Chapitre 1 Crépuscule d’un guerrier
Venez, installez-vous bien confortablement et laissez-moi vous conter une histoire.
Écoutez attentivement, car rares sont celles qui peuvent véritablement transformer la face du monde.
Et celle-ci, je vous l’assure, ne fait pas partie de celles que l’on oublie.
Vous êtes prêt ?
Alors laissez-vous transporter.
Dans le royaume d’Elarion, à une époque où les monstres hantaient les terres oubliées, où les rois nouaient des alliances politiques avec la ruse d’un joueur de cartes, et où les royaumes prenaient naissance dans le sang des batailles.
Elle commence par une créature aux portes de la mort.
Et se terminera par la naissance d’une légende.
Mais pour cela il faut remonter au début, au premier jour de l’avant-dernier souffle d’un roi.
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Je ne pouvais plus me mentir.
Moi, Valério, Le roi des Lycans.
Je le confesse, mes forces, aujourd’hui, me trahissaient et m’abandonnaient, lentement mais inexorablement.
Mes jambes peinaient à avancer. Pourtant, je continuais de courir, poussé par une volonté qui ne m’appartenait plus vraiment. Mon corps semblait avancer seul, guidé uniquement par l’instinct de survie. Par un réflexe.
Je n’étais plus qu’une ombre en fuite.
Le poison achevait son œuvre. Je le sentais couler de plus en plus faiblement dans mes veines.
Mes muscles brûlaient sous l’effort. À chaque inspiration, j’avais du mal à reprendre mon souffle, et je sentais l’oxygène lacérer mes poumons. Chaque pas devenait une lutte, chaque foulée un défi lancé à un corps qui ne voulait plus, non, qui ne pouvait plus répondre.
Au loin, je les entendais.
Les soldats.
Leurs cris résonnaient entre les arbres, j’écoutais le bruit fracassant de leurs armures et de leurs bottes qui broyaient les feuilles mortes.
Ils ne se pressaient pas. Ils n’avaient plus aucune raison de le faire. Je ne pouvais pas aller bien loin et ils le savaient.
Leur mission était simple et se résumait en deux mots.
Me retrouver.
Et me tuer.
Ce n’était pas la première fois qu’on me traquait. Au fil des siècles, d’innombrables guerriers avaient rêvé d’inscrire leur nom dans l’Histoire en faisant tomber le roi Lycan. Ils voyaient ma tête comme un trophée, mais aucun n’y était parvenu.
Enfin jusqu’à présent.
Mon pied heurta une racine dissimulée sous les feuilles. Je perdis mon équilibre et m’effondrai lourdement face contre terre. Une douleur aiguë traversa mon flanc, là où la lame m’avait transpercé. Un gémissement rauque m’échappa, mes doigts s’enfoncèrent dans la boue.
Je restai immobile là quelques secondes, incapable de bouger. Puis, dans un ultime effort, je poussais sur mes bras pour me retourner sur le dos.
Le ciel était splendide, d’un bleu profond qui s’embrassait peu à peu de reflets orangés, signe d’un crépuscule naissant.
Et tandis que le soleil glissait derrière les collines, je voyais le jour mourir. Et moi avec lui.
Le poison avait réduit au silence tout ce qui faisait de moi un Lycan. Plus aucune régénération, plus de force surnaturelle. Même mon sang continuait de s’écouler de mes blessures, comme s’il savait déjà qu’il n’avait plus de raison de rester dans mon corps, que c’était terminé.
Alors, dans les derniers instants qui me restaient, je pensais à ma vie.
Des souvenirs défilaient en boucle devant mes yeux. Des morceaux d’une existence forgée dans le feu des combats. Chaque victoire avait laissé une cicatrice, chaque défaite une raison de se relever. Rien ne m’avait jamais été donné.
Tout avait dû être conquis.
J’avais triomphé là où d’autres avaient échoué. Défié le destin, parfois même les dieux. Défendant mon peuple contre d’innombrables ennemis. Porté une couronne dont le poids avait souvent excédé celui de n’importe quelle armure.
J’avais accompli mon devoir.
Du moins, c’était ce que l’Histoire retiendrait de moi.
Mais au seuil de la mort, cette gloire ne signifiait plus rien. Elle ne réchauffait pas le cœur ni ne comblait le vide en moi.
Une seule question demeurait, la seule qui avait encore un sens.
Est-ce que j’étais satisfait ? Avais-je été heureux ?
Je fouillai ma mémoire comme on fouille les ruines d’une maison incendiée, en quête d’un fragment de chaleur, mais aucune image ne fit naître ce que les hommes appelaient le bonheur.
Non. Je ne l’avais jamais rencontré. Toute ma vie, j’avais existé pour les autres.
Et pourtant, au milieu de cette obscurité, quelques éclats de joie refusèrent de s’éteindre.
Je me revis enfant, à une époque où le monde semblait infiniment plus vaste qu’il ne l’était réellement, où chaque forêt cachait un dragon, chaque colline promettait une aventure, et où j’étais persuadé que mon nom serait un jour chanté et acclamé par tous les bardes du royaume.
