éraflures, mais ne gène aucun de mes mouvements. Je me sens légère, puissante.

Soudain, une onde de choc traverse le champ de bataille. Ce n’est pas une explosion physique, mais une pression psychique, une aura de domination si lourde qu’elle manque de me faire plier les genoux.

Pulvis se tait instantanément, attentif.

Je lève les yeux vers le centre de la mêlée, là où les combats sont les plus denses. Et, je le vois.

Il est humain pour l’instant, ou du moins, il a l’apparence d’un homme. Mais, quel homme… Une montagne de muscles engoncée dans un treillis gris et kaki déchiré par l’effort et le sang. Il doit mesurer près de deux mètres. Il se bat à mains nues, arrachant des têtes, brisant des colonnes vertébrales avec une brutalité sauvage qui force le respect. Ses cheveux noirs, aile de corbeau, sont collés à son front par la sueur.

Au moment où je pose mon regard sur lui, il se fige.

Le temps semble se dilater, ralentir jusqu’à l’extrême. Le vacarme des épées qui s’entrechoquent, les cris d’agonie, l’odeur de la mort… tout s’estompe. Il ne reste que lui. Et, cette odeur.

Bonne Déesse.

Ça me frappe comme un coup de poing dans le plexus solaire. Une odeur puissante de terre humide après l’orage, de bois de cèdre et d’ozone électrique. Une odeur qui éclipse la puanteur du charnier environnant. Mon phœnix pousse un cri strident dans ma tête, un chant de victoire et de possession.

À nous. Il est à nous.

L’homme pivote lentement vers moi. Ses yeux… Gris comme l’acier, froids comme l’hiver, ils croisent les miens. Une étincelle orange brille au fond de ses iris, la marque de son loup qui prend le dessus. Je vois ses narines se dilater. Il me sent. Il sait.

Le lien du compagnon.

Mon cœur rate un battement. Alypius Bardas. L’Alpha des Fantômes Vengeurs. C’est lui. Mon destin.

Mais, je n’ai pas le temps de savourer cette révélation. Le moment d’inattention de l’Alpha a un prix. Trois vampires, profitant de sa distraction, se jettent sur lui simultanément.

— Attention !, hurlé-je, ma voix portant au-dessus du tumulte.

Sans réfléchir, mue par un instinct de protection viscéral, je m’élance. Je cours, mes jambes propulsant mon corps avec une vitesse surnaturel.

Je bondis par-dessus un cadavre de loup, mon glaive levé haut.

J’atterris dans la zone de mort, juste à côté de lui.

D’un mouvement fluide, je tranche le bras du premier vampire qui s’apprêtait à planter ses griffes dans le dos de l’Alpha. Le sang noir gicle sur ma joue, chaud et poisseux.

Alypius réagit enfin. Il attrape le second assaillant à la gorge et l’écrase comme s’il s’agissait d’une brindille sèche. Le craquement sinistre des vertèbres résonne.

Nous nous retrouvons dos à dos. Je sens la chaleur irradiante de son corps immense à travers ma combinaison. Il est une fournaise vivante. L’électricité statique entre nous est si forte qu’elle en devient presque douloureuse, faisant hérisser les poils sur mes bras.

— Qu’est-ce que tu fais là ?, gronde-t-il.

Sa voix est un tonnerre sourd, vibrant directement dans ma poitrine.

— Dégage de là, l’humaine. Tu vas te faire tuer.

L’humaine.

Le mot claque comme une insulte. Il ne voit pas mes yeux émeraude qui brillent ? Il ne sent pas la puissance qui émane de moi ? Non… Mon phœnix masque mon odeur, et ma magie est contenue. Pour lui, je ne suis qu’une civile suicidaire perdue sur un champ de bataille, une faiblesse qu’il doit protéger.

— Occupe-toi de tes ennemis, Alpha, et laisse-moi gérer les miens, répliqué-je sèchement, sans me retourner.

Un rire guttural, dénué de joie, lui échappe.

— Tu as du cran, je te l’accorde. Essaie juste de ne pas mourir dans les dix prochaines secondes. Je n’ai pas le temps de faire du babysitting.

Je n’ai pas le temps de lui répondre. Une nouvelle vague déferle sur nous. Ils sont une douzaine, nous encerclant, leurs yeux rouges luisant de malice. Ils ont compris que l’Alpha est isolé, coupé de sa garde rapprochée. Ils pensent avoir trouvé une faille.

Ils ont tort.

