Chapitre 1 - l'écran tactile
⚠️ TW / 18+ : sexe explicite, BDSM (bondage et shibari, suspension, bandeau, pinces à tétons, cire de bougie, fessées, paddle, martinet, déni d’orgasme, orgasme forcé), punition publique et exhibition (scène devant le club, démonstration de bondage), corde d’entrejambe et harnais portés en public (restaurant, bureau), actes sexuels en voiture et caresses sous une table au restaurant, photographie de nu, langage cru et insultes, humiliation, rapport sans préservatif (après dépistage), mensonges et trahison, pression au travail et menace de licenciements, alcool, abandon d’un enfant par sa mère (évoqué).
Fiction. Les personnages sont majeurs. Certains comportements ne sont pas des exemples à suivre. Prenez soin de vous ❤️
Chapitre 1 : L’écran tactile
Point de vue Lucy
J’ai quitté mon copain il y a deux semaines parce qu’il me faisait l’amour comme on remplit une déclaration d’impôts.
Proprement. Consciencieusement. Une fois par semaine, le dimanche soir, lumière éteinte, en me demandant toutes les trente secondes si « ça allait ». Ça allait. Ça allait tellement que je regardais le plafond en faisant ma liste de courses.
Il n’a rien fait de mal. Il est gentil. Il est doux. Il est parfait sur le papier. Mais moi, pendant un an, j’ai cru que j’étais cassée. Que mon corps était en panne. Qu’il me manquait une pièce, quelque part, le truc qui fait que les autres filles gémissent pour de vrai.
Et puis un soir, toute seule, je suis tombée sur une vidéo. Une femme, les poignets attachés au-dessus de la tête. Un homme qui ne la touchait presque pas. Qui lui parlait. Qui lui disait pas encore, tu bouges pas, regarde-moi.
J’ai mouillé ma culotte en quarante secondes.
Pas cassée, finalement. Juste… pas branchée sur le bon courant.
Depuis, j’ai fait des recherches. Beaucoup. Des nuits entières, sous la couette, la luminosité du téléphone au minimum comme une ado qui a peur de se faire prendre. Bondage. Shibari. Soumission. Contrat. Safeword. Des mots qui me faisaient rougir au début et que je me répète maintenant dans ma tête, le soir, comme une prière un peu sale.
Je veux essayer. Je veux savoir ce que ça fait d’avoir les mains attachées et le cœur qui bat trop fort. Je veux que quelqu’un décide pour moi. Juste une fois. Juste pour voir.
Le problème, c’est que je suis une trouillarde.
Samedi – 10h12 – Café Les Martyrs
Le café du coin de la rue des Martyrs est plein à craquer. Évidemment. C’est samedi, tout Paris a eu la même idée que moi : un vrai café, un croissant encore tiède, et deux heures sans penser à lundi, au septième étage de la rédaction, à ma boss et à ses mails en majuscules.
Je me suis habillée n’importe comment. Un jean, un pull trop grand qui me tombe sur une épaule, mes cheveux bruns relevés en chignon vite fait. Pas de maquillage. J’ai l’air d’une étudiante qui a raté son réveil. En dessous, par contre, j’ai mis ma culotte en dentelle blanche, la plus jolie. Pour personne. Juste pour moi. Parce que ce matin, je me sentais un peu… différente.
Je fais le tour de la salle des yeux. Pas une table libre.
Si. Une. Contre la vitre, une petite table pour deux. Il y a déjà quelqu’un. Un homme, penché sur son ordinateur. La chaise en face de lui est vide.
J’hésite. Je pourrais repartir. Je pourrais prendre mon café à emporter et le boire sur un banc comme une adulte responsable.
Mais il fait froid dehors. Et j’ai un peu la flemme d’être une adulte responsable.
Je m’approche.
« Excusez-moi… je peux m’asseoir ici ? »
Il lève la tête.
Et il me regarde.
Pas comme les mecs normaux, qui te jettent un coup d’œil et retournent à leur téléphone. Lui, il prend son temps. Ses yeux montent de mes baskets à mon jean, de mon jean à mon pull, s’arrêtent une seconde sur mon épaule nue, puis sur ma bouche. Une seconde de trop. Puis ils remontent à mes yeux, et ils restent là.
Gris. Ses yeux sont gris. Pas bleus, pas verts. Gris comme un ciel d’orage, comme de l’acier, comme quelque chose de froid qu’on aurait envie de réchauffer.
