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SOUS LA TÔLE

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Résumé

Lundi. C’est ma date butoir. Si je n’ai pas de convention signée d'ici là, je redouble mon année. Je suis là, plantée sous une pluie battante qui semble se foutre de mon sort, à pleurer comme une idiote parce que toutes les portes se sont refermées devant moi. Pas de stage, un père avec qui je ne veux plus parler, et une mère qui attend que je baisse les bras. Je suis officiellement au fond du trou. C’est là que Ludovic Foster s’arrête avec sa voiture. Sa solution ? Un stage de quinze semaines au Garage Foster. Sur le papier, c’est ma planche de salut. En réalité, c’est un saut dans la gueule du loup. Le patron, c’est son frère aîné, Lionel. Un colosse aux mains noires de cambouis et au regard d’acier qui ne semble pas avoir de temps à perdre avec une stagiaire en détresse. Entre les ordres qu'il aboie et l'ambiance électrique de son atelier, je sens que mes nerfs vont être mis à rude épreuve.

Genre :
Romance
Auteur :
CAROLE73
Statut :
En cours
Chapitres :
1
Rating
4.0 1 avis
Classification par âge :
18+

CHAPITRE 1

Sous la pluie, le début du naufrage

GERALDINE

Je suis là, plantée sous mon parapluie qui menace de se retourner à chaque rafale. La pluie tape si fort sur la toile que j’ai l’impression d’être à l’intérieur d’un tambour. Et moi, je pleure comme une andouille. Mes larmes se mélangent aux gouttes froides qui glissent sur mes joues, et franchement, je ne sais même plus lesquelles sont les plus salées.

Lundi.

C' est déja lundi que je suis censée commencer ce foutu stage. Si je ne trouve rien, je redouble.

Je vois déjà le visage de ma mère, ses sourcils froncés derrière ses lunettes de secrétaire médicale : « Je t’avais dit de venir au cabinet dentaire avec moi, Géraldine ! »

Non merci. Passer trois mois à classer des dossiers de caries en écoutant le bruit de la roulette, très peu pour moi.

Et mon père… alors lui, c’est le pompon. Je l’entends d’ici, avec sa voix de donneur de leçons : « À la mairie, je t’aurais trouvé une place tranquille. Mais mademoiselle fait sa fière ! »

Sa fière ? Non. Juste une fille qui a encore en travers de la gorge le souvenir de cette « stagiaire » de vingt ans pour qui il a plaqué maman il y a cinq ans. Travailler à la mairie, dans ses pattes ?

Jamais.

Je préférerais encore trier des clous par taille sous la grêle.

Pourtant, j’ai tout fait.

Ce matin, la Maison de la Petite Enfance m’a rembarrée avec un sourire de pitié.

Hier au supermarché, le gérant a presque ricané : « Faudrait voir à se réveiller avant , petite. Le quota est plein. »

Connard.

Et là, je sors du journal local. Même discours, format papier glacé : « On n’a pas le temps de former quelqu’un, revenez l’année prochaine. »

Est-ce que c’est ma tête ?

Est-ce que j’ai l’air si incompétente que ça ?

Je sens un nouveau sanglot monter.

Je fouille frénétiquement dans mon sac pour attraper mon dernier paquet de mouchoirs, mais mes doigts sont engourdis par le froid.

Le paquet glisse, tournoie dans l’air et vient s’écraser avec un ploc sonore dans une flaque de boue. Je le regarde couler lentement, s’imbibant d’eau marron.

C’est le signal : je craque pour de bon.

C’est alors qu’un coup de klaxon me fait sursauter.

Je relève la tête, les yeux rouges et les cheveux collés aux tempes. Une petite voiture bleue est arrêtée au milieu de la place.

À l’intérieur, un visage que je connais trop bien : Ludovic.

Le grand frère de Tamara, ma meilleure amie.

L’un des fameux « Grands frère Foster ».

Il me fait signe d’approcher avec ce sourire un peu trop sûr de lui qui me tape sur le système en temps normal.

Je ne peux pas feindre l’ignorance.

Il n’y a personne d’autre sur cette place déserte.

J’avance, les chaussures qui font scritch-scritch à chaque pas. Il entrouvre la portière, laissant échapper une bouffée de chaleur et d’odeur de propre.

— Salut Gégé ! Monte, je te ramène !

— Ça ira, je lâche d’une voix que je veux ferme mais qui tremble comme une feuille.