— Ils sont nombreux, murmuré-je, analysant froidement la situation.

— Reste derrière moi, ordonne Alypius.

Au lieu d’obéir, je fais tournoyer mon glaive, la lame dessinant un cercle protecteur autour de nous.

— Tu prends ceux de midi à six heures, dis-je d’une voix calme. Je prends le reste.

Je sens son hésitation, sa surprise face à mon arrogance. Mais les vampires attaquent.

Le premier s’élance vers moi, persuadé que je suis le maillon faible. Pauvre fou. Je pivote, esquive son attaque latérale et plonge mon épée courte sous ses côtes, droit dans le cœur, tout en utilisant la hampe de mon glaive pour briser la mâchoire d’un second qui arrivait sur ma droite.

C’est une chorégraphie sanglante. Je suis rapide, précise, létale. Je tranche, je perce, je décapite. Mes mouvements sont fluides comme l’eau, destructeurs comme le feu. À chaque coup porté, je sens le regard d’Alypius peser sur moi, un mélange de confusion et de fascination. Il voit une humaine se battre avec la grâce d’une déesse de la guerre.

Mais, le nombre joue contre nous. Pour chaque vampire que nous abattons, deux autres prennent sa place. Je commence à sentir la fatigue tirer sur mes muscles. Pas ma fatigue magique, non, Pulvis est inépuisable, mais mon corps physique, lui, a ses limites.

Un colosse vampire, armé d’une masse d’armes, se fraye un chemin vers Alypius. L’Alpha est occupé avec trois adversaires. Il ne le voit pas.

— Alypius !

Le cri sort de ma gorge sans que je puisse le contrôler. Je ne peux pas l’atteindre à temps avec mes armes. Il est trop loin. Je n’ai pas le choix.

Je lâche mon épée courte, libérant ma main gauche. Je puise en moi, juste une étincelle. Pas de feu visible, non… seulement une impulsion de vent.

Je tends la main et libère une onde de choc invisible, un souffle d’air comprimé, tranchant comme un rasoir. Le vent frappe le colosse vampire en pleine poitrine, le projetant violemment en arrière sur plusieurs mètres. Il s’écrase contre un pan de mur en ruine dans un nuage de poussière.

Le silence retombe une fraction de seconde dans notre cercle immédiat.

Alypius se retourne, ayant senti la vague d’énergie. Il regarde le vampire projeté au loin, puis ses yeux gris reviennent se poser sur moi, plissés par la suspicion.

— Qu’est-ce que…

— Moins de questions, plus d’action !, coupé-je en reprenant mon glaive à deux mains.

Il grogne, mais un nouveau respect teinte son aura. Nous reprenons le combat, un duo improbable au milieu de l’enfer. L’Alpha et la Reine incognito. Et, malgré la mort qui rôde, malgré le sang qui macule ma peau laiteuse, je ne me suis jamais sentie aussi vivante. Mon compagnon est là, il se bat à mes côtés.

Même s’il me prend pour une humaine fragile, son âme a reconnu la mienne. Je le sens dans la façon dont il adapte ses mouvements aux miens, protégeant mon flanc gauche pendant que je couvre ses arrières. Nous sommes une machine à tuer parfaitement synchronisée.

Mais, la guerre est loin d’être gagnée. Et, le destin, ce traître, prépare déjà son prochain coup.

Le dernier vampire tombe, le crâne fracassé par la crosse de mon glaive. Il n’y a pas de cri, juste le bruit mat d’un corps vide qui s’écroule dans la boue.

Puis, le silence.

Ce n’est pas un vrai silence, bien sûr. Au loin, les râles des blessés et les ordres aboyés par les lieutenants des différentes meutes résonnent encore. Mais, ici, dans notre cercle de dévastation, le calme est absolu, lourd, presque suffocant.

Je reste immobile un instant, la poitrine se soulevant au rythme de ma respiration encore rapide. Mes mains serrent mes armes si fort que mes jointures en sont blanches. L’adrénaline commence à refluer, laissant place à une lucidité tranchante.

Je me tourne lentement vers lui.

Alypius est là, debout au milieu des cadavres qui jonchent le sol. Il est terrifiant. Son treillis tactique, dont le motif camouflage est désormais noyé sous le sang noir des vampires et la boue, moule sa musculature impressionnante. Il a ôté sa veste durant le combat, ne gardant qu’un t-shirt technique kaki qui colle à sa peau, trempé de sueur, révélant la définition de ses pectoraux et de ses bras massifs.

