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Faussement à toi

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Résumé

*Elle a passé sa vie à réparer les autres. Lui pourrait bien bouleverser la sienne.* Iris est chirurgienne pédiatrique. Au bloc opératoire, elle garde toujours le contrôle. Dans sa vie privée, c’est une autre histoire. Entre son travail qui occupe toutes ses journées, son chat Arlo et sa meilleure amie Kate bien décidée à la voir enfin rencontrer quelqu’un, Iris est persuadée qu’elle n’a besoin de personne. Jusqu’au jour où Kate lui présente Léo. Drôle, patient et étonnamment difficile à détester, il est tout ce qu’Iris s’efforce d’éviter. Lorsqu’un petit mensonge les entraîne dans un faux couple censé durer seulement quelques semaines, ils acceptent de jouer le jeu. Après tout, ce n’est qu’une comédie. Quelques sourires échangés. Quelques rendez-vous improvisés. Quelques mains qui se frôlent. Et surtout... aucune émotion. Du moins, c’était le plan. Mais à force de faire semblant, la frontière entre le mensonge et la réalité s’efface peu à peu. Tandis que Léo découvre la jeune femme derrière les barrières qu’elle a construites, Iris comprend que certaines blessures ne disparaissent pas simplement avec le temps. Et si le plus grand risque n’était pas de tomber amoureuse... mais d’accepter enfin de faire confiance à quelqu’un ? Une romance contemporaine tendre, drôle et pleine d’émotions, où les silences comptent autant que les déclarations, et où l’amour prend le temps de naître.

Genre :
Romance
Auteur :
_astra_nox_
Statut :
En cours
Chapitres :
4
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1

Le silence n’existait pas dans une boutique de robes de mariée. Il y avait toujours quelque chose. Le bruissement des étoffes qu’on dépliait avec précaution. Le cliquetis des cintres qu’on faisait glisser sur les portants. Les exclamations émerveillées des futures mariées. Les mères qui retenaient une larme. Les vendeuses qui répétaient inlassablement les mêmes phrases avec un enthousiasme presque surnaturel.

— Celle-ci vous va à merveille !

— Regardez comme elle met votre taille en valeur !

— Oh... c’est la robe.

Iris n’était pas certaine qu’il puisse exister autant de robes « parfaites » dans une seule boutique. Debout sur un petit podium circulaire, elle observait son reflet avec le détachement d’une personne qui regarderait quelqu’un d’autre. La robe était magnifique. Vraiment. La dentelle dessinait de délicates arabesques jusque sur ses épaules, le corsage épousait parfaitement sa silhouette et plusieurs couches de tulle retombaient en cascade jusqu’au sol. Le problème… C’était qu’elle avait l’impression d’être déguisée. Elle tira discrètement sur le bustier. Mauvaise idée. La vendeuse le remarqua immédiatement.

— Attention, surtout ne tirez pas dessus ! Il est parfaitement ajusté.

Évidemment. Iris esquissa un sourire poli avant de reposer les mains le long de son corps. Elle avait déjà passé sa journée enfermée au bloc opératoire. Huit heures sous une lumière blanche. Huit heures à porter une blouse, un masque et une charlotte. Elle pensait sincèrement que rien ne pourrait être plus étouffant. Elle venait de découvrir le tulle.

— Alors ? demanda la vendeuse avec un enthousiasme intact. Vous en pensez quoi ?

Iris ouvrit la bouche. Puis la referma. Elle pouvait difficilement répondre :

“J’ai l’impression d’être une meringue sous assistance respiratoire.”

À la place, elle choisit la diplomatie.

— Elle est très jolie.

La vendeuse joignit les mains.

— Vous voyez ! Je savais qu’elle vous plairait !

Non. Elle avait seulement dit qu’elle était jolie. Nuance. Son regard glissa instinctivement vers Kate. Sa meilleure amie tournait lentement sur elle-même devant un autre miroir, un immense sourire accroché aux lèvres. Cette robe-là semblait avoir été créée pour elle. Elle riait avec sa mère. La vendeuse ajustait un voile. Tout le monde paraissait... à sa place. Kate remarqua son regard et s’approcha presque en sautillant.

— Alors ?

Iris hésita une seconde.

— Je crois que je ne suis pas faite pour ce genre de vêtements.

Kate éclata de rire.

— Tu dis ça comme si tu venais d’enfiler une combinaison spatiale.

— Franchement, je pense qu’il est plus simple de respirer dans une combinaison spatiale.

— Tu exagères.

— À peine.

Kate leva les yeux au ciel avant de lisser machinalement les plis de sa robe.