Il fronce les sourcils, perdant un peu son sourire.

— Allez, monte. Tu vas finir par attraper une pneumonie et on va m’accuser de t’avoir laissée te noyer.

C’est le genre de voix qui n’admet pas de discussion.

Je soupire, je ferme mon parapluie — qui m’arrose copieusement au passage — et je le jette dans le coffre comme il me l’ordonne.

Je m’affale sur le siège passager, trempée, honteuse et furieuse contre la terre entière.

La journée ne peut pas être pire.

Il ne redémarre pas. Le silence dans l’habitacle est pesant, coupé seulement par le rythme des essuie-glaces.

— Ça n’a pas l’air d’aller ? Je t’ai vue sortir du journal. Tu cherchais quoi ?

Je fixe le tableau de bord, consciente que si j’ouvre la bouche, ce sera un flot de mots qui s’échappera. Sans un mot, il me tend une boîte de mouchoirs. De vrais mouchoirs en papier, secs et doux. Je les prends sans le regarder.

— Je cherche un stage ...pour lundi, je murmure enfin.

— Tu t’y prends sacrément à l’avance, dis donc !

Je pivote vers lui, les yeux lançant des éclairs.

— J’ai cherché partout ! Personne ne veut de moi ! Alors tes réflexions à deux balles, tu peux te les garder, d’accord ?

Il ne se démonte pas. Au contraire, il a ce petit rire exaspérant.

— Eh, me mords pas. Tam a trouvé, elle, non ?

— Oui, Tamara a trouvé ! Elle va à la salle de sport de son mec. Accueil, standard, nouveaux clients... Mais moi, j’ai pas de mec qui bosse dans une salle de sport. J’ai pas de mec du tout d’ailleurs, et je m’en porte très bien ! Parce que pour ce que vous apportez dans une vie, les hommes...

Ludovic éclate franchement de rire. J’ai envie de lui crever les yeux. Je repense à tout ce que Tamara me raconte sur lui et son frère : les rois de la famille, ceux qui commandent, les machos de service.

Pourquoi suis-je montée dans cette voiture ?

— Je ne te dis pas de demander à mes parents, reprend-il plus calmement. J’ai déjà fait rentrer une copine là-bas pour son stage. Tu leur a pas demandé sinon ?

— Tam m’a dit que sa mère allait me rendre folle en deux jours.

— Ouais, enfin, tu n’es pas Tam non plus... C’est dans le secrétariat, ton truc, c’est ça ?

— Oui. Quinze semaines. C’est ça qui fait peur aux gens, je crois. C’est long.

Il semble réfléchir, le regard perdu dans le déluge qui s’abat sur le pare-brise. Il finit par couper le moteur.

— Je ne vois rien avec cette flotte. Il sort son téléphone et me lance un clin d’œil qui me fait froid dans le dos.

— Je ne te promets rien, mais...

— Tu connais quelqu’un qui dirait oui pour lundi ? j’ose demander, un minuscule espoir pointant le bout de son nez.

— Je demande d’abord. Je ne vais pas te donner de faux espoirs.

Il lance l’appel et, à mon grand étonnement, met le haut-parleur.

— Garage Foster, j’écoute ! lance une voix de femme, un peu fatiguée.

— Salut Mildred, c’est Ludo. Dis, Lionel est à côté de toi ?

— Je te le passe.

Mon cœur rate un bond. Lionel ?

Le frère aîné ?

Le “caractériel” de la famille dont Tamara se plaint tout le temps ? Oh non. Tout mais pas ça. Je prie presque pour qu’il dise non.

— Allô oui, Ludo ? Dépêche, j’ai un boulot de dingue, Mathieu n’est pas encore venu bosser.

— J’ai Géraldine à côté de moi, la copine de Tam.

— Merci, je sais qui est Géraldine ! grogne la voix à l’autre bout du fil.

— Elle est dans la merde. Pas de stage pour lundi.

— Elle s’y connaît en mécanique ?

Ludovic explose de rire en me regardant.

Je lui fais une grimace horrifiée.

— Non, pas mécanique. Secrétariat. Tu as besoin de quelqu’un, non ?

— Heu... j’ai déjà Mildred...

— T’as pas de stagiaire. Ça lui sauverait son année, Lionel. Et son moral, qui est au fond des chaussettes, là.