Il respire fort, une vapeur blanche s’échappant de ses lèvres dans l’air froid du matin naissant. Mais, il ne regarde pas ses hommes. Il ne regarde pas l’horizon.

Il me regarde, moi.

Ses yeux gris acier sont fixés sur mon visage avec une intensité qui me donne l’impression d’être nue. Je sens son regard glisser sur mes cheveux roux en bataille, descendre sur mon cou, s’attarder sur ma poitrine soulevée par l’effort, puis remonter pour plonger dans mes yeux émeraude.

Virion, son loup, est proche de la surface. Je vois ses iris s’éclairer par intermittence d’une lueur orange prédatrice. Il renifle l’air, encore et encore, cherchant à comprendre l’incompréhensible.

Il sent le lien, ronronne Pulvis, satisfait. Il sait que nous lui appartenons.

Je range mon épée courte dans le fourreau fixé à ma cuisse et plante mon glaive dans le sol meuble, m’appuyant dessus comme une souveraine sur son sceptre. Je soutiens son regard, refusant de baisser les yeux comme le ferait une louve soumise. Je suis une Reine, même s’il l’ignore.

Il s’approche. Chaque pas est lourd, ancré dans le sol. Il est immense. Lorsqu’il s’arrête à moins d’un mètre de moi, je dois renverser la tête pour continuer à le fixer. Son odeur m’enveloppe, une drogue puissante – cèdre, pluie, musc masculin – qui fait vibrer chaque cellule de mon corps.

— Qui es-tu ?, gronde-t-il.

Sa voix est rauque, éraillée par les cris de guerre. Elle n’a rien d’une demande polie. C’est un ordre.

— Je suis celle qui a couvert tes arrières quand tes guerriers étaient trop lents, réponds-je calmement.

Un muscle tressaille sous sa mâchoire carrée. Il n’a pas l’habitude qu’on lui parle sur ce ton. Surtout pas une femme. Surtout pas une…

— Une humaine, crache-t-il, comme si le mot avait un goût amer.

Il lève une main, ses doigts frôlant presque ma joue, mais il s’arrête au dernier moment, luttant contre une force invisible. Je sais ce que c’est. C’est l’appel du Compagnon. Ses doigts brûlent de me toucher, de vérifier que je suis réelle, de marquer ma peau de son odeur. Mais, son esprit logique, son orgueil d’Alpha, se rebelle.

— Tu te bats bien pour une créature fragile, continue-t-il, sa voix baissant d’une octave, devenant presque un murmure dangereux. J’ai vu ce que tu as fait avec ce glaive. Aucune humaine ne devrait bouger aussi vite.

— J’ai appris à survivre, mens-je avec aplomb. Le monde est dangereux pour ceux qui ne possèdent pas de crocs.

Il plisse les yeux, scrutant mon visage à la recherche de la moindre faille.

— Tu sens… commence-t-il, avant de secouer la tête comme pour chasser une pensée parasite. Tu sens la tempête. Mais, tu n’as pas d’odeur de loup. Pas d’animal en toi. Juste cette odeur d’humaine.

Il a l’air furieux. Furieux contre lui-même. Furieux de désirer celle qu’il considère comme inférieure. Dans la hiérarchie rigide des métamorphes, s’accoupler avec une humaine est une faiblesse. Un Alpha a besoin d’une Luna forte, capable de porter des héritiers puissants. Pour lui, je suis une impasse génétique. Une distraction.

Pourtant, il ne recule pas. Au contraire, il réduit encore la distance. Son torse effleure presque le mien. La chaleur qu’il dégage est enivrante.

— Je m’appelle Cléo, dis-je, ma voix trahissant à peine mon trouble.

— Cléo… répète-t-il.

Le son de mon nom dans sa bouche me provoque un frisson qui dévale le long de mon échine. Il semble tester les syllabes, se les approprier.

Soudain, un hurlement de victoire s’élève du flanc ouest. La guerre est finie. Les vampires survivants battent en retraite vers les forêts sombres. Des loups reprennent forme humaine un peu partout autour de nous, certains nus, d’autres cherchant leurs vêtements en lambeaux.

L’un d’eux, un homme grand aux cheveux blonds coupés ras – son Bêta, sans doute – s’approche en courant.

— Alpha ! Nous avons repoussé la dernière vague ! Les pertes sont…

Il s’interrompt net en nous voyant. Ou plutôt, en voyant la proximité indécente entre son Alpha et l’inconnue rousse en tenue tactique. Il renifle l’air, et ses yeux s’écarquillent de stupeur. Il sent la tension, l’électricité statique du lien qui crépite entre Alypius et moi.