— Tu sais... tu n’es pas obligée de faire cette tête.

— Quelle tête ?

— Celle qui dit : « Je préférerais être en train de remplir des dossiers administratifs que d’être ici. »

Iris réfléchit quelques secondes.

— Les dossiers administratifs sont peut-être un peu excessifs.

Kate éclata de rire.

— Donc tu admets que tu préférerais être ailleurs.

Iris ne répondit pas tout de suite. Parce que oui. Elle aurait préféré être ailleurs. À l’hôpital. Chez elle avec Arlo. Dans une librairie. Même coincée dans les embouteillages. N’importe où, finalement. Son regard balaya une nouvelle fois la boutique. Une jeune femme essuyait discrètement une larme en découvrant son reflet. Plus loin, une petite fille tenait le voile de sa mère en répétant :

— Tu vas être la plus belle.

Un couple âgé observait leur fille avec un mélange de fierté et d’émotion. Tout respirait le bonheur. Les promesses. Les projets. Les débuts. Et Iris avait l’impression d’être une spectatrice invitée dans une histoire qui n’était pas la sienne.

— Tu réfléchis beaucoup trop.

La voix de Kate la ramena à la réalité.

— Je réfléchis toujours trop.

— C’est vrai.

Un silence s’installa. Kate contempla encore quelques secondes son reflet avant de prendre une inspiration.

— Il faut que je te parle d’un truc.

Iris sentit immédiatement le piège.

— Non.

Kate fronça les sourcils.

— Je n’ai encore rien dit.

— Justement. J’anticipe.

— Tu es pénible.

— C’est ce qu’on me dit souvent.

Kate croisa les bras avec ce sourire que sa meilleure amie connaissait par cœur. Celui qui signifiait qu’elle avait déjà pris sa décision.

— James a un ami.

Iris ferma les yeux une seconde. Évidemment. Ils y étaient. La conversation annuelle sur son inexistante vie sentimentale.

— Kate...

— Attends avant de dire non.

— Non.

— Iris.

— Toujours non.

Kate soupira théâtralement.

— Tu pourrais au moins écouter.

— Je connais déjà le discours.

Elle leva les doigts un à un.

— Il est gentil.

Un deuxième doigt.

— Il est drôle.

Un troisième.

— Il est intelligent.

Un quatrième.

— Et selon toi, il est parfait pour moi.

Kate cligna des yeux.

— Tu vois que tu connais le discours.

Iris esquissa un sourire malgré elle.

— Ça fait combien d’années que tu essaies de me caser ?

— Trois.

— Quatre.

— Trois et demi.

— J’avais raison.

Kate souffla d’un air faussement vexé.

— Tu sais... il est vraiment sympa.

— Je n’en doute pas.

— Alors pourquoi tu refuses systématiquement ?

Cette fois… Le sourire d’Iris s’effaça légèrement. Elle détourna les yeux vers le miroir. Parce que c’était plus simple. Parce qu’elle ne savait jamais quoi répondre à cette question. Parce qu’elle-même ne connaissait pas vraiment la réponse.

— Je vais très bien toute seule.

Kate l’observa quelques secondes.

— Tu en es sûre ?

Iris soutint son regard.

— Oui.

Ou du moins… C’était ce qu’elle s’efforçait de croire. Kate ne détourna pas le regard. Elle connaissait Iris depuis suffisamment longtemps pour reconnaître la différence entre une plaisanterie et un mur. Et, depuis quelques années, les murs étaient devenus nombreux.

— Tu sais que je ne te demande pas de tomber amoureuse, dit-elle plus doucement. Juste de boire un verre avec quelqu’un.

— Tu présentes ça comme si c’était une prise de sang.

— C’est parfois moins douloureux.

Iris laissa échapper un petit rire.

— Tu vois ? Tu souris.

— C’est un réflexe de défense.

— Je prends quand même.

Un silence s’installa entre elles. Autour, la boutique continuait de vivre. Une vendeuse traversa la pièce avec une traîne de plusieurs mètres glissant derrière elle comme une vague de satin. Une future mariée éclata de rire lorsqu’un enfant disparut presque entièrement sous les couches de tulle. Pendant quelques secondes, Iris observa la scène. Tout semblait si simple pour les autres. On rencontrait quelqu’un. On tombait amoureux. On se mariait. Comme si le chemin était tout tracé. Elle, elle avait toujours eu l’impression de marcher à côté.

— Tu sais ce qui m’inquiète ? demanda soudain Kate.

Iris reporta son attention sur elle.

— Je sens que je vais le regretter...

— Tu travailles tout le temps.

— C’est faux.

Kate haussa un sourcil.