Il y a un silence. Je retiens ma respiration. Je regarde Ludovic, qui me fait un signe de la main comme pour dire : « Détends-toi, je gère. »

— Bon, ok, c’est bon. Dis-lui que c’est d’accord. Elle a des papiers à signer, je suppose ?

Je hoche frénétiquement la tête, partagée entre le soulagement pur et la terreur absolue à l’idée de passer quinze semaines dans le garage de ce mecs.

— Elle me dit que oui !

— Passe avec elle, mais pas trop tard.

— Dès qu’il s’arrête de pleuvoir, on est juste à côté.

— Tu fous quoi avec Géraldine, au fait ?

— Je l’ai trouvée à la sortie du journal, en train de maudire la création tout entière sous son parapluie !

— Tout ça ! Bon, je vous attends, les enfants !

Il raccroche. Ludovic se tourne vers moi, rayonnant.

— Et voilà. Tu l’as, ton stage.

— Merci... je lâche, un peu piteuse.

— Oh, c’est normal. Quand on peut s’entraider, il faut le faire.

Je regarde la pluie ruisseler sur la vitre.

J’ai mon stage. Je ne vais pas redoubler.

Mais l’idée de travailler chez Lionel Foster, le “tyran” du garage, me donne déjà des aigreurs d’estomac.

C’était ça, ou le naufrage. J’ai choisi la bouée de sauvetage, même si elle a une odeur de cambouis.

Ludovic redémarre la voiture dans un petit nuage de vapeur. Il a l’air satisfait de lui, une main sur le volant, l’autre tapotant le rythme d’une chanson à la radio. Moi, je me tasse contre la portière, sentant l’humidité de mon jean me glacer la peau.

"Génial, Géraldine. Bravo. Tu as réussi l’exploit de te fourrer dans la gueule du loup."

— Tu verras, Lionel n’est pas aussi terrible qu’il en a l’air, lance Ludo comme s’il lisait dans mes pensées. Il gueule un peu, surtout quand les pièces n’arrivent pas à l’heure, mais il est juste.

— C’est pas ce que dit Tamara, je marmonne en triturant le bord de mon sac à main. Elle dit qu’il traite tout le monde comme ses subordonnés, même à table.

— Tam exagère toujours un peu. Elle et Lionel, c’est le feu et la glace. Mais toi, tu n’es pas sa sœur. Tu es la stagiaire. Il va te filer une pile de factures à classer et il t’oubliera dans un coin.

S’il pouvait m’oublier pendant quinze semaines, ça m’irait très bien, je pense en regardant le paysage défiler sous les trombes d’eau.

On arrive devant le garage.

Une immense enseigne “FOSTER & FILS” (même si le “père” n’est pas trop dans les parages) trône au-dessus d’un bâtiment en tôle grise.

Des carcasses de voitures s’alignent sur le côté, comme des squelettes sous la pluie. L’endroit transpire la testostérone et l’huile de vidange.

— On y est, annonce Ludo en garant la voiture juste devant le bureau. Prête pour le grand saut ?

Je prends une grande inspiration.

Mes yeux sont encore un peu gonflés, mais je me redresse.

Je ne veux pas qu’ils pensent que je suis une petite chose fragile.

Je vérifie mes papiers dans ma pochette plastique (Dieu merci, elle est étanche, elle) et j’ouvre la portière.

Le bureau est minuscule, saturé par une odeur d'essence et de café brûlé. Derrière un comptoir croulant sous les catalogues de pièces détachées, une femme d’une cinquantaine d’années lève les yeux de son écran : Mildred. Elle me jette un regard qui va de mes chaussures trempées à mon visage rougi.

— C’est elle ? demande-t-elle à Ludo qui entre derrière moi, les mains dans les poches.

— C’est elle. Géraldine. La future perle de ton secrétariat.

Soudain, une porte au fond s’ouvre avec fracas. Un homme surgit, une clé à molette à la main, les bras barbouillés de graisse noire jusqu’aux coudes.

C’est lui.

Lionel.

Il est plus massif que Ludo, plus sombre aussi.

Il dégage une sorte d’énergie brute qui me donne envie de faire trois pas en arrière.

Il s’arrête net, me dévisage. Ses yeux sont d’un bleu d’acier, les mêmes que Ludovic, mais sans la malice.

— Alors, c’est toi qui viens nous sauver de la paperasse ? lance-t-il d’une voix grave, presque rauque. Je serre ma pochette contre ma poitrine, comme un bouclier.