Alypius se raidit, s’arrachant à ma contemplation avec un effort visible. Il recule d’un pas, remettant instantanément son masque de commandant froid.

— Rapport de situation, Bêta, aboie-t-il sans le regarder.

— Les… les frontières sont sécurisées. Les blessés sont rassemblés près de la rivière. Mais, Alpha… vous êtes blessé.

Je baisse les yeux. Le t-shirt d’Alypius est déchiré sur le flanc, et une longue entaille continue de saigner abondamment. Il ne semble même pas la sentir.

— Ce n’est rien.

— C’est du poison de vampire, interviens-je. Si tu ne le nettoies pas sur le champ, la nécrose va s’installer. Ta régénération de loup sera ralentie.

Les deux hommes me fixent. Le Bêta avec méfiance, Alypius avec cette lueur indéchiffrable, mélange de désir et de mépris.

— Et qu’est-ce qu’une humaine connaît à la guérison des loups ?, demande Alypius, un sourire narquois étirant ses lèvres.

— Assez pour savoir que tu vas t’effondrer dans dix minutes si tu continues à jouer les durs.

Il laisse échapper un petit rire sec.

— Viens, ordonne-t-il.

Ce n’est pas une invitation. Il se tourne et marche vers le campement de fortune érigé à l’orée du bois, s’attendant à ce que je le suive comme une servante docile.

Mon orgueil de Reine se cabre. Je devrais le laisser là. Je devrais disparaître, devenir invisible et retourner à mon trône de flammes. Mais, le lien tire sur mon nombril comme un hameçon. Et Pulvis, ce traître, est curieux.

Suis-le, souffle mon phœnix. Voyons si le Loup sait mordre aussi bien qu’il aboie.

Je déterre mon glaive d’un coup sec, l’essuie sur l’herbe et l’accroche dans mon dos. Puis, je lui emboîte le pas.

Nous traversons le camp. Les guerriers s’écartent sur le passage de leur Alpha, baissant la tête en signe de respect. Puis, tous les regards convergent vers moi. Je sens leur curiosité, leur hostilité aussi. Je suis une étrangère. Une anomalie. Une humaine qui marche dans le sillage de l’Alpha avec la tête haute et une démarche de prédatrice.

Il entre dans la plus grande tente, une structure de toile militaire vert olive. Je le suis et laisse le rabat tomber derrière moi, nous isolant du reste du monde.

L’intérieur est spartiate. Un lit de camp, une table couverte de cartes, une lampe à huile qui vacille. L’odeur de mâle est ici concentrée, étourdissante.

Alypius se tourne vers moi. Il attrape le bas de son t-shirt trempé de sang et l’enlève d’un geste brusque, le jetant dans un coin.

Je retiens mon souffle. Son torse est une œuvre d’art brute. Des muscles taillés dans le granit, couverts de cicatrices anciennes et de tatouages tribaux qui racontent l’histoire de ses victoires. Et, là, sur son flanc droit, la blessure. La chair est noire sur les bords, le poison agissant déjà.

Il s’assoit lourdement sur le lit de camp et me fixe.

— Tu as dit que tu savais gérer ça. Prouve-le.

Il me teste. Il veut voir si je vais fuir devant le sang, ou si je vais échouer.

Je m’approche, posant mes armes sur la table. Je fouille dans ma pochette de ceinture et en sors une petite fiole d’onguent argenté – une mixture de ma propre fabrication, à base de larmes de phœnix et d’herbes rares, que je fais passer pour un simple remède d’apothicaire.

Je m’agenouille entre ses jambes écartées. La position est intime, dangereuse. Son visage est à quelques centimètres du mien. Je peux sentir la chaleur de ses cuisses à travers son treillis contre mes flancs.

— Ça va brûler, prévins-je en débouchant la fiole.

— Je ne crains pas la douleur, grogne-t-il.

Je verse quelques gouttes sur la plaie. Le liquide grésille au contact de la chair infectée. Alypius se tend, ses mains agrippant le bord du lit de camp jusqu’à faire blanchir ses jointures, mais il ne laisse échapper aucun son.

Je pose mes mains sur sa peau brûlante pour étaler le baume. Le contact est électrique. Dès que ma paume touche son torse, un frisson violent le traverse. Son loup réagit immédiatement. Je l’entends sourdement gronder dans sa poitrine.