Je sens mes joues prendre feu.
Il a peut-être trente-cinq ans. Des cheveux bruns un peu trop longs, quelques fils argentés aux tempes, une barbe de deux jours parfaitement entretenue. Une chemise blanche, les manches roulées sur des avant-bras secs et veinés. Les deux premiers boutons ouverts. Et ses mains, posées sur le clavier. Longues. Fines. Une bague en argent à l’index droit.
Je n’ai jamais regardé les mains d’un homme comme ça. Jamais. Et là, je me surprends à me demander ce qu’elles feraient autour de mes poignets.
Lucy. Calme-toi. C’est un mec dans un café.
« Je vous en prie », dit-il.
Sa voix. Grave. Lente. Posée. Une voix qui n’a jamais eu besoin de crier pour être obéie.
Il ne bouge pas pour me faire de la place. Il ne sourit pas. Il me désigne juste la chaise d’un petit mouvement de deux doigts.
Et je m’assois. Vite. Trop vite. Comme si on venait de me le demander.
10h20
Je commande un expresso. Je sors mon ordinateur. Je fais semblant de travailler.
En vrai, j’ouvre l’appli.
Celle au logo noir. Celle que j’ai téléchargée il y a dix jours et que j’ai ouverte cent fois sans jamais oser écrire à personne. Je tourne un peu mon écran vers la vitre, pour que personne ne voie, et je fais défiler les profils.
Maître_Noir, 52 ans : « Recherche esclave totale, obéissance absolue. »
Non.
DarkSoul, 47 ans : « Discipline stricte. Pas de débutantes. »
Non plus.
SirJames, 38 ans. Photo floue d’un torse huileux. Pas de bio.
Beurk.
Dom_doux, 31 ans : « Débutant moi aussi, cherche partenaire patiente pour apprendre ensemble. » Une photo de lui dans un jardin, avec un golden retriever.
Il a l’air gentil. Il a l’air… exactement comme mon ex. Gentil, patient, avec un chien.
Je soupire.
Je ne veux pas quelqu’un de gentil. Je veux quelqu’un qui me fasse peur un tout petit peu. Quelqu’un qui me regarde comme si j’étais déjà à lui. Quelqu’un qui…
Je relève les yeux, malgré moi.
L’homme d’en face tape sur son clavier. Lentement. Comme s’il pesait chaque mot. Sa mâchoire est serrée. Un muscle bouge sous sa joue. Je regarde ses doigts sur les touches et j’imagine qu’ils tapent autre chose. Qu’ils tapent sur ma peau. Sur l’intérieur de ma cuisse. Doucement. En rythme.
Je serre les jambes sous la table.
Mais qu’est-ce qui cloche chez toi ?
Je baisse les yeux sur mon écran. Je fais défiler encore. Encore. Encore. Une heure passe. Mon café est froid. Je n’ai écrit à personne.
Je soupire de nouveau. Plus fort. Un long soupir dramatique, de ceux qui veulent dire « ma vie est nulle ». La vieille dame qui tricote à la table d’à côté me lance un regard noir.
« Vous allez bien ? »
Je sursaute.
Il me regarde. Il a arrêté de taper. Il a posé ses mains à plat de chaque côté de son ordinateur, et il me regarde, la tête légèrement penchée, comme on observe quelque chose de curieux.
« Oui. Oui, oui. Ça va. C’est juste… »
Les mots meurent dans ma gorge. C’est juste que je cherche quelqu’un pour m’attacher à un lit et que personne ne me plaît. Non. On ne dit pas ça à un inconnu dans un café. On ne dit pas ça à quelqu’un qui a des mains pareilles.
Il attend. Il ne me presse pas. Il a juste haussé un sourcil.
Et c’est pire que s’il avait insisté.
« Et vous ? » je lance, pour changer de sujet. « Vous faites quoi ? Vous avez l’air… concentré. »
Un coin de sa bouche se relève. À peine.
« Je trie des photos. »
« Vous êtes photographe ? »
« Entre autres. »
« Je peux voir ? »
Je ne sais pas pourquoi j’ai demandé ça. Ma voix est sortie plus basse que prévu. Presque une prière. Je me suis penchée vers lui sans m’en rendre compte, les coudes sur la table, et mon pull a glissé encore un peu plus sur mon épaule.
Il remarque. Évidemment qu’il remarque. Ses yeux descendent sur ma peau nue, puis remontent.
Et pour la première fois, il a l’air… pris au dépourvu.