— Je... Oui. Enfin, si vous êtes toujours d’accord. Je cherche un stage de secrétariat de quinze semaines.

Lionel s’approche. Il sent le métal et le travail dur.

Il jette un coup d’œil à mon paquet de feuilles.

— Lundi, 8 heures pile. On ne fait pas de social ici, Géraldine. Si tu es là, c’est pour bosser. Mildred a du retard sur les relances clients et les inventaires. Tu sais te servir d’un tableur sans pleurer ?

Le ton est sec.

Ma fierté, celle qui m’a fait refuser la mairie et le cabinet dentaire, se réveille brusquement. Je relève le menton.

— Je sais me servir d’un tableur, et je ne pleure que sous la pluie. Lundi, 8 heures. Je serai là.

Un silence s’installe. Ludovic sourit dans mon dos, je le sens. Lionel me fixe encore une seconde, puis un demi-sourire, presque invisible, étire le coin de ses lèvres.

— On verra ça. Mildred, signe sa convention, fais des photos copies.

Il repart vers l’atelier sans un mot de plus. Je sens mes épaules se relâcher.

Le plus dur est fait : j’ai survécu au premier contact.

Mais en voyant l’état du bureau de Mildred, je comprends que mes quinze semaines vont être un sacré combat contre le chaos des frères Foster.

Ludovic me donne une petite tape amicale sur l’épaule.

— Tu vois ? Il ne t’a même pas mangée.

— Pas encore, je réponds, en attrapant le stylo que Mildred me tend.

Dehors, la pluie continue de tomber, mais pour la première fois de la journée, j’ai l’impression que je ne vais pas me noyer. Même si l’appréhension me noue encore un peu l’estomac, c’est officiel : j’ai mon stage !

Je savoure d’avance la tête que vont faire les responsables à l’école .

ls ne m’en croyaient plus capable, j’en suis sûre.

Ils devaient déjà préparer mon dossier de redoublement avec ce petit air de pitié agaçant.

Imaginez leur surprise quand je vais sortir ma convention signée !

Pourtant, au milieu de ce soulagement, une pensée me traverse l’esprit et me donne soudainement envie de me recacher sous mon parapluie : Tamara.

Comment je vais lui annoncer ça, à ma meilleure amie ? Je l’entends déjà d’ici. Elle qui me répète depuis des années à quel point ses frères sont des plaies, des machos finis qui passent leur temps à lui donner des ordres ou à se moquer d’elle. Lionel, c’est le pire selon elle, le « tyran du pont élévateur ». Et moi, je vais devenir sa stagiaire ? Je vais devoir lui raconter mes journées au milieu de ses factures et de ses sautes d’humeur ?

Elle va se foutre de moi, c’est certain. Ou pire, elle va passer son temps au garage pour m’apporter des sandwichs et en profiter pour s’embrouiller avec son frère, me mettant au milieu de leurs scènes de ménage familiales.

Je l’imagine déjà : « Bah alors Gégé, tu t’es fait engueuler par le grand chef aujourd’hui ? » avec son petit rire moqueur.

Je jette un coup d’œil de côté à Ludovic. Il a l’air tellement fier de son coup. Pour lui, c’est juste un service entre potes, une bonne action pour la copine de sa sœur. Il ne se rend pas compte du séisme que ça va provoquer dans nos discussions de filles.

« Dis, Tam, devine qui est mon nouveau patron ? Ton frère. Oui, celui que tu ne peux pas encadrer... »

Rien que de répéter la phrase dans ma tête, j’ai l’impression d’être une traître. Ou une désespérée. Enfin, les deux à la fois. Mais tant pis. Entre la trahison amicale et le redoublement, le choix est vite fait. Je vais juste devoir préparer un sacré argumentaire pour survivre à notre prochaine soirée.

— Qu’est-ce que t’as à fixer le vide comme ça ? me demande Ludo en passant la seconde. Tu regrettes déjà ?

— Non, je réfléchis juste à la tête que va faire ta sœur quand elle va savoir.

Il éclate de rire, un rire franc qui fait vibrer l’habitacle.

— Ah ça... prépare les boules Quies, parce qu’elle ne va pas s’arrêter de jacter !

Je soupire en m’enfonçant dans le siège.

Ma vie est officiellement devenue un épisode de feuilleton catastrophique.

Mais au moins, c’est un feuilleton qui va m'aider a passer en deuxième année.

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Super personnage

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Dialogues forts

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