À huit ans, j’avais fabriqué une épée en bois. Fier comme un vrai chevalier, j’avais traversé le village en annonçant que j’allais les débarrasser de tous les monstres.
Mon premier adversaire s’était révélé être...une oie.
Une créature démoniaque, si vous voulez mon avis.
Elle m’avait poursuivi à travers le village tandis que j’abandonnais derrière moi mon épée et ma dignité. J’ai fui en hurlant sous les rires des habitants.
À quatorze ans, je décidai d’échapper à une leçon et pour cela je me suis caché dans une charrette.
Mon plan aurait pu réussir si je ne m’étais pas endormie. On me retrouva trois heures plus tard, avec un chou sous la tête qui me servait d’oreiller.
À mon retour, mon professeur m’attendait devant les grilles du château. Il me fit une leçon entière consacrée à la manière de s’échapper et, surtout, de réussir. Maintenant que j’y pense, elle m’a beaucoup servi cette leçon.
À l’époque, mes plus grandes batailles se terminaient avec quelques bleus et beaucoup de honte.
Alors, dans un dernier sursaut de lucidité, je pensai à ma mère. À son regard doux. À la chaleur de ses bras.
Par réflexe, ma main effleura l’amulette cachée sous ma tunique, son dernier présent. Mes doigts reconnurent aussitôt la pierre, qui semblait avoir conservé une étrange chaleur malgré le froid qui engourdissait lentement mon corps.
Je la serrai dans ma paume, comme si ce simple contact suffisait encore à me relier à elle.
Je me souvenais parfaitement du jour où elle me l’avait offert.
J’étais encore trop jeune pour comprendre l’inquiétude cachée derrière son sourire.
Elle s’était agenouillée devant moi, les mains tremblantes, nouant délicatement la chaîne derrière mon cou. Une larme avait glissé sur sa joue et elle s’était empressée de l’essuyer pour m’empêcher de la voir, mais je l’avais vue.
Pourtant je n’avais pas osé lui demander pourquoi elle pleurait. Et peut-être que si je lui avais demandé alors j’aurais pu lui faire mes adieux.
L’amulette était simple.
Une pierre d’un noir presque aussi sombre qu’une nuit sans lune, reposait au centre d’un anneau d’or qui était gravé de symboles anciens.
-Cette amulette, c’est ton porte-bonheur, mon fils, avait-elle dit.
Sa voix était douce, mais d’une étrange gravité.
-Elle te guidera jusqu’à ton destin. Elle te montrera ce que tu cherches au plus profond de toi. Mais seulement le jour où tu abandonneras tout espoir, elle deviendra alors ta lumière. Tel un phare dans la nuit, et je t’en conjure, suis-la.
À l’époque, je n’avais vu dans ses paroles qu’un joli poème qu’une mère disait à son enfant.
Pourtant, je connaissais ma mère et elle n’inventait jamais rien. Elle était voyante ; elle ne s’était jamais trompée, même s’il faut reconnaître que ses visions se réalisaient souvent trop tard.
Je devais me rendre à l’évidence : la « prophétie » qu’elle m’avait dite ne s’était jamais accomplie. Je n’avais jamais trouvé cette fameuse lumière, ce phare qu’elle m’avait promis.
Mais peut-être allais-je la trouver, là-haut ?
Cette simple pensée fit naître en moi une paix étrange.
Si la prophétie ne s’était jamais accomplie ici-bas, peut-être pourrais-je enfin trouver mes réponses au-delà du voile céleste.
Peut-être existait-il, quelque part, un endroit où les gens ne souffraient plus de la faim, où les guerriers n’étaient plus condamnés à se battre.
Mes paupières commencent à se fermer.
Je pris une décision.
D’une main tremblante, je glissai mes doigts jusqu’à la poignée de mon épée.
Cette lame m’avait accompagné durant presque toute ma vie, on avait traversé d’innombrables batailles ensemble sans jamais faiblir. Mais je n’avais jamais pensé qu’un jour je pourrais même envisager de la retourner contre moi.
Mais cet instant était venu.
Je refusais de leur offrir ma mort, je préférais choisir ma propre fin plutôt que de leur abandonner ce dernier fragment de liberté.
Mes doigts se resserrèrent autour de la garde.
Lentement, je levai la lame et en posai la pointe contre ma poitrine, juste au-dessus de mon cœur.
Le vent caressa une dernière fois mon visage. Les derniers rayons du soleil traversaient les branches au-dessus de moi.
Je fermai les yeux.
Je pris une longue inspiration.
Puis j’appuyai.
Ma vision s’effaça dans une obscurité profonde, presque irréelle. Je ne sentais plus, ni la douleur, ni même le froid.
Et, pour la première fois depuis bien longtemps.
J’étais en paix.
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excellent commencement 🙏❤️💐
bon début☺️👍
Un premier chapitre qui nous met en haleine.
On commence à peine et on est démuni, impuissant... Seul face à la mort d'un personnage, qui je l'espère, deviendra aussi intriguant que ce début d'histoire.
Poursuivons !