— Tu étais de garde dimanche.

— Oui.

— Tu as accepté de remplacer Julie mardi.

— Oui.

— Tu fais encore une garde vendredi.

Iris pinça les lèvres.

— Tu consultes mon planning maintenant ?

— Non. Tu me racontes ta vie sans t’en rendre compte.

Cette remarque arracha un sourire à Iris.

— C’est rassurant de savoir que quelqu’un écoute quand je parle.

— Toujours.

Kate posa une main sur son bras. Son sourire s’adoucit.

— Je veux juste être sûre que tu ne te caches pas derrière ton travail.

Cette fois, Iris ne répondit pas. Parce qu’il y avait une part de vérité dans cette phrase. Son téléphone vibra dans la poche de sa veste, posée sur un fauteuil. Par réflexe, elle le récupéra. Un message de l’hôpital.

Urgence pédiatrique. Intervention avancée à demain, 7 h 00.

Elle souffla discrètement. Kate lut son expression avant même qu’elle ne parle.

— L’hôpital ?

— Oui.

— Tu vois ?

— Quoi ?

— Tu as ce regard.

— Quel regard ?

— Celui où tu n’es déjà plus ici.

Iris verrouilla son téléphone. C’était vrai. En quelques secondes, son esprit avait quitté la boutique pour retourner au bloc opératoire. Elle revoyait déjà les scanners. Les constantes. Les protocoles. C’était plus simple. Les enfants ne demandaient jamais qu’on leur promette l’éternité. Ils demandaient juste qu’on les aide à aller mieux. Et ça… Elle savait le faire. Une vendeuse réapparut avec un immense sourire.

— Alors, mesdemoiselles ! On passe à la robe suivante ?

Iris ouvrit de grands yeux.

— Il y en a une autre ?

Kate éclata de rire.

— Oh oui.

La vendeuse acquiesça avec enthousiasme.

— Nous avons encore trois modèles à essayer.

Trois. Iris sentit son âme quitter momentanément son corps.

— Je vais mourir ici.

— Ne sois pas dramatique, répondit Kate.

— Si je disparais, promets-moi une chose.

— Laquelle ?

— Pas de robe en tulle à mon enterrement.

Kate partit dans un fou rire si sonore que plusieurs clientes se retournèrent. Même la vendeuse dut cacher un sourire.

— Marché conclu.

Quelques minutes plus tard, Iris était enfermée seule dans une cabine d’essayage. Elle tenta de retirer la robe. La fermeture éclair refusa catégoriquement de coopérer.

— Évidemment...

Elle tira doucement. Rien. Un peu plus fort. Toujours rien.

— Sérieusement ?

Elle essaya de tourner les épaules. Mauvaise idée. Le tissu se coinça davantage.

— Je suis prisonnière.

— Tout va bien ? demanda la vendeuse derrière le rideau.

Iris hésita. Son orgueil ou sa dignité. L’un des deux allait devoir faire un sacrifice.

— Je crois que... je suis coincée.

Quelques secondes plus tard, la vendeuse entra pour l’aider à libérer la fermeture. Quand enfin la robe glissa jusqu’au sol, Iris retrouva la sensation merveilleuse de pouvoir respirer normalement.

— Voilà ! dit la vendeuse avec un sourire satisfait.

Iris inspira profondément.

— Je ne remercierai jamais assez l’inventeur des vêtements amples.

La vendeuse rit.

— Vous n’aimez vraiment pas les robes ?

Iris contempla un instant le tissu blanc étalé à ses pieds. Puis elle répondit avec un sourire plus discret.

— Disons que... je ne me suis jamais vraiment imaginée dans l’une d’elles.

La vendeuse hocha simplement la tête. Sans insister. Et, étrangement, Iris lui en fut reconnaissante. Deux heures plus tard, Iris poussa enfin la porte de son appartement. Le silence l’accueillit aussitôt. Un vrai silence. Pas celui, artificiel, d’une boutique où chacun baissait instinctivement la voix. Le sien. Celui qu’elle retrouvait chaque soir. Elle referma la porte derrière elle d’un coup de pied discret avant de laisser tomber ses clés dans le vide-poche de l’entrée.

— Je suis rentrée.

À peine avait-elle prononcé ces mots qu’un miaulement indigné retentit depuis le salon.

— Ah... te voilà.

Un chat roux apparut au bout du couloir avec la dignité d’un roi offensé. Il s’arrêta à quelques mètres d’elle. La fixa. Puis détourna ostensiblement la tête. Iris esquissa un sourire.

— Tu boudes ?

Aucun mouvement.

— C’est mérité, j’imagine.