Ses doigts s’agitent sur le clavier. Vite. Trop vite. Il clique, ferme une fenêtre, en ouvre une autre. Puis il tourne l’écran vers moi. Pas entièrement. Juste un angle.
Des paysages.
Un lac gelé au lever du soleil, si pur qu’on dirait du verre. Une forêt dans le brouillard, des arbres noirs comme des silhouettes de femmes. Une femme de dos, dans les hautes herbes, les cheveux pleins de lumière, qui marche vers un horizon doré. C’est beau. Vraiment beau. Calme. Presque triste.
« C’est magnifique », je souffle.
« Merci. »
Il commence à refermer l’écran.
Et là, je fais un truc complètement débile.
Je tends la main et je pose le bout de mon index sur la photo du lac. Juste pour la montrer. Juste pour dire celle-là, c’est ma préférée.
Je ne savais pas que son écran était tactile.
La photo du lac disparaît. Une fenêtre se ferme. Et derrière elle, il y en avait une autre.
Je vois.
Des femmes.
La première est à genoux sur un parquet sombre. Ses poignets sont liés dans son dos par une corde rouge qui remonte entre ses omoplates et s’enroule autour de ses bras comme une vigne. Elle porte un body en dentelle noire qui ne cache rien. Sa tête est renversée en arrière. Sa bouche est entrouverte. Ses yeux sont mi-clos. Elle n’a pas l’air de souffrir. Elle a l’air d’être exactement là où elle voulait être.
La deuxième est allongée sur le ventre, en travers d’un grand lit, les bras attachés en croix aux montants. Son dos est nu. Ses fesses sont relevées par un coussin. Sur le creux de ses reins, quelqu’un a écrit un mot à l’encre noire. Je n’arrive pas à le lire. Mon cerveau en invente dix.
La troisième me regarde.
Droit dans l’objectif. Les poignets attachés au-dessus de la tête, le corps tendu comme un arc, les chevilles liées écartées. En lingerie blanche. Et elle sourit. Elle sourit comme si c’était l’endroit le plus sûr du monde.
Je n’arrive plus à respirer.
Mes lèvres s’entrouvrent. Ma gorge se serre. Sous mon pull, mes tétons durcissent d’un coup, si fort que ça me fait presque mal. Et entre mes cuisses, une chaleur. Une pulsation. Lente. Sourde. Ma culotte blanche devient humide contre ma peau.
Elle sourit. Elle est attachée et elle sourit.
C’est exactement ce que je veux. C’est exactement ce que je cherche depuis deux semaines sur une appli pourrie. C’est là, sous mes yeux, dans l’ordinateur d’un inconnu.
« Elles sont magnifiques », je murmure.
Ma voix n’est plus ma voix. Elle est rauque. Basse. La voix que j’ai le soir, sous ma couette, quand personne n’écoute.
Et à ce moment-là, en bas de son écran, une petite notification apparaît. Grise. Discrète.
Rappel : spectacle de Stephen – 18h.
Elle s’efface au bout de deux secondes. Mon cerveau l’enregistre sans y faire attention. Je suis trop occupée à regarder la femme qui sourit.
Je relève enfin les yeux vers lui.
Il me regarde.
Il ne bouge pas. Il ne referme pas l’ordinateur. Il ne dit rien. Il me regarde avec une intensité qui me cloue sur ma chaise. Ses pupilles sont immenses, noires au milieu de l’acier. Sa mâchoire est contractée. Sa pomme d’Adam monte et descend une fois. Son index, celui avec la bague, frappe une seule fois sur la table. Tac.
Il a vu.
Il a vu que j’ai regardé. Il a vu que j’ai aimé. Il a vu ma bouche ouverte, mes joues rouges, ma poitrine qui se soulève trop vite.
Et puis son regard glisse.
Pas sur moi.
Sur mon écran.
Mon ordinateur est toujours ouvert. Tourné vers la vitre. Mais assez de travers pour qu’on voie, depuis sa place, le logo noir. La liste des profils. Maître_Noir, 52 ans. Dom_doux, 31 ans. Et en haut, en gros, mon propre profil à moitié rempli.
Fleur de lune. Débutante. Cherche…
Je n’avais pas fini la phrase.
Oh non.
Oh non, non, non, non.
Je rabats mon ordinateur si fort que ma tasse saute sur la soucoupe. Le bruit fait tourner trois têtes. La vieille dame lâche une maille.