Je lève les yeux vers lui. Il ne regarde pas sa blessure. Il me regarde moi, avec une faim dévorante, primitive, qui a balayé toute trace de logique. Ses pupilles sont dilatées, ne laissant qu’un mince anneau de gris acier.

— Tu n’es pas normale, Cléo, murmure-t-il, sa voix devenue grave et rauque. Aucune humaine ne me fait cet effet-là.

— Peut-être que tu ne connais pas les bonnes humaines, soufflé-je, audacieuse.

Il attrape mon poignet, sa main large et calleuse encerclant mes os fins avec une facilité déconcertante. Il pourrait me briser en une seconde. Au lieu de ça, il tire doucement, m’obligeant à me redresser, à me rapprocher encore, jusqu’à ce que nos souffles se mêlent.

— Je devrais te chasser, dit-il, mais ses yeux disent le contraire. Tu n’as pas ta place ici. Tu n’es pas des nôtres. Je ne peux pas… Je ne marquerai pas une humaine.

La phrase est dite. Le rejet, déjà, plane entre nous. Il refuse l’engagement, l’officialisation. Mais, son corps, lui, a d’autres projets.

— Je ne t’ai rien demandé, Alypius, mens-je, le cœur serré par son refus implicite avant même que nous ayons commencé.

Cette répartie semble briser sa dernière retenue.

— Menteuse, grogne-t-il.

Il passe une main derrière ma nuque, ses doigts s’emmêlant brutalement dans mes cheveux roux, et écrase sa bouche sur la mienne.

Ce n’est pas un baiser doux. C’est une attaque. C’est du feu et de la poudre. Il m’embrasse comme il se bat : avec domination, exigence et une passion désespérée. Je réponds avec la même ferveur, mes mains agrippant ses épaules nues, mes ongles s’enfonçant dans sa peau.

À cet instant, il n’y a plus de Reine, plus d’Alpha, plus de guerre. Juste deux âmes destinées qui se percutent avec la violence d’une étoile qui s’effondre. Il me veut, mais il me déteste de me vouloir. Et, cette colère rend son désir encore plus brûlant.

Let M.M.G. Royer know what you thought about this chapter!
Love this

7

Love this

Funny

0

Funny

Spicy

0

Spicy

Suspenseful

2

Suspenseful

Emotional

0

Emotional

Profound

0

Profound

Heartwarming

3

Heartwarming

Shocking

1

Shocking

Good Writing

6

Good Writing

Compelling Plot

5

Compelling Plot

Great Character

3

Great Character

Strong Dialog

3

Strong Dialog

Further Recommendations

Merry Christmas - Adventskalender 2025

Aelyn Raven: Wieder eine tolle Geschichte. Leider bin ich erst jetzt dazu gekommen sie zu lesen, aber das tut der Geschichte keinen Abbruch *g* ich freue mich schon auf den nächsten Adventskalender

Read Now
Charly's Weihnachten

T.M: Ich kann es gar nicht anders sagen also ich liebe diese Geschichte einfach. Sie hat für mich einfach alles was es braucht. Sie hat mich einfach mitgenommen auf eine echt schöne Reise. Danke❤️

Read Now
Luna auf der Flucht

Grazia: Wirklich tolle Geschichte mit Klasse Charakter 👍🏻

Read Now
A Blessing in Disguise

C.: Well written, good story and some spice, tons of personal growth!

Read Now
 Mehrfach zurückgewiesene Gefährtin

ceawlin_57bwwa: Für alle die auf Herz Schmerz Geschichten stehen. Gebrochene Frau trifft Alpha der nur das Beste will, aber keine Ahnung hat wie man mit Jemand verletztem umgehen soll.

Read Now
Ruthless Lord

franny_panchis: Su padre la separó de ella por que no soportaba verla ya que se parece a su madre.Su padre, un lord, le arregla un matrimonio con el mejor soldado del rey .

Read Now
Les fondations du Désir - Tome 1

Anne-Marie Janelle: J’aime bien l’intrigue. Un roman passionné et partageant les valeurs familiales.

Read Now
Buried Alive

Heather102800: Any woman who has had a baby can relate to the hormone spikes, my husband came home from work to me crying because I couldn’t open a can of tuna

Read Now
Bloodlines

miacoveventry92: Sad that it ended I was enjoying being sucked into this story since the first chapter. Beautiful story and I really hope there's a part two someday but as is it's a great story beginning to end and no cliffhanger at all.

Read Now
L'Héritière de l'Onyx