Toujours rien. Elle retira ses chaussures avant de s’accroupir.

— Je sais. J’ai deux heures de retard.

Arlo consentit enfin à s’approcher. Pas pour lui faire la fête. Seulement pour vérifier si elle méritait son pardon. Il renifla sa main avec un sérieux presque comique. Puis, satisfait de son inspection, il vint finalement se frotter contre ses jambes.

— Voilà...

Elle passa doucement une main dans son pelage.

— Monsieur fait semblant d’être vexé alors qu’il m’attend derrière la porte tous les soirs.

Le chat répondit par un ronronnement sonore.

— Traître.

Elle déposa son sac sur le canapé avant de rejoindre la cuisine. L’appartement était petit, mais lumineux. Un grand canapé gris occupait le salon, entouré de bibliothèques presque pleines. Des romans s’empilaient jusque sur la table basse, mélangés à quelques dossiers médicaux annotés au stylo. Une plante verte survivait difficilement sur le rebord de la fenêtre. Elle aurait probablement déjà rendu l’âme si Kate ne venait pas l’arroser de temps en temps.

— Tu ne répètes ça à personne, souffla Iris à Arlo. J’ai une réputation à tenir.

Le chat, occupé à réclamer son dîner, ne semblait pas particulièrement intéressé. Elle ouvrit un placard. Des pâtes. Du riz. Une boîte de soupe. Un paquet de céréales. Elle contempla les étagères quelques secondes.

— C’est embarrassant.

Arlo miaula.

— Je sais.

Elle attrapa finalement une casserole.

— Des pâtes.

Le chat la fixa avec un air qui ressemblait beaucoup à du jugement.

— Ne commence pas.

Pendant que l’eau chauffait, Iris ouvrit machinalement son téléphone. Trois messages. Le premier venait de Kate.

Tu étais très jolie dans cette robe

Elle leva les yeux au ciel en souriant. Le deuxième.

Et je ne parle pas de la robe.

Iris souffla du nez. Incorrigible. Le troisième arriva presque aussitôt.

Au fait... James m’a reparlé de son ami. Tu acceptes juste un verre ? Une heure. Après je te laisse tranquille. Promis.

Iris fixa l’écran. Une minute entière. Puis verrouilla le téléphone sans répondre. Pas maintenant. Elle n’avait pas l’énergie de recommencer cette discussion. L’eau déborda brusquement de la casserole.

— Mince !

Elle baissa rapidement le feu. Arlo la regardait depuis le sol. Immobile.

— Tu pourrais être un peu solidaire.

Le chat cligna lentement des yeux.

— Merci pour ton soutien.

Quelques minutes plus tard, elle s’installa sur le canapé avec une assiette de pâtes beaucoup trop chaudes. Arlo prit immédiatement possession de ses genoux.

— Tu sais que tu n’aides pas à manger.

Le chat se roula en boule. Visiblement, il s’en moquait. La télévision resta éteinte. Iris préférait le calme. Après une journée passée entre les alarmes des moniteurs, les conversations des infirmières et le bruit métallique des instruments chirurgicaux, le silence ressemblait à un luxe. Son regard glissa vers la bibliothèque. Une vieille photographie dépassait légèrement d’un livre. Elle hésita. Puis la remit doucement à sa place sans la regarder. Ses épaules se raidirent presque imperceptiblement. Certaines choses avaient leur place dans le passé. Et c’était très bien ainsi. Son téléphone vibra une nouvelle fois. Encore Kate.

Je suis sérieuse, Iris. Tu mérites d’être heureuse.

Elle relut la phrase plusieurs fois. Puis posa simplement son téléphone face contre la table basse. Elle savait que Kate voulait bien faire. Elle savait aussi que son amie ne comprenait pas. Comment aurait-elle pu ? On ne cessait pas de croire à l’amour du jour au lendemain. Parfois… On arrêtait simplement de croire qu’il était fait pour soi. Arlo leva la tête et vint donner un petit coup de museau contre sa main. Iris sourit malgré elle.

— Au moins, toi, tu ne cherches pas à me trouver un rendez-vous.

Le chat ronronna en guise de réponse. Elle enfouit ses doigts dans son pelage chaud. Demain, elle retournerait à l’hôpital. Après-demain aussi. Puis il y aurait le mariage de Kate à préparer. Et la vie continuerait. Simple. Prévisible. C’était exactement comme ça qu’elle l’aimait. Elle ignorait encore que, quelques jours plus tard, un homme allait bouleverser cet équilibre... avec un sourire un peu trop sincère et une patience qu’elle n’avait jamais rencontrée auparavant.

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