Lui, il ne sursaute même pas.
Lentement, très lentement, il referme son propre écran. Les femmes attachées disparaissent. Il pose ses deux mains à plat sur le couvercle. Puis il se penche en avant, les coudes sur la table, et son visage arrive à quelques centimètres du mien.
Son parfum m’arrive enfin. Bois. Cuir. Quelque chose de plus chaud, de plus animal, qui me descend directement dans le ventre.
« Fleur de lune », dit-il. Tout bas. Juste pour moi.
Je crois que je vais mourir.
« Je… ce n’est pas… c’est une amie qui… »
« Tu mens très mal. »
Il me tutoie. Comme ça. Sans prévenir. Sa voix n’est pas méchante. Elle est pire. Elle est calme. Sûre d’elle. Elle pose les mots comme on pose une main sur une nuque.
« Tu cherches un maître sur une application », continue-t-il, du même ton tranquille, comme s’il parlait de la météo. « Entre un type de cinquante-deux ans qui veut une esclave et un gentil garçon avec un chien. »
« Je… »
« Et aucun ne te plaît. »
Ce n’est pas une question.
Je ne réponds pas. Je ne peux pas. Mes mains sont crispées sur mon ordinateur fermé. Sous la table, mes cuisses sont serrées si fort que mes genoux tremblent. Je sens ma culotte trempée collée contre moi. Je sens mon cœur battre là, exactement là, entre mes jambes.
« Regarde-moi. »
Je ne m’étais même pas rendu compte que j’avais baissé les yeux.
Je les relève. Ça me coûte tout ce que j’ai.
Il me fixe. Longtemps. Ses yeux gris descendent sur ma bouche. Je me mords la lèvre sans le vouloir. Il le voit. Quelque chose change dans son regard. Quelque chose de plus sombre. De plus affamé.
« Tu rougis jusqu’aux oreilles », murmure-t-il. « Tu as les tétons qui pointent sous ton pull. Et tu serres les cuisses depuis que tu as vu la troisième photo. »
Je cesse de respirer.
« Tu crois que je ne l’ai pas vu ? » Un tout petit sourire. « C’est mon métier, de regarder. »
Sous la table, quelque chose effleure ma cheville.
Son pied. La pointe de sa chaussure, en cuir. Elle se pose contre l’intérieur de ma cheville. Elle n’appuie pas. Elle ne remonte pas. Elle reste là. Juste là. Et c’est le contact le plus indécent qu’on m’ait jamais fait.
« Ouvre », dit-il.
Un seul mot. Tranquille.
Je ne comprends pas tout de suite. Puis je comprends.
Ses yeux ne quittent pas les miens. La pointe de sa chaussure attend, contre ma cheville.
Et mes genoux s’écartent.
Tout seuls. De quelques centimètres. Sous la table d’un café bondé, un samedi matin, à côté d’une vieille dame qui tricote. Mes genoux s’écartent pour un homme dont je ne connais même pas le prénom, parce qu’il me l’a demandé avec une voix tranquille.
Il ne bouge pas son pied. Il ne fait rien. Il me regarde juste obéir.
Et dans ses yeux, je vois quelque chose qui ressemble à de la satisfaction.
« C’est bien », souffle-t-il.
Deux mots. Et je sens un flot chaud mouiller un peu plus ma culotte.
Puis il retire son pied. Il se redresse dans sa chaise. Il reprend sa tasse de café, il boit une gorgée, comme si rien ne s’était passé. Comme si je n’étais pas là, en face de lui, les joues en feu, les jambes ouvertes sous la table, le souffle coupé, au bord de quelque chose que je ne comprends même pas.
Il me regarde par-dessus sa tasse. Et il sourit.
Un vrai sourire, cette fois. Lent. Amusé. Dangereux. Le sourire de quelqu’un qui vient de trouver exactement ce qu’il ne cherchait pas.
Mon cerveau se rallume d’un coup.
Lucy. Tu viens d’ouvrir les jambes pour un inconnu dans un café.
Je referme les genoux d’un coup sec. Mes mains tremblent. Mon cœur cogne contre mes côtes. Il pose sa tasse. Il se penche à nouveau vers moi. Il ouvre la bouche pour dire quelque chose.
Et je panique.
Merde. Il faut que je fuie.









ca a ete super rapide et j'adore
Ohhhh, et bien je pense qu'elle l'a trouvé 😁
Rien que se début me donne envie de le lire toute